4 juin 2012

Une intolérable injustice

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C’est le grand défilé des hors d’œuvre, une orgie de mini soupe, de micros gaspachos et de légumes nains à tremper. 

Avec son parquet stratifié, ses placards design et l’intégralité laquée de la gamme Zöbduhr, le salon où la dizaine de convives se concentrent sur leurs verrines a des allures d'appartement-témoin de ces magasins de meubleurs de masse suédois se clonant d'une Zac à l'autre pour combler d'un coït de CB nos désirs pré-mâchés. Pourtant, la profusion des meubles entrave la mobilité et provoque très vite une sensation d’étouffement chez l'observateur.

Sur la paisible berceuse de ces lieux communs hexagonaux qui font des dimanche en famille les zones démilitarisées des rapports heureux, les jeunes parents et leurs parents sexagénaires devisent tandis que les gamins se gavent des petites préparations en mignonnette fort peu pratiques à manipuler pour les mains non expertes, finissant une fois sur deux sur le parquet. A la moindre souillure, les propriétaires, angoissés à la perspective qu'elle entraîne une baisse de plus-value, dégainent l'aspirateur de poche pour aseptiser ce manque à gagner. 

Dans le cocon climatisé à stores couleur châtaigne du Pérou, la moindre envolée de conversation revient invariablement sur l'objet ou la possession. Se succèdent les occurrences ventes privées.com et soldes, s'égrainent en un chapelet d'admiration ces noms de marques, label luxe, qui lui parlent peu mais font consensus et dont il est toujours précisé par chacun des invités le pourcentage du rabais dont il a bénéficié lors de l’acquisition ainsi que les lieux de l’achat. 

Ces endroits, où l'invité peut librement s'adonner dans la limite de son découvert autorisé à l'addiction du consommer plus, se divisent invariablement en deux

- La zone commerciale des fins de série ou de produits dégriffés, 

- Ce réseau informatique nommé internet ayant révolutionné le monde tel qu'on le connait, celui où acheter pour moins cher des produits prisés est la preuve d'une vie à la fois conquérante et bien remplie.

Le mot euro conclue une phrase sur deux, l’autre étant consacrée au descriptif des travaux des appartements respectifs et aux espoirs contrariés d'enrichissement par la revente dans moins de 4 ans. Par-delà la nacre des plateaux à tapenade barré par les alignements militaires des macarons salés, la fin annoncée de l'enrichissement par la pierre n'est pas envisagée comme la conséquence saine et logique d'une hystérie collective (sponsorisée par la clémence des banques, un apport parental conséquent ayant faussé le marché et une dérégulation complète du secteur). Non, le début de la terreur, la vraie, est bel et bien causé par la fin des avantages fiscaux et la victoire des salauds de socialos ne connaissent rien à la vie des pauvres gens comme nous.

A ce sujet, et ce sera la seule incartade sur le terrain politique d'un dimanche au salon, la réforme du quotient familial envisagée par François Hollande est vécue comme un retour sous l'inquisition communiste... ou un truc dans le genre. Et gare à celui qui recadre la conversation en déclarant que ce qui sera pris au riche sera tout simplement redistribué à ceux qui en ont le plus besoin, il s'exposera au soupir pouffé, dans son soufflé au fenouil, de la mère à la retraite pensant que la blague, sortant des codes convenus de l'humour à savoir la répétition des phrases "cultes" des comédies populaires, est de mauvais goût.

" - Comme si nous étions des gens n'en ayant pas besoin. C'est encore les mêmes qui vont en bénéficier"

L'observateur aurait pu répondre en une courte phrase que " - Non. Avec des propriétés en pagaille aux quatre coins de La France, des revenus qui vous placent d’emblée dans les 10% les plus riches de ce pays, vous n’êtes évidemment pas prioritaires sur la liste des personnes dans le besoin. Après ça, libre à vous de tacler les assistés et de tabler en parallèle que les aides fiscales pour vous constituer un patrimoine immobilier n'auront jamais de limite, mais c’est à vos risques et péril. J'ajouterai que c'est limite criminel d'avoir inculqué ce principe à vos enfants qui pourtant vivent avec des salaires bien moins élevés et des endettements bien plus longs que les vôtres". 

