3 mai 2012

Hollande: L'anaphore tranquille

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Dernière riposte party géante des activistes numériques hier soir à La Bellevilloise pour commenter le débat de second tour Sarkozy / Hollande. Coincé dans la grande salle bondée, j'ai la nostalgie soudaine des premières ripostes PS où il y’avait plus de pizzas que de participants. Enfin...  Malgré la bonne humeur, vu les milliers de messages à la minute partant d'ici encombrant un réseau vite saturé, les conditions étaient un peu hardcore pour un live tweet efficace. Livrons ici nos impressions à l'issue de ce qui restera un beau débaudruchage du sarkozysme penaud. 

François Hollande s’est révélé ce soir aux Français. Pour ceux qui suivent et s’intéressent un peu au personnage depuis plusieurs mois, ce ne sera pas une surprise. Pas surprenant non plus un Sarkozy fuyant, de plus en plus courbé et sautillant sur sa chaise, se frottant le nez, cherchant du regard le journaliste sauveur (mais contraint par le CSA au mutisme). Pauvre chaton pris dans les barbelés de son bilan, il n’est jamais sorti de sa posture habituelle au dédain d'abord: les "vous mentez", les "c’est faux", les baratins, les formules maladroites, les moments mythos et les incontournables éléments de langage usés jusqu'à la corde. J'ai ainsi pu biffer toutes les cases de mon bingo des débats Sarko (la piscine halal, le point DSK, le point Mitterrand, le point Drapeau rouge, le "c'est pas moi c'est la crise", le "c'est la faute aux 35 heures"...). Malgré la longueur (2h50), les tunnels de chiffres et quelques baisses de régime, F.Hollande, raide et pointant du doigt, a gagné la bataille de la crédibilité (au point de distiller le sentiment, pour celui qui débarquerait de l'étranger, que c’était lui le président et l’autre l’opposant). Le candidat socialiste a surtout remporté les deux moments clés du débat (celui avant qu'on zappe et celui où l'on revient d'M6):

Le début: en attaquant très fort sur le respect que l'on devait aux Français en tant que président, là où tout le monde le pronostiquait  "à la cool" (histoire de ne pas prendre de risque et de surfer sur son avance). Du coup, il a donné le tempo et a toujours plus ou moins maîtrisé la danse. D’autant que Sarkozy, au lieu de parler de son projet, n’aura finalement passé sa soirée qu'à s'opposer au programme que le candidat socialiste déclinait sans ciller. Un débat finalement à l'image de cette campagne: Le fond et la constance pour l'un, l'approximation et la panique pour l'autre. Sarkozy s'enlisera finalement seul dans ses thématiques fétides, Hollande clôturant d'entrée par des réponses fermes sur la laïcité.

Sa fin: en assénant en slam une tirade anaphorique d’anthologie (renforçant par le verbe sa stature présidentielle) devant un Sarkozy (pourtant fan de Stéphane Camus, Kevin Zweig, Seb Musset et  Grégory Le Balzac) hébété qu’on lui dise ses 4 vérités en 3 minutes avec plus de style qu'il n'en aura jamais eu en 5 ans. Quelque part ce soir, Hollande a vengé en prime-time nombre de Français face à l'arrogance d'une politique et d'un mode de gouvernance qu'ils subissent depuis trop longtemps. 



Mercredi soir, le Karcher a été passé devant 17 millions de spectateurs. Bien. Ne reste plus qu’à confirmer cela dimanche prochain. 

Le pearltree des réactions au débat:
Illustration : Riposte party à La Bellevilloise, Paris, 02.05.2012

2 mai 2012

L'unité du 1er mai: Virons-le !

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"Ce 1er mai nous appartient, il n'appartient à personne d'autre" Mot d'ordre scandé à l'unisson vers La Bastille, le 1er mai 2012 vers 20h.

Bataille des défilés ce 1er mai dans Paris. Avec Gildan et Intox, et malgré la tentation d'accompagner SarkoFrance dans son infiltration de la gériatrie apeurée à monte-escaliers Stena de La France Botox s'agglutinant place du Troca dans les effluves de Chanel n°5, je suis resté aux bonnes vieilles habitudes du 1er mai. J'ai suivi de 14 à 20h30 le défilé parisien à l'appel des syndicats. 

