Retour en vidéo sur le carton d'invitation à librement exprimer sa haine de l'autre, délivré à l'approche des élections par un gouvernement camouflant sa désastreuse politique anti-sociale derrière un patriotisme de façade.
Rappel aux électeurs UMP : Il n’y a pas de déficit de patriotisme mais un manque de citoyenneté. Le patriotisme est publicitaire, la citoyenneté c’est l’expérience du quotidien.
Rappel à ceux qui se sentent visés à juste titre par ce faux débat : l'intégration est un concept de dominant. Il n'est jamais posé, ni lancé selon les termes de celui censé s'intégrer mais bien selon le calendrier et les critères de celui qui tolère. Celui qui vous parle d'intégration, n'exprime fondamentalement que la peur de ce que vous êtes, ou de ce qu'il pense que vous incarnez.
Nous reparlerons d'identité nationale lorsqu'il n y aura plus un seul citoyen mourant de froid au pays des lumières éteintes.
Dans la série que disaient les blogs politiques à l’époque, je suis tombé par hasard sur ce texte d'Henri Calet, chroniqueur au journal "combat", écrit en février 1945.
La France sort dans la douleur de cette guerre qui selon certains (dont on se demande encore comment ils ont pu accéder à de telles responsabilités en énonçant de telles sottises) aurait pu être évitée avec un beau débat à la Besson.
Guerre, invasion, identité, France idéalisée du passé, différence, haine et natalité, nature humaine avec ou sans guerre : Calet répond avant leur naissance à André Valentin et Christian Estrosi.
« Dans un article récent traitant de la naturalisation des étrangers en France, nous écrivions qu’il est urgent de nous en agréger un grand nombre pour pallier un peu le dépeuplement de la nation. Et nous nous référions à des statistiques de désastre. Nous y revenons aujourd’hui.
Avant, on voudrait accuser de réception de quelques lettres de lecteurs assidus, comme ils disent, et anonymes. Un monsieur me traite de « sale juif ». Bon. Ailleurs, déclarations xénophobes et antisémitiques, le tout sur un refrain chauvin. La France aux Français ! s’écrie une dame.
On espérait ne pas devoir réentendre ce vocabulaire. Ni cette propagande raciste et hitlerienne qui s’inscrit nuitamment sur les murs. La leçon de haine de quatre ans a été bien apprise.
Un autre monsieur s’indigne contre une « racaille ». Il dit en terminant qu’il débute dans le billet anonyme. On ne l’aurait pas cru : il s’y prend fort bien. Du premier coup, il a trouvé le style nauséeux qui convient. Et, là dessus, il signe, comme nous l’aurions fait à sa place : Un C… de Français. Mme Dubois, qui ne donne pas son adresse, parle également de « racaille ». Ces gens s’instruisent dans un même dictionnaire. Plus loin, elle s’emporte contre « la lie qui s’empare des emplois et des logements ». Mme Dubois est très véhémente : « A bas les étrangers s’exclame t-elle, à bas les Juifs, ce sont ceux-là qui font le marché noir. »
Pour Mme Dubois il reste évidemment encore beaucoup trop d’étrangers et de Juifs. Probable qu’on n’en a pas assez pendu, qu’on n’en a pas assez brûlé ni assez fusillé. Mme Dubois se débarbouille au sang frais tous les matins. Des mises au jour des nouveaux charniers avec des photographies à l’appui, il lui en faut dans son journal. Pour conclure, elle déclare : « J’espère qu’après la guerre il y aura un compte à régler avec les étrangers. » On voudrait pouvoir lui promettre d’importants pogromes, une Saint-Barthélemy, des Vêpres siciliennes ou des Matines brugeoises… Mme Dubois, on vous trouve, un peu ignoble sans vous avoir jamais vue.
Sortons de ce monde obscur. Et respirons.
Nous redisons qu’un apport étranger nous est immédiatement nécessaire. Que les naturalisations doivent se faire avec prudence, nous ne l’avions pas précisé. Mais on sait qu’il existe un appareil administratif qui passe pour sévère.
Depuis des années la courbe démographique ne cesse de descendre. Voici des chiffres : la fécondité et la mortalité demeurant au niveau de 1935, la population de la France serait en 1985 de 29 millions et demi d’habitants, parmi lesquels plus de 11 Millions de vieillards. Or, depuis 1935, il y a eu la guerre ; on s’en souvient , il y a les privations actuelles. Et il y a aussi la longue absence de 2 millions et demi d’hommes.
