10 septembre 2010

Retour de flamme

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D'autres détailleront l'indigeste première partie du "débat" spécial retraites de l'émission politique "A vous de juger" sur France2 jeudi dernier : confit de Fillon servi au miel de journalisse et mithridatisé à la même éditocratie de salon de thé qui cachetonne en trois huit depuis la rentrée, des plateaux télés aux radios périphériques, pour nous faire la pédagogie aveugle de la réforme qui nique. Je n'ai pas vu le début, j’étais alors confortablement calé sur la 3 et ses « Incorruptibles » où la question des traitres et des fayots est réglée à la batte de base-ball.

Mais, à 21h40, alléché par un live-twitt de haute volée, je zappe sur l'intervention surprise d'une Ségolène Royal au Vitascorbol, remplaçant les têtes du PS sur le plus gros dossier social du moment : les retraites.

Chamboulant la Chabot Medefo-encastrable et réduisant en copeaux un Jean Boissonnat, en visite de maintenance annuelle hors de sa crypte cryogénisée, la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes appuie là où ça fait mal et rétablit un peu de vérité là où je ne l'attendais plus, après une heure de castration mentale UMP (avec risque d'un fort taux de déroute des spectateurs vers les "Incorruptibles").

Dans cette dense demi-heure, étonnant moment de télé, celle dont son camp sous-estime les capacités de connexion populaire, revient sur l'essentiel soulevé et piétiné par cette réforme, ce qui est classiquement escamoté de ce type de débat-show bidon:

- La casse des acquis que la droite n'a jamais supporté et sur l’attente en coulisses "des fonds de pension, des assureurs privés et des banques [...] tapis dans l'ombre pour mettre la main sur le pactole".

- Le prétexte "fallacieux", et largement exposé dans l’émission par Fillon, que l’âge de départ à 62 ans résoudrait tous les problèmes de déficit. Elle rappelle à toutes fins utiles que le même assurait, en 2003, que sa réforme d'alors garantirait le financement des retraites jusqu’en 2020. Le même reprend aujourd'hui la ritournelle alors que la nouvelle réforme ne les financera que jusqu'en 2017 (date autorisant au Monarque un deuxième et dernier quinquennat pépère où il pourra pleinement se consacrer à laisser une trace de slip dans l'histoire).
A propos de mensonges et d'incompétence, Royal rappelle que « les réformes passées Balladur et Fillon cumulées ont abouti à baisser le niveau des pensions de 20%. ». Toujours bon à garder en mémoire.

- L’absurdité de devoir attendre 67 ans pour bénéficier d'une retraite à taux plein dans un pays qui compte un chômage record des plus de 55 ans et des moins de 25.

- La remise en cause des pseudos exemples étrangers, le fameux « ils l’ont bien fait ailleurs ». On oublie de préciser les effets au quotidien de cette privatisation des retraites (par exemple, depuis 2008, la classe moyenne américaine, jeune, tape de plus en plus fréquemment dans son épargne retraite pour… consommer) et les risques inhérents à ces épargnes individualisées instantanément misées dans le casino boursier.

"Je ne veux pas que les salariés aient à la fois subi la financiarisation de l'économie [...] et aillent alimenter par leurs cotisations des fonds de pensions qui demain vont peut_être faire faillite, qui vont à nouveau se balader au niveau de la planète des prédateurs des entreprises délocalisées."

Pour les complexés d'une herbe qui serait plus verte ailleurs, elle rappelle qu'une fois la réforme passée « nous serons le seul pays qui cumule la contrainte de l’âge […] plus la durée de cotisation la plus longue d'Europe

- Le silence révélateur du Medef dans cette réforme. Je cite : « On n’entend pas le Medef, parce que la réforme de François Fillon EST la réforme du Medef : Mettre a bas la retraite à 60 ans, mettre à bas la retraite à 65 ans à taux plein et taxer les salariés. »

- Les premières victimes de la réforme : « Quand vous remettez en cause la liberté, non pas l’obligation, de prendre la retraite à 60 ans, vous frappez les ouvriers, vous frappez les petits employés, vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie [de cotisations] incomplètes, des cadres qui ont eu des durées d’études longues. » [...] « Ce sont les plus faibles, les plus pauvres, les ouvriers, les employés et même les malades (puisqu'on refuse d'intégrer la pénibilité des tâches) qui sont appelés à financer les retraites et ça, c'est insupportable et nous devons nous battre, le dos au mur.»

- Posant LA vraie question : « Comment se fait-il que les revenus du capital ne soient pas appelées au co-financement des retraites et cela d’autant plus qu’il y a 30 milliards d’exonérations de cotisations sociales dont profitent les entreprises ? »

- Repointant la fameuse valeur travail si chère au Monarque avant qu'il ne la piétine: « Leur travail [des ouvriers] a enrichi les actionnaires, leur travail a permis de revaloriser le capital de l’entreprise, leur travail a enrichi les détenteurs du capital de l’entreprise [...] donc la partie du salaire qui s’est transformée en capital ou en revenus pour les actionnaires doit contribuer au financement des retraites. »

- La peur et la résignation conditionnée des français qui « ont tellement été macérés dans une propagande », notamment ceux de moins de 40 ans de plus en plus nombreux à déblatérer le laïus classique qui contente les casseurs d'acquis « ouais bah de toutes les façons, on les aura pas nos retraites… ». A ceux-là, elle lance un: « Même quand vous êtes le dos au mur et bien nous devons continuer à nous battre».

