
Au début je n'y ai pas prêté attention. C'était la part de folklore qui du "penis enlarger" aux suppliques de Mr Babacar Traouré d'Abidjan désirant mon RIB pour me transférer 10 millions d'euros, faisait le charme de l'internet.
Comme souvent avec les mythologies populaires d'après-guerre, c'est arrivé d'Amérique. Cela a commencé en douceur avec Loose Changes, wiki-enquête alternative sur les attentats du 11 septembre. Un film dont le seul mérite est de remettre en cause le package War-on-terror de la version officielle mais dont l'accumulation des accusations nuit à la crédibilité.
Cela se poursuivit avec L'argent dette de Paul Grignon que l'on m'envoya en juin dernier. Ce film avait le mérite de vulgariser et désacraliser certains principes bêtes et méchants de la finance, avant de flirter avec l'antimaçonnisme. J'avais été alors troublé par la forme à la South Park de ce documentaire à thèse qui en disait long sur la cible visée. Le même film, sans son animation multicolore, n'aurait suscité aucun buzz.
Car à la fin de l'été, après la chute de Lehmann Brothers, je reçus une deuxième vague de courriels accompagnés de L'argent dette bien plus abondante et dépassant le cercle des conspirationnistes de service. Je découvrais des commentaires tombés des nues du genre "t'as vu c'est dingue, tous des voleurs ces banquiers !" émanant de types endettés à vie qui suivaient confiants depuis 20 ans les prescriptions de leur conseiller financier à La Société Géniale qui en 87 leur vendait euphorique de l'Eurotunnel, en 92 de l'Eurodisney, en 2000 de l'internet et en 2006 leur logement entièrement à crédit et une ration supplémentaire de Natixis, les deux bientôt valorisables au tarif du papier-cul.
Désormais, pour cause de "chroniques de guerre néo-libérale", pas un jour ne passe sans que je reçoive ma cargaison de messages m'alertant d'un grand complot mondial visant à nous asservir : Bilderberg, pourfendeurs de francs-maçons, anti-illuminatis, fan-clubs de Nicolas Tesla, de la part du voisin de ma belle-sœur ou de docteurs auto-proclamés es-loges sataniques fondées en - 6500 par le père d'Elvis Presley avec l'aide de la CIA.
Parallèlement à la montée de la crise que j'avais identifié dès l'été 2007 (alors que Christine Lagarde toujours pas), j'ai constaté une nette inflation de ces courriels m'expliquant sur la base de constats fumeux, de raccourcis historiques taillés au sécateur et de montages aussi malhonnêtes et grossiers que les manipulations exposées, que le malheur du monde était l'effet programmé d'un ordre secret mêlant Vatican, francs-maçons, Israël et les crypto-bouddhistes. Le tout brodé selon les polémiques de la semaine. Par exemple et alors que l'on ne m'en parlait pas il y a un an, au marché de la conspiration Barack Obama est aujourd'hui à la hausse.
Lorsque l'organisme est dépassé par son environnement, qu'il baigne dans un marécage cognitif imbibé par vingt ans de séries américaines, qu'il est littéralement assommé par ses réalités proprement assommantes, qu'il est resté calfeutré dans le cocon de la doctrine consumériste distillée depuis sa naissance par son entourage et pour peu que ses références philosophiques se limitent à l'évangile selon Jason Statham, Matrix ou le Da Vinci Code, voilà faute de mieux le genre de stratagème de "salut mental" qu'il met en place.
Bon vieux besoin humain de rationaliser, même et surtout, par l’irrationnel.
Un complot sinon rien
A défaut d'analyser ses propres frustrations, pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué et pourquoi ne pas prendre du même coup ses désirs pour des réalités ?
Amis conspirationnistes, avides de raisonnement bien carrés, vous voulez du rationnel ? A votre avis, quelle est la probabilité que l'on démonte sur la place publique un complot mondial fomenté par l'élite dominante, aujourd'hui, en 2008, alors que jamais dans l'histoire de l'humanité, grandes industries, états et pouvoirs, n’ont disposé d’une telle force de frappe médiatique pour imposer leurs idéologies rétrogrades (réussissant d'ailleurs le parcours sans fautes de les faire passer pour « modernes » à ceux qui en sont les premières victimes) ?
Hein, hein ? Combien ? Et oui, aucune.
