30 avril 2008

DEBORDEZ PAR LA MARGE !

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Ma brave dame, les injustices se creusent et le prix de la baguette est un scandale ! Après les marchés de l’immobilier et ceux de la bourse, les spéculateurs non satisfaits de leurs rendements annuels s’apprêtent à affamer la planète. Vous me direz : Parfait, affamé le peuple va enfin se révolter !... Mmm, c’est plus vicieux qu’il n’y paraît.

Y a t-il au fond un espoir de changement ? Soyons objectifs, le changement, s'il arrive, ne peut pas venir de l’intérieur du système. Pourquoi donc ce ne seront pas les travailleurs pauvres et ceux plus précaires qui changeront quoi que ce soit à l'ordre des choses ? (Encore moins les étudiants qui défilent pour « plus de système »). Oui, Pourquoi ? La réponse est dans la question : Parce que justement, ils travaillent. Même si on bataille avec 1000 euros pour faire vivre sa famille, qu’on galère pour finir les fins de mois mais qu’au final on mange encore, on est dans le système. On le valide encore et économiquement même on le renforce, restant dépendant de lui, accroché comme un parasite à ses codes et ses règles même pour une paye limitée.

Le système est malin, face à la montée des prix des matières premières qu'il organise en sous-main, il a prévu les super hard discounters* qui alimenteront en merdes cancérigènes "pas chéres" les travailleurs pauvres en les persuadant qu'ils font la "une bonne affaire". Le système imagine avec malice, qu'avec de la chance ceux-là choperont une tumeur à 55 ans et ne réclameront pas de retraites. Notons au passage dans l'actualité récente que
la libéralisation du marché du hard discount en France est la mesure phare préconisée par Madame Lagarde, ministre de l’économie, pour « redonner du pouvoir d’achat » aux français.

Et puis, les chiffres sont là, ils ont beau crier que les prix des denrées augmentent, les occidentaux n’ont jamais été aussi obèses. Etre gros gêne pour faire la révolution.


On le voit, le système capitaliste est un poison insidieux distillé jusqu'au plus faible de ses maillons : le salarié. Le salarié est l'esclave consentant du marché, son abruti heureux. Certains d’entre eux, comme hier ceux de La Redoute à Watreloo s’énervent de temps à autres pour une augmentation. Trois semaines de sitting, pour 150 euros, ils en obtiendront 45 et s'en retournent bosser, persuadés d’avoir gagné "un combat". Non, le système les a encore tué. En ce sens, malgré ses coups de gueule de plus en plus rares, le travailleur n’inquiète en rien le système puisque, précisément, par sa nature et ses revendications il le valide perpétuellement. La grève pour l’augmentation minime du salaire reste un soutien total au système salarié. La révolte la seule, c’est le refus catégorique et non négociable. Le chemin de traverse. L'an O1. Le refus de se lever pour aller travailler. Le refus du salariat juste pour ce qu’il implique inévitablement de soumission personnelle.

Robert Castel, dans son ouvrage « les métamorphoses de la question sociale » paru aux éditions Fayard, nous apprend que jusqu’au XIXe siècle, le salariat existait mais était peu répandu, il était la marge, cantonné à ce que l’on pourrait appeler le secteur « public » de l’époque : Perception des impôts et basses besognes. Ceux qui s’y fondaient étaient alors vus comme des « assistés », des médiocres incapables de subvenir à leurs besoins. Tous les autres "travailleurs" en ce temps là étaient autonomes et ne devaient leur salut qu'à eux-mêmes grâce aux fruits de leur négoce, du produit de la chasse, de leur culture, de la fabrication artisanale ou de la création artistique. En ce sens malgré les régimes autoritaires, ils étaient bien plus autonomes, indépendants et libres de leurs décisions que les salariés soumis du XXIé siècle qui n’ont d’autre imagination que de se lever tous les matins à huit heures, ni d’autre ambition que de conserver un CDI où ils font acte de présence en espérant esquiver toute surcharge de travail d’ici les prochaines vacances. Par martèlement, le système a même réussi à leur faire croire que leur soumission les rendait supérieurs aux autres, les "chômeurs" et autres "assistés"qui leur font horreur.


Si le système doit être débordé, il ne peut l'être que par sa marge, par ceux non soumis à sa logique, ceux ne le craignant plus. Le système le sait bien d'ailleurs, il a peur de ces individus « incontrôlables », hors de son jeu de valeurs idéologiques dont le salariat et l’assistanat sont les armes de régulation. Le système nie et vilipende ces "anomalies comportementales", ces "indigents" que instinctivement elle ne prévoit même pas dans ces réglementations administratives. Essayez de faire comprendre à une administration que vous ne travaillez pas, que vous n’avez jamais travaillé mais que vous vous en portez très bien ! Pire, par un travail de sape mentale débuté dés l’école primaire, on a réussi à faire croire que vivre au crochet de sa famille c’était mal, alors que vivre au crochet de son travail - ce qu’est ni plus ni moins la salariat - c’était bien. Que l’on ne s’étonne pas en bout de chaine qu’il y ait des milliers de personnes âgées qui meurent de chaud seules chez elles pendant une canicule tandis que leurs enfants sont en congés payés !