Ségolène Royal déconstruit les thèses au formol des détenteurs de la grosse thune au point qu'Arlette Chabot (à qui, après sa pitoyable prestation, je conseille la retraite anticipée pour pénibilité à taux plein chez le spectateur) tente de la tacler. Sans succès: le diesel est lancé.

Puis, Jean Boissonnat se réveille:


HIBERNATUS
« - Si vous arrivez au pouvoir dans 2 ans, est-ce que rétablissez la retraite à 60 ans ? »

Elle rétorque un « solennellement, je vous dis oui » à haute teneur présidentielle, résonnant sec comme un couperet jusqu'à Washington.

Et tout s'enchaine...

SEGO, crochet du gauche
"- Au nom de quoi ceux qui possèdent des actions, des stock-options ne cotiseraient pas. Monsieur Boissonnat ?"

HIBERNATUS, esquive molle
"- Ça ne fait pas des masses de français ces gens-là."

SEGO, kick flip rotation latérale bing dans les chicots fallait pas m'énerver papy
" - Oui mais ça fait beaucoup d’argent, Monsieur Boissonnat [...] La cour des compte a évalué à 25 milliards la fraude fiscale des plus riches [en fait c’est plus], c’est presque le besoin de financement pour les retraites cette année. »

Boissonnat se rendort pour 3 ans. Chabot (genre d'arbitre partial seule à même de pouvoir faire gagner l'équipe de France de foot 38 à 0) est dépassée (c'est à dire que le travail, les retraites toussa, c'est pas son truc à Arlette, plutôt spécialisée dans la récitation d'évangile grassement rémunérée) et rebalance du TINA à grandes cuillerées dans la machine à essorer les cerveaux:

CHABOT, lave plus beau
- « On a l’impression que taxer les riches, c’est le miracle et qu'on va régler le problème des retraites. Y a encore de l’argent à trouver. »

SEGO, coup de boule
« - Et taxer les pauvres, c’est le miracle ? " J'aurais ajouté "connasse" mais bon ça aurait pas fait classe.

CHABOT, mais où est donc passé mon "Que sais-je : il faut sauver les riches." ?
« - C'est pas un discours un peu archaïque ? Euh, c’est ce que dit l’UMP. » [merci de la précision]

ROYAL, Steven Seagal m'a tout appris.
« - Oui, pour l’UMP tout ce qui est justice sociale est archaïque. »

Le reste est à l'avenant, saupoudré de phrases qui frappent juste: « On est passé de la précarité du travail à la précarité des retraites. » « La retraite c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.» « C'est au-delà du mouvement syndical, cela concerne tous les français. »


Y a pas, l'intervention a une incontestable gouache de gauche. L’analyse sans failles, carrée. Ségolène Royal construit mieux ses prestations télé que ses sites internet. Bon, n'oublions pas la machine du parti, le western des primaires et les voix qui ne manqueront pas de susurrer "mais non, c'est du chiqué". Là n'est pas la question. Objectivement, il y a bien longtemps que je n'avais pas entendu, à une heure de confortable audience, un discours aussi implacable, sans ambiguïtés, et intelligible sur la question des retraites de la part d'une tête du PS.

Panique à Solférino donc, car ce soir j'ai le sentiment que les pronostics sont perturbés.

Duhamel l'a bien senti en concluant, comme depuis quatre décennies, l'émission d'une de ses poussiéreuses considérations boursouflées sur les prochaines présidentielles[1] :

ALAIN DUHAMEL (dont la persistance télévisuelle, couplée au jurassique de l'analyse sur fond d'incontinence verbale, reste, avec le carton de René La Taupe, un de ces insondables mystères du monde moderne):
" - Si DSK veut y aller, personne au PS ne pourra s'y opposer."

Suffisante incarnation sur tabouret de la république gériatrique qui n'a de cesse nous persuader qu'il ne sert à rien de débattre, de lutter ou de voter puisque tous les arguments, les réformes et les résultats sont dictés par le "bon sens".


[1] qui, dans son livre de 2006, où il pronostiquait douze prétendants à la présidence en 2007, n'avait pas inclus... Ségolène Royal. C'est te dire la tronche de l'oracle.

En complément chiffré : Royal reboot, Intox2007

A eux de juger

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L'illustration n'a rien à voir avec l'article mais bon, l'actualité politico-législative débordant tel un trop plein de fosse septique, elle lui donne un peu de gaité: à toi de juger.

J’aurais pu évoquer de ce petit arrangement entre amis, grandissant encore un peu plus notre République, au sujet des emplois fictifs à la Mairie de Paris (époque Chirac) avec remboursement à hauteur de 2,2 millions à la municipalité (dont 1.7 par les militants UMP, c'est beau la fraternité) en échange du renoncement de celle-ci à se porter "partie civile". Accord permettant à notre ancien président d'éviter la case condamnation et à l'ensemble des français d'être solidaires avec les parisiens qui ont raqué pour la première facture.

Comme l'a dit, un jour, un homme d'état: "- This is not a method, this is provocation !"

J’aurais pu évoquer la beauté du geste d’un gouvernement, ayant entendu et compris la colère populaire, qui, au nom d'une "union européenne" écoutée ou pas au gré des intérêts, les gratifie d’une hausse de la TVA sur les forfaits internet triple-play.

TVA : abréviation, impôt le plus injuste car touchant proportionnellement bien plus fort les faibles revenus.
Internet : jargon, désigne un obscur moyen de communication, "niche fiscale" en dialecte UMP. Syn. : péril, pédophile, gauchosphère.

