25 octobre 2007

2 MONTHS IN PARIS

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Me voila parisien...à nouveau.

J'ai repris le travail à la con. Mon cerveau est en déconfiture certes, j’ai bientôt trente six ans, c’est certain, il n’y a pas un moment de ma vie à Paris où je suis bien. Ce sont là des signes inquiétants qui au moment où j’entre tête baissée dans une vie active normée en pleine capitale devraient m’inciter à m’enfuir à grandes enjambées vers d’autres contrées désertées.

Jardin du Luxembourg. Je cherche du regard quelque chose d’agréable mais, et je ne le répète que cent fois par jour, je déteste Paris. Sur la surface gélatineuse de l’eau couleur vinasse périmée, les feuilles mortes s’agglomèrent en plaques jeunes ambrées. Ici aussi j’entends plus parler anglais qu’à Londres, où j’entendais beaucoup parler français. Quand vais-je enfin en finir ?

Matin brumeux, café au comptoir d’un troquet de la gare de l’Est pas loin des ouvriers en ravitaillement de mégots. Moi aussi, j’attends pour embaucher. Le reste de la journée n’est qu’une montée de nerfs sur le montage virtuel d’une émission inintéressante pour une chaîne publique.

Le week-end suivant. Retour dans mon quartier à bobos. Journée d’une douceur estivale où je découvre pour la première fois, colonisé par ses touristes, le centre pittoresque de Paris dans lequel j’ai la luxueuse chance d’habiter. Nous remontons la rue Saint André des Arts pour déboucher sur Notre-Dame De Paris. Je ne réalisai pas en venant dans ce quartier, réserves pour riches, la place privilégiée que j’y occupe ironiquement, moi qui n’ai pas d’argent et déteste Paris. L'aimée se rassure de notre drôle de précarité en me faisant état des remarques glanées lors de la soirée d’auto célébration des trente ans d'une amie. Notre nouvelle adresse fait des envieux, notamment dans la classe de ces médiocres trentenaires sarkozistes. Ces petits-bourgeois déclinants et esclaves à temps plein - fils et filles de petits-bourgeois parisiens à la retraite dorée - pour assouvir leur désir d’être propriétaires - situation à jamais impossible financièrement s’ils restent dans Paris intra-muros - se relèguent d’eux-mêmes dans de blafardes banlieues de type Garches ou Juvisy dont la seule évocation faisait horreur aux ex-éternels étudiants il y a encore deux ans. Ils s’y terrent dans une semi-honte, se consacrant à customiser à l’excès leurs nids douillets pour nier cette fatalité : ce sont des pauvres.

MARIE P. (deux heures dix de transports en communs pat jour, ex-locataire durant sept ans d’une studette de vingt-deux mètres carrés donnant sur le boulevard périphérique au niveau de Malakoff et désormais propriétaire en trente-cinq ans d’un trois pièces de type hlm à Sceaux, éructe avec dégoût bourgeois) :
Trente deux mètres carrés, je ne pourrais jamais !

Après l’Angleterre et sa rue Perverse, la baie déserte de La Rochelle et l’exil rural en grange humide en plein poitou, nous voici débarqués dans le Beverly Hills français à manger nos saucisses lentilles à même la boite au sein d’une surface de trente-deux mètres carrés dont le balcon surplombe les pubs et restaurants les plus branchés. Etablissements que contemple de son regard désolé, Prince, à la fois notre chat et notre fils unique. Germanopratins issus de la petite-bourgeoise en déliquescence, mangeant avec les doigts dans le quartier le plus cher du pays, cultivés avec modération et désormais doublement sous-payés, nous sommes la définition pleine du terme bourgeois bohême.

Quant à ma précarité toute relative et l’étroitesse de mon habitat, la rudesse de mon séjour anglais m’a rodé à ce type de promiscuité sur fond de maigres revenus. Je me suis fait une raison : un locataire de mon genre n’aura jamais à la fois, une salle de bain et une cuisine. Pour des gueux comme nous, ce sera toujours l’un ou l’autre.

Peu importe, je passe avec l'aimée un charmant après-midi ensoleillé sur les bords de Seine dans un Paris, non pas que je redécouvre mais que je découvre, un vieux Paris aux rues serpentines où se succèdent troquets typiques et petites boutiques à touristes, quartier majoritairement piétonnier bordé d’un autre Paris urbain gorgé de vélos et de roller skates qui slaloment entre des bourgeois à la retraite effrayés par ces temps modernes où le travailleur minoritaire se remet à pédaler.