Mais non, s'il est soucieux de finir sa coupe de champagne, l'observateur reprendra aussi sec une mini tourte paprika / crevette en gardant pour lui ce délice, teinté de frisson, que lui procure la contemplation de la petite assemblée en boucle sur la mise en avant permanente d'un confort pour s'en plaindre deux secondes après

Puis, il décrochera des conversations où l'on ne discerne plus les jeunes des vieux, préférant jouer à chat avec les gamins en songeant apaisé que non, la révolution c'est loin d'être pour demain ou alors qu'elle prendra dans ce pays un tour plus tragique que celui espéré par les aficionados locaux de la grande indignation mondiale. 

Pour se révolter, il faudrait déjà avoir un semblant de conscience politique, un sentiment tranché des rapports de classe. Une classe de travailleurs ? Ici, chacun est déjà bien incapable de définir en quoi consiste son travail si ce n'est qu'il risque de le perdre s'il ne fait pas exactement ce qu'on lui dit, là où on lui dit, au prix qu'on lui dit, alors le sentiment de classe c'est encore plus "casse-couilles" qu'un film de Terrence Malick (même en 3D). Une classe sociale ? Du plus pauvre au plus riche, ils respirent par les mêmes marques, s'unissent sur les mêmes codes.

Bien éloigné semblera à notre observateur, un grand soir où serait décollée pour de bon ce terme  classe moyenne avec lequel chacun s'étiquette à souhait, les pauvres se persuadant qu'ils seront riches avec la droite, les riches qu'ils risquent de s'appauvrir avec la gauche. 

La boite à images a bétonné les espérances. Mélange de programmes publicitaires, abrutissants, d’information ciblée ou soumise au dogme de l'instant enrobé en flux tendu par la parole d'évangile des experts accrédités bouclant d'une chaîne à l'autre un cercle de la raison dont sont éradiquées ou raillées les opinions contrevenant à la bonne marche des vainqueurs. Dans ces salons calfeutrés, où l'on peut choisir la couleur de son pouf et l'arôme de son café, le lavage de cerveaux commence dès le biberon. Pujadas sert de berceuse, Secret Story remplace les contes et Florence Foresti vaut mille Marie Curie.

L’accès facile au confort, grâce à l’accession à la propriété par le crédit et à la fabrication délocalisée et low cost d’objets et de technologies symbolisant la réussite sociale, condamne toute velléité au dépassement d'une condition hors des sentiers battus du dominant. Tout ou presque ici a été obtenu vite, avec sa conséquence immédiate: la peur de perdre ce que l’on a, la télé ayant préalablement conditionné que les choses définissent qui l’on est. Hors catéchisme forcé pour les enfants, les idées de solidarité ou de partage sont hérétiques d’entrée. On ne fait plus cohésion par  le travail, les revenus, ou même le pays, mais bien par l’acquisition immobilière, la possession d’objets, le respect de la mode et des codes ostentatoires. 

La petite assemblée du dimanche est de ces gens de droite par défaut, tout simplement parce que la gauche, dont la représentation exposée par les médias se réduit à l'explication basique (expurgeant toute notion historique de plus de 3 mois), est associée chez eux au péril.

L'observateur les regardera ainsi, se pétant la panse à l'unisson, et conclura qu'à moins que la nouvelle politique ne les change, eux ne changeront pas leur politique: du vide à remplir à ras bord d'une morphine frelatée, remboursable avec intérêts. 

Tôt ou tard, ils seront captés par le premier ou la première sachant répondre à ce ressentiment sans fin qui grignote d'amertume leur moindre propos sur l'objet ou le standing, cette vie rêvée pour eux par d'autres et qu'ils appellent liberté. Une rancœur diffuse, innée, voulant qu'avec l'arrivée de la gauche d’autres auraient plus qu'eux et qu'ils auraient à perdre dans cette répartition, en premier lieu parce qu'ils ne pourraient plus accumuler comme avant. 

Ce ne sont pas les riches que la petite assemblée a dans son viseur. De par leur style de vie, la parade décomplexée des marques qu’eux s’acharnent au quotidien à obtenir au rabais, les riches sont un modèle, un cap, un arbre de vie. Vu sur M6, signé et certifié chez Calvi.

