20 janvier 2015

Deux ou trois choses sur l'après-Charlie

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Deux ou trois réflexions sur l'actualité dans le flux des polémiques et des questions de fond qui se bousculent sur les ondes et dans le grand bistrot du net après les attentats du début de l'année. 

1 / Être Charlie ou ne pas être Charlie ? On trouvera un océan d'articles sur ce sujet : de la manipulation des foules sous couvert de l'émotion, de la nuance à apporter au "combat" laïc de Charlie... Les terroristes du 7 janvier ont tranché ce débat. Quelles que soient les idées, rien ne justifie la violence physique et le meurtre. On pouvait juste, et j'en étais à l'époque, reprocher à Charlie de ne pas s'être plus démarqué de quelques récupérations au moment des publications des  premières et secondes caricatures du prophète. Certains y voyaient un support autorisé (mais juste pour ces numéros-là), un bon alibi à vernis voltairien, pour afficher leur dégout de tout ce qui n’est pas blanc et catho sur seize générations.


2 / J'aime bien Jon Stewart. Mais, les leçons de morale américaines sur notre liberté d'expression, clairement encadrée par la loi, sont à relativiser elles aussi. Au lendemain des attentats du 11 septembre, il était peut-être autorisé par la constitution américaine de dire "Je me sens Osama" dans les rues de San Francisco. Dans les faits, une telle phrase vous conduisait direct en taule sans passer par la case justice. Mieux, vous risquiez d’être descendu sur place (et sous les applaudissements encore), et ce, même et surtout si vous vous appeliez vraiment Osama. On ajoutera que la culture américaine a ce point commun avec certaines parties un peu craignos du monde d'avoir une légère incompréhension du concept de laïcité. Le monde numérique étant encore aujourd'hui sous domination US, il est plus probable de se faire censurer son compte Facebook pour y avoir publié une reproduction de l'Origine du Monde de Courbet, que pour y avoir diffusé une vidéo de décapitation d'une femme, ou une autre appelant au massacre des Français.

(Attention enfant d'Amérique, ceci est l'axe du mal).

3 / L’école n'a pas fait son boulot ? En fait, elle aurait tout fait mal. Ce procès soudain n'étonne point de la part de médias qui, entre les chaines d'info hystériques (dont on a encore pu observer la classe et la noblesse ces derniers jours) et les robinets à remplir du temps de cerveau disponible, ne s'interrogent aucunement sur la responsabilité de leurs propres programmes. L'école est traversée par la société, il n'y a aucune raison qu'elle échappe à la médiocrité ambiante. Au regard du soulèvement populaire spontané contre l'obscurantisme et pour la laïcité dans les heures suivant les premiers morts, sans parler du dimanche d'après, on peut même affirmer qu'elle a plutôt bien transmis les valeurs républicaines jusqu'ici. Il ne faut pas non plus tout exiger d'enseignants de moins en moins bien payés, et de plus en plus souvent "managés" à l'école de la rentabilité, le tout dans des classes surchargées. Ce qui nous amène au point 4.

(Rappel : Tandis que Fiston apprend à reconnaitre les Illuminatis sur Facebook, Papa peaufine sa culture géopolitique sur BFM).

4 / Le complotisme ne s'est jamais aussi bien porté ? Là non plus, rien de bien nouveau. On cherche à l'hypermarché du net, au gré des prix cassés sur la raison, là où la sophistication de l'absurde est un gage de crébilité, les réponses que l'on ne trouve pas ailleurs. Ni dans des médias trop souvent uniformes, ni dans les livres ou la presse qu'on ne prend plus la peine d'ouvrir (ou d'acheter). Ce combat-là, en revanche, les enseignants (formés à ça) doivent le mener à côté des parents. Mais là aussi ça demandera un investissement et des heures dédiées, et comme Macron a dit qu'il fallait faire des économies : ça sent l'impasse.


5 / Le retour du service militaire ? C'est la nouvelle ritournelle en pleine période d'unité nationale. Comme si le service militaire avait empêché les attentats de 1986 et 1995. Un service civique aurait déjà une autre gueule. Enfin, on pourrait commencer par un boulot, et payé à un prix décent. Si, à sa sortie de service, l'apprenti-citoyen retombe dans le chômage ou le stage (aka le foutage de gueule institutionnalisé au bénéfice exclusif du patronat), le bénéfice risque d'être minime.