Place à tous sans distinction: La France qui travaille, celle qui travaille mal, celle qui cherche à travailler, à travailler mieux et tous les autres quelles que soient leurs origines. Charme et chaleur de ces 1ers mai là: ils n'excluent personne, sauf ceux qui basent leur réflexion sur une logique d'exclusion justement. Du coup, ils sont largement débordés: enfants, familles, retraités, salariés, chômeurs, féministes, précaires... Pour avoir défilé plusieurs fois début mai sur la capitale (avant que cela ne devienne une mode impromptue pour une droite n'ayant pourtant eu de cesse de moquer ce type de rassemblement depuis 5 ans), cette fête du travail est probablement la plus importante et la plus compacte des 4 dernières années sur Paris.


Combien étions-nous ? En me basant sur les précédentes éditions, et sur la densité de celle-ci, je dirai 150.000. On me parle de 750.000 avec la province. Vers 20h20 alors que la foule abondait encore Place de Bastille, j'apprenais à travers mes derniers souffles de batterie que nos journaux télévisés n'en relataient rien, préférant abondamment relayer le rallye des fins de races du candidat-président.

Avec son rassemblement du "vrai travail" auprès de La France qui n'en rame pas une, Sarkozy visait la Une du JT avec le pouvoir d'une image massive, livrée clef en main, assortie de son faux chiffre (à la compta pyramidale) asséné avec assurance à 5 jours du second tour. A ce titre, c'est gagné. Là où les défilés syndicaux se multipliaient en France s'étalant lentement (sans service de production d'images léchées), celui de la France rance des rentiers et des fils à papa se concentrait en statique dans les limites de son ghetto, à l'intersection du 8e et du 16e arrondissement de Paris (le petit père du capital y fait des scores à 70%), avec une communication visuelle aux petits oignons, en plans réalisés au grand angle avec des cadres avantageux.


Tandis que la droite avec chauffeur, après son brunch dominical, ratonnait une journaliste devant le palais de Tokyo, nous, nous défilions solidaires et dans la bonne humeur de Denfert à La Bastille sans discontinuer durant plus de six heures. Malgré les sensibilités diverses, peu ici s'abstiendront dimanche. Pourvu que le message hurlé et hurlé soit entendu au-delà de nos bataillons de motivés. N'oublions pas mai 2007. Rien n'est joué tant que ce n'est pas voté.

Bottons l'incompétent hors d'une République qui ne le mérite pas. Ennemi des travailleurs, braqueur de notre modèle social, il n'a et n'aura de cesse de repprocher aux autres les conséquences de sa politique désastreuse en branlant du nationalisme, de la peur d'autrui, de la frontière et autres thématiques dont il se moque comme de sa première Rolex. Jamais dans la Ve République un président n'aura dégradé en aussi peu de temps son pays, aussi bien dans son économie que dans ses institutions, dans sa pratique du pouvoir que dans nos vies quotidiennes. Voilà l'unique second souffle promis pour son prochain quinquennat: définitivement dédouaner les gens de mal penser et une fois encore pourrir ce terrain qu'il méprise tant.  

Répétons-le. La vraie leçon du 1er tour n'est pas le score du Le Pen, mais bien celui de Sarkozy. Le chasser du palais est le préalable à toute discussion posée sur l'après. 

30 avril 2012

L'invisible France des propriétaires en colère

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Les résultats du premier tour des élections présidentielles sont la vérification la plus cinglante d'un divorce entre centres-villes / zones périurbaines où se mêle rancœur et incompréhension réciproque.

J'y vois dans ce grand thème ignoré (ou plutôt mal traité) qu'est le logement, une raison essentielle. 

Au bout de 20 ans de montée de prix de l'immobilier et de course acharnée à la propriété, de  bombardement d'émissions sur le cocooning décoratif, de volonté d'enrichissement par la pierre et de l'impératif propagée au sommet de l'état de faire de chaque français l'entrepreneur individuel d'un "projet immobilier", un constat: les centres-villes se vident des classes populaires et des revenus moyens. Paris est évidemment le summum urbain de cette ghettoïsation de classe et devient la cible favorite des discours du FN, à travers les fantasmagoriques "velibiens" et autres "bobos parisiens"[1], nouvelles cibles au second tour d'un Sarkozy en panique stigmatisant désormais les habitants du Boulevard St-Germain qui (mais nous ne sommes plus à un n'importe quoi près de sa part) ont pourtant voté pour lui à 45%. Je rassure la province: être pauvre à Paris n'est toujours pas un luxe. Et niveau confort bourgeois, marques et déco, j'observe souvent du nettement plus sophistiqué dans des pavillons de territoires reculés que je n'en croise dans les appartements pourris de la capitale. Allez comprendre.