Derrière les rires d'enfants, le Médoc aidant, au fil des répliques sur tel quartier de la quatrième dimension envahit par les mosquées ou telle école peu fréquentable parce qu'il n'y aurait "que des noirs" (pas méchants parce qu'ils sont noirs mais parce que les noirs sont tous pauvres et, en tant que pauvres, sont jaloux, donc méchants) remonte insidieusement, dans les relents de blinis et les rots contenus de pâte aux truffes Lidl, la stigmatisation de ceux qui ne méritent pas ce qu’ils ont ou ce qu'ils pourraient avoir. Rapidement est atteint, ce que Laurent Wauquiez, sous inflexion Bessonienne, a conceptualisé comme le point Cancer de la société, et que les insatisfaits de ne pas avoir assez peuvent remplir avec l'ensemble humain ad-hoc.


Mettons à part l'enjeu local des législatives, que dit, en deux temps, la candidate d'extrême droite déambulant dans les rues d’Hénin-Beaumont devant les caméras de France Télévision lorsqu'elle lance à un jeune d'origine maghrébine au volant d’un cabriolet : "- Vous l’avez gagnée au loto votre voiture ou grâce au travail ?"

1 / Elle signifie que la voiture est le symbole de la réussite.

Sur ce point, écoutant quotidiennement les conversations des quartiers riches et pauvres (ce qui est le plaisir pas cher du promeneur solitaire), l'observateur est formel: quels que soient l'âge, le sexe et la couleur de peau, cette idée est bien ancrée dans la société. Ce qui explique probablement l'enfer que vit le piéton ici bas, mais c'est un autre débat.

2 / Que selon cette croyance en l'accomplissement par l'auto, quelqu’un n'ayant pas le look blanc à 100% ne mérite pas de "réussir" sans tricher, ou sans coup de pouce exceptionnel du destin

3 / 1+2 Qu'un tel citoyen conduisant un cabriolet constitue un désordre consommé dans le système des représentations de la réussite. Le basané est à sa place s’il est pauvre, mais s’il commence à obtenir le même niveau de vie, voire supérieur que le blanc, il ne le peut qu’en le volant aux autres. Pire, il lui vole son idéal de réussite. Son cap.

Bien plus qu'avec un nationalisme ne suffisant pas à fédérer un peuple s'adonnant sans ciller depuis 30 ans au Made in China parce que c'est moins cher (même s'il ne fallait pas être une lumière pour deviner que cela lui coûterait un jour, si ce n'est son emploi au moins celui de ses enfants), l'observateur conclura que c'est lorsque qu'elle surfe, en free style ou pas, sur la thématique de la voiture que Marine Le Pen (comme d'autres à droite) est dangereusement compatible avec le plus grand nombre. Principe déclinable à d'autres objets de la vie courante.

Malgré 30 années de chômage massif, de désindustrialisation, d’envolée des prix de l’immobilier, jamais les Français n’ont autant possédé d’objets du confort, de biens immobiliers, de vêtements de marque, de signes extérieurs de richesse, de voitures. La source est artificielle (endettement massif + délocalisation de la fabrication à obsolescence programmée + prix cassés grâce à des réseaux de distribution locaux pratiquant également l’exploitation salariale éhontée) mais le moindre accident de débit (ou risque d'accident) dans la fontaine d’abondance est désormais vécu comme une intolérable injustice. 

Il est toujours plus simple de désigner l'autre que de reconnaître le poids de ses addictions, de ses renoncements, des conséquences de ses actes, de ses actes d'achat, de son avidité, de son désir de rente, dans la destruction progressive du collectif.

Le changement c'est maintenant, une possibilité. L'autre c'est nous, une certitude

Illustration : Tree of life, T.Malick (2011)

2 juin 2012

A quoi joue Le Figaro magazine ?

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Je sais... Deux fois en une semaine ça tourne à l'obsession, mais la dernière couverture du magazine de papy Dassault mettant en avant, façon "Jours de France", Marine Le Pen provoque chez moi quelques interrogations et une conclusion. 


1 / La date. Étonnante Une de la part d'un magazine qui n'a jamais caché son engagement politique à droite et qui devrait théoriquement soutenir l'UMP à une semaine du premier tour des législatives. De là à croire que Le Figaro pense à l'après et souhaite secrètement que les candidats UMP se bananent... (Je n'ai pas lu le contenu, mais la couverture sur tous les kiosques vaut 100.000 affiches électorales).

