1 février 2009

Le droit de crier là où personne ne t'entend

par

Samedi 31 janvier 2009, 14h15 : Règne un froid de gueux sur Paris. Je suis calé chez moi bien au chaud face à la fenêtre, plein soleil. J'ai presque chaud.

La petite famille s'est exilée. Je dispose enfin d'une journée pour me consacrer à l'écriture.
L’intitulé du billet : Collaborer ou résister.

14h20 : Je reçois un SMS m'invitant à participer à la manifestation parisienne contre la politique anti-terroriste de notre monarque. Rappelons que celui-ci incarcère à discrétion tout élément (généralement jeune et militant pour une autre société) susceptible d'empêcher la nation de dormir en rond. Le cortège unitaire des 54 associations fédérées autour du comité de soutien aux inculpés du 11 novembre partira à 15h du RER Luxembourg en direction de la prison de la Santé où est incarcéré Julien Coupat.

Ce matin, malgré son dossier vide, le jeune homme s'est encore vu refuser sa mise en liberté.
On ne badine pas avec les symboles. Julien Coupat est un message de propagande de la plus haute portée, une campagne publicitaire de l'état à l'intention des déviants : Soumets-toi où tu finiras enfermé ! Le plus beau dans l'histoire : Cela ne coûte au contribuable que le prix d'une pension complète en prison. A durée indéterminée, certes.

15h00 : J'abandonne l'article pour manifester et filmer puisque le week-end les chaines d'information se résument au foot, à la F1 et à Eric Zemmour*. Par chance, la semaine il n'y a pas de F1.

15h15 : A quelques encablures du rassemblement, le boulevard St-Michel est un parking à camions de CRS. Il en va de la multiplication au mètre carré des CRS comme de celle des SDF, les uns comme les autres ne génèrent aucune espèce d'émotion dans le regard des piétons qui vaquent à leur emplettes en totale décontraction.


15h30 : Déception. A la vue du nombre de véhicules des forces de l'ordre, je m'attendais à au moins un million de déviants. Devant le Luco : ils ne sont "que" 2000 à résister au froid. De Julien, il est peu question. Le comité de soutien, plutôt âgé, est visiblement débordé par le gratin anar. Voyant ma caméra, une dame, montée en car de Tulle, me colle un sticker Soutien Tarnac sur le blouson.

15 h 45 : Menés par une fanfare, les déviants remontent la rue Gay-Lussac en marquant le territoire à coups de pétards.
Le père de Julien devance le cortège en ébullition. Le profil haut, la démarche alerte, l'homme est déterminé. De par son âge et son apparence posée, il est la passerelle idéale entre la France de Drucker et celle enragée qui, dérrière lui, fait des doigts d'honneur aux CRS.

La démesure du dispositif de sécurité s’intensifie de carrefour en carrefour. Du haut de ses 40 ans de contestation urbaine, un vétéran des défilés concède désabusé : "- Ils ont bien bouclé le bordel ces enfoirés !"

Qu'a cela ne tienne, les déviants sont déterminés à troubler cette manifestation de policiers.
Ils s'engouffrent dans la rue du Faubourg St Jacques figurant au top ten des moins habitées de Paris. D’ici, soyez assurés que rien ne filtrera, la moyenne d’age des rares résidents est de 80 ans. Les plus vifs ouvrent leurs fenêtres, intrigués, pour les refermer 10 secondes plus tard, incommodés par le désespoir des indigents.

Arrivée à l’intersection de La Rue Cassini et du Boulevard Arago, l’accès à la prison de la Santé est bloqué par trois camions, ils ressemblent à ceux de
Soleil Vert mais en blancs (c'est moins anxiogène) et sont équipés de Karcher. Le comité d'accueil est sécurisé de la sorte à chaque embranchement du carrefour : 60 CRS en rangée compacte, 10 camions et 30 autres CRS en arrière-plan, au cas où les pétards auraient raison des bâtons. Le slogan "police partout justice nulle part" scandé sans interruption depuis une heure, prend dans ce cirque ultra-fliqué toute sa signification.

Au fond, les pompiers.


Un baroudeur de la contestation aux dents cassés crache en direction du barnum à Mam : - La vérité c'est qu'on vous fait peur !

Une vielle dame s'insurge :
" - Ca y est, on y est, ils l'ont enfin leur état policier !"

