Petite baisse de rythme dans le bloguage, mais l'activité littéraire ne nourrit pas son homme et l'actualité politique me démoralisant un peu ces temps-ci, j'opte aux temps libres pour la lecture d'un Philip K.Dick sous les cieux apaisés d'un printemps bourgeonnant.
Néanmoins, à l'heure où le monde est dévasté par les guerres et les intempéries et que le pays sombre dans la désespérance, il me semble important d'aborder des sujets essentiels comme, par exemple, celui des deux derniers clips de Nicolas Dupont-Aignan pour la promo de son livre "L'arnaque du siècle". Épineux problème ravivé par le survol avant-hier soir d'un débat chez Taddéi sur la communication des politiques. Le boss de DLR (Debout La République), candidat à la présidence pour 2012, et le réalisateur Djamel Bensalah (réalisateur, puis producteur du presque John Hughesque, "Neuilly sa mère") y eurent un différend dont tu comprendras, venant de l'image et m’intéressant à la politique, qu'il me parle.
Pièce à conviction numéro 1 "au supermarché" :
Deux thèses
s’affrontent autour des clips en
question :
Bensalah affirme que la nullité technique et la pauvreté narrative des deux
films nuisent au message promotionnel. NDA lui rétorque que les gens s'en moquent et que seules les idées comptent (et que le bidule lui permet d'être invité chez Taddéi alors fuck off). L'un et l'autre campant sur leur position, l'animosité monte progressivement sur le plateau.
Les clips sont d'abord ratés car ils jouent dans la mauvaise catégorie. Avec une image HD légèrement post-produite et quelques notes introductives au piano, d’entrée de jeu, ils indiquent au spectateur qu’il va évoluer
dans un registre publicitaire haut de gamme type Nespresso. Même sur le net, avec de tels codes d'intro, le spectateur, dont l’œil s’est aiguisé avec une amélioration généralisée des
critères de production et de diffusion depuis dix ans, s’attend donc plus ou moins consciemment à une exécution technique irréprochable (le spot publicitaire étant de loin le domaine audiovisuel le plus soigné où la minute de tournage est la plus chère) et une chute un peu moins pourrie.
C'est encore plus parlant avec le deuxième nespresso like tournant encore plus vite au nanar :
Mauvaise interprétation et réalisation désolante avec erreurs d’axe de débutant et cadres foireux. On me dira, et c’est en gros ce que NDA répond à Bensalah :
« oui t’es professionnel, t’as l’œil pour tout ça... ». Pas besoin d'avoir fait l'académie de l'image : chacun, avec 2 heures de TF1 par jour, peu importe sa couche sociale et sa culture, voit que c'est nase.
Si la qualité d’exécution n’égale pas le minimum conventionnel du standing visuel auquel on prétend, que l’idée est
somme toute moyenne et clairement pas assez "second degré" pour créer un décalage payant, le résultat est contre-productif, au mieux générera du LoL (ce qui n'est même pas le cas ici). Le film distillera surtout une impression
d’amateurisme préjudiciable à terme au produit ou à l'idée défendue.
En clair, si t'as pas de quoi payer l'essence, roule pas en Ferrari et concentre plutôt tes efforts à ringardiser ceux qui roulent en Ferrari.
Un peu bousculé par les propos de Bensalah,
d'autant que Dupont-Aignan (par ailleurs très présent sur le net) a bien conscience de la médiocrité des clips, il se cramponne à son message : la fin de l'euro et le scandale
bancaire et répète que les images ne sont pas
importantes, que les gens sont fatigués de la forme. Ce qui en matière promotionnelle est périlleux, le spot constituant 100% du matériel à partir duquel se forme le jugement de l'individu ne connaissant ni le personnage, ni le livre (et il y en a si, si).
Tandis que Bensalah s’énerve,
parce que merde c’est son métier qui est piétiné, NDA, agacé, en
reste à sa thèse : l'image c'est chiant, les gens en ont marre (euh, avec 4 heures quotidiennes de télé par français, j'ai des doutes). Finalement, Bensalah qui, pas manchot derrière la caméra mais un poil arrogant dans la communication des idées, se discrédite à son tour.[1]
A la fin de l’émission, malgré sa pub ratée, le politique plus pondéré dans la la diatribe remporte la confrontation. Sur le fond, il a tort mais
laisse une bonne impression confirmant in extremis une règle du marketing politique : peu
importe le message seul compte l'emballage.
* * *
[1] Tout sera relativisé par la diffusion d’autres clips
politiques encore plus mauvais : le film collector des vœux d’Hervé Morin dans sa cuisine (un modèle de
tête-à-queue formel mixant fausse décontraction, médiocrité technique et langue de bois) et un long spot de nouvel an, médiocre où le pronostic mental est engagé, tourné au camescope par le ministre de la culture belge.