6 / Ce qui nous amène à la raison profonde, à mon humble opinion, de cette désagrégation du sentiment d'appartenance nationale chez certains, dont la religion n'est pas la cause mais le fanatisme religieux la conséquence : la mise au ban de la société d'hommes et de femmes sur la seule base de leur prénom, de leur nom, de leur adresse, de leur couleur de peau. Comment avoir encore la volonté du vivre-ensemble quand tout de votre quotidien ou celui de vos parents n'est que relégation, plus ou moins explicite mais cruellement efficace, vers une citoyenneté de seconde classe ? C'est à la mixité sociale, géographique et professionnelle que l’État, et nous tous, nous devons nous employer dans la durée.  

7 / L'actuelle précipitation de surface (pour rassurer une partie de la population qui est, de base, déjà terrorisée[1]) est pire que tout. On multiplie les peines délirantes pour apologie du terrorisme pour un like à Coulibaly sur Facebook. A quatorze ans, rien de mieux pour détruire une vie. On a vu plus constructif pour combattre le terrorisme que d'envoyer des gamins paumés en prison : cette zone interdite de la République, ghetto des ghettos, foyer béni pour la radicalisation des paumés.

8 / Sur une note plus positive. Ce mois de furieux aura au moins une conséquence heureuse : la réhabilitation mondiale du dessin (souvent plus efficace que mille mots).


(Ceci n'est pas une caricature).


[1] Appelons-les les "Cdanslairistes"

18 janvier 2015

Mécréants unissez-vous !

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Je parle rarement religion sur ce blog. Je m'en moque complètement. Au sens premier, c'est du domaine de l'incompréhensible pour moi. Hormis d'un point de vue artistique, parfois immobilier, ou en ce qu'elle anime certains de mes contemporains, la religion est hors de mon champ de considération. Je crois en rien. Vraiment. Le rien, ma certitude : on en vient, on y retournera. Et c'est ce rien qui, précisément, rend la vie précieuse.

A défaut de "tuer Charlie" (7 millions d'exemplaire quand même), les terroristes auront au moins réussi ça :  depuis quelques jours, il n'y en a de nouveau que pour la religion sur les ondes : "Et comment faire pour les traiter à égalité ? Et comment faire pour en parler à l'école  ? Et comment ne pas choquer les croyants ?"

C'est oublié, un peu vite que 35% des Français sont athées et se contrefoutent des religions, divinités, papes, prophètes et gourous. 

A la base, je n'ai rien contre la religion. C'est plutôt cool ce fan club censé faire le bien, prônant le partage et l'amour de son prochain. Sauf que, en remontant au plus loin du bouzin, on peut suivre les religions à la trace du sang qu'elles ont versé par tonneaux. Leur histoire est parsemée des pires massacres, de guerres interminables, de domination des foules et d'asservissement de la femme.

D'année en année, depuis le 11 septembre 2001, le religieux reprend ses aises dans le débat médiatique hexagonal comme une évidence (catholiques, juifs, musulmans : il faudrait appartenir à une chapelle, à défaut se positionner pour ou contre l'une d'elle). Dans ce débat, par définition fermé à l'athée, les religions se renforcent les unes les autres. Le "menace" d'un Islam fort copieusement branlée par la presse de droite depuis des années ? Mais c'est du pain béni marketing pour l’Église catholique en perte de vitesse (en y injectant au passage du marqueur civilisationnel de type France = Chrétiens). Le vrai danger d'extinction pour une religion n'est pas le culte d'en face, mais l'absence de foi. Le vrai danger pour les autorités religieuses, c'est le non-croyant : le mécréant.

C'est lui qui, après le 11 janvier, devrait faire entendre sa voix plus que jamais, expliquer que nous sommes dans une République LAÏQUE qui ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte.

En décodé : Liberté de croire, mais pas d'emmerder la collectivité avec sa croyance.