La souricière va bientôt se refermer. Tout semble décidé en haut-lieu pour faire du happening anti-anti-terreur, l'opportunité de nouvelles prises de guerre. Tout est dessiné pour que la situation dégénère. Fumigènes et cannettes de Kro, les provocations fusent. J'évite une boule de pétanque.

A 16h30 : A la septième fusée me sifflant au ras des oreilles, je rejoins le flux des moins casse-cou qui remontent vers la place Denfert-Rochereau. Les attendent dans leur nasse quelques centaines de CRS supplémentaires. Je retrouve la dame du sticker qui a du mal a déployer sa banderole artisanale dans les bourrasques au pied de la statue du lion.

Un aguerri lui conseille : "
- Faudra penser à trouer vos banderoles la prochaine fois Madame ! "

L’armée républicaine qui, elle, connait son métier, termine de s'équiper pour la branlée finale. Frigorifié, dépité par l'euthanasie policière d’une manifestation qui ne peut atteindre ses buts (se faire entendre du plus grand nombre et de Julien), constatant que dans ce cadre malsain des mots sur le réseau alertent autant des cris dans des rues désertes, avant de me faire épingler pour délit de filmer, je m'éclipse.

17h00 : A 300 mètres de la marmite aux déviants, le quartier est toujours bouclé, la circulation encore interdite. Je marche au milieu du boulevard Raspail, vide. Un nouveau convoi de 20 camions accélère vers Denfert. Indice que nous sommes en guerre : Il n'y aura bientôt plus que la Police et les CRS pour faire turbiner l'industrie automobile du pays. A mi-Boulevard, on ne voit plus que le filament bleu électrique formé par les
gyrophares.

Pas de déviants, plus de véhicules, seul élément notable : Une affiche publicitaire rétro-éclairée pour une exposition du passé plus que parfait :
Paris, sous l’Empire des crinolines, 1852-1870

La vie parisienne ne reprend que 500 mètres plus bas, sur le Boulevard Montparnasse au niveau de
La Coupole.

Un gentil policier fait la circulation. D'une voix douce et sans préciser pourquoi, il invite les automobilistes à contourner le quartier, ce qu'ils font contenant leur agacement.


Deux jeunettes à fort pouvoir d'achat me coupent le chemin en
piapiallant shopping. L'une d'elle détourne la tête : " - Tiens j'ai vu une fusée bleu là-bas."

"- Arrête la fumette !" Lui soupire l'autre en fouillant dans son faux sac
Prada.

L'hiver français ne fait que commencer.


P.S : Pour en savoir plus sur les interpellations qui suivirent, je vous renvoie au reportage souterrain d'article XI.


* Ce week-end sur I-Télé et BFM :
Journée spéciale "Vendée Globe" sur l’une et journée spéciale « une semaine après la tempête Klaus, les assureurs jouent-ils le jeu ? » sur l'autre.

30 janvier 2009

"Rêve générale" à Paris

par
Ils étaient 300.000 selon les organisateurs, 65.000 selon la police, 4 selon Yvan Rioufol du Figaro, quelque part entre 0 et moins que 0 selon notre président.


De cette "rêve générale" parisienne, je retiens la marée humaine des mécontents filant sans discontinuer entre les deux opéras des heures durant. J'ai vu des salariés du privé mêlés à ceux du public, des familles, des retraités, des jeunes, des enseignants, des vieux, des sans-papiers, des conseillères clientèles de banque, leurs victimes, des internes en psychiatrie, des électeurs de droite repentis, des utopistes, des socialistes égarés redécouvrant les vertus d'une bonne gauche, le théâtre du soleil et les gars de Bricorama, des caissières exploitées, des étudiants qui refusent de le devenir et tant d'autres, pas forcément des habitués de la contestation, dont la cible commune de l'énervement était l'autisme social d'un certain président.

Le soir, le vingt heures de la première compagnie diffusait, via sa blonde à titrer, un autre évangile, sécuritaire et terrorisé. Il y était question de "casseurs en fin de cortège" et de "journée de chaos évitée grâce au service minimum".

Des racines du mal et du succès de la mobilisation au niveau national : Rien ou si peu, bref le minimum syndical.

