
D'autres détailleront l'indigeste première partie du "débat" spécial retraites de l'émission politique "A vous de juger" sur France2 jeudi dernier : confit de Fillon servi au miel de journalisse et mithridatisé à la même éditocratie de salon de thé qui cachetonne en trois huit depuis la rentrée, des plateaux télés aux radios périphériques, pour nous faire la pédagogie aveugle de la réforme qui nique. Je n'ai pas vu le début, j’étais alors confortablement calé sur la 3 et ses « Incorruptibles » où la question des traitres et des fayots est réglée à la batte de base-ball.
Mais, à 21h40, alléché par un live-twitt de haute volée, je zappe sur l'intervention surprise d'une Ségolène Royal au Vitascorbol, remplaçant les têtes du PS sur le plus gros dossier social du moment : les retraites.
Chamboulant la Chabot Medefo-encastrable et réduisant en copeaux un Jean Boissonnat, en visite de maintenance annuelle hors de sa crypte cryogénisée, la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes appuie là où ça fait mal et rétablit un peu de vérité là où je ne l'attendais plus, après une heure de castration mentale UMP (avec risque d'un fort taux de déroute des spectateurs vers les "Incorruptibles").
Dans cette dense demi-heure, étonnant moment de télé, celle dont son camp sous-estime les capacités de connexion populaire, revient sur l'essentiel soulevé et piétiné par cette réforme, ce qui est classiquement escamoté de ce type de débat-show bidon:
Chamboulant la Chabot Medefo-encastrable et réduisant en copeaux un Jean Boissonnat, en visite de maintenance annuelle hors de sa crypte cryogénisée, la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes appuie là où ça fait mal et rétablit un peu de vérité là où je ne l'attendais plus, après une heure de castration mentale UMP (avec risque d'un fort taux de déroute des spectateurs vers les "Incorruptibles").
Dans cette dense demi-heure, étonnant moment de télé, celle dont son camp sous-estime les capacités de connexion populaire, revient sur l'essentiel soulevé et piétiné par cette réforme, ce qui est classiquement escamoté de ce type de débat-show bidon:
- La casse des acquis que la droite n'a jamais supporté et sur l’attente en coulisses "des fonds de pension, des assureurs privés et des banques [...] tapis dans l'ombre pour mettre la main sur le pactole".
- Le prétexte "fallacieux", et largement exposé dans l’émission par Fillon, que l’âge de départ à 62 ans résoudrait tous les problèmes de déficit. Elle rappelle à toutes fins utiles que le même assurait, en 2003, que sa réforme d'alors garantirait le financement des retraites jusqu’en 2020. Le même reprend aujourd'hui la ritournelle alors que la nouvelle réforme ne les financera que jusqu'en 2017 (date autorisant au Monarque un deuxième et dernier quinquennat pépère où il pourra pleinement se consacrer à laisser une trace de slip dans l'histoire).
A propos de mensonges et d'incompétence, Royal rappelle que « les réformes passées Balladur et Fillon cumulées ont abouti à baisser le niveau des pensions de 20%. ». Toujours bon à garder en mémoire.
A propos de mensonges et d'incompétence, Royal rappelle que « les réformes passées Balladur et Fillon cumulées ont abouti à baisser le niveau des pensions de 20%. ». Toujours bon à garder en mémoire.
- L’absurdité de devoir attendre 67 ans pour bénéficier d'une retraite à taux plein dans un pays qui compte un chômage record des plus de 55 ans et des moins de 25.
- La remise en cause des pseudos exemples étrangers, le fameux « ils l’ont bien fait ailleurs ». On oublie de préciser les effets au quotidien de cette privatisation des retraites (par exemple, depuis 2008, la classe moyenne américaine, jeune, tape de plus en plus fréquemment dans son épargne retraite pour… consommer) et les risques inhérents à ces épargnes individualisées instantanément misées dans le casino boursier.
"Je ne veux pas que les salariés aient à la fois subi la financiarisation de l'économie [...] et aillent alimenter par leurs cotisations des fonds de pensions qui demain vont peut_être faire faillite, qui vont à nouveau se balader au niveau de la planète des prédateurs des entreprises délocalisées."