Retour au travail. Je cumule heures et nervosité, marquant progressivement mon workspace de mes stylos, de mes étiquettes, de mon vélo dans l’entrée et de mon casque stéréo attitré. Pourquoi suis-je là ? Je perds littéralement mon temps, ne lit plus rien, écrit à peine plus, m’évertue à produire de la merde au plus bas de la chaîne de conception. Pourquoi me lève-je si tôt ? Pourquoi gagne-je plus ? Pour une bouffée de nervosité, pour les souvenirs, pour paradoxalement oublier que je suis ici. Je travaille plus et par conséquent gagne plus. Je suis malgré moi la vérification du paradoxe de Sarkozy. Lentement, je prends conscience à mon corps défendant que chaque président de la république, qu’on le veuille ou non, marque un tournant.

Mon occupation quotidienne se concentre donc sur le rien du rien. Je fais. En ce sens, je suis utile. Je participe à la confection d’une tache donnée dans un cadre professionnel qui, lui-même, me confère une identité sociale. Je fais et jamais je n’ai eu cette autant impression de perdre mon temps à le gagner. Me consacrant à la réalisation de ce que j’estime n’être rien, mais qui n’est pas un rien dont je suis le décideur, j’en viens à éprouver un sentiment temporaire de compassion provisoire pour mes collègues de quelques semaines, les autres salariés.

En ce jour de grève dans les transports publics, les salariés, personnifications contemporaines du masochisme ancestral qui anime l’humain, sont tous stressés de ne pas pouvoir rejoindre leurs lieux de travail dont ils ont pris un malin plaisir à vivre le plus loin possible. Ils stressent ainsi à la terrible idée de ce qu’ils vont aujourd’hui gagner en moins. Vivant avec rien depuis dix sept ans, je pars, en vélo, au travail dans l’optique de gagner plus. Certains galériens, principalement les stagiaires, mettent cinq heures pour arriver en voiture à la mine où ils sont exploités, je fais le trajet en neuf minutes de bicyclette dans des couloirs de bus entièrement livrés à mon coup de pédale.

Principal motif de satisfaction de cette semaine parisienne, l’abandon du métropolitain pour un retour à la bicyclette. Au-delà de l’économie de miasmes humains et du gain de temps - neuf minutes pour raccorder le boulevard Saint-Michel à la gare de l’Est, record battu tous moyens de transports urbains confondus - le vélo, par son positionnement au centre de la chaussée donc des perspectives et l’ouverture du champ de vision qu’il offre, est le moyen le plus efficace de contempler Paris : Le défilé immobile des fines artères de part et d’autre des flux sanguins, les tranchées d’immeubles dépareillés qui, enfin, prennent un sens un tant soit peu esthétique. Cette ville n’est esthétiquement et pratiquement pas faite pour la voiture. Pratiquement, un après-midi passé au volant d’une voiture parisienne en apprendra à tout homme sur ses aptitudes à encaisser le stress et sa propension à la tolérance en général. Paris est une capitale qui est à l’origine un village conçu pour que le piéton occupe la chaussée. Esthétiquement, relégué sur le trottoir à l’ombre des arbres collés les uns aux autres, le piéton ne peut pas profiter des perspectives qui sont abandonnées aux voitures dont les toits couverts bloquent aussi la contemplation. De la continuation de cette confusion entre village et capitale, rien de bon ne sortira. Du village et de la capitale, un des deux doit disparaître ou, tout au moins, se soumettre à l’autre.

Qu'est qui unit les parisiennes, que ce soient les pisseuses de seize ans en jupes-tailleurs et collants noirs qui jacassent mouillées dans le métro parce qu’elles viennent de croiser Louis Garrel devant le café de Flore, les vieilles peaux grisâtres de célibataires pourtant trentenaires qui filent stressées sur les boulevards la clope au bec, les quinquas en descente, plâtrées au maquillage multicolore, sursautant à chaque passage de vélo alors qu’elles s’étalent de leurs démarches lourdes sur les pistes cyclables ? Elles me regardent toutes de haut, sans une once de chaleur dans leurs regards de crasse.