2 / Fermez les yeux. Imaginez une couverture aussi glamour avec le père de Marine Le Pen. Impossible. Et ce n'est pas une question du physique. Avec un bon photographe, du maquillage et  photoshop, on peut rendre n'importe qui superbe. Songeons qu'en 1988 le refus de Jacques Chirac de récupérer les voix FN lui coûtait la présidentielle et mesurons l'étendu du chemin parcouru dans les cerveaux à droite.

Voilà qui valide par le graphisme que la fusion FN-UMP est en marche et qu'un des plus grands magazines de France y prépare son lectorat (ou le suit).

1 juin 2012

Augmenter les salaires sans pénaliser les entreprises ?

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Le montant du "coup de pouce au SMIC" du gouvernement Ayrault n'est pas encore connu (inférieur à 5%, dans le bon sens mais insuffisant) que la libéralie se met en branle pour dénoncer cette attaque faite au coût du travail. Hier la commission européenne préconisait la disparition du CDI (le salariat étant un redoutable accélérateur de chômage). Aujourd'hui, Marc Landré recense sur le site du Figaro quelques belles réactions nous expliquant pourquoi payer un peu plus les travailleurs c'est gagner beaucoup moins pour le capital:

La problématique du coût du travail est réelle, et tout coup de pouce, même minime, creusera un peu plus notre tombe, prévient Olivier Duha, le président de CroissancePlus [think tank libéral]. François Hollande devrait être plus imaginatif et mettre en place, tout en accordant son coup de pouce, un salaire différencié à l'embauche pour les jeunes.» Bref, instaurer une sorte de «smic jeune» pour les 15-20 ans sans qualification, comme dans la moitié des pays de l'OCDE, afin de baisser leur coût du travail et leur permettre d'accéder à l'entreprise."

On précisera ici que cette sous-rémunération existe déjà depuis deux décennies, qu'elle dépasse largement la barrière des 20 ans et qu'elle concerne même les travailleurs ultradiplomés. Ça s'appelle le stage. Cette chose absurde a pris son envol au milieu des années 90, précisément au moment où Jacques Chirac supprimait le service militaire (ce qu'avec le recul je considère comme un joli cadeau fait au patronat, puisqu'au service sous le drapeau s'est substitué le service quasi gratuit au patronat). Toujours est-il qu'en plus de n'arranger en rien le chômage et de faire un méga cadeau fiscal à l'entreprise, la vraie nocivité du stage est de distiller au plus tôt dans les jeunes esprits qu'il est normal de se donner à fond à prix cassé pour montrer sa motivation (dans les faits: occuper trois postes pour le tiers du salaire d'un).

L'article rapporte également les propos du président de la CGPME  [confédération générale des petites et moyennes entreprises] «Nous sommes opposés à un coup de pouce au smic». Au moins c'est clair.

Et Marc Landré de préciser :

"Accéder à la demande de la CGT de porter à 1700 euros brut le salaire minimum serait une catastrophe économique. Il en coûterait 10 milliards d'euros par an aux entre­prises, sans parler de la destruction de centaines de milliers d'emplois."

10 milliards tiens donc... Les temps sont durs pour les entreprises. Soit. Ne pourrait-on pas creuser quelques pistes pour récupérer cette somme ? Par exemple en creusant un peu sur l'évasion fiscale. Et je ne parle pas ici de la fraude aux prestations sociales, cible favorite de la droite, estimée entre 2 et 3 milliards par an, mais bien de l'ensemble des 25 milliards de fraude fiscale  annuels (dont 12 milliards de TVA non perçus, des 4,5 milliards d'impôts sur les sociétés non collectés) ou encore de la fraude aux cotisations sociales des entreprises aux alentours des 14 milliards (dont 6 à 12 milliards de travail au noir). Sans parler des 80 milliards d'avoirs français en Suisse non déclarés. (source : cour des comptes, 2010). Dois-je rappeler les exhortations de notre ancienne ministre des finances, catapultée chef du FMI, au peuple grec (enfin hors clergé,  armateurs et Christine Lagarde): il faut payer ses impôts !

Voilà donc, avec un petit renforcement des contrôles, qui nous autoriserait à un coup de pouce du SMIC un peu plus conséquent sans perturber les comptes des entrepreneurs honnêtes.