Pour les complexés d'une herbe qui serait plus verte ailleurs, elle rappelle qu'une fois la réforme passée « nous serons le seul pays qui cumule la contrainte de l’âge […] plus la durée de cotisation la plus longue d'Europe.»
"Je ne veux pas que les salariés aient à la fois subi la financiarisation de l'économie [...] et aillent alimenter par leurs cotisations des fonds de pensions qui demain vont peut_être faire faillite, qui vont à nouveau se balader au niveau de la planète des prédateurs des entreprises délocalisées."
Pour les complexés d'une herbe qui serait plus verte ailleurs, elle rappelle qu'une fois la réforme passée « nous serons le seul pays qui cumule la contrainte de l’âge […] plus la durée de cotisation la plus longue d'Europe.»
- Le silence révélateur du Medef dans cette réforme. Je cite : « On n’entend pas le Medef, parce que la réforme de François Fillon EST la réforme du Medef : Mettre a bas la retraite à 60 ans, mettre à bas la retraite à 65 ans à taux plein et taxer les salariés. »
- Les premières victimes de la réforme : « Quand vous remettez en cause la liberté, non pas l’obligation, de prendre la retraite à 60 ans, vous frappez les ouvriers, vous frappez les petits employés, vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie [de cotisations] incomplètes, des cadres qui ont eu des durées d’études longues. » [...] « Ce sont les plus faibles, les plus pauvres, les ouvriers, les employés et même les malades (puisqu'on refuse d'intégrer la pénibilité des tâches) qui sont appelés à financer les retraites et ça, c'est insupportable et nous devons nous battre, le dos au mur.»
- Posant LA vraie question : « Comment se fait-il que les revenus du capital ne soient pas appelées au co-financement des retraites et cela d’autant plus qu’il y a 30 milliards d’exonérations de cotisations sociales dont profitent les entreprises ? »
- Les premières victimes de la réforme : « Quand vous remettez en cause la liberté, non pas l’obligation, de prendre la retraite à 60 ans, vous frappez les ouvriers, vous frappez les petits employés, vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie [de cotisations] incomplètes, des cadres qui ont eu des durées d’études longues. » [...] « Ce sont les plus faibles, les plus pauvres, les ouvriers, les employés et même les malades (puisqu'on refuse d'intégrer la pénibilité des tâches) qui sont appelés à financer les retraites et ça, c'est insupportable et nous devons nous battre, le dos au mur.»
- Posant LA vraie question : « Comment se fait-il que les revenus du capital ne soient pas appelées au co-financement des retraites et cela d’autant plus qu’il y a 30 milliards d’exonérations de cotisations sociales dont profitent les entreprises ? »
- Repointant la fameuse valeur travail si chère au Monarque avant qu'il ne la piétine: « Leur travail [des ouvriers] a enrichi les actionnaires, leur travail a permis de revaloriser le capital de l’entreprise, leur travail a enrichi les détenteurs du capital de l’entreprise [...] donc la partie du salaire qui s’est transformée en capital ou en revenus pour les actionnaires doit contribuer au financement des retraites. »
- La peur et la résignation conditionnée des français qui « ont tellement été macérés dans une propagande », notamment ceux de moins de 40 ans de plus en plus nombreux à déblatérer le laïus classique qui contente les casseurs d'acquis « ouais bah de toutes les façons, on les aura pas nos retraites… ». A ceux-là, elle lance un: « Même quand vous êtes le dos au mur et bien nous devons continuer à nous battre».
Ségolène Royal déconstruit les thèses au formol des détenteurs de la grosse thune au point qu'Arlette Chabot (à qui, après sa pitoyable prestation, je conseille la retraite anticipée pour pénibilité à taux plein chez le spectateur) tente de la tacler. Sans succès: le diesel est lancé.
Puis, Jean Boissonnat se réveille:
Ségolène Royal déconstruit les thèses au formol des détenteurs de la grosse thune au point qu'Arlette Chabot (à qui, après sa pitoyable prestation, je conseille la retraite anticipée pour pénibilité à taux plein chez le spectateur) tente de la tacler. Sans succès: le diesel est lancé.