Au rayon des festivités de fin d'été, j’aurais pu également traiter de la gestion "passage en force-mais on doit juste encore faire un peu de pédagogie-et vous reprendrez bien un peu de pénibilité" de la réforme des retraites. Eric Woerth se révèle enfin comme le contre-feu parfait pour détourner l'attention du vrai débat, de l'analyse des arguments galvaudés et autres statistiques biaisées assénées avec décontraction et croquis pour crétins à chaque JT.
Selon Eric Aubain, chargé du dossier des retraites pour la CGT, interviewé par le site Owni, le ministre du travail et des enveloppes ne s'est présenté qu'une fois (en avril) sur les huit réunions de négociations prévues. Depuis les multiples révélations de copinages et de corruption, le "dossier retraite" a été repris en main par la division « sociale » de la garde rapprochée monarchique (a.k.a Des dieux et des hommes.). L'homme du déni, lui, reste là à jouer le paratonnerre ravi encore quelques semaines, le temps que lui soit aménagée une sortie en douceur.

Même si les leaders syndicaux ne se donnent pas les moyens d'une ambition qu'ils n'ont pas forcément, la base, nous tous, ne devons rien lâcher. Le fatalisme est notre premier ennemi et l'objet premier des efforts de 'com de la clique de gouv'.
J'aurais pu te parler de tout ça... mais non. Il y a encore bien plus abjecte et plus immédiat.

J’évoquais en août la brèche idéologique qu'ouvrait la chasse décomplexée aux Roms, risquant d'étendre cette soif de nettoyage à d'autres populations placées juste derrière en terme de "dégout" dans la perception à 3 de QI (minimum requis pour être ministre ou électeur UMP) d'"un monde qui serait parfait si seulement les pauvres ne nous gâchait pas le paysage", à savoir les précaires, les sans-logis, les squatteurs, les artistes et les alternatifs...

Et bien... Ces jours-ci, dans le cadre de la LOPPSI 2, est soumis au Sénat, un amendement à l’Article 32 ter A, allant comme un gant de fer à mes craintes.

Le voici, trouvé ici, avec explication de texte :

[Précisons que l’amendement 404 propose d’étendre le dispositif de l'article des terrains extérieurs aux sites bâtis.]

"I. - Lorsqu’une installation illicite en réunion sur un terrain ou dans tout local appartenant à une personne publique
[L’état, les villes et leurs bâtiments vides non transformés en logements sociaux, alors qu’il y a pénurie.]

ou privée
[Les locaux vacants de ceusses qui font la loi sur M6 dans « Recherche appartement ou maison », intransigeants sur le prix avec le type de 20 ans endetté sur 30, ou des locaux de bureaux qui pullulent inoccupés dans Paris et sa région.]


en vue d’y établir des habitations comporte de graves risques pour la salubrité,
[Les bâtiments vétustes loués à des tarifs exorbitants à des étudiants par des proprios bien propres sur eux seront-ils concernés?]


la sécurité
["Hmm...ce bâtiment non loué au prix du marché m'inspire un fort sentiment d'insécurité immobilière". ]

ou la tranquillité
[De qui ?]

publiques
[C'est pour protéger les gens d'eux mêmes on te dit.],

le représentant de l’État dans le département, ou, à Paris, le Préfet de police, peut mettre les occupants en demeure de quitter les lieux.
[" - Tiens, le juge disparaît. Et quid de la trêve hivernale, du droit au logement?" "- On s’en branle on est en mode UMP!"]


La mise en demeure est assortie d’un délai d’exécution qui ne peut être inférieur à quarante-huit heures.
[Ce qui laisse largement le temps de se construire une autre maison.]
Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d’affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d’usage du terrain ou du local.
[Même si le proprio est d’accord pour que tu squattes chez lui, c’est le préfet qui décide de t'en dégager: halte au logement gratuit à la fin ! Comment crois-tu que l’on va soutenir les indécences du marché immobilier si les gueux se mettent à ne plus respecter les valeurs des riches ?]


Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n’a pas été suivie d’effet dans le délai fixé et n’a pas fait l’objet d’un recours dans les conditions prévues au II, le préfet peut procéder à l’évacuation forcée des lieux,
[C’est ici que les quatre cars de Police interviennent pour expulser la femme enceinte et ses deux enfants. Délicatement, dans le respect des droits de l'homme, on est en république tout de même.]

sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d’usage du terrain ou du local dans le délai fixé pour l’exécution de la mise en demeure.
[ex : si tu squattes un immeuble propriété de Liliane B. (92), c'est elle qui doit faire la démarche.]
Le cas échéant, le préfet saisit le président du tribunal de grande instance d’une demande d’autorisation de procéder à la destruction des constructions illicites édifiées pour permettre l’installation en réunion sur les lieux (terrain) faisant l’objet de la mesure d’évacuation.[Kassedédi aux possesseurs de Yourtes et à ceux qui ont décidé de ne pas passer par Bouygues (célèbre pour son bon goût et ses bas prix) dans l'édification de leur lieu de vie.]

Le président du tribunal ou son délégué statue, en la forme des référés, dans un délai de 48 heures.

Lorsque le propriétaire ou le titulaire du droit d’usage du terrain ou du local fait obstacle à l’exécution de la mise en demeure, le préfet peut lui demander de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser l’atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques[Bon à ce stade, à moins que tu sois un bon coup pour "ton proprio", qu'il soit hyper conciliant ou ultra généreux ou que, toi aussi tu réussisses à négocier un petit accord avec la mairie de Paris, considère que c’est mort.],

dans un délai qu’il fixe.[Le soucis de la déco urbaine, c'est aussi ça "la république irréprochable".]