Autre piste évoquée la semaine dernière par l'OCDE (organisation pourtant pas réputée pour son anti-libéralisme) pour financer l'allègement du coût du travail: Une taxation plus forte de l'immobilier et des successions en France.  L'OCDE pointe le fait qu'en Angleterre et aux Etats-Unis, si les impôts sur le revenu sont un peu moins élevés qu'en France en revanche, la fiscalité sur la propriété est plus forte. L'avantage est d'abord que les biens immobiliers ne sont pas délocalisables et qu'il est bien plus compliqué de mentir à se sujet. Les tarifs sont connus de tous et constituent la preuve matérielle la plus tangible de l'enrichissement. L'inégalité générationnelle dans le travail se double souvent d'une inégalité générationnelle dans les conditions accès au logement à un prix décent en partie renforcée par une concentration exponentielle d'un pognon ayant de moins en moins avoir avec le travail ou le mérite. 

L'augmentation de l'impôt sur les successions renforcerait le rééquilibrage et endiguerait en partie ce mécanisme pervers de concentration d'argent entre les mêmes mains, sans pénaliser l'entreprise ni le salarié. 

Voilà donc quelques pistes. Mais je m'inquiète déjà, Jean-Marc Ayrault ayant déclaré ce matin sur RMC qu'il n'y aurait "pas de big bang fiscal". Mettons ça sur le compte de la campagne des législatives... hein.


Illustation : Jurassic Park, S.Spielberg 1993

31 mai 2012

La paresse en crise

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Les politiques passent, la presse de droite aboie...

Le Figaro Magazine du 4 juin 2011

Un an plus tard, quasiment jour pour jourLe Point du 31 mai 2012

Vous avez dit "crise de la presse" ?

Justement ce jour où de France Inter à BFM Business en passant par le JT de France 2, on m'a répété 12 fois que la commission européenne (à laquelle la presse ne s’intéresse que modérément en temps normal) "met en garde" François Hollande sur son coup de pouce au SMIC et l'annulation de la TVA sociale et lui recommande d'abaisser le niveau de protection des contrats de travail et de faciliter les licenciements.

28 mai 2012

Mes matins sans Zemmour

par
Certains plans sociaux me laissent de marbre. Eric Zemmour serait "débarqué" d’RTL à la rentrée. Les indignados de droite s’insurgent et crient à la liberté d'expression. Le mec a fait une chronique over rance. C’est loin d’être sa première, le persécuté des médias ayant cette ligne tout au long des 341 chroniques et prises d’antenne de l’an passé (source : le blog de ceux qui l'aiment). Ce coup-ci RTL siffle la fin de la récré matinale du réac. On s’étonnera juste que la courageuse station ait attendu que la gauche soit au pouvoir pour trouver trop "clivants" les propos d'un chroniqueur en pleine cohérence avec la ligne UMP du moment, à savoir Feu sur Christiane Taubira !

Le providentiel martyr médiatique de la droite (il est au révélateur des contradictions déchirant cette sensibilité, pas étonnant d’ailleurs que FN comme UMP essayent de récupérer le bonhomme depuis deux ans) conserve en revanche ses plages d'exposition au Figaro, sur Paris Première, M6 et I-Tele. Les résistants ne prendront donc pas le maquis tout de suite, et remettent à plus tard leurs projets de suicides collectifs pour montrer leur opposition face aux premières purges de la dictature du 6 mai. 

Je ne suis pas loin de penser que le journaliste se félicite de cette opé promo en mode "si je gêne, c'est que j'ai raison" lancée par un de ses employeurs. En polo Lacoste, dress code des opprimés, il pleurait ce matin contre les "Torquemadas de café du commerce" et autres "professionnels de l’indignation tarifée" qui lui en veulent sans pour autant préciser combien il est rémunéré pour lâcher ses savantes saillies de pilier de bar. Reconnaissons qu’elles ont la forme et l’érudition nécessaires à épater les simplets afin de leur faire passer le sexisme pour de la sagesse et la xénophobie pour un projet politique.  

Inch'Allah Eric. A la fin, il te restera toujours internet. La droite a besoin de blogueurs de talent.



Article connexe :
- Mes nuits sans Zemmour

[1] A vrai dire, L'UNI, syndicat étudiant de droite, devrait même se féliciter que son appel à chasser les "journalistes à 3000 euros" soit ainsi entendu.  