28 janvier 2009

26 janvier 2009

Retrait définitif à la Bred (v2)

par
:::::::::::::: Retrait définitif à la Bred (v2) ::::::::::::::


Djamila, 32 ans, sous-officier du secteur bancaire en première ligne derrière ton guichet, tu es tombée mercredi 21 janvier 2009 au champ de bataille pour avoir défendu le code de l'honneur de ton produit financier.
Tu n’es pas la première victime de la crise. Il y en a eu d’autres avant toi plus haut placées dans l'état-major, des notables alliés mais aussi des civils anonymes, des ouvriers à rêves trop grands pour leurs budgets, retranchés écœurés dans leurs ultimes mensualités se suicidant dans l’intimité de leurs pavillons hypothéqués juste avant l’arrivée des huissiers, des patrons en cessation de paiement, profitant de la pause déjeuner de leurs ouvriers pour en finir dans l'honneur avec la réalité.
Ta spécificité : Tu étais au cœur de la relation client.

Les médias ont parlé de toi. Un peu. Tu le dois à deux évènements :

1 / En plein Paris, à la pause cigarette devant la succursale où tu officiais comme conseillère clientèle, Jean- Claude, un client de 24 ans, t’a poignardé dans le dos.

2 / Ce meurtre de sang-froid remplit le trou d'air info entre la fin provisoire du feuilleton idyllique d’Obama et celui fédérateur, largement bande-annoncé, de la
tempête dévastatrice s'abattant sur la nation en péril.

A moins que l’on découvre demain que tu étais la nièce de Jérôme Kerviel ou que 3 nouvelles conseillères bancaires se fassent poignarder la semaine prochaine, l’enquête, sous son aspect médiatique, s’arrêtera au plan fixe de la façade terne de l'agence de la Rue d'Avron. Au hit-parade du sordide, le surlendemain, un massacre dans une crèche bruxelloise terminera d'expédier ton drame aux oubliettes.

De ton emploi à la banque, à la télé il fut à peine question. Vendeuse de poissons ou gogo-dancer, le traitement aurait été similaire. Dans ces métiers là, j'imagine que ton employeur aurait probablement pleuré ta disparition au Journal de 20h, rendant hommage à ton professionnalisme. Excusons cette lacune de ton management et des hautes sphères de ta direction. Mercredi, les places financières internationales et les valeurs bancaires chutaient dangereusement. Et puis, pour les hautes sphères, jeudi c’est comme mercredi : C’est déjà le week-end à Miami.

Djamila, ta direction ne se résumait pas à ce petit chef de secteur à costard Celio qui te challengeait chaque semaine des objectifs de placement de produits. Ton supérieur direct était un intermédiaire exécutant les ordres, comme toi. Avantage lié à son grade : La relation client il la voyait de loin, planqué dans son bureau de faux-derche à ficus en plastique. C'était à toi qu'incombait la tache ingrate de siphonner le pognon là où on en trouve toujours : Dans la poche des moins fortunés.

Ces bonus récompensant les objectifs que tu explosais te motivaient à pulvériser ces records qui, la semaine d'après, devenaient la base minimum à ne pas enfoncer.

Tu étais l’avant dernier maillon, juste avant le pigeon, de la grande levée de fonds.

Par temps économiquement agités, les hautes sphères te concoctaient de nouveaux produits à placer en urgence, des contrats opaques, assurances et prêts, se délitant en une syntaxe hermétique avec police illisible au travers de 40 paragraphes dont les 20 derniers contredisent les 20 premiers. Ces produits bénéficiaient en amont de campagnes de promotion dignes des plus grands films hollywoodiens et tu ne poussais pas plus loin l'argumentation quand le prospect te faisant face s'en tenait à l'accroche publicitaire entendue à la radio : Tout ira bien.
Après seulement, quand tout allait mal, quand tu faisais ton possible pour débloquer ses fonds en attendant l’aval de Celio, qui calfeutré derrière son ficus te disait toujours non, quand ce tu qualifiais de "produit garanti" se transformait pour ton client en un "je ne peux rien faire de plus, c'est marqué noir sur blanc, c'est pas de ma faute si ça a perdu 15%", tes formules magiques gagnant-gagnant se révélaient alors pour l'humilié comme autant de couteaux plantés dans son dos.
Dans ces cas extrêmes, grâce à un mix de zen et de fermeté rodé en formation au siège dans la belle tour en verre teinté qui domine les faubourgs de la ville, tu récupérais la situation, trouvant les arguments pour mater les manants et stopper net leur complainte crasse du : "Je veux que l’on me rende mon argent maintenant !"
Miroirs aux alouettes à taux variables pour benêts à fort potentiel de crédulité, bombes à retardement pour galériens déjà endettés, ta funeste expérience prouve que tu aurais du définir un peu plus ces produits aux malheureux à qui tu les a vendu.
Passons sur les raisons des réclamations de Jean-Claude et de ses prédécesseurs ronchons qui, de plus en plus nerveux, se succédaient à ton guichet. La sensibilité n'est pas rémunérée et les bons amis ne font pas de bons comptes. Parfois, en cas de difficulté à atteindre les objectifs, sur incitation de Celio, tu pouvais te montrer conciliante, décochant un euphorique : " Je peux vous proposer un prêt pour rembourser le découvert que vous nous devez ."
Ah, si tu avais été un homme, Celio t’aurait qualifié de killer. Ton taux de transformation mettait du beurre dans les épinards, Celio se faisait mousser auprès de son Hugo Boss de secteur qui remontait par fax la bonne nouvelle aux intermédiaires en Paul Smith, eux-mêmes dans les petits papiers des hautes sphères habituées au sur-mesure. Ton président directeur général pouvait alors s’auto-congratuler face aux actionnaires au sujet des résultats annuels de sa banque moins impactée que prévu par la crise.
Djamila, les impacts ce sont les gens comme toi qui les subissent.