Le fait de ne pas se conformer à l’arrêté pris en application de l’alinéa précédent est puni de 3 750 euros d’amende.
[Soit, bientôt, à peine l’équivalent d’un loyer de F2 dans le 7e arrondissement. A ce prix là, pourquoi se priver d'insister?]


II. - Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au I, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d’usage (du terrain) des lieux peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l’exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de soixante-douze heures à compter de sa saisine.
[Et dire que certains attendent près de cinq ans pour qu'on leur rembourse des frais bancaires illégalement prélevés et que cela fait huit ans que le KarachiGate traîne. Pour que ton dossier soit vite expédié, le squat est la solution rêvée.]"


Ce texte UMP passe à l'approbation (ou pas) des sénateurs dans quelques heures.

La politique si tu ne t'y intéresses pas, un jour où l'autre, elle s'intéresse à toi.

[update 12.09.2010 12.00 - Les amendements 404 et 82 visant les squatters ont été retirés. L'article 32 ter A visant les occupations de terrain est adopté, ce qui signifie le maintien de la procédure expéditive d'expulsion sans jugement les habitants de bidonvilles, les sans abris dans les bois, ou les habitants de yourtes. ]

8 septembre 2010

[video] Deux mondes

par

"Un de mes salariés qui fait grève, je trouve ça très violent"
Sophie de Menthon, RMC, 11heures, 07.09.2010


7 septembre 2010. 13h45.
Temps chargé sur Paris. Ça sent la pluie. Rendez-vous est pris avec quelques amis blogueurs, place de la République, pour un suivi de la manifestation contre le projet de réforme des retraites. Sur le chemin, je passe voir deux amies qui travaillent en boutique à proximité du défilé.

HÉLÈNE les yeux ronds
" - Tu vas faire grève ?"

Il s'agit là d'un outrage à la raison.

LISE me voyant avec une caméra
" - Pff... mais non enfin, c'est pour son travail."

Du Curriculum vitae au soupir devant les grévistes, les mantras de Menthon ont ici conquis l'esprit du moindre CDD.

Dans le magasin de sapes, ça vend peu. Lise confesse: le chiffre d'affaires se fait essentiellement avec "les golden retraités", les seuls qui achètent encore les articles vendus au prix fort, ceux pour qui le mot discount n'est pas inclus dans le discours courant. Les jours de mobilisation contre la réforme des retraites, les "golden retraités" prennent peur ou fuient La France (une pensée émue pour cette dame aux cheveux d'argent interviewée à midi sur une chaine d’information à l’aéroport, scandalisée parce que son vol vers le soleil était annulé).

Je poursuis ma route, et entre dans le périmètre de circulation coupée, la ZRUT: Zone réglementée d'utopie temporaire. Dans l'Heil-Pod, un chiot fidèle de la classe méprisante, serine que le chiffre de la mobilisation comptera peu, que le gouvernement ne cédera pas, que la rue ne gouverne pas. La force du gouvernement ? Répéter, encore répéter, jusqu'à temps que l'affirmation la plus éhontée ou la plus abjecte devienne le paramètre commun de réflexion, que, pour celui qui en est la victime prioritaire, la peine devienne un postulat.

Des gamines jouent à entre les camions de sons, un type tape sur des bidons, un bataillon de pompiers en grève est applaudi par les passants, la police regarde l'agitation amusée, le ciel gris se dissipe, je déboule sur la place.

Dans des volutes de graillon (- "Rien de meilleur qu'une merguez en manif!"), sous les assauts de sonos tonitruantes[1], la Place de la République déborde de manifestants. Chacun se bataille dans l’originalité de sa pancarte bricolée faisant la part belle à l'humour et à la « lutte des classes » (un grand retour apprécié du slogan).

Le soleil douche le cortège au départ sur le Boulevard Beaumarchais. C’est si compact que nous mettrons vingt minutes à faire cent mètres. Mission impossible pour les RG en charge du décompte. Les premiers chiffres officiels et fantaisistes tombent. Nous sommes ici dans une mobilisation à l’appel des syndicats, en cortèges organisés, largement débordés par les visiteurs, les énervés d'un jour, qui affluent dans toutes les directions ou lèvent le bras en soutien sur le côté. Des grévistes "nouvelle génération" qui ont pris une journée de RTT et ne sont comptabilisés nulle part. Ils veulent participer au mouvement mais sont encore un peu coincés (au propre et au figuré) ou n’ont pas le mode d’emploi.

Bon, enfin, quand même, ce compactage m'inquiète: la sécurité semble débordée. Ici aussi, le sous-effectif règne. J’ai peur un moment que ça vire Hezel. Une fois n’est pas coutume, nous tentons un passage au centre au niveau du standdu PS pour gagner La Bastille via la voie parallèle. Le cortège, si dense, s’est divisé en deux. Vu la taille de la mêlée CFE-CGC (notez bien les RG: les cadres ont la rage), le cortège de la CGT rejoint Nation par le Boulevard Voltaire, histoire qu'on n'y soit pas encore à la tombée de la nuit, ou pire, à l'heure du JT. Et hop, 50.000 manifestants en moins pour les RG...