Étrangement, c’est ici, dans ma studette sur rue piétonne, au cœur de cette capitale village que je hais par dessus tout, et alors que je suis devenu un salarien comme un autre, que je me sens bien. Oubliée la Charente et ses rochelais et le bon temps du beau temps. J’en recroise quelques-uns sur le site de la télé-locale du coin*, je capte les échos de températures médiocres aux bulletins météos et, entre deux pédalages hystériques au milieu des fumées de bus sur le boulevard Sébastopol, rien, pas même la nostalgie du ciel si bleu qu’il en est noir.

J’en avais enfin assez de l’esprit charentais. Depuis ma terrasse charentaise, j’ai assisté mi-goguenard mi-rageur, à la mutation de la région dont avec mon exil il y a six ans j’ai été, malgré moi, l’un des amorceurs. Le péquenaud local, crétin mais attendrissant, qui n’a pas eu la sagesse d’investir dans l’immobilier locatif, a laissé sa place à une classe moyenne pondue à la chaîne M6 et constituée de tubes digestifs gobant toutes les couleuvres, travaillant et croyant aimer ça, chiant de la banalité à l’année. Le crétin français, mi-trentenaire, en pleine hypnose auto-suggestive est persuadé de faire partie de l’élite mais il achète tout discount, se croit au-dessus des autres mais fait la queue avec eux à la grande surface du coin à la première heure du premier jour des promos. Il est propriétaire mais à cent bornes de son travail d’esclave, il a des polos Gucci et quatre crédits sur le dos. Ce crétin là n’a plus les moyens d’habiter en ville et se propage comme de la mauvaise herbe dans les coins jusque là les plus paumés de province. Tandis que les centres des grandes villes redeviennent de vrais villages, les lointaines banlieues ignorées il y a encore trois ans se gorgent jusqu’à l’écœurement de nouveaux propriétaires persuadés d’être à la campagne, n’ayant pas encore conscience - mais l’auront-ils un jour ? - qu’ils reproduisent le système des ghettos excentrés pour pauvres. Quoique stressés par la réalité des échéances, ils bâtissent gaiement en quarante ans de mensualités leurs futures prisons : les cités pourries mais horizontales de demain, loin, bien loin, des vrais riches.

Mon malaise d’il y a deux ans qui nous a conduit sur un exil anglais, parenthèse parmi les parenthèses, était essentiellement du à cette arrivée massive de gros cons qui s’est accélérée entre 2004 et 2006 avec leur cortège d’animaux domestiques, de grands-parents, de poussettes, de mauvaise humeur, de bêtise crasse et de bruit en général. Même un village reculé comme l'était le notre n’a pas tardé à se faire rattraper par la fièvre du béton. Avec ses trois cents maisons particulières en parpaings champignonnant subitement hors des champs et son centre commercial en construction à deux pas de l’école, le hameau va directement devenir cité après un bref passage dans la rubrique région bourgeoise avec mini-baguette à un euro cinquante ! Ni boulanger, ni retraité, ni petit-bourgeois et, malgré tout l’attachement que j’ai pour le ciel de La Rochelle, je n’avais plus rien à faire dans cette région.

Regardant la plèbe de ma terrasse au soleil en plein sixième, boycotteur volontaire de tout transport public, avec une grosse berline bichonnée dans un parking souterrain loué une fortune, serais-je entrain de glisser bourgeois ? Par chance, je n’ai pas d’argent. C’est précisément l’excuse que sortent toujours les bourgeois.

Retour à pied vers mon petit studio vers St Germain des près, la petite rue est bondée de supercakes qui ont tout investit dans la sape et qui traînent là histoire de faire croire aux badauds qu’ils habitent dans le quartier. Je passe en baskets de prolos, k-way et sac à dos au milieu des bandes de mâles aux parfums à pédés qui poireautent dans le froid pour rentrer, un jour, dans ce pub doré. Je fais mon code et passe derrière la porte verte. Le bourdonnement des bouseux disparaît au fil de la montée des marches en velours de l’escalier lustré.

9 octobre 2007

PUTAIN NICO EST ENTRAIN DE ME TUER

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Veuillez excuser cet arrêt momentané des transmissions mais je travaille actuellement plus (beaucoup trop) pour gagner plus (si peu).

J'y reviens au plus vite promis. En attendant n'hésitez pas à fouiller dans les archives, y a de quoi faire.

