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24 novembre 2008

Splendeur et misères du peuple objet

par
L'hiver est en avance, le grand décompte du téléthon de l'indifférence a commencé, le gros rouge et les tentes Quetcha sont de sortie, le standard du 115 est en place pour que, vous aussi, puissiez dénoncer en tout anonymat le SDF qui ruine la réputation de votre rue...

Et bien non pas cette année !


Faute d'un état un peu burné, dont le triste chef a encore été prit en flagrant délit video de mensonge lorsqu'il s'engageait en 2006 à ce qu'il n'y ait plus un seul SDF d'ici deux ans*, cette fois c'est la justice qui donne le ton des festivités !

Le tribunal de police de Paris inflige ce 24 novembre deux amendes aux associations Droit au Logement et les enfants de Don Quichotte (respectivement 32.000 et 1875 euros) pour avoir dressé des tentes pour les sans-abris dans les rues de la capitale (dont rappelons-le des centaines d'immeubles appartiennent à des banques ou des fonds spéculatifs et restent inhabités depuis des années, sans parler des bâtiments appartenant à l'église).

La peine est relative à une "
infraction de 4e catégorie pour avoir embarrassé la voie publique en y laissant des objets".


Le même jour, et parce qu'il en va du "rayonnement international de La France", Philippe Seguin, président de la Cour des comptes, dépose un rapport alarmiste au Premier Ministre : La France est à la traine des autres pays, elle manque cruellement de stades de football de grande capacité. Le chiffre de 8 est avancé.

Reconnaissant au football une dimension religieuse, Séguin insiste : "Cet état de fait oblige à l'ambition et au perfectionnisme."

Le type sans toit,
frigorifié sur le bitume, qui ne joue pas à la baballe et ne rapporte aucune devise, est lui prié de ne pas agoniser dans le chemin.

En y réfléchissant un peu... D'un point de vue logistique, les maxi-stades présentent cet avantage (non précisé dans le rapport) que, entre deux coupes du monde, on peut y stocker préventivement et de façon massive, toute les ultra-gauchistes qui menacent l'hexagone.

Je retire ce que j'ai dit : Cet état est vraiment prévenant avec ses objets, pardon, ses sujets.



* Il fallait évidemment entendre : "je m'engage à ce qu'il n'y ait plus un seul sdf dans mon champ de vision d'ici deux ans". Les experts en sarkozisme auront rectifié d'eux-mêmes.

7 avril 2008

RETOUR DE FLAMME A PARIS

par
En léger différé des olympiades du ridicule...

Comme je me doutais que la couverture télévisée allait être minimum, voici mon petit reportage vidéo depuis l'intérieur. Le tout, brut de mix, est suivi de mes commentaires à chaud au sujet de ce qu'il convient désormais d'appeler « le glorieux défilé du bus olympique ».

Régulièrement les prémices des jeux olympiques et les jeux eux-mêmes, ces inoffensifs succédanés de guerre mondiale sous chapiteau, sont les thermomètres des tensions internationales : Berlin 1936, Mexico 1968, Moscou 1980 et cet été, Pékin.


Recadrons les faits : le trajet de la flamme olympique des prochains jeux de Pékin passe en ce jour par la capitale française. Au même moment, la valeureuse dictature chinoise opère un matage en règle du peuple autonomiste de la province tibétaine. Les démocraties occidentales gênées aux entournures s’interrogent sur la façon de faire croire à leurs peuples respectifs qu’elles vont boycotter les jeux alors que, raison du plus fort oblige, elles ne le feront jamais. Le monarque français soucieux de ne pas se brouiller avec un pays qui avec un peuple au pas et une croissance de 10% par an le fait triquer comme un caniche érotomane, a décidé de faire les choses en grand. Quatre mille policiers encercleront les vingt huit kilomètres du parcours de la flamme dans Paris.


Une fois sur les lieux je manque de faire demi-tour tant le spectacle des quarante camionnettes de CRS, du service d’ordre en civil, des dizaines de policiers en rollers, devançant, entourant et suivant une flamme timidement sortie puis régulièrement rentrée dans un bus aux vitres teintés, est pitoyable. Mais tout de même, alors que les télévisions françaises suspendent mystérieusement le direct depuis le cafouillage du départ qui a vu à deux reprises, la flamme s’éteindre, il fallait que je vois de mes yeux le fiasco intégral et que j’en témoigne.


La première extinction de flamme en plein chahut pro-tibet, le fut pour des « raisons techniques », la suivante fut l’action d’un officiel chinois lui-même qui souffla « le symbole » dans les mains de David Douillet devant le siège d’un sponsor télévisé qui a déclaré plus tôt qu’il « risquait PEUT-ETRE de ne pas diffuser les jeux ». Engoncé dans un body pastel et le souffle coupé, l’ancien judoka en oublie de filer un coup de badge « pour un monde meilleur » au nippon à Ray-Ban.


Et le cortège policier repart contre vents et huets. Motivation d'opposants pourtant bien moins nombreux que les forces de l'ordre, le déchaînement anti-flamme est impressionnant. Soutien au Tibet ? Envie générale d’emmerder Sarkozy ? Les jeux n’ont pas commencé que La France décroche déjà ses premières médailles.