Pour ne pas déroger à ce qui semble être une tradition locale, au pied d’un hôtel, un groupe de touristes japonais agite un drapeau jaune "Best Western". En fait, ils tentent de se signaler à leur bus, bloqué à deux pâtes de maison de là. Éberlués, ils fixent deux baraques aux cheveux longs, type Mettalica meets Dolph Lundgren, remontant la rue en hurlant « Monarque ! Démission ! ».

Retour sur le boulevard Beaumarchais où nous devançons le gros rouleau compresseur hurlant pour nous attarder sur les stands de côté (partis politiques, associations qui se joindront au cortège principal.) Le monde n'en finit pas d’affluer à contre sens. Les jeunes sont minoritaires, c’était à prévoir. Comment s'intéresser à la vieillesse après le travail quand on est jeune et sans boulot ?

En revanche, il est fréquent de croiser des familles (notez les RG), des gamins, des enfants en poussette, qui tenant son recueil de "Barbapapa", qui serrant son prospectus « à bas la dictature des capitalistes sur l’économie ». Après un crochet par le stand de « Lutte ouvrière », nous croisons Besancenot distribuant des billets de cinq cent euros à l’effigie de Woerth et de l’ami des milliardaires : notre Monarque. Parait que, dans la perspective de sa réélection, le Monarque n’aime pas que l’on dise qu'il est l'ami des riches. Au fond, il a raison : un ami, ça ne rampe pas.

A la Bastille, nous assisterons à un défilé ininterrompu pendant trois heures et croisons des copains. Heureux d’être là, parfaitement conscients qu’un mouvement de ce type n’a de poids que s’il dure et déborde des cadres définis. Un tel mouvement juste une journée, c’est le marronnier parfait: les syndicats jouent leur rôle, le gouvernement sort sa propagande, Elizabeth Lévy, Ivan Rioufol et Alain Minc peuvent parader hystériques dans les talk-shows radios. Une semaine continue du même mouvement partout en France ? Aussi « non-négociable » soit-elle, la réforme saute.

Le soleil tape enfin sans gêne sur la Bastille prise d’assaut par un indépendantiste corse. Nous nous protégeons des rayons dans l’ombre du ballon du Parti Communiste tandis qu’Edwy Plenel interviewe des "trotskistes". Ah finalement, "l’aile sociale" du PS est venue "en force", Benoit Hamon et des élus.

INTERLUDE VIDÉO :
"No comment" feat. O.Besancenot, A.Laguiller et (sauras-tu le trouver dissimulé dans ces images ?) E.Plenel:


18h00. Cette partie de défilé est interrompue. La fête s'achève pour Bastille. Les camions poubelles se précipitent pour aseptiser l'endroit de ses traces de lutte. Probable que les si les sans-toits parisiens se drapaient de slogans contre le capital et la réforme des retraites, ils seraient bien plus vite pris en charge.

Alors que chacun remballe ses calicots, une équipe de télévision anglaise tourne un sujet sur le front de gauche. Ils sont quatre à travailler: le journaliste, le cadreur, un ingénieur du son et un assistant. Pour le même reportage en France, même dans une grande chaine, vous avez de grandes chances d’être seul à assurer les quatre fonctions.

Voilà le fond du problème les gars, le travail et non les retraites. Le chômage de masse est là pour durer. La pression qu’il opère sur les salaires et les consciences est bien trop avantageuse pour le marché. Les jeunes? Qu'ils turbinent sur commande dans des périodes limitées et à un tarif défiant toute concurrence, que leurs consciences politique et collective soient annihilées. Pour les vingt prochaines années, les "golden retraités" sont là pour soutenir la consommation. Paraphrasons un blogueur de droite, je ne devrais pas l'avouer mais je le pense parfois: "ce pays est foutu".

Du courage, de la colère, de l'humour et de la dignité par centaines de milliers: heureusement que des jours comme celui-ci ré-insufflent force et confiance.

18h30. Retour dans le flot parisien des actifs, enfin des touristes, au son Heil-podé du pit-bull du parti du pognon (à petites lunettes et cheveux gominés, tu vois qui c'est)bouclant cette journée d'intoxication médiatique par un sermon au chamallow sur "l'écoute des manifestants" qui leur signifie au fond "allez tous vous faire mettre une réforme".

Dans le cœur de Paris, si ce n'est pour quelques sirènes de camions de police filant vers Nation, la manifestation n'a jamais existé. Il n'y a pas que l'endurance qui soit nécessaire pour obtenir de gain de cause, c'est aussi la direction des défilés qui doit être inversée.

Qu'ils partent de La Nation et ciblent le cœur de la république.


"Je serai contente que cette réforme passe, qu'on en finisse"
É.Levy RTL, 19 heures, 07.09.2010


[1]il n’y a bien qu'ici où l’on entend encore à fond du Van Halen ou du Run-Dmc et rien que ça, ça vaut le détour

6 septembre 2010

La guerre des retraites : la revanche du sept

par
De son passage en force dépend le peu de crédibilité restant au Monarque. Les hommes du président insistent donc sur le côté "non négociable" du projet de réforme des retraites. Toutefois, suivant la puissance de la mobilisation du 7 septembre à l'appel de tous les syndicats, les mêmes esquissent la possibilité d'un plan B.

Bernard Thibaut, CGT, déclarait ce matin sur France Inter : « Plus les salaries ont la connaissance des tenants et des aboutissants, plus ils soutiennent cette journée d’action. »

Donc rappelons-en, encore, certains...