Les risques du métier, les hautes sphères les avaient pourtant anticipés. Conscientes qu’un client blousé garde plus facilement son sang-froid devant une conseillère clientèle radieuse et bien gaulée, les hautes sphères se targuaient d'engager des légions de jeunes femmes comme toi : Déterminées à grimper au-dessus des affectations classiques auxquelles trop souvent un nom comme le tien les cantonnent. Les hautes sphères appelaient ça une politique d'intégration des minorités visibles. Afin que tu ne développes pas de sentiments avec tes clients (amour, haine ou amitié), elles te transféraient régulièrement d’une agence à l’autre, sous label promotion interne.

Peu avant ton assassinat, tu te demandais pourquoi se multipliaient encore les ouvertures de succursales à l’heure d’internet et des transactions dématérialisées. Tu pensais : La banque en ligne c'est bien mais il ne faut jamais couper la relation client. Sans relation client, humaine et souriante, ta clientèle serait moins facile à duper.

Djamila, tu te sentais fière de ton rang et du train de vie qui allait avec : Les tailleurs gris et la possibilité d’un crédit (car ton univers est cynique à ce point que, toi aussi, tu en étais la cible). Ton domaine d'activités décrété nécessité publique par ton gouvernement, tu restais sereine : Rien ne coulerait ton métier, pas même la fin du capitalisme.
Tu ambitionnais de monter plus haut, à la place de Celio peut-être. Tu le savais bien que dans ta branche, moins l'on a à faire au client plus on touche de l'argent.



Djamila tu es triplement perdante : Coupable, victime et morte.

Ta disparition laisse ouvertes des questions :

Pour expliquer le geste de Jean-Claude, l’enquête judiciaire remontera-t-elle dans les méandres des clauses suspensives de remboursement de son assurance vie ?

Avant de statuer sur la préméditation, de juger s'il y a folie ou non, les experts s'attarderont-ils aux alinéas fallacieux et aberrants perdus dans le contrat de Jean-Claude, qui faisaient de sa vie un enfer et du remboursement de son modeste pécule un cauchemar qui prendrait plus de temps qu'il n'en faut à ta banque pour récupérer d'épais subsides de l'état ?

S’interrogeront-ils seulement sur les raisons et les conseillers clients qui, à 24 ans, incitèrent Jean-Claude à souscrire une assurance vie?

Djamila, tu as appris dans la douleur que l’homme est ainsi fait que lorsqu'il est au bout du rouleau, qu’il lui faut payer le loyer et qu'il s'aperçoit qu'une belle blonde, une petit brune ou une Djamila l’a couillonné en lui proposant des produits financiers qu'elle lui a juré sécurisés et récupérables mais qu'il découvre dévalorisés et bloqués, selon le vocabulaire consacré entre deux spots pour ton enseigne dans les docu-dramas de la chaîne de télévision que toi et ton assassin regardiez, "il pète un plomb".

Djamila, en ta mémoire, notre président décrétera t-il une loi dans l’esprit du traitement réservé à ton meurtrier, envoyé à l’asile sans passer par la case prison ? Loi sécuritaire : Obligation de mettre les conseillères bancaires sous cloches blindées. Loi répressive : Mettre préventivement tous les pauvres à l’asile. Probablement pas. A l'inverse des hôpitaux, des synagogues et des caténaires, certains domaines restent imperméables à la dictature des faits-divers.