Alors à quoi bon chercher de ténébreuses culpabilités sur lesquelles vous n'auriez de toutes les façons aucun pouvoir de modification, quand le véritable âge des ténèbres est à portée de main :
- Au pied de vos immeubles, mourant dans des cartons tandis que vous vous délectez sur Dailymotion d'une énième conférence sur la secte Deus Sodomix qui, en accord avec les plutoniens, aurait planifié en 1632 de liquéfier votre cerveau.
- Dans le supermarché qui vous emploie lorsque, via l'interface d'un petit-chef pourtant d'accord avec vous sur le fait que "les salauds sont vraiment tous pourris", la direction insiste pour que vous fassiez l'impasse sur votre dimanche chômé ainsi que votre siège de caisse au nom de cette productivité suprême et indiscutable que d'ailleurs vous n'osez jamais discuter parce que c'est bientôt noël et qu'il y a la Nintendo DS annuelle du p'tiot à payer (cette année on prend la bleue).
- Dans vos postes de télévision lorsque des gens que vous ne connaissez pas et qui ne connaissent rien de vous, vous assènent que 100% des gagnants ont tenté leur chance, que vous êtes de mauvais parents mais que vos enfants sont encore pires et qu'ils seraient mieux en prison, que l'important pour être heureux c'est la croissance et de passer au plus vite au Blu-Ray parce que c'est le progrès, que tout émetteur d'une pensée divergeant de celle de l'UMP est, tôt ou tard, bon à emprisonner sans autre forme de procès.
Pas la peine de débusquer de la franc-maçonnerie derrière les Unes du JDD, de Paris-Match ou du FIgaro. Leur violence parle d'elle-même.
Amis théoriciens du complot et spammeurs de bonne foi : La vérité n’est pas ailleurs. Elle est sous vos yeux. Pathétiquement sous vos yeux. Le pouvoir n’a aucune imagination et les soumis n’ont qu’un défaut, celui de cumuler les lâchetés.
Pour avoir croisé quelques francs-maçons dans ma vie qui étaient de parfaits cons, je vous assure que la suprématie de la réflexion chez la plupart de ces gens-là relève également du fantasme personnel.
Pour ce qui est du "haut du panier", PDG et autres chefs d'état, ce serait leur prêter trop d'intelligence que de les soupçonner de confection de complots complexes.* Non, il y a chez les puissants du bon sens. Ils ont beau vous persuader du côté suranné du syndicalisme dans votre entreprise et des dangers du communisme pour la société, ils ont parfaitement compris l'intérêt d'appliquer ces solidarités pour leur caste. Ils protègent leurs intérêts avec la même ardeur que vous protégez vos pavillons, avec une alarme et un gros chien, méchant et très con, qui fait ouaf-ouaf sur les passants dans la rue, ces étrangers qui convoitent votre magot.
Nos "puissants" sont des humains comme les autres, ils font caca et aiment le pognon.
Autrement exposé, vous trouverez chez eux la même proportion de cupides, d’arrogants et de bons gars que dans une grosse réunion de famille standard. Seule différence, de taille : Ils jouissent d'une absence totale de difficultés matérielles leur offrant le temps d’être au fait de thématiques et de mécanismes que nous autres de la plèbe, quotidiennement coincés entre huit heures de boulot à la con, trois heures d’embouteillage et cinq heures de télé, n’avons que peu, voire pas, l’occasion d’aborder dans une vie.
Dans un monde qui, du plus haut au plus bas de l'échelle, a fait de l'argent son idole et du confort individuel son idéal, pas étonnant que chacun, du plus petit au plus puissant, finisse par massacrer plus faible que lui pour atteindre ou conserver l'idole et l'idéal. Au terme de fusions-acquisitions bien senties et selon les fluctuations de la météo économique, les puissants disposent simplement de plus d'options pour vous oppresser, vous essorer et en extirper la substantifique thune, que vous n'en aurez jamais (bien que pour vous pourrir inutilement la vie, vous ne vous débrouillassiez pas si mal que cela tout seul).
Croire au complot "des puissants", c'est leur faire un grand honneur. Constatons en regardant M6 que depuis longtemps les oiseaux du marché ne se cachent plus pour mouler à "la pensée correcte" ce qui vous reste de libre-arbitre, c'est à dire bien peu de choses puisque TF1 a déjà fait le gros du boulot.