D'abord, "le pitch" de l'escroquerie:
Persuader le salarié que le système par répartition est obsolète et qu'il convient "pour tous" (enfin surtout pour contenter les agences de notation) de repousser l'âge légal de son départ à la retraite, de 60 à 62 ans, l’âge du départ à taux plein sans décote de 65 à 67 ans et, en parallèle, de l'amener à se tricoter "pour lui" une assurance privée qui, au fil des réformes rétrogrades (appelons-ça mise en pièces), passera de complémentaire à majoritaire. Le tout sous le bombardement médiatique de statistiques orientées et d'arguments dévoyés ou incomplets.

Au hasard...

L’allongement de l’espérance de vie?
Ritournelle standard: il parait qu'il y aura 20.000 centenaires dans vingt ans. 1 / je demande à voir (mince faut attendre 20 ans). Vu la malbouffe ambiante et le stress au taf, je crains que les chiffres ne soient très prochainement revus à la baisse. 2 / Une seule statistique compte: l’espérance vie en bonne santé. Elle est de 63 ans pour les hommes et de 64 ans pour les femmes, pour un ouvrier du bâtiment cette espérance de vie en bonne santé tombe à 59 ans (source INSEE). La santé est donc liée à la nature du travail et à sa durée. A partir d'un certain âge, tranche 55-65, le travail (attention, pas le job qui consiste à pondre des propositions de réforme pour culpabiliser les autres de ne pas travailler plus à gagner moins) influe méchamment sur l'organisme.

Pour les amoureux de "l'indépendance" qui sautent de joie à l'idée de "ne plus avoir à payer pour les autres", qu'ils sachent que les assureurs privés vers qui ils se retourneront pour se "construire une retraite", eux, tiendront compte de ces chiffres et que leurs cotisations seront rapportées aux facteurs de risque liés à l'âge et à la profession. Comprendre: plus ils seront vieux et auront un métier pénible, plus ils raqueront.

Rappelons-ici que le principe initial de la retraite par répartition n'est pas d'être une épargne personnelle mais une entraide inter-générationnelle en temps réel. Ceux qui travaillent payent pour les aînés à la retraite. Je sais, ce n'est pas dans l'air du temps, du marché et du monarque.

La baisse supposée de la démographie et le chômage?
Un classique des prédicateurs de l'apocalypse des retraites. Les enfants des enfants du baby-boom constituent une classe creuse. Leurs parents, eux, prennent aujourd'hui massivement leur retraite, à 60 ans, nul n'est parfait (avec option "allez tous vous faire foutre!").

Si les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage, en revanche, ils enfantent en masse, bien au-delà des prédictions pessimistes d'il y a 15 ans. Transpose cette situation dans deux décennies, elle s'inverse: moins de retraités, plus d'actifs. A moins bien sur, que l'on nous mente sur la véracité du "combat contre le chômage". Comment clamer avec conviction d'un côté une "lutte efficace contre le chômage" et affirmer de l'autre qu’il sera impossible de payer les retraites en 2030: les deux affirmations se contredisent. Si la politique contre le chômage est efficace, il n'y a par définition aucun souci de paiement de retraite.

Notons ici que le fort taux de chômage des jeunes et l'instabilité des situations professionnelles des "stagiaires dans l'âme", contribuent à les démobiliser sur la question.

Le temps de travail:
La moyenne de durée de travail des français s'élève aujourd'hui à 36.5 annuités.
Qu'un des cracks gouvernementaux m'explique pourquoi sont évoqués des 41, 42, 43 annuités? La majorité des salariés (principalement des femmes) n’y arriveront jamais. Ah bah tiens justement, c'est peut-être ça la finalité souhaitée. J'oubliais qu'entre la tête de l'état et le peuple du pavé, L'Oreal et le réel: on ne défend pas forcément les mêmes intérêts.

Le Produit Intérieur Brut:
D'ici 40 ans, et sans fantasme aucun (moi la croissance folle c'est pas mon kif), la richesse de la France devrait doubler, soit une augmentation de 1700 milliards d'euros du PIB. Comprends dès lors qu'il s'agit moins d'un problème d'argent que de répartition de celui-ci. (encore faut-il que le cercle des rédacteurs des projets de réforme et textes de loi dépasse celui des copains ou conjoints, des lobbyistes et de la grande finance.)

Et si vraiment, après tout cela, tu veux t'assurer un barrage contre le déficit des caisses de retraites, il s'agit d'être d'abord inventif sur les recettes!

Certains parlent d'augmentation progressive des cotisations, de "taxe sur les robots", de taxe sur les flux financiers, de la création d'un nouveau fonds de réserve d'état non placé sur des produits à risque, d'un calcul des cotisations et des prestations d'année en année et non sur des plans à plusieurs décennies[1]... de ces petites choses bien plus concrètes, bien plus efficaces et nettement moins "idéologiques".

Ah l'idéologie...

Au fond, tu le sais, il ne s'agit que de cela ici. Cette "bataille des retraites", est une des étapes de capitulation supplémentaire des cerveaux dans la grande guerre des états contre leurs peuples.

Dans l'esprit de certains, qui ont bien compris pour eux l'intérêt de travailler peu, "l'épineux problème des retraites"TM est un marché comme un autre: un pactole à capter. C'est la logique qui sous-tend les "inquiétudes à long terme" sur le financement des retraites. Il s'agit de progressivement faire glisser la solidarité garantie par la loi en "épargne individuelle" aux mains de gestionnaires privés. Avec son corollaire, le rêve humide de tout assureur: créer les conditions optimums pour que le travailleur crève avant de percevoir sa première pension. (Rappel: nous avons montré plus haut que le recul de l'âge de la retraite provoquera une hausse de la mortalité.)