Attendons ce jour apocalyptique où, à l'image de Jean-Claude, tous les clients se dirigeront d’un seul homme aux guichets de leurs banques pour réclamer sur le champ la totalité de leurs économies et de leurs placements. Ce jour-là, au nom de la sauvegarde d'un secteur en difficulté, l’armée protégera enfin ton agence et ses soldats privés dont celui, muté dès lundi matin, qui te remplacera au guichet.

Pour toi Djamila, c'est trop tard. Mais, compte tenu du désarroi que tes collègues continueront de générer avec leur redite insultante de ces rapines pour petites-gens qui alimentent les grands fleuves de thune des puissants, je crains que tu ne sois pas la dernière à tomber.
Emmène avec toi au paradis de ceux qui, jusqu'au bout, assurèrent-vie leur fonction à la perfection, cette ode à la liberté rachetée un prix d'or par ta direction à un chanteur aveugle.

Illustration : affiche de Un après-midi de chien de Sidney Lumet (1975)


Seb Musset est l'auteur d'Avatar et Perverse Road disponibles ici

23 janvier 2009

point presse pas pessimiste

par

Deux où trois choses qu'il fallait préciser...

Pour les lecteurs du Vendredi* de cette semaine, l'intégralité de l'article "M6, pour un peuple presque parfait" avec sa vidéo complémentaire, ainsi que d'autres chroniques sur les ravages de la petite chaîne qui enchaine, se trouvent sur cette page thématique.

Pour ceux qui, au fil de mes billets, s’interrogent sur le Comment peut-on devenir (ou rester) mon ami sans risquer de finir explosé dans les pages de ce blog ? je réponds ceci :

- Il ne faut pas toujours croire internet, on y lit parfois des conneries.
- Il ne faut pas toujours croire ses amis, ils font le succès d’internet.
- Il ne faut pas croire que je suis méchant, j'ai juste l'œil mauvais. La nuance est fine mais les connaisseurs apprécient, surtout aux périodes sombres lorsque la gentillesse ne court pas les rues.

- Il ne faut pas croire tout ce que je raconte.

- Il ne faut pas croire que je raconte tout. Ah si vous saviez… J’ai vu de grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux briller dans l'ombre de la porte de Tannhäuser** et j’ai même tapé la discute avec Lesly du Loft 2.

- Que mon intolérance est inversement proportionnelle à mon alcoolémie.

- Que l’on critique d’abord chez l’autre, ce que l’on aime pas chez soi.

- Et puis merde : Que la vie sans risque, c’est l’ennui.


Pour ceux qui me demandent davantage de vidéos : Dés que je récupère un peu de temps et une connexion internet digne de ce nom (NB : Le triple play quand ça marche pas, c'est la triple purge), il y aura de quoi faire, et dans de nouveaux supports.

Pour ceux qui veulent lire Perverse Road : Je les incite à ne pas se le procurer sur le site Amazon.fr*** (où il est vendu au prix du caviar) mais sur le site de l'éditeur, ou alors en me contactant directement.

Pour ceux qui me contactent déjà par courriel : Encore un grand merci pour vos encouragements, vos témoignages et vos contributions littéraires. Je ne sais pas où l'on va mais cela me rassure d'y aller avec vous.
Enfin, pour ceux qui commencent à en avoir ras la cafetière de la totale-politique du Roi fait néon, ce qui regroupera probablement les catégories susmentionnées : Je les encourage à prendre sur leurs temps de travail, de chômage, de glande, d'étude ou de retraite pour manifester leur mécontentement dans les rues de France le 29 janvier, histoire de recalibrer les pendules Patek Philippe du pouvoir à l'heure populaire du cafard.


* Le petit concours publié dans le profil est gagné. Une excursion dans un haut-lieu du fooding-worldterroir-neobobo (avec foie gras au pastis sur lit de crème chantilly) sera organisée pour le perspicace, à sa prochaine montée sur la capitale.

** copyright Philip K.DIck et Warner Bros.

*** "Perverse Road" sur Amazon ? Une histoire compliquée...

17 janvier 2009

C'est beau une banque la nuit

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Le bus 95 remonte le XVe arrondissement vers le centre de Paris, le long d'un axe dit populaire, sans une âme qui traîne après 20 heures. Pas de piétons, peu de lumières, quelques variations bleutées du journal télévisé s'échappent synchrones par les alcôves alignées aux étages des barres en béton.