Comme la religion adoucit cette inintelligible injustice qu'est pour l'individu sa propre mort, le conspirationnisme soulage un peu la "peine de vie" de certains groupes sociaux tout en occupant un temps libre qu'ils pourraient, par exemple, passer à s'entraider.
Comme à la source de tous les maux, montée du chômage ou fuite d'eau dans l'immeuble, on retrouve toujours ces grands responsables que sont "les autres", la conspiration venue d'en haut et d'ailleurs est un processus qui, derrière l'apparente subversion et la sophistication de ses appellations, débouche inéluctablement pour l'individu à la résignation maugréée de sa condition (généralement de merde puisque le conspirationnisme est d'abord un hobby de pauvres).
Le conspirationnisme est un fatalisme comme un autre.
Je sens qu'à ce stade-ci du billet, les conspirationnistes sentant qu'ils sont entrain de me perdre, trépignent.
- Alors Seb Musset, t'es avec nous ?
Pour mettre un terme, j'espère, à un nombre croissant de courriels me demandant mon avis sur telle ou telle thèse, je répondrai ceci : Sceptique en toutes circonstances, athée d'instinct, je ne crois en rien. Plutôt, je crois en ce que je vois et ce que je vois est suffisant pour me mettre en colère.
Les choses, les êtres, les complots, sont ou ne sont pas. Pas besoin que je les valide pour qu'ils existent ou non. Théoriser un complot secret dont par essence je ne peux rien connaitre, revient à chercher l’équation mathématique qui accréditerait l’existence de Dieu. C’est plus qu’une cause perdue, cela ne changera en rien le contenu de mon assiette.
Amis conspirationnistes, je compatis à votre malheur mais sachez, comme l'écrivait Paul Watzlawick, qu'il ne tient qu'à vous. Vos efforts à concevoir l'inconcevable en maniant des références au petit bonheur la chance sur la base historique de Gladiator ou du seigneur des anneaux vous détournent d'un monde, lui bien réel, sur lequel vous pourriez avoir prise si vous aviez un peu moins d'imagination et un peu plus d'indignation : Celui de la barbarie triomphante.
Complot ? Non. Connivences, oui. Favoritisme, oui. Népotisme, oui. Clubs de réflexion, oui. Lignée, oui. Conjonctions d’intérêts, oui. Cynisme, oui. Parachutes dorés, oui. Sacrifices humains sur l'autel de la rentabilité, oui. Soumission du peuple, permanente.
Amis conspirationnistes, malgré l'imagination foisonnante de vos suspicions, je reste étonné que vous ne vous soyez pas encore interrogés sur l'origine de vos cabales virtuelles. Ne seraient-elles pas ordonnées par un grand complot Wall streeto-microsoftien visant à vous visser éternellement derrière vos PC pour éviter que vous ne défiliez dans les rues en réclamant les têtes de vos banksters ?
Plus fort que le complot des autres, il y a votre instinct.
Fidèle instinct. Tu m'as toujours évité de sombrer dans les galères. Avec les années, à la différence des banquiers, des hommes politiques et des marchands de soupe, constatons que tu ne m'as jamais trompé.
Mon bon instinct, tu m'avais soufflé déjà très jeune alors que je n'y connaissais rien à rien, c'est à dire à peine plus que maintenant, que confier mes maigres économies à un banquier ou confier les institutions de la république à des gens comme notre Président équivalait à donner la gestion d'une crèche à un pédophile ou une portée de pitbulls à un serial-killer : Ca ne peut, au choix, que mal ou très mal finir.
Instinct, tu n'as qu'à te balader dans la rue cinq minutes ou écouter la libre antenne d'Europe 1 et RMC à n'importe quelle heure de la journée pour me rappeler que ce monde glisse, la fleur au fusil et avec son plein consentement, vers le moyen-âge (avec des libertés individuelles bien plus réduites).
Instinct, mon bon instinct, tu m'avais prévenu il y a déjà quatre ans quand tu voyais cette boule de mépris ne respectant que le fric s'énerver dans son Ministère : Effectivement la machine s'emballe et la vitesse s'accélère.
Comme souvent avec les mythologies populaires d'après-guerre, c'est arrivé d'Amérique. Cela a commencé en douceur avec Loose Changes, wiki-enquête alternative sur les attentats du 11 septembre. Un film dont le seul mérite est de remettre en cause le package War-on-terror de la version officielle mais dont l'accumulation des accusations nuit à la crédibilité.