Les causes directes sont connues : diminution du nombre des mariages, infécondité, avortements (on en compte 400.000 pour 600.000 naissances), divorces.
On ne tient pas pour très efficaces les diverses mesures prises jusque ici : allocations, réductions d’impôts, etc… La courbe baissera encore, on peut le craindre.
Dans les pays de dictature, on a poussé les couples dans les alcôves. Pour obtenir des régiments tout neufs. Cette contrainte ne nous satisfait pas. Ni dans ses moyens ni dans ses fins.
Ici même on a connu un gouvernement qui avait pris pour devise : Travail, Famille, Patrie. Pendant quatre ans, il a été distribué des médailles et des honneurs aux familles nombreuses. Dans le même temps, on raflait les hommes valides pour les remettre à l’occupant. Ils sont encore en Allemagne, aux travaux forcés. Voilà pour le travail et la famille. Quant à la patrie, personne n’a oublié ce qu’il en a été fait.
Question vitale, sans doute. Recommandons aux spécialistes de s’appliquer à y trouver remède. Mais on croit que la cause véritable de la dénatalité se trouve dans l’insécurité de l’avenir. On ne dit rien des jours présents. Pour le moment l’ont tue. Mais après ?
On peut penser qu’il y aurait davantage d’enfants en France si l’on n’avait pas dû en faire un tel grand massacre tous les vingt ans. On peut penser également qu’on verrait ici plus d’enfants si le sort matériel de tous était mieux assuré. Si l’on pouvait regarder grandir un enfant sans avoir d’inquiétude et qu’on pût ne plus lui prédire : « Quand tu seras grand, tu seras chômeur, d’abord, puis tu seras un héros. »
Si l’on vivait heureusement en France, et ailleurs, il semble que les enfants naîtraient tout seuls, comme des fleurs sous un ciel tranquille.
En somme, dans le futur, le problème se poserait ainsi : faire des canons ou faire des enfants. »
Henri Calet, chroniqueur,
in « Combat » numéro du 28 février 1945
Texte publié chez Grasset en 1956 dans le recueil contre l’oubli.
[update : perle, lien 28.12.09 21.30]
Rappel aux électeurs UMP : Il n’y a pas de déficit de patriotisme mais un manque de citoyenneté. Le patriotisme est publicitaire, la citoyenneté c’est l’expérience du quotidien.
Rappel à ceux qui se sentent visés à juste titre par ce faux débat : l'intégration est un concept de dominant. Il n'est jamais posé, ni lancé selon les termes de celui censé s'intégrer mais bien selon le calendrier et les critères de celui qui tolère. Celui qui vous parle d'intégration, n'exprime fondamentalement que la peur de ce que vous êtes, ou de ce qu'il pense que vous incarnez.
Nous reparlerons d'identité nationale lorsqu'il n y aura plus un seul citoyen mourant de froid au pays des lumières éteintes.
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Dans la série que disaient les blogs politiques à l’époque, je suis tombé par hasard sur ce texte d'Henri Calet, chroniqueur au journal "combat", écrit en février 1945.
La France sort dans la douleur de cette guerre qui selon certains (dont on se demande encore comment ils ont pu accéder à de telles responsabilités en énonçant de telles sottises) aurait pu être évitée avec un beau débat à la Besson.
Guerre, invasion, identité, France idéalisée du passé, différence, haine et natalité, nature humaine avec ou sans guerre : Calet répond avant leur naissance à André Valentin et Christian Estrosi.
« Dans un article récent traitant de la naturalisation des étrangers en France, nous écrivions qu’il est urgent de nous en agréger un grand nombre pour pallier un peu le dépeuplement de la nation. Et nous nous référions à des statistiques de désastre. Nous y revenons aujourd’hui.
Avant, on voudrait accuser de réception de quelques lettres de lecteurs assidus, comme ils disent, et anonymes. Un monsieur me traite de « sale juif ». Bon. Ailleurs, déclarations xénophobes et antisémitiques, le tout sur un refrain chauvin. La France aux Français ! s’écrie une dame.
On espérait ne pas devoir réentendre ce vocabulaire. Ni cette propagande raciste et hitlerienne qui s’inscrit nuitamment sur les murs. La leçon de haine de quatre ans a été bien apprise.