Puis, Jean Boissonnat se réveille:

HIBERNATUS
« - Si vous arrivez au pouvoir dans 2 ans, est-ce que rétablissez la retraite à 60 ans ? »
Elle rétorque un « solennellement, je vous dis oui » à haute teneur présidentielle, résonnant sec comme un couperet jusqu'à Washington.
Et tout s'enchaine...
SEGO, crochet du gauche
"- Au nom de quoi ceux qui possèdent des actions, des stock-options ne cotiseraient pas. Monsieur Boissonnat ?"
HIBERNATUS, esquive molle
"- Ça ne fait pas des masses de français ces gens-là."
SEGO, kick flip rotation latérale bing dans les chicots fallait pas m'énerver papy
" - Oui mais ça fait beaucoup d’argent, Monsieur Boissonnat [...] La cour des compte a évalué à 25 milliards la fraude fiscale des plus riches [en fait c’est plus], c’est presque le besoin de financement pour les retraites cette année. »
Boissonnat se rendort pour 3 ans. Chabot (genre d'arbitre partial seule à même de pouvoir faire gagner l'équipe de France de foot 38 à 0) est dépassée (c'est à dire que le travail, les retraites toussa, c'est pas son truc à Arlette, plutôt spécialisée dans la récitation d'évangile grassement rémunérée) et rebalance du TINA à grandes cuillerées dans la machine à essorer les cerveaux:
CHABOT, lave plus beau
- « On a l’impression que taxer les riches, c’est le miracle et qu'on va régler le problème des retraites. Y a encore de l’argent à trouver. »
SEGO, coup de boule
« - Et taxer les pauvres, c’est le miracle ? " J'aurais ajouté "connasse" mais bon ça aurait pas fait classe.
CHABOT, mais où est donc passé mon "Que sais-je : il faut sauver les riches." ?
« - C'est pas un discours un peu archaïque ? Euh, c’est ce que dit l’UMP. » [merci de la précision]
ROYAL, Steven Seagal m'a tout appris.
« - Oui, pour l’UMP tout ce qui est justice sociale est archaïque. »
Le reste est à l'avenant, saupoudré de phrases qui frappent juste: « On est passé de la précarité du travail à la précarité des retraites. » « La retraite c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.» « C'est au-delà du mouvement syndical, cela concerne tous les français. »

Y a pas, l'intervention a une incontestable gouache de gauche. L’analyse sans failles, carrée. Ségolène Royal construit mieux ses prestations télé que ses sites internet. Bon, n'oublions pas la machine du parti, le western des primaires et les voix qui ne manqueront pas de susurrer "mais non, c'est du chiqué". Là n'est pas la question. Objectivement, il y a bien longtemps que je n'avais pas entendu, à une heure de confortable audience, un discours aussi implacable, sans ambiguïtés, et intelligible sur la question des retraites de la part d'une tête du PS.

Y a pas, l'intervention a une incontestable gouache de gauche. L’analyse sans failles, carrée. Ségolène Royal construit mieux ses prestations télé que ses sites internet. Bon, n'oublions pas la machine du parti, le western des primaires et les voix qui ne manqueront pas de susurrer "mais non, c'est du chiqué". Là n'est pas la question. Objectivement, il y a bien longtemps que je n'avais pas entendu, à une heure de confortable audience, un discours aussi implacable, sans ambiguïtés, et intelligible sur la question des retraites de la part d'une tête du PS.
Duhamel l'a bien senti en concluant, comme depuis quatre décennies, l'émission d'une de ses poussiéreuses considérations boursouflées sur les prochaines présidentielles[1] :
ALAIN DUHAMEL (dont la persistance télévisuelle, couplée au jurassique de l'analyse sur fond d'incontinence verbale, reste, avec le carton de René La Taupe, un de ces insondables mystères du monde moderne):
" - Si DSK veut y aller, personne au PS ne pourra s'y opposer."Suffisante incarnation sur tabouret de la république gériatrique qui n'a de cesse nous persuader qu'il ne sert à rien de débattre, de lutter ou de voter puisque tous les arguments, les réformes et les résultats sont dictés par le "bon sens".
[1] qui, dans son livre de 2006, où il pronostiquait douze prétendants à la présidence en 2007, n'avait pas inclus... Ségolène Royal. C'est te dire la tronche de l'oracle.
En complément chiffré : Royal reboot, Intox2007