22 septembre 2007

HYSTEROVALIE

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Ce soir là La France rencontre l’Irlande pour un match éliminatoire de la coupe du monde de Rugby. Inutile de préciser que le chauvinisme d’un peuple dont le moral est aux abois sera au rendez-vous. A l’occasion d’un changement de dvd entre deux films*, je tombe en pleine deuxième mi-temps de match. Je me penche, un instant mais pas plus, sur ce sport dont je garde un souvenir assez inoffensif des sympathiques supporters**. Avec le football, on a souvent à faire a des cons bêtes et méchants, avec le rugby nous avons là de gentils cons, bien disciplinés. Je ne saurais dire quel est le pire ?

Quant au sport en question, sa complexité est sur-annoncée pour flatter l’improbable intelligence du téléspectateur moyen. Rassurons-nous : il s’agit bien de mettre le ballon dans le camp opposé. A la vue de ses brutes sanguinaires, niveau zéro ou bien aboutissement suprême de la civilisation, de ce ballon qu’on ne voit jamais, de ce va-et-vient de spectateurs leurs hot dogs à la main dans les tribunes et de people peinturlurés de bleu blanc rouge, je ne peux m’empêcher de faire la connexion entre cette passion spontanée*** pour un sport collectif hautement chiant et l’hystérie commerciale autour du football américain, encore plus soporifique, qui agite le peuple du nouveau-continent depuis vingt ans. Une fois de plus, nous sommes plus américains que les Américains. Valeur de fraternité et tactique de l’effort collectif, cohésion nationale autour de bourrins écervelés : Le Rugby est le sport sarkoziste parfait. Manque de bol, ce soir, les trépanés édentés propulsés au rang de Dieux ont gagné. Sale soirée qui, inévitablement, en annonce d’autres.

* Caché de Michael Haneke (2005) et Retour à la bien-aimée de Jean-François Adam (1979)

** qui, par un habile mécanisme, m’ont assuré une rente financière de 1993 à 1997.

*** unique résultant d’une fine conjonction entre avidité du marché en conquête de nouveaux territoires, le besoin de communion des masses sur la base du plus petit dénominateur commun et, surtout, de sa propension à croire. La croyance étant ici comme toujours : la supériorité de la nation. C’est sur ce même sentiment de base que les élites planquées plongent régulièrement leurs peuples dans la guerre.

MESQUINS DU MONDE

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C’est là bien la seule valeur de l’électeur sarkoziste, l’unique corde sensible dont le nain gris de l’élite à su jouer à la perfection pour conduire le troupeau à l’élire : l’égoïsme bourgeois qui siège en chacun de nous, occidentaux obscurantistes de plus en plus acculturés.

Ma propriétaire, Madame G., affolée de mon départ annoncé, parce que c’est du manque à gagner devient hystérique dès lors qu’il s’agit de faire visiter à de nouveaux locataires la grange réaménagée qu’elle me loue et qui sert d’attrape citadin. Hors de question bien sur qu’elle me reprenne à prix cassés les équipements électroménagers flambant neufs que j’ai du acheter pour son endroit dénué de tout confort à ce niveau, ça ne [l’]intéresse pas, [elle n’en a] pas besoin. Hors de question d’annoncer aux nouveaux locataires qu’ils ne pourront ni brancher une plaque électrique ni une plaque de gaz, qu’ici rien n'est aux normes, que tout a été bricolé à l'économie, pas plus que de les avertir que l’endroit est soumis aux inondations et qu’à ce propos, bien que le mal fut identifié par votre narrateur rien n’ait été réparé. Pas d’espoir de ce coté là non plus ni de celui d’un remboursement de mes trois pauvres derniers meubles ayant survécus à mes moult déménagements et qui furent détruits par l’inondation d’août dernier. Par contre, Madame G., qui conduit les visites de nouveaux locataires, ne manque pas de me de me demander où elle pourra m’envoyer la facture pour l’entretien annuel de la chaudière que je suis censé effectuer une fois l’an. La mesquinerie du petit-bourgeois pro-sarkoziste est reconnaissable entre milles, il s’agit de pauvres qui, bercés par les sirènes télévisées, jouent aux riches mais n’arrivent pas à se défaire de leurs habitudes de pauvres sans toutefois avoir l’honnêteté ou l’intelligence - souvent les deux - de le reconnaître. Et dans les faits c’est vrai que comparé à leurs modèles, l’élite de Neuilly, ils sont en fait bien plus proche de ma misère que de l'opulence stratosphérique des patrons du CAC. Pourtant, ce sont mes propriétaires. Ils possèdent et moi pas. Mais, ils possèdent à crédit, le plus souvent en échange d’une vie complète de soumission. Une fois arrivés à la retraite ces bourgeois là tremblent de terreur parce que leur locataire leur a déposé un préavis de départ d’un mois et qu’ils auront un manque à gagner d'un mois de loyer ! Trembler pour six cent vingt euros et refuser de faire le moindre frais pour améliorer le quotidien basique de ses locataires, est-ce une preuve de richesse ou de mesquinerie Madame G. ?