A lire, ou relire, l'édito sur la laïcité dans le dernier Charlie Hebdo.

11 janvier 2015

Pourquoi j'irai marcher dimanche en 10 raisons

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1 / J'irai marcher parce que je suis en deuil.

2 / J'irai marcher pour montrer à ces pauvres mecs croyant nous terroriser que nous sommes des millions et qu'ils sont seuls (En espérant que ça bouge quelques fils dans la boîte à fusibles contrefaite qu'il leur sert de tête, et qu'ils aillent se bricoler un début de cerveau).

3 / J'irai marcher parce que je ne boycotte pas l'air sous prétexte que des hommes politiques que je n'apprécie pas respirent. Les récupérateurs ne seront que des points perdus dans la masse et j'ai bien plus besoin de ce moment qu'eux : je ne leur laisserai pas.

4 / J'irai marcher et ce ne sera pas spécialement un hommage à Charlie : j'irai marcher contre la barbarie et la bêtise. Vaste programme, mais si on commence à s'engueuler sur les modalités de départ, on n'est pas arrivé.

5 / J'irai marcher parce que rien, strictement rien, ne peut justifier les drames de cette semaine et que la réaction de certains m’inquiètent.

6 / J'irai marcher parce que, pour une fois, ce pays ne sera plus divisé qu'en seulement deux camps : ceux qui marcheront et ceux qui regarderont la marche sur BFM (et il est hors de question que je regarde BFM une minute de plus).

7 / J'irai marcher parce qu'il n'y a pas plus de menace religieuse que de suicide français. Il n’y a qu’une menace : l'obscurantisme, et cette semaine il n'y a eu que des crimes contre la liberté, l’intelligence et l'humanité.

8 / J'irai marcher en espérant que cela soit le début de l'esquisse d'une prise de conscience générale qu'il faut à tout prix sortir de cette spirale de l'absurde voulant réduire l'homme à sa nationalité, sa nationalité à sa couleur de peau, sa couleur de peau à sa religion, la religion à son expression la plus minable.

9 / J'irai marcher pour rappeler et me rappeler qu'il faut vite sortir de cet air du temps imposant que l'on doive se définir individuellement et collectivement par rapport à une religion, sortir de ce débat voulant imposer à tous la supériorité d'une religion sur une autre. La croyance est une affaire privée. Pouinbar.

10 / J'irai marcher parce que je n'ai pas eu les mots pour expliquer à mes filles comment, à côté de chez nous, des gens peuvent tuer d'autres gens pour des dessins, trucider des parisiens qui font leurs courses et des gardiens de la paix : des gens qu'elles croisent dans la rue, des activités qu'elles font quotidiennement. Je veux leur montrer qu'elles vivent dans un pays qui a encore deux ou trois principes, un pays où les gentils sont encore les plus nombreux.

6 janvier 2015

En finir avec la voiture à Paris

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Homotobilus-parisianus est en colère. Les prix du stationnement et du stationnement résidentiel augmentent à Paris. Une augmentation "massive, délirante et insensée" incarnant tous "les maux du socialisme" selon Bruno Roger-Petit trépignant de la plume dans Le Plus, criant à l'injustice et au droit de l'homme de se gratter les couilles dans son 4X4 en écoutant RMC la clim à fond sur une place handicapé. Fan des années 70 ? Des gants sport à la Dany Wilde pour tenir le volant nacré de la Jaguar XJ ? Je vous conseille son article sacrément foutraque, un modèle dans le genre café réac (manque plus la moquette coloniale avec la tête de tigre et bobonne pour te servir un cognac, avec en fond sonore les lacs du Connemara par Michel Sardou pour compléter la panoplie de l'homme moderne).

Nous Bruno on pensait connement que c'étaient le remake d’Emmanuelle à Bangkok entre Macron et Gattaz, la casse des droits du salarié ou l’extension décomplexée du travail le dimanche qui rayaient un peu sur les bords l'idée de gauche. Mais tu as peut-être raison : quand on payé une bagnole 10.000 boules, c'est bien la hausse du tarif pour 8m2 d'espace public occupé nuit et jour au prix exubérant de 9 euros par semaine qui décrédibilise l'héritage de Jean Jaurès.