[Update 14h14: Eric Zemmour attaque l'Express pour "rumeur malveillante".]

26 mai 2012

Encadrer les loyers rend impuissant !

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Une nouvelle saison politique débute, retrouvons un nouvel épisode de la secret story des libéraux. Accueillons "contrôle des loyers : retour au moyen-âge économique", un article court mais fruité publié sur le site Atlantico et tentons ensemble de trouver le secret de son auteur, Pascal-Emmanuel Gobry.

Face au péril des rentes compromises avec l'encadrement annoncé des loyers par la ministre du Logement, Atlantico sort l'artillerie lourde et toutes les recrues sont mobilisés pour gagner la bataille des idées. On ne plaisante pas, l'ennemi est au pouvoir.

D'entrée de jeu, l'analyste senior marché (en décodé: professeur de philosophie à l’Académie du cash  les pieds sur la table basse) assomme le lecteur d'une certitude scientifique, extraite de la bible du VRP (livrée en 1ere année, en échange d'un morceau d'éthique, aux étudiants en école de commerce): "93% des économistes américains sont opposés à tout contrôle des loyers. 93% !".

T'as compris mon con ?

1 / L'économiste américain est un être supérieur (à qui tu es prié d'accorder un peu plus de crédit qu'à Elizabeth Teissier ou Paco Rabanne qui se trompent pourtant moins souvent qu'Alain Minc et la ramènent comparativement bien peu).
2 / Tous les êtres supérieurs mangent du foin.
3 / Fais comme l'économiste américain sinon tu n’intégreras pas le club des êtres supérieurs payés à te répéter pourquoi ceux qui ne mangent pas de foin sont des ânes.

Fort de cette caution et parce que toucher à la croissance exponentielle de la rente et du patrimoine, c'est toucher aux droits de l'homme riche, le coeur meurtri du libéral omniscient souffre doublement à l'évocation d'un encadrement des loyers par les obscurantistes: "La réaction de l'observateur impartial ne peut être que le désespoir face à l'inculture économique complète de nos dirigeants politiques et l'urgence de solutions nouvelles". Probablement formé au cours du soir Franz-Olivier Giesbert, nous noterons le placement de l'auteur dans le camp de la raison impartiale, un concept complexe à résumer pour le profane, mais suffisant pour à faire flasher sur la voie rapide du What the fuck !

Même si "L'économie est loin d'être une science exacte" (à ses heures perdues, Pascal-Emmanuel  est également fan d'humour grec), l'auteur est clair:"Le contrôle des loyers est un sujet différent". Et il esquisse un subtil point Godwin en fosbury, passant sous la ligne de l'explicit lyric, en comparant les duos contrôle des loyers / économie et révisionnisme / histoire. Tu captes ? Si t'es pour le contrôle des loyers, tu nies l'existence des chambres à gaz. C'est ce que, dans le jargon des experts en économie, on appelle l'argument "REP A SA". De quoi réfléchir à deux fois avant de demander à ton proprio s'il peut faire réparer les chiottes.

Vers la vingtième ligne du texte, alors que je manque de dériver vers cette histoire d'auto-entrepreneur japonais cuisinant sa bite au saké qui me fait de l'oeil depuis la colonne des "articles les plus lus" du site à la pointe de l'expertise économique, je suis happé par ce second souffle narratif probablement trouvé par l'auteur au survol d'un "N'oublie pas d’être lucide... Et ramène du rapé, ce soir c'est gratin de nouilles. Ta maman chérie" post-ité sur le coin de son écran de monitoring des cours de l'eau potable en Ethiopie: 

"Mais, il y a bien une crise du logement, en France, non ? Les prix sont trop élevés, non ? Il faut bien faire quelque chose !"

A défaut de nous expliquer quoi, Pascal-Emmanuel nous définit le logement par "les bases de l'économie" et son fameux "le prix est déterminé par l'offre et la demande" auquel il n'a étrangement pas associé "la libre concurrence" pas plus que "la main invisible" (probablement pour se réserver des cartouches pour son prochain article sur les effets positifs, sur les caisses de retraite et la gestion des ressources humaines, de la généralisation en entreprise des stages d'initiation au suicide salarié à partir de 38 ans).