Cela se poursuivit avec L'argent dette de Paul Grignon que l'on m'envoya en juin dernier. Ce film avait le mérite de vulgariser et désacraliser certains principes bêtes et méchants de la finance, avant de flirter avec l'antimaçonnisme. J'avais été alors troublé par la forme à la South Park de ce documentaire à thèse qui en disait long sur la cible visée. Le même film, sans son animation multicolore, n'aurait suscité aucun buzz.
Car à la fin de l'été, après la chute de Lehmann Brothers, je reçus une deuxième vague de courriels accompagnés de L'argent dette bien plus abondante et dépassant le cercle des conspirationnistes de service. Je découvrais des commentaires tombés des nues du genre "t'as vu c'est dingue, tous des voleurs ces banquiers !" émanant de types endettés à vie qui suivaient confiants depuis 20 ans les prescriptions de leur conseiller financier à La Société Géniale qui en 87 leur vendait euphorique de l'Eurotunnel, en 92 de l'Eurodisney, en 2000 de l'internet et en 2006 leur logement entièrement à crédit et une ration supplémentaire de Natixis, les deux bientôt valorisables au tarif du papier-cul.
Désormais, pour cause de "chroniques de guerre néo-libérale", pas un jour ne passe sans que je reçoive ma cargaison de messages m'alertant d'un grand complot mondial visant à nous asservir : Bilderberg, pourfendeurs de francs-maçons, anti-illuminatis, fan-clubs de Nicolas Tesla, de la part du voisin de ma belle-sœur ou de docteurs auto-proclamés es-loges sataniques fondées en - 6500 par le père d'Elvis Presley avec l'aide de la CIA.
Parallèlement à la montée de la crise que j'avais identifié dès l'été 2007 (alors que Christine Lagarde toujours pas), j'ai constaté une nette inflation de ces courriels m'expliquant sur la base de constats fumeux, de raccourcis historiques taillés au sécateur et de montages aussi malhonnêtes et grossiers que les manipulations exposées, que le malheur du monde était l'effet programmé d'un ordre secret mêlant Vatican, francs-maçons, Israël et les crypto-bouddhistes. Le tout brodé selon les polémiques de la semaine. Par exemple et alors que l'on ne m'en parlait pas il y a un an, au marché de la conspiration Barack Obama est aujourd'hui à la hausse.
Lorsque l'organisme est dépassé par son environnement, qu'il baigne dans un marécage cognitif imbibé par vingt ans de séries américaines, qu'il est littéralement assommé par ses réalités proprement assommantes, qu'il est resté calfeutré dans le cocon de la doctrine consumériste distillée depuis sa naissance par son entourage et pour peu que ses références philosophiques se limitent à l'évangile selon Jason Statham, Matrix ou le Da Vinci Code, voilà faute de mieux le genre de stratagème de "salut mental" qu'il met en place.
Bon vieux besoin humain de rationaliser, même et surtout, par l’irrationnel.
Un complot sinon rien
A défaut d'analyser ses propres frustrations, pourquoi faire simple lorsque l'on peut faire compliqué et pourquoi ne pas prendre du même coup ses désirs pour des réalités ?
Amis conspirationnistes, avides de raisonnement bien carrés, vous voulez du rationnel ? A votre avis, quelle est la probabilité que l'on démonte sur la place publique un complot mondial fomenté par l'élite dominante, aujourd'hui, en 2008, alors que jamais dans l'histoire de l'humanité, grandes industries, états et pouvoirs, n’ont disposé d’une telle force de frappe médiatique pour imposer leurs idéologies rétrogrades (réussissant d'ailleurs le parcours sans fautes de les faire passer pour « modernes » à ceux qui en sont les premières victimes) ?
Hein, hein ? Combien ? Et oui, aucune.
Alors à quoi bon chercher de ténébreuses culpabilités sur lesquelles vous n'auriez de toutes les façons aucun pouvoir de modification, quand le véritable âge des ténèbres est à portée de main :
- Au pied de vos immeubles, mourant dans des cartons tandis que vous vous délectez sur Dailymotion d'une énième conférence sur la secte Deus Sodomix qui, en accord avec les plutoniens, aurait planifié en 1632 de liquéfier votre cerveau.