Voilà ce qui est en jeu aujourd'hui.

Bref, avant de me répéter (trop tard), je te renvoie aux divers articles écrits sur le sujet et, le 7, tu sais où me trouver.



[1] Calculer à 30 ans est le summum du n'importe quoi. Il permet d'établir des perspectives 1 / faussées 2 / invérifiables. Autant de décors en trompe l'œil pour détourner le débat des désordres salariaux actuels et autres exonérations fiscales pour les entreprises.

3 septembre 2010

Une partie sécurisée

par
N’y allons pas par quatre chemins, le principal facteur d'amertume et de désintérêt envers le processus démocratique chez l’électeur c’est un certain mimétisme comportemental entre le PS et l'UMP.

Il est sottement lié à ce stupide complexe qu’ont, depuis des décennies, les barons de la gauche vis-à-vis de ceux de la droite, couplé à la certitude crasse chez certains de réussir l'OPA sur le parti.

1 / Le complexe
Bon, ne chipotons pas. Si l'on met de côté les années de cohabitation et les accompagnements de texte du capitalisme[1], telle qu’elle est comprise dans l’inconscient collectif, la gauche a vraiment eu le pouvoir peu de temps : de 1981 à 1983. C’est à ce moment-là qu’eurent lieu les nationalisations, le passage aux 39 heures, la retraite à 60 ans, l'entrée de ministres communistes et la pétoche bourgeoise d'une invasion de chars russes sur la place de la Bastille (enfin dans l'ordre inverse).

Après, ce sera le fameux « tournant de la rigueur », trahison gravée dans les mémoires rouges, départ de Pierre Mauroy, arrivée de Fabius et accélération du processus de libéralisation du pays, rapport qu'on était à la traine, avec gel des salaires et vagues de licenciements... [2]

Est-ce lié au fait que certains sortent des mêmes écoles, des mêmes promotions parfois, et qu’il existe un esprit de compétition qui doit bien se baser sur des critères communs : à savoir moi je suis meilleur que toi dans l'économie ? Constatons qu’au final, c’est souvent la droite qui lance le bal des thématiques.

Que se passe-t-il encore aujourd’hui ?

A six jours de la mobilisation sur les retraites, je n’entends parler que de sécurité de la part des ténors du PS. C'est ce qui ressort, en gros, de l’université d’été de La Rochelle.

Je ne doute pas que le PS pourra opposer des résultats locaux basés sur la prévention, la proximité et des sanctions plus adaptées (A 18 ans, la prison forme des caïds, les travaux d'intérêt général apprennent l'humilité). Il pourra également rappeler que les premières victimes des vols et d'agression sont les jeunes et les personnes défavorisées (un PC portable volé chez un stagiaire précaire qui crame 250% de sa paye en loyer aura plus d'incidence qu'une carrosserie rayée de 4X4 chez un golden-retraité s'en faisant payer dans la foulée une plus belle par l'assurance). En bouquet final, il dénoncera évidemment la fumisterie sécuritaire de celui en charge du bousin depuis 8 ans.

Néanmoins, les socialistes suivent encore l’agenda monarchique.

Étant donné que ce gouvernement, utilise la thématique sécuritaire pour ne pas aborder le reste, et que les français ne semblent pas être dupes, je m'inquiète lorsque je vois le plus grand parti d'opposition faire rigoureusement la même chose, avec un mois de retard. J'ai le souvenir d'un relatif silence des pontes pour ne pas être "à la roue de la parole présidentielle" après le discours du Monarque à Grenoble en juillet dernier. Flotte en cette rentrée comme un air de "A défaut de combattre l'ultra-libéralisme sans foi ni loi, accordons nos rengaines."


2 / La certitude
Même si, à l'intérieur, parait-il, « l’unité est retrouvée », le putsch du Monarque sur l'UMP en 2004 reste dans les esprits.

Rappelons l’histoire : Chirac sort alors d’un double mandat chloroformant, sa côte de popularité est au plus bas. C’est inévitable pour la gauche, elle va winner grave. Notons ici que sur cette même certitude les socialistes ont perdu en 2002. A droite, personne sauf un fou, déclaré ultra triquard quelques années plus tôt, ne veut aller au casse-pipe : on lui laisse les clefs. Le type agite le torchon rouge de l’insécurité, oldie but goodie. En face, ça patine dans les candidats et Ségolène prend le leadership médiatique (à moins que ce ne soit les médias qui le lui laisse, la question n'est pas encore tranchée) avec un soutien, pour le moins mou, de la baronnie du PS. Le résultat, on le connait.

Bon...quoi de neuf coté PS en septembre 2010 ?

- "L'unité". OK, donnons-leur le bénéfice du doute.

- La certitude de l’emporter en 2012.

- Hormis la sécurité, l'étonnante absence d'un axe fort répondant aux problématiques quotidiennes (glissement général du pays dans la pauvreté, chômage et mal-travail, hausse du coût de la vie, des denrées, défiance envers la grande finance et les banquiers). Du moins, c'est ce que le commun des électeurs peut ressentir à la seule vue des informations télévisées des derniers jours.

- La mise en place, en toile de fond médiatique, d’un candidat vendu comme « populaire » avec emballement des rédactions et feuilleton de « l'homme dans l’ombre », constituant l'air de rien, d'une manière exogène, une obligation faite à la base qui ne m'a pas l'air farouchement emballée.