Oui, 9 euros la semaine pour 5 à 12m2 de surface occupée en plein Paris. Avenue Montaigne incluse. A la saison où les SDF gèle sur carton au pied de ton immeuble à double digicode, ce loyer pour un gros bout de plastique laid privatif, avec air conditionné et GPS, est tout simplement le meilleur deal immobilier de France, province incluse.

(Tout est une question de place. Il en va de la voiture en ville comme de la cigarette. Dans un espace réduit, pourquoi certains devraient subir les nuisances des autres ?)
 
Bruno s'insurge : on fait "les poches des automobilistes" ! Mais j’espère bien. Ils polluent (encore un pic de merde aujourd'hui même), leurs voitures immondes occupent une place délirante par rapport à leur utilité, y compris et surtout lorsqu'elles ne roulent pas, squattant comme des verrues le paysage, bloquant la mobilité des bipèdes appelés piétons, des enfants, pour qui, dans un monde un peu moins autocentré, la ville devrait être pensée en priorité. La déambulation du piéton parisien reste encore très compliquée. Une rue standard est réservée à plus des deux tiers à la circulation des voitures, avec des trottoirs frisant parfois le ridicule, voire le honteux pour ceux se déplaçant en fauteuil roulant.

Plus d'un parisien sur deux n'a pas de voiture. Posséder une auto à Paris ne signifie qu'une de ces quatre choses : vous êtes dans une tranche de revenus qui n'a vraiment pas de quoi se plaindre, vous êtes con, vous écrivez au Plus, ou les trois à la fois.

La marie grignote peu à peu, trottoir par trottoir, piste cyclable par piste cyclable,  l'objectif est clair : décourager de circuler en voiture dans Paris. C'est laborieux mais on y arrivera, et c'est tant mieux. On a soixante dix ans de suprématie de la voiture à papa à dézinguer. Paris sans voiture ne s'est pas construite en un jour.

Et les autres ? Les autres s'ils aiment Paris, ils prendront le train.

Homotobilus-parisianus n'est pas content. Pas grave, l'espèce est en voie de disparition, elle couine encore un peu. Il n'y a plus de place pour la voiture particulière à Paris. Rideau Bruno. Les "boboïdes bio hispter et no future" te saluent.


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L'angoisse du piéton au moment de traverser la rue
L'agonie de la voiture à Papa
La voiture, cet obscur objet du mourir

18 novembre 2014

La colère de Gattazounet l'assisté

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C'est-y pas de l'énervement ça ! Gattazounet Junior veut en finir avec l'Impôt sur la Fortune (juste un gadget fiscal plus symbolique qu'autre chose). Reconnaissons au fils à papa une constante dans la défense des intérêts de son club fermé.

Un article de La Voix Du Nord m'apprend aujourd'hui que Radiall, la florissante entreprise du patron du MEDEF  "n’a payé que 202 000 euros d’impôt l’an dernier, alors qu’elle en recevait 876 000 au titre du crédit impôt compétitivité emploi" (Rappel : Le CICE est un truc magique ciblé avec les pieds qui devait tout résoudre. Comme prévu par tous, sauf par notre secte de croyants de la croissance par subvention du capital, autrement nommée "gouvernement", ces cadeaux aux entreprises n'ont pas rapporté un seul job à la collectivité. A elle désormais de régler une ardoise (entre autres) de 20 Milliards sous forme d'austérité dans sa gueule.

Résumons. Gattaz verse 2, il touche 9. Ça c'est de la compétitivité française ! C'est clairement plus avantageux que les cotisations salariales et ta mutuelle complémentaire. De quoi laisser du temps à mon Pierrot pour chialer dans les médias que le chômeur n'est pas assez salarié et que le salarié, cette dispendieuse sangsue, doit être éradiqué. Ce ne serait pas si grave (si l'on fait abstraction de l'argent qui aurait pu servir à construire des hôpitaux ou payer des enseignants) si notre assisté à l'ISF ne donnait pas le tempo de l'incessant tango du Je t'aime moi non plus avec un gouvernement "pro-business" qui  lui léche les pieds un jour et fait semblant de le sermonner le lendemain.