Un autre monsieur s’indigne contre une « racaille ». Il dit en terminant qu’il débute dans le billet anonyme. On ne l’aurait pas cru : il s’y prend fort bien. Du premier coup, il a trouvé le style nauséeux qui convient. Et, là dessus, il signe, comme nous l’aurions fait à sa place : Un C… de Français. Mme Dubois, qui ne donne pas son adresse, parle également de « racaille ». Ces gens s’instruisent dans un même dictionnaire. Plus loin, elle s’emporte contre « la lie qui s’empare des emplois et des logements ». Mme Dubois est très véhémente : « A bas les étrangers s’exclame t-elle, à bas les Juifs, ce sont ceux-là qui font le marché noir. »
Pour Mme Dubois il reste évidemment encore beaucoup trop d’étrangers et de Juifs. Probable qu’on n’en a pas assez pendu, qu’on n’en a pas assez brûlé ni assez fusillé. Mme Dubois se débarbouille au sang frais tous les matins. Des mises au jour des nouveaux charniers avec des photographies à l’appui, il lui en faut dans son journal. Pour conclure, elle déclare : « J’espère qu’après la guerre il y aura un compte à régler avec les étrangers. » On voudrait pouvoir lui promettre d’importants pogromes, une Saint-Barthélemy, des Vêpres siciliennes ou des Matines brugeoises… Mme Dubois, on vous trouve, un peu ignoble sans vous avoir jamais vue.
Sortons de ce monde obscur. Et respirons.
Nous redisons qu’un apport étranger nous est immédiatement nécessaire. Que les naturalisations doivent se faire avec prudence, nous ne l’avions pas précisé. Mais on sait qu’il existe un appareil administratif qui passe pour sévère.
Depuis des années la courbe démographique ne cesse de descendre. Voici des chiffres : la fécondité et la mortalité demeurant au niveau de 1935, la population de la France serait en 1985 de 29 millions et demi d’habitants, parmi lesquels plus de 11 Millions de vieillards. Or, depuis 1935, il y a eu la guerre ; on s’en souvient , il y a les privations actuelles. Et il y a aussi la longue absence de 2 millions et demi d’hommes.
Les causes directes sont connues : diminution du nombre des mariages, infécondité, avortements (on en compte 400.000 pour 600.000 naissances), divorces.
On ne tient pas pour très efficaces les diverses mesures prises jusque ici : allocations, réductions d’impôts, etc… La courbe baissera encore, on peut le craindre.
Dans les pays de dictature, on a poussé les couples dans les alcôves. Pour obtenir des régiments tout neufs. Cette contrainte ne nous satisfait pas. Ni dans ses moyens ni dans ses fins.
Ici même on a connu un gouvernement qui avait pris pour devise : Travail, Famille, Patrie. Pendant quatre ans, il a été distribué des médailles et des honneurs aux familles nombreuses. Dans le même temps, on raflait les hommes valides pour les remettre à l’occupant. Ils sont encore en Allemagne, aux travaux forcés. Voilà pour le travail et la famille. Quant à la patrie, personne n’a oublié ce qu’il en a été fait.
Question vitale, sans doute. Recommandons aux spécialistes de s’appliquer à y trouver remède. Mais on croit que la cause véritable de la dénatalité se trouve dans l’insécurité de l’avenir. On ne dit rien des jours présents. Pour le moment l’ont tue. Mais après ?
On peut penser qu’il y aurait davantage d’enfants en France si l’on n’avait pas dû en faire un tel grand massacre tous les vingt ans. On peut penser également qu’on verrait ici plus d’enfants si le sort matériel de tous était mieux assuré. Si l’on pouvait regarder grandir un enfant sans avoir d’inquiétude et qu’on pût ne plus lui prédire : « Quand tu seras grand, tu seras chômeur, d’abord, puis tu seras un héros. »
Si l’on vivait heureusement en France, et ailleurs, il semble que les enfants naîtraient tout seuls, comme des fleurs sous un ciel tranquille.
En somme, dans le futur, le problème se poserait ainsi : faire des canons ou faire des enfants. »
Henri Calet, chroniqueur,
in « Combat » numéro du 28 février 1945
Texte publié chez Grasset en 1956 dans le recueil contre l’oubli.
[update : perle, lien 28.12.09 21.30]