- Médaille du ridicule avec le badge sans peur et sans reproche de certains sportifs français menés par le gros Douillet qui payent ce jour au travers de ce semi-marathon de l’humiliation leur collaboration tacite avec une dictature sanguinaire.


- Le record d’interpellations au 100m par des forces de l’ordre désordonnées est battu.


- Médaille d’argent du respect coûte que coûte des relations diplomatiques par La République Française.


- Médaille d’or de la soumission policière à un état étranger.


- Pour les mêmes policiers, record du nombre au centimètre carré de drapeaux tibétains déchirés des mains d’une foule qui apprends ce jour, et dans la violence, qu’en plus de La Chine, il est désormais interdire d’arborer un drapeau tibétain dans la République des Lumières.


J’assiste au long de cette farce grand-guignolesque à des scènes surréalistes parfois violentes mais aussi et surtout à la dérision d’un état policier victime de sa sur représentation.


Drôle de journée à l'ambiance électrique où les manifestants, les journalistes et moi-même aurons plus couru que la flamme et ses sportifs. Journée instructive qui me donne un aperçu des pratiques de quelques milliers de jeunes policiers lobotomisés au service commandé d'une dictature. Ils tabassent indistinctement journalistes, passants et porteurs de tee-shirts "inconvenants". Mais je constate avec délice le potentiel insurrectionnel d'une poignée de manifestants lâchés en centre ville.


Et le trajet de la honte continue. Accrochages devant le Sénat. Partout en France, les clivages remontent à la surface. En gros à droite on s’indigne de « la prise d’otage du symbole olympique ». A gauche, on trouve juste scandaleux de « tuer des gens » et de le cacher derrière une flamme. La droite et ses jolis mots : autant de caches-misère de sa pleutrerie bien-pensante de rentière. Denfert-Rochereau, renfort policier : Ca manquait. A défaut d'exporter un modèle démocratique sur les écrans de télé chinois, nous avons importé sur le sol français un échantillon de dictature au nom de la raison économique. Pire que ça, elle était escortée par la moitié des forces de l'ordre de la région.


L’indicible mayonnaise du fiasco est reprise en chœur par les radios. On aurait pu imaginer tant de défilés : Bios et sans aucune force de l’ordre ou avec, à l’ironique opposé, une flamme en tank. Mais non, crispée, sécuritaire et comme à son habitude sans imagination : A vouloir ne rien rater La France a tout échoué. Perdante à tous les points de vue et selon tous les protagonistes.


Les pro-tibétains largement minoritaires triomphent à Paris sans aucune violence. Je ne les ai pas accompagnés par soutien, je connais peu la question tibétaine qui m’a l’air plus complexe que les apparences lointaines et je ne suis pas sur que les conséquences nationalistes de l’événement que l’on tirera du côté chinois ne contribuent pas à envenimer la situation à terme. Non, je les ai suivi pour cet esprit de contestation à l’ordre en général qui, en ce drôle d’après-midi, s’est propagé à travers La Capitale et les classes d’âge. Au moment des célébrations médiatico-nostalgiques des 40 ans du soulèvement populaire de Mai 1968, à une époque ou bientôt un français sur deux aura plus de 60 ans, ou trois jeunes sur les quatre restants veulent être fonctionnaires, l’initiative se devait d’être soutenue ! Parce que mis à part la sortie au Mégastore du nouvel Harry Potter, il n’y a bien que les causes lointaines pour mobiliser physiquement les corps occidentaux. Aujourd’hui avec ces drapeaux tibétains déchirés sur un ordre que, selon La ministre de l’intérieur, « personne n’a donné », je constate qu’il est loin le temps où il était « interdit d’interdire ». La finalité du XXIe siècle : tout est interdit sauf ce que le marché tolère.


Et puis, il y a l’appréhension plus ou moins consciente des remous à venir, des grands conflits de demain au sein desquels La Chine tiendra une part essentielle et par rapport auxquels il convient déjà de se prononcer. A la vue des réactions au passage de la flamme en bus climatisé et en plein remake grandeur nature des « Chinois à Paris » de Jean Yanne (1972), on peut déjà opérer le tri comportemental animant les troupes civiles ou militaires par temps d’occupation. Résistants et collabos. On a beau le voir dans les films, ça glace le sang.


Et puis, a défaut du Tibet ou l’information est censurée, il y a le monde qui nous regarde en direct. A notre poignée « d’énervés » de montrer que La France n’est pas totalement endormie par le consensus mou du capitalisme avilissant. Surtout, il y a la liberté d’expression. Parce que La France est sur la mauvaise pente. La liberté d’expression, condition de la démocratie. Pour que La France ne ressemble jamais à cette Chine, Eden libéral, qui allie ordre martial et croissance économique.


Le cortège du déshonneur arrive sous les œufs au Stade Charletty. Malgré le périmètre de sécurité, malgré mon absence de badge, je pénètre dans un îlot tranquillisé avec les policiers à quelques mètres de la flamme, ce qui en dit long sur l’efficacité d’un dispositif qui n’est concrètement bon qu’à embarquer à l’aveugle et à déchirer des pancartes au format Post-it. Les opposants chinois et tibétains sont répartis de chaque côté de La Porte d’Ivry. Dans le stade, les célébrations finissent en fanfare. Ce soir, La flamme part à San Francisco. Avec une telle journée bordélique, j’en viens à regretter que Paris n’ait pas décroché les jeux olympiques !


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