Pour éviter que l'on me taxe encore d'anti-entreprise : Gattaz est autant une insulte aux travailleurs qu'aux patrons dont la majorité, comme le reste des Français, ne sont pas soumis à l'ISF et dont Pierrot n'a absolument rien à carrer. Rappelons son équation personnelle que nos chercheurs bénévoles ont eu loisir de déchiffrer dans la file d'attente au guichet Pole Emploi :

Pognon public + propagande morale avec violons au JT + salariés pas payés sur optimisation fiscale au cube  = dans la poche à Gattaz.

T'en veux du vrai gros scandale mon Pierrot ? 1% des Français les plus riches possèdent autant que 70% des Français les plus pauvres (en gros nous tous, Étude OXFAM 2014). Et ça, quelque chose me dit que c'est TRÈS mauvais pour "la croissance". La notre évidemment, pas la tienne puisque jamais dans l'histoire de ce pays, les riches moralisateurs du travail des pauvres ne sont aussi bien portés.

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3 novembre 2014

Osez Gone Girl

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Et pan ! Osez le féminisme démonte le dernier film de David Fincher : Gone Girl (lui offrant un beau repêchage publicitaire au passage).

L'histoire : Le jour de son cinquième anniversaire de mariage, l'épouse d'un gaillard un peu mou mais sympa disparaît. Elle est belle, un peu connue, très vite l'histoire est médiatisée. Tout accuse le mari (dont on découvre qu'il n'est pas si mou ni sympa que ça)... Mais bon ce n'est pas si simple, c'est pas celui qui dit qui est, mon père n'est pas vitrier mais je vois quand même à trois cent bornes une odieuse machination de la madame (c'est que j'ai des années de Faites entrer l'accusé derrière moi).

Il ne reste plus qu'à espérer que Zemmour, vouant déjà aux gémonies le sulfureux soap pour pré-pubères Hélène et les Garçons, ne tombe pas dessus avant 2040 : il aurait là de quoi écrire un pamphlet dithyrambique sur le renouveau vengeur du pop-corn cinéma de la middle-class dévirilisée,  trop longtemps sous la coupe du complot feminoburné à la solde de l'homodomination hollywoodienne (ou à peu près).

Il faut dire que le dernier thriller de Fincher est un cas rare de film raté, mais réussi

Raté : reboot conjugal de Liaison fatale, le film est lourdingue, pas crédible deux secondes et, victime de ce complexe de ne pas être une série télé, il s’enfonce dans la surenchère des rebondissements en s’évertuant à compacter en près de trois heures ce qu’il aurait gagné à diluer en six sur HBO

Réussi : Fincher embrasse avec talent les sujets latéraux : la part de secret dans le couple (on notera d’ailleurs que l’on ne progresse pas d’un iota sur le sujet du début à la fin), la dissolution de la personnalité dans le rapport amoureux (la grande terreur du moment), l'auto-peopolisation de nos vies et la contamination totale du cynisme : des institutions jusqu’à la sphère intime en passant par la famille.

On en sort perturbé, pas tant par ce que l’on a vu mais par ce que l’on est amené à en projeter sur notre propre vie. Malgré ses grosses ficelles de film de genre, il faut croire que le récit est encore trop dans la nuance pour certains parlant d'"apologie de la violence masculine" et d'"illustration parfaite des thèses masculinistes". Bof. A la rigueur, c'est un film pro-célibat.

Malgré son registre de polar et le léger pet-au-casque du personnage féminin (je ne spoile rien du tout, ça se devine à la première image et l’autre traduction possible de Gone Girl est « fille timbrée, irrécupérable »), le film pointe en les caricaturant comme il faut (plus ce serait de la farce) les névroses de notre société : du culte de la performance généralisé et de l’esprit selfie qui nous carbonise la raison. 

Au fond, Gone Girl est un film miroir qui informe d'abord sur la qualité de celui qui regarde. Moi j'y ai vu une fille dingue et une société qui ne va pas beaucoup mieux. 

Mais je suis très basique. Normal, je suis un homme.

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