Un système de valeurs ne tient qu’au pourcentage majoritaire de gens qui le respectent au quotidien. Combien d’individus se déclarant gauchistes ou anars n’imaginent-ils même pas leur avenir hors du système du salariat ? La plupart. L’inquiétude face à demain est le trait commun de la majorité des occidentaux. Pourquoi ? Parce que le marché, bien conscient de ses intérêts, les persuade qu’il n’y a point de présent ni de lendemain hors de son système de valeurs basé sur la soumission salariale et la consommation "transgressive" ininterrompue. C’est faux, un simple retour en arrière sur l’histoire le prouve. Dans le passé, les rapports étaient peut-être plus brutaux, on vivait surement moins longtemps mais je peux vous garantir qu'on ne redoutait pas "demain".


Notre monarque l'a précisé lors de sa dernière intervention télévisée : « si l’on est pas inquiet quand on est jeune, c’est que l’on est pas jeune ». Sous entendu : En tant que jeune ce qui doit m’inquiéter c’est de trouver un travail, non pas une activité émancipatrice en accord avec ce que j’aime ou ma nature intime mais une tache rémunérée qui me permette de me fondre au plus vite et sans esclandres dans la société majoritaire des valeurs partagées. Sur le plateau personne n’a moufté. Tu m’étonnes, c’est que la contamination est totale.

29 avril 2008

QUEL EST LE COMBLE DU LIBERALISME ?

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...Faire croire aux pauvres qu’ils sont des assistés ne devant leur salut qu’aux initiatives des riches alors que précisément c’est le contraire. Les riches ne doivent leur exponentielle richesse qu’à la soumission continue de la masse grandissante de pauvres qu'ils ont créée.

TELESCOPAGE TRAGIQUE PLACE DE LA REPUBLIQUE

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Quand la popularité d’un monarque dégringole dans les bas-fonds* et que le peuple dont il a charge perd le moral comme jamais auparavant**, déçu qu’il est par ses espoirs piétinés, c’est que tous deux ne sont pas loin de la deuxième croisée de leurs destins. Le peuple le sent, le monarque le devine. Ce dernier galope fièrement de l’autre côté de la Méditerranée histoire de soigner le bronzage, le commerce extérieur et de se recharger en endorphines tandis qu’au gris, son peuple rumine. Peuple perdu qui vit à côté de ses pompes, on lui ment, on le berce, on le terrorise, on le comptabilise, on l’anticipe, on le prémédite, on l’entreprend, on le matte, on le blâme, on l’émerveille – difficilement -, une page de publicités entre deux divertissements. Monarque sans vision autre que celle d’épater en campagne, assommé à l’idée de pédaler encore quatre ans dans la semoule en évitant les jets de tomates pourries. Qui pourrait sauver le monarque ? Certainement pas lui. Qu’est-ce qui pourrait le sauver ? Une menace plus grande que l’inquiétude qu’il suscite. Quelque chose de si grave que le peuple, comme un seul homme, se remette à croire en lui et en ce qui l’incarne.


* Selon BVA, jamais un président de la République n'avait recueilli un tel taux de mécontentement : 64% d'opinions négatives pour Nicolas Sarkozy en avril 2008. En un mois, le chef de l'Etat perd 8 points en popularité.

** Selon L’insee, aujourd’hui, le moral des ménages français a encore baissé de un point en avril 2008, touchant un nouveau plus bas de son histoire à -37.

28 avril 2008

ET VOUS CA VOUS RAPPELLE QUI ?

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« La période hypermoderne s’accompagne d’une montée impressionnante des dépressions et du mal-être en général. Le taux de dépressifs en France a été multiplié par sept entre 1970 et 1996 ; 11% des français ont connu récemment un épisode dépressif et 12% d’entre eux déclarent avoir souffert d’anxiété généralisée au cours des six derniers mois. Mais, dans le même temps, environ 9 sur européens sur 10 déclarent être heureux ou très heureux, en dépit du chômage de masse et du sentiment d’insécurité grandissant. Je ferai deux remarques à ce sujet. La première est que la sinistrose contemporaine ne coïncide pas avec une déception abyssale et un découragement irrémédiable. Deuxième remarque : la société de déception est celle où les individus reconnaissent avec difficulté leur désappointement et leur insatisfaction. Car il s’agit d’un aveu devenu plus difficilement exprimable dans une culture où le malheur signifie un échec personnel et où l’on préfère susciter l’envie que la pitié. Et l’on aime pas se déprimer soi-même en s’avouant malheureux, d’autant que si l’on se compare aux mal-lotis, on a quelques raisons de ne pas se sentir le plus défavorisé des hommes. »

in La société de déception, Gilles Lipovetsky, éditions textuel, collection : conversations pour demain