Le bus traverse la place du 18 juin et change de régime pour glisser, Rue de Rennes, vers le centre à fric.

Ici comme dans le XVe, malgré leurs adresses précieuses, les rideaux de fer des bars et des petits commerces (vente à emporter, d'accessoires ou de téléphonie mobile) sont de plus en plus souvent baissés, même la journée, barrés de la mention bail à céder.

Vu du bus, le défilement du panorama urbain prend un sens que le piéton parisien concentré à esquiver les colonnes publicitaires, les kiosques à Closer,
les bancs où personne ne s'assoit jamais, les velib et les scooters mal garés ne peut appréhender. De cette hauteur, aux premières heures de la nuit, on perçoit mieux l'hécatombe : Succession des liquidations judiciaires. Dans ces humbles commerces là, il ne sera plus question de travailler le dimanche ou pas.

Le bus s'invite dans le quartier dit aisé. Le mètre carré y est à peine plus cher que Porte d'Orléans, c'est à dire bien trop cher pour ces gens qu'on appelle les gens. Aux pieds des façades blêmes des immeubles inhabités s'étalent, illuminées, les grandes boutiques de chaîne.
L'une chasse l'autre. Elles offrent aux yeux du fauché, leurs vastes alignements de jeans boot-cut ou de polos à kékés. A ce moment précis, la vie est ailleurs. A Vierzon ou dans la banlieue de Nancy ça pulse plus qu'ici.

Au cœur du cimetière urbain, depuis un an, ne sont inaugurés que des mini-banques avec des mini-supérettes pas loin pour nourrir à prix surtaxés les employés à mini-salaires. La grande distribution, je comprends : Elle s'adapte et elle en a sous le matelas. Mais, il me semblait entendu que pour les banques c'était tendu. 2008, une mauvaise année. En 2009, les banques sont sauvées, elles repartent d'un bon pied. La crise maintenant c'est pour leurs clients.

De ma plate-forme d'observation mobile, le banking-business m'a l'air plus florissant que jamais. Des banques, au pied de ce pâté d'immeubles comme au précédent, j'en compte bien plus que de boulangeries, de boucheries et de fleuristes réunis. Aux angles des boulevards, règnent toujours les grandes succursales d'antan
. Sur leurs vitrines sont placardées des annonces idylliques et colorées pour tel prêt à taux libérateur garanti.

Le bus pénètre maintenant dans ces ruelles étroites où le moindre arrêt de véhicule cause la paralysie complète du vieux Paris. Là aussi, je retrouve tous les 15 mètres une enseigne familière, que parfois au détour d'un scandale l'on a préféré rebaptiser, Banque Nationale du Pari ou Crédit Lions-les. De la taille d’une sandwicherie (et pour cause, elles occupent d'anciennes sandwicheries), ces établissements bonsaïs s'étirent le long d'un corridor de 3 mètres de large sur 10 de long. La journée on y trouve deux employés qui s'ennuient ferme, pas de coffre et jamais trop de clients puisque elles sont la réplique à l'échelle 1/4 d’autres locaux de mêmes enseignes, plus grands et aussi vides, à moins de 100 mètres de là.

C'est ici que je descends. De cet arrêt au suivant (mon lit à 150 mètres), je compte 8 banques, 7 SDF et 12 distributeurs de billets.

De quoi vais-je me plaindre ? Désormais pour gérer mon épargne estimée à 16 euros, j'ai à ma disposition 3 officines à moins de 2 minutes de marche.

Une question cependant :
Sont-ce nos frais de tenue de compte ou les milliards injectés qui permettent au secteur bancaire (
innocente victime des tristes évènements que l'on connaît) de se refaire une santé foncière en récupérant les emplacements en or des petits commerces qu'il a contribué à faire péricliter en leur coupant net des crédits, via le sourire désarmant d'une conseillère clientèle de 25 ans débitant son désolé mais non négociable :

- "
Vous comprenez Monsieur Fauche-man c'est la crise" ?

Probablement un savant mélange, fiscalement optimisé, des deux.

Seb Musset est l'auteur d'Avatar et Perverse Road disponibles ici


(Ci-dessous : Une version rurale.)

* Banque (n.m) : service forcé et payant, de collecte et d’exploitation de votre argent.

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