- Dans le supermarché qui vous emploie lorsque, via l'interface d'un petit-chef pourtant d'accord avec vous sur le fait que "les salauds sont vraiment tous pourris", la direction insiste pour que vous fassiez l'impasse sur votre dimanche chômé ainsi que votre siège de caisse au nom de cette productivité suprême et indiscutable que d'ailleurs vous n'osez jamais discuter parce que c'est bientôt noël et qu'il y a la Nintendo DS annuelle du p'tiot à payer (cette année on prend la bleue).
- Dans vos postes de télévision lorsque des gens que vous ne connaissez pas et qui ne connaissent rien de vous, vous assènent que 100% des gagnants ont tenté leur chance, que vous êtes de mauvais parents mais que vos enfants sont encore pires et qu'ils seraient mieux en prison, que l'important pour être heureux c'est la croissance et de passer au plus vite au Blu-Ray parce que c'est le progrès, que tout émetteur d'une pensée divergeant de celle de l'UMP est, tôt ou tard, bon à emprisonner sans autre forme de procès.
Pas la peine de débusquer de la franc-maçonnerie derrière les Unes du JDD, de Paris-Match ou du FIgaro. Leur violence parle d'elle-même.
Amis théoriciens du complot et spammeurs de bonne foi : La vérité n’est pas ailleurs. Elle est sous vos yeux. Pathétiquement sous vos yeux. Le pouvoir n’a aucune imagination et les soumis n’ont qu’un défaut, celui de cumuler les lâchetés.
Pour avoir croisé quelques francs-maçons dans ma vie qui étaient de parfaits cons, je vous assure que la suprématie de la réflexion chez la plupart de ces gens-là relève également du fantasme personnel.
Pour ce qui est du "haut du panier", PDG et autres chefs d'état, ce serait leur prêter trop d'intelligence que de les soupçonner de confection de complots complexes.* Non, il y a chez les puissants du bon sens. Ils ont beau vous persuader du côté suranné du syndicalisme dans votre entreprise et des dangers du communisme pour la société, ils ont parfaitement compris l'intérêt d'appliquer ces solidarités pour leur caste. Ils protègent leurs intérêts avec la même ardeur que vous protégez vos pavillons, avec une alarme et un gros chien, méchant et très con, qui fait ouaf-ouaf sur les passants dans la rue, ces étrangers qui convoitent votre magot.
Nos "puissants" sont des humains comme les autres, ils font caca et aiment le pognon.
Autrement exposé, vous trouverez chez eux la même proportion de cupides, d’arrogants et de bons gars que dans une grosse réunion de famille standard. Seule différence, de taille : Ils jouissent d'une absence totale de difficultés matérielles leur offrant le temps d’être au fait de thématiques et de mécanismes que nous autres de la plèbe, quotidiennement coincés entre huit heures de boulot à la con, trois heures d’embouteillage et cinq heures de télé, n’avons que peu, voire pas, l’occasion d’aborder dans une vie.
Dans un monde qui, du plus haut au plus bas de l'échelle, a fait de l'argent son idole et du confort individuel son idéal, pas étonnant que chacun, du plus petit au plus puissant, finisse par massacrer plus faible que lui pour atteindre ou conserver l'idole et l'idéal. Au terme de fusions-acquisitions bien senties et selon les fluctuations de la météo économique, les puissants disposent simplement de plus d'options pour vous oppresser, vous essorer et en extirper la substantifique thune, que vous n'en aurez jamais (bien que pour vous pourrir inutilement la vie, vous ne vous débrouillassiez pas si mal que cela tout seul).
Croire au complot "des puissants", c'est leur faire un grand honneur. Constatons en regardant M6 que depuis longtemps les oiseaux du marché ne se cachent plus pour mouler à "la pensée correcte" ce qui vous reste de libre-arbitre, c'est à dire bien peu de choses puisque TF1 a déjà fait le gros du boulot.
Comme la religion adoucit cette inintelligible injustice qu'est pour l'individu sa propre mort, le conspirationnisme soulage un peu la "peine de vie" de certains groupes sociaux tout en occupant un temps libre qu'ils pourraient, par exemple, passer à s'entraider.
Comme à la source de tous les maux, montée du chômage ou fuite d'eau dans l'immeuble, on retrouve toujours ces grands responsables que sont "les autres", la conspiration venue d'en haut et d'ailleurs est un processus qui, derrière l'apparente subversion et la sophistication de ses appellations, débouche inéluctablement pour l'individu à la résignation maugréée de sa condition (généralement de merde puisque le conspirationnisme est d'abord un hobby de pauvres).