Ma seule force, qui me rend libre, est de savoir dans quelle catégorie je danse, leur unique faiblesse, cause de leur interminable terreur d'avoir moins, est de prétendre incarner ce qu’ils ne seront jamais : l’élite financière ou intellectuelle. Ils sont à la richesse ce que l’aspartam est au sucre. Ils sont à la bêtise ambiante du modèle sarkozien ce que le sucre est à l’organisme : un carburant indispensable.

Comme je le dis souvent à ma mère en son château vétuste : "Quand on a pas les moyens de faire le plein de sa Jaguar, c'est qu'il est temps de se mettre au vélo !"

19 septembre 2007

BREVE DU POITOU

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Place du marché désert, un village reculé du Poitou profond, le cœur d’un de ces après-midi chauds figés dans l’intemporalité, j’écarte le rideau de lianes en perles de plastique multicolores et entre dans la boulangerie poussiéreuse parce que, con comme je suis, je cherche une baguette. Pas de baguette ici monsieur. On a de la 80, de la festive, de la joyeuse, de la granité, de la au Sésame, au noix de cajou, du pain au réglisse, à la moutarde et à la merde me grogne dessus le Kubota aux plis moulés à la louche dans un tablier à fleurs jaunes, bleues et vomies. Tant pis, je ne lâcherai pas un euro cinquante pour une demi-baguette au prétexte qu’on y a rajouté un arachide de synthèse. Mais, merde j’ai faim. Mon regard tombe sur cette dernière viennoiserie molle autour de laquelle quelques insectes orbitent endoloris à l’approche de l’automne et dont je ne pourrais décrire si elle est décorée de fruits confis ou de fientes d’insectes.

SEB MUSSET de sa voix penaude teintée de bienveillance et d’un amour naïf et pour son prochain
Bon bah, je vais prendre un pain aux raisins.

Le tromblon à conne lisse s’exécute.

LA BOULANGÈRE que je me représente avec un mégot à la commissure de ses lèvres couleur vinasse aboie sa dernière question d’une voix rauque - ça c’est de la didascalie - :
- Et avec ceci ?

SEB MUSSET fier de ne pas avoir à sortir plus de quatre vingt centimes d’euros de sa précieuse cassette, regard de braise, de trois quart, pince la bouche à la manière d’une stagaire à LCI fraîche émoulue de l’école de journalisme.
- C’est touchhhh*.

La boulangère déjà d’humeur cendrier pousse un long soupir de mécontentement à pépites de glaviot. Zut, moi qui comptais lui laisser un pourboire bien que dans ce domaine je pense qu’elle dispose déjà de ce qu’il faut backstage. La monnaie rendue jusqu’au dernier centime que je m’empresse de recompter, je sors majestueux, soupesant la friandise tiédie par l’après-midi et une vitrine en plein soleil. Apercevant une pancarte suspendue me faisant dos, je décide d’un geste aérien de détendre l’atmosphère guindée de l’endroit si select et pivote l’écriteau vers moi. Un cri guttural remonte de l’enfer et me saisi d’effroi.

LA BOULANGÈRE
On touche po à ço, c’est fragile, ca tient po ! On touche po !

La vibration tétanise le pédant auteur et votre narrateur redevient soudain ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être, un petit connard piqué en flagrant délit de chourravage de sa dose quotidienne de Carambars au Monoprix du Boulevard Murat.

Sur la pointe des pieds, je tente d’immobiliser l’écriteau qui se balance au-dessus des babas au rhum et je sors sans un regard, sur la pointe des pieds, préparé à recevoir d’une seconde à l’autre une rafale de chevrotine dans le cul. Une fois dehors, j’estime que je m’en sors plutôt pas mal. Cela aurait pu être pire : j’aurais pu être anglais et ne pas parler un mot de français. Sur la place du marché pas plus peuplée qu’avant JC, j’enlève de son papier gras le petit pain aux fientes confites et, parce que la curiosité me tuera, me tourne vers l’échoppe pour découvrir ce qui est inscrit sur la table des lois en police manuscrite Oui-Oui 130 :

« Coupe du monde de Rugby : Ce soir France Namibie ! »

Il faudra que je me penche sur ce virus soudain du Rugby qui, du Boulevard St Germain au marais poitevin, rend hystérique ce peuple français. Peuple désarmant à la naïveté touchante de ses délicats mouvements de masse - tout y est fait par paquets de quinze millions minimum -, peuple si déprimé qu’il veut gagner à tout prix quelque chose, une coupe du monde, le trophée des cons ou un tournoi de boules.