Évoquons également, le manque d’ouverture de la gauche vers la gauche Si a droite, on a fait sien, vrai ou faux, le discours d’extrême-droite. A gauche, on table sur le vote utile, le rejet du monarque et, va savoir, le passage par le centre. Dernier point peut-être mathématiquement lié, comme je l’ai déjà évoqué, à l’âge et aux revenus des inscrits sur les listes électorales et à la certitude, limite prise d’otage, que toutes les sensibilités de gauche iront, au final, voter à gauche et que, pfff sur le papier, ça doit passer.

Sur qu'avec toute cette sécurité à gauche et à droite on va être tranquille, trop peut-être. Question : Où est le rêve là-dedans ? Deuxième question : Où est la réalité ?

Alors que cette droite multiplie les preuves de sa coupable médiocrité dans les domaines économiques, du logement, de l'emploi, de l'industrie, de la fiscalité, jusque dans les thèmes sécuritaires qu’elle choisit d’exploiter, la période est plus propice que jamais aux combats, théoriquement, de gauche. Au hasard :

- La défense du travailleur mais aussi de celui qui n'a pas de travail (pas de secret, à moins de partager le travail ou de tous être payés en centimes on n'inversera pas la machine, donc va falloir commencer à esquisser un autre schéma de société les gars).
- Le rééquilibrage des revenus.
- La sauvegarde des acquis sociaux (you hou les retraites !).
- Le renversement de la privatisation rampante des services publics.
- La lutte contre les dérives de la grande finance et des banques, en les taxant sévère, point barre.
- Le combat contre le mal-logement mais en y allant par la loi et avec une application rigoureuse.


Que la gauche s'engage à colmater tout ça, et elle l'aura sa société plus sûre[3].


* * *


[1] Nous pouvons envisager la situation actuelle comme une autre sorte de cohabitation : Les régions à gauche, l'état à droite.

[2] quelques explications ici.

[3] avec en prime, une popularité au top.

Illustration : L'arlésienne, Van Gogh.

1 septembre 2010

Y'a-t-il un pilou dans l'avion ?

par

Quand le ridicule ne tue pas, il fait des directives.


Ainsi, pour se prémunir d'actes de pédophilie rapportés sur des vols long-courrier vers les États-Unis (qui, quoi, comment, combien ? : nul ne le sait), Air France fait voyager les mineurs non-accompagnés sans adultes à proximité directe.

C'est pour contrer la pédophilie donc c'est bien, donc rien à redire.

Sauf que...

1 / A moins que l'enfant et le pédophile soient seuls dans l'avion,cela me parait le plus improbable des endroits pour commettre de tels actes. Mais bon...

2 / Cela expose au mineur une image pas du tout anxiogène de l'adulte et de l'étranger en général. Et oui, sachez-le les n'enfants : nous sommes tous des pédophiles, les roumains sont tous des braqueurs et Carla Bruni est une excellente actrice. Dans vingt ans, les écolos pourront toujours essayer de leur faire prendre les transports en commun ! Mais bon...

2 / On te dit que ces plaintes, comme par hasard, proviennent des États-Unis, contrée très à cheval sur la question de la pédophile[1] mais également sur ses parts de marché sur les vols transatlantiques et il y aurait un petit coup de pression du lobby aérien US là-derrière que cela ne m'étonnerait pas. Dommage que le lobby des handicapés ne soit pas aussi puissant. Mais bon...

3 / Les syndicats d'Air France, Alter et UNAC, soulignent à juste titre qu'avec une telle mesure, la sécurité des enfants est bien plus compromise. La directive étant en contradiction avec les consignes d'urgence en cas de dépressurisation. Mais bon...

4 / Lorsque la SNCF expérimentait des wagons "family" pour circonscrire les enfants, certains crièrent à la ségrégation. Erreur marketing : z'avaient qu'à appeler ça des wagons anti-pédophilie. Mais bon...

5 / Air France prendrait le risque d'avoir des sièges vides ? Étonnant pour une compagnie qui fait payer deux sièges aux obèses. Mais bon, ça fait plaisir à Christophe Barbier.

Tant d'étrangetés qui méritaient d'être soulignées...

Enfin... La compagnie Corsair a trouvé ZE solution.

En pointe sur la gestion du personnel et l'optimisation des places en cabine, la compagnie de vols charters autorise les enfants non-accompagnés à s'asseoir à côté d'adultes à condition que ceux-ci soient des femmes. Parce que là aussi, il parait qu'il y a une statistique (que personne ne communique) affirmant qu'elles commettent moins d'actes de pédophilie.

Résumons. Au nom du principe de précaution (enfin pas complétement... Et les chiottes de l'aéroport alors, avec tous ces quinquas qui attendent leur correspondance pour Pattaya ?) :

On cultive la névrose chez l'enfant avec la menace de l'adulte et dans le cas de Corsair, des adultes hommes, génétiquement enclins à 147% (c'est ma statistique que je communique, moi) à tripoter tous les mômes qui passent.

Puis, parce que l'on ne va pas embaucher quelqu'un à ce poste, faut pas déconner, on refile la gestion des mioches aux femmes pour qu'elles contribuent activement au grand combat contre la pédophilie.



[1] Impossible de trouver dans ce pays un chiotard public qui ferme à clé ou qui ne soit pas exposé aux autres.

Merci au site nouvelles news pour m'avoir signalé l'info.

Illustration : Airplane, 1980

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