26 avril 2008

LA QUESTION QUI TUE

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Après l’intervention ratée du monarque à la télévision et le survol des déclarations de Silvio Berlusconi présentées dans l’émission « déshabillons-les » sur Public Sénat, je suis frappé par l’alibi de la mondialisation que nos deux agents de communication au service de leur ego nous brandissent en cœur à chaque question relative à leurs échecs économiques respectifs. Ce n’est donc pas leur faute, c’est « la mondialisation ». Ce n’est pas leur faute, ils ne sont « que » chefs d’état. Si leur monde se résume à la mondialisation et leur mondialisation à l’absence d’état, en suivant leur logique une seule question devrait leur être posée par les journalistes : à quoi servent les chefs d’état ?

25 avril 2008

MA SOIREE TV CHEZ L'AMBASSADEUR DE NEUILLY

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Bon bah voilà. Il voulait répondre à "la question de défiance" , on sortira de cette heure et demie avec une seule certitude : il est encore président. L'intervention télévisée « à l'ancienne » du monarque avec son parterre de journalistes d'ornement laisse en conclusion une impression de vide.

Le tempo est donné dès la première minute : c'est pas ma faute, à chacun de se démerder, c'est pas moi qui fixe le prix du pétrole.

L'émission protocolaire se divise ensuite en deux parties : une soporifique, l'autre lexomylesque. Seront utilisés par le monarque, les méthodes de bases de la communication politique, c'est à dire 1 / j'esquive quand la question est gênante, 2 / je martèle les bons résultats.

Le chômage a baissé, le chômage a baissé, le chômage a baissé.

Humilité guindée : « Oui, j'ai fais des erreurs ». Le paquet fiscal ? Une erreur de communication.

Au passage entre les nombreux blancs qui viennent ponctuer les moues dubitatives des journalistes face aux réponses fuyantes du monarque à leurs questions moyennement audacieuses, nous noterons l'apparition de nouveaux termes : « automaticité » et « négociabilité » pour l'énoncé desquels on aurait pas hésité à bruler en place publique d'autres candidates. Tout cela n'est pas grave quand on est monarque. Cela n'empêche pas de faire la morale aux enseignants et d'exiger de leur part "plus de qualité".

Petit détour par l'électorat Lepéniste au fil de contradictions sur la question de l'immigration. On parle aussi du TIbet mais pas trop, visiblement ça énerve un peu. Yves Calvi, dans son beau costume a l'air accablé par la médiocrité du programme : scénario déjà vu, mauvaise interprétation, répliques sorties d'un film d'auteur français...

Le monarque semble au bout du rouleau. A noter un grand changement, il ne croit même plus à ce qu'il dit. Au fur et à mesure de sa laborieuse prestation visant à l'évidence un cœur de cible âgé et de droite, j'ai la terrible sensation que l'homme assiste impuissant au propre enterrement de ses ambitions et qu'il essaye de nous apitoyer sur son sort. Serait-ce la nouvelle stratégie de type « œil du cyclone » conseillée par Thierry Saussez face à la violente crise que La France va heurter de plein fouet ? En même temps cela nous change un peu de la Zen Attitude de Christine Lagarde.

A un moment, rechignant aux langues étrangères - sauf les italiennes - le monarque prononce le mot « SMIC » avec un certain dégoût dans la bouche. Puis, c'est la baiser de la mort aux organisations syndicales qu'il remercie chaleureusement. Enfin il se fend d'un conseil aux étudiants avec un : « Si on n'est pas inquiet quand on est jeune, c'est qu'on n'est pas jeune » qui devrait faire réfléchir son jeune électorat qui il y a encore dix mois, rêvait aux grands jours du libéralisme.

Oui mais voilà, c'était avant le drame. Le drame de l'impuissance au lendemain de l'euphorie. Le drame de cécité face au principe de réalité. Le drame d'un type qui croyait bouffer le monde et que le monde va croquer.

C'est mou, tout mou comme un épisode de « Derrick » à l'hospice. Même David Pujadas paraît teigneux, c'est dire.

Moment de sincérité, le monarque proteste avec un « je suis pas un roi moi » qui vient du cœur. A sampler en boucle.

Yves Calvi fulmine. Tout le monde le pense sur le plateau « mais putain qu'est-ce que je suis venu faire dans cette galère ! » Moi j'en suis à ma troisième bière. Je manque de m'étrangler quand le monarque amorce un laïus sur La Chine, la aussi à méditer. La chine n'est pas une menace mes chers frères, c'est juste LE modèle à suivre.

22h30. Voilà c'est fini. La messe est dite, le monarque s'est conféssé. Chez moi tout le monde dort.

Ce soir un monarque a prit 10 ans. Pourvu que ce ne soit pas notre cas.

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