* se référer à Avatar un enfant du siècle, un livre qui vaut ce qui vaut mais qui en vaut bien d’autres.

14 septembre 2007

IT'S A MADDIE WORLD

par
Quelle surprise ! Après quatre mois d’enquête au Portugal, du chagrin on-line déversé par kilotonnes sirupeux via avatars et bannières dans la blogosphère larmoyante et moutonneuse des jeunes mères de famille qui s’emmerdent à domicile immobilisées avec des enfants-rois qu’au fond elles apprécient peu dès lors qu'ils se mettent à interargir en tant qu'humain, après le kaleidoscope à l'unisson des unes mondiales du tabloïd le plus crasseux à l'honorable quotidien communiants tous dans la douleur indescriptible d’une famille faisant face à l’adversité, ce couple modèle de beaux blonds médecins contrant courageusement l’horrible pédophilie galopante qui gangrène le monde des gentils des adultes. Après David Beckham et l’équipe nationale de football chantant à l’unisson pour la réapparition miraculeuse de l’enfant martyr, après une bénédiction du pape en mondovision*, après l’indiscutable innocence face à l’impardonnable lâcheté appelant la loi du talion voici venir le temps du doute. Il aura donc fallu quatre mois et la découverte de quelques indices troublants pour que les enquêteurs portugais susurrent ce dont je suis certain depuis plus de trois mois : il n’y a dans cette histoire pas plus d’enlèvement d’enfant que pédophile hideux. Avant le grand lynchage, et histoire de ne pas retourner sa veste trop vite, les médias travaillent l’opinion populaire pour lui faire comprendre que, peut-être mais c’est à prendre avec des pincettes, ce serait ses parents qui auraient accidentellement tué la petite Maddie**. Ils lui auraient injecté une trop forte dose de somnifère pour qu’elle reste, bien sage, dans leur chambre d’hôtel pendant qu’ils se torchaient la tête à coup de gros blanc*** entre colons prétentieux de l’upper-middle-class anglaise dans cette cantine portugaise sans âme pour touristes se la jouant jet-set.

Pour le moment, avant les aveux, le consensus mou nie toujours l’évidence. Discrètement, les bannières de soutien aux parents de Maddie disparaissent des blogs.**** Le monde dans ses grandes largeurs médiatique et idéologique s’est fait ridiculiser. Le nez dans sa merde, il nie toujours mais à voix basse : Les parents sont innocents et les pédophiles sont méchants. Quelle étrange curée envers les abominables abuseurs d'innocence lorsque les chiffres montrent clairement qu’au hit-parade des viols et violence sur enfant on retrouve en tête de classement… les parents ! Que l’homme devient encore plus con des lors que l’enfant entre dans l’équation de sa réflexion limitée ! Quand bien même on dénombre quelque chose comme un attouchement pédophile pour mille tabassages d’enfants par leurs parents biturés, la voix populaire des parents angoissés le réclame : que l’on coupe les couilles aux condamnés! Et si l'on a doute sur la culpabilité, tant pis, on coupe aussi ! Pendant ce temps, l’alcool se répand à flots détendus sur la planète des crétins qui laissent crever leurs bambins. Selon le même principe de précaution, c’est donc l’homme dans son intégralité merdeuse qu’il faudrait songer à stériliser.

Une pensée pour Maddie puisque dans cette histoire, que ce soit pour les plaindre ou désormais les lyncher, l'opinion a toujours vu cette histoire du point de vue des parents.


* étonnant que Sarko ne s'en soit pas mêlé.
** depuis début mai, la disparition de la petite Maddie dans une chambre d’hôtel d’un village de vacances portugais tient le monde médiatique en haleine et à susciter une sympathie planétaire pour ses parents, beaux et convenablement friqués, les prototypes de l’humble réussite occidentale.


*** 14 bouteilles pour 8 selon un témoignage.

**** avant bien sur le prochain déferlement anti-Kate Mc Cann.

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