Mais attention, scoop. "La demande augmente au fur et à mesure que la population augmente". Et comme d'un côté le méchant état (qui n'y connait rien) fait tout pour ne rien construire tandis que  propriétaires et bailleurs ne veulent pas voir leurs biens se dévaloriser, rien ne bouge.

Étayons le cri d'alarme de Pascal-Emmanuel par un exemple de proximité: Les propriétaires des  coins thunés du 16e arrondissement de Paris empêchent juridiquement depuis des années la construction de HLM sur des terrains pourtant disponibles. Motif: les pauvres feraient baisser les prix de leurs apparts. Oui, au royaume de la main invisible, maîtriser l'offre est un combat quotidien pour ceux qui bénéficient de la demande. Je suis d'accord avec Pascal-Emmanuel et vais même plus loin que lui. C'est vrai que l'Etat montre des signes de faiblesse: il doit faire respecter la loi et construire de force pour imposer la mixité sociale dans ces cités sensibles, véritables ghettos à pognon ou les gros caïds de l'immo font impunément régner leur loi. L'encadrement n'est qu'un début, continuons le combat !

"Rajoutons à cette injustice le fait qu'il est très difficile pour un propriétaire d'expulser un locataire". [Merde déjà qu'on peut difficilement faire de son locataire un esclave sexuel sans passer pour un profiteur: où va le monde progressiste je vous le demande ?] "Ce qui naturellement [et oui, parce que la nature c'est d'user de ton prochain comme chair à payer] fait que les propriétaires ont très peu envie de louer leurs appartements, ou alors uniquement à des conditions exorbitantes."

Et Pascal-Emmanuel d'ajouter: "Le mécanisme est le même que sur notre marché du travail." [Et paf tant qu'on y est ! Prochain article pour Atlantico: "Les travailleurs payés : retour au moyen-âge de l'économie"]"

"Nous avons donc une situation où aucun “camp” idéologique ne peut régler le problème [comme disaient ces professeurs à la solde de Philip Morris te vendant l’innocuité du tabagisme passif, "les dogmes c'est moche"]. La droite verrait une levée de bouclier de son électorat bourgeois et rentier [il a pas tort là] si elle déréglementait le marché. La gauche est prisonnière de ses oeillères idéologiques [NDLR: un cap politique avec au milieu un souci de la collectivité] et de divers groupes de pressions" [parmi eux des électeurs, majoritaires, qui se sont prononcés pour que certaines pratiques changent, notamment l'indécence régnant dans le domaine du logement, suite à des politiques laxistes, au profit quasi exclusif de ceux disposant déjà du patrimoine et d'un capital conséquent].

Vient la conclusion.

"C'est donc la faute de personne et la faute de tout le monde [ah non, non mettre un 12m2 à 900 euros, c'est bien de la responsabilité de quelqu'un et à vrai dire, en plus d'un un encadrement du machin, ça mériterait une peine de travaux d’intérêt général pour le cupide] [...] Rien ne change. Et ceux qui perdent sont les “petits” [toujours rappeler que l'on défend les travailleurs, les humbles et les invisibles même si on a passé un texte complet à leur rouler sur la gueule en limo en leur expliquant que ce sont des abrutis, et que les détenteurs du patrimoine exploitant leur misère seront aussi victimes qu'elles de la politique à venir d'un gouvernement barbare] : ceux qui veulent se loger convenablement, ceux qui veulent accéder à la propriétéBref, nous sommes en France." 

Tu auras noté dans ce final riche en sous-entendus sur ce pays étouffant sous la chape de plomb de l'ignorance où les libéraux persécutés persistent à rester pour brandir haut le flambeau de la raison, un hommage tout en nuance à l'ancestrale sagesse de Mickael Vendetta: ce précédent candidat de la Secret story des libéraux qui s'est auto expulsé de la maison suite à un jet de flan dans la face.

Résumons. Une vitrine avec des grosses affiches scientifiques en mode "tout doit disparaître", une pseudo impartialité au service de la rente assortie d'un touche-pipi au Godwin, le tout pour dégoûter de l'encadrement des loyers sans apporter une seule proposition si ce n'est d'accélérer la déréglementation générale du secteur: as-tu trouvé le terrible secret de Pascal-Emmanuel ?  

Il est de droite.

(c'était facile)

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