Le conspirationnisme est un fatalisme comme un autre.
Je sens qu'à ce stade-ci du billet, les conspirationnistes sentant qu'ils sont entrain de me perdre, trépignent.
- Alors Seb Musset, t'es avec nous ?
Pour mettre un terme, j'espère, à un nombre croissant de courriels me demandant mon avis sur telle ou telle thèse, je répondrai ceci : Sceptique en toutes circonstances, athée d'instinct, je ne crois en rien. Plutôt, je crois en ce que je vois et ce que je vois est suffisant pour me mettre en colère.
Les choses, les êtres, les complots, sont ou ne sont pas. Pas besoin que je les valide pour qu'ils existent ou non. Théoriser un complot secret dont par essence je ne peux rien connaitre, revient à chercher l’équation mathématique qui accréditerait l’existence de Dieu. C’est plus qu’une cause perdue, cela ne changera en rien le contenu de mon assiette.
Amis conspirationnistes, je compatis à votre malheur mais sachez, comme l'écrivait Paul Watzlawick, qu'il ne tient qu'à vous. Vos efforts à concevoir l'inconcevable en maniant des références au petit bonheur la chance sur la base historique de Gladiator ou du seigneur des anneaux vous détournent d'un monde, lui bien réel, sur lequel vous pourriez avoir prise si vous aviez un peu moins d'imagination et un peu plus d'indignation : Celui de la barbarie triomphante.
Complot ? Non. Connivences, oui. Favoritisme, oui. Népotisme, oui. Clubs de réflexion, oui. Lignée, oui. Conjonctions d’intérêts, oui. Cynisme, oui. Parachutes dorés, oui. Sacrifices humains sur l'autel de la rentabilité, oui. Soumission du peuple, permanente.
Amis conspirationnistes, malgré l'imagination foisonnante de vos suspicions, je reste étonné que vous ne vous soyez pas encore interrogés sur l'origine de vos cabales virtuelles. Ne seraient-elles pas ordonnées par un grand complot Wall streeto-microsoftien visant à vous visser éternellement derrière vos PC pour éviter que vous ne défiliez dans les rues en réclamant les têtes de vos banksters ?
Plus fort que le complot des autres, il y a votre instinct.
Fidèle instinct. Tu m'as toujours évité de sombrer dans les galères. Avec les années, à la différence des banquiers, des hommes politiques et des marchands de soupe, constatons que tu ne m'as jamais trompé.
Mon bon instinct, tu m'avais soufflé déjà très jeune alors que je n'y connaissais rien à rien, c'est à dire à peine plus que maintenant, que confier mes maigres économies à un banquier ou confier les institutions de la république à des gens comme notre Président équivalait à donner la gestion d'une crèche à un pédophile ou une portée de pitbulls à un serial-killer : Ca ne peut, au choix, que mal ou très mal finir.
Instinct, tu n'as qu'à te balader dans la rue cinq minutes ou écouter la libre antenne d'Europe 1 et RMC à n'importe quelle heure de la journée pour me rappeler que ce monde glisse, la fleur au fusil et avec son plein consentement, vers le moyen-âge (avec des libertés individuelles bien plus réduites).
Instinct, mon bon instinct, tu m'avais prévenu il y a déjà quatre ans quand tu voyais cette boule de mépris ne respectant que le fric s'énerver dans son Ministère : Effectivement la machine s'emballe et la vitesse s'accélère.
Instinct, mon bon instinct, tu m'incites à ne pas me précipiter, à ne jamais me fier à la tête du client, à ne jamais rien croire mais à toujours comparer, à ne pas perdre de vue que nous ne sommes que des humains, qu'aucun pouvoir ne subsiste sans une majorité de soumis jamais à court d'arguments ou de thèses conspirationnistes pour se dédouaner de leurs responsabilités.
* A titre d'exemple, tiré totalement au hasard : Avez-vous bien regardé qui nous dirige ? Je parle bien sûr de cet homme qui poursuit des poupées en justice et dont l'évident complexe de taille, son passé d'enfant abandonné et le désir de "tuer le père" expliquent en grande partie le comportement.
* A titre d'exemple, tiré totalement au hasard : Avez-vous bien regardé qui nous dirige ? Je parle bien sûr de cet homme qui poursuit des poupées en justice et dont l'évident complexe de taille, son passé d'enfant abandonné et le désir de "tuer le père" expliquent en grande partie le comportement.