Une classe d'âge bercée par la télé, soucieuse d'être propriétaire au plus vite, s'est lancée dans la vie active rompue aux mauvaises payes. Le coït à crédit passé pour le salarié condamné à la boucler, la prédominance culturelle d'un modèle parisien friqué, véhiculant à longueur d'émission sa réalité, son entre soi, sa façon de voir et penser, renforçait la frustration d'après-boulot dans ces parcs enclavés à jeunes proprios ruraux découvrant un peu tard que le vice caché du confort "bobo", version propriétaire sans cagnotte, se paye au prix de l'isolement. 

En 2012, la valorisation idéologique de la propriété servie depuis quinze ans par le triptyque banques / promoteurs / médias montre enfin ses limites. 

Limites financières et géographiques. Les ménages sont très endettés, leur manque de mobilité lié au remboursement d'un crédit long et l'impossibilité de revendre sans perdre d'argent devient un vrai frein pour l'emploi. L’accès à la propriété de gens qui n'auraient pas dû l'être avant 10 ou 15 ans entraîne des coupes sombres dans leur consommation (vitale pour les plus pauvres, de "transgression" pour ceux qui le sont moins: même effet pour les deux, frustration), les frais énergétiques et les charges explosent. L'impression d'être pris à la gorge, sans espoir de la culbute financière anticipée sur prospectus par nos primos-accédants enpavillonés alimentent la colère sans pour autant susciter l'autocritique. 

Se double à la ghettoïsation, l'inévitable utilisation de la voiture: voire de 2 voitures (puisqu'il est désormais acquis pour toute une génération que pour être propriétaire, il faut être deux à trimer). Et l'on retrouve là encore, une des thématiques permettant à Le Pen de ratisser large et facile, "le racket automobile dont est victime la classe moyenne". Notons que le candidat-président, créateur des robots radars, a bien essayé de rattraper à la volée cette thématique juste avant le premier tour avec sa carambouille sur le permis de conduire.


La trahison de la France des propriétaires à crédit de 2007 se paye en partie dans les urnes en 2012 par le vote de la colère. Ils font partie de cette "France des invisibles". Pourtant, le dogme et la peur de perdre sont plus forts que la logique. Nombre de victimes de cette arnaque sont prêtes à revoter pour le candidat-président, le seul bêtement identifié comme pouvant les sortir d'une impasse dans laquelle il les a placés, avec le concours actif de leur crédulité crasse.

Auront d'abord profité de la bulle en cours de dégonflage, les générations précédentes ayant pu acheter sans trop de douleur dans les années 70-80 ou les plus jeunes (souvent leurs enfants) disposant d'aides parentales conséquentes au début des années 2000.  On les retrouve d'ailleurs dans la dernière ligne de défense Sarkozyste Les récents discours du président-candidat sont révélateurs. Après une heure de sorties clonées sur le discours FN, décontenançant une partie de sa sensibilité, notre français fort y revient au tronc commun de droite: la garantie de conservation et de fructification de son patrimoine immobilier.

En 2007, le VRP a sorti ce que les jeunes croyants voulaient entendre. Moteur de ce barnum qui a poussé les classes moyennes à se précariser en pensant s’enrichir: la foi aveugle en une émancipation individuelle à travers le patrimoine immobilier à débit différé. Une fois la folie de la pierre propagée sur tout le territoire à tous les revenus, via le crédit ouvert aux pauvres, l'Etat pouvait démanteler sans trop de heurts les droits du travailleur, le logement social et l'idée même de la solidarité. 

Certes, le baratin sarkozyste d'une "France de propriétaires" aurait pu fonctionner quelques années. Mais, il aurait fallu, au minimum: 

1 / avoir une vision de la croissance économique un peu plus charpentée, et pas seulement basée sur l'immobilier à crédit

2 / Ne pas massivement subventionner sur fonds publics des produits immobiliers douteux (Scellier, Robien...) totalement déconnectés de l'activité économique sur le terrain et qui n'ont, dans le meilleur des cas, bénéficié qu'à ceux arrivés les premiers et disposant déjà d'une épargne conséquente. 

3 / Ne pas, au nom de la RGPP et du remboursement de la dette, opérer la casse des services publics sur les territoires, avec fermeture d'hôpitaux (au profit de centres de santé[2], ni plus ni moins qu'une privatisation en douce), de commissariats (augmentant la thématique "insécurité"), des transports. 

4 / Permettre aux épargnants d'investir dans le logement social au lieu de le céder à prix cassé au secteur privé. (Ce que propose François Hollande).

Rare contentement qu'il tire de son bilan: le candidat-président se félicite que La France n'en soit pas au niveau de la crise espagnole (24% de chômeurs). Il oublie un peu vite qu'il n'a juste pas eu le temps de déployer ici le désastre immobilier à l'origine du chaos là-bas. 


[1] Y-a-t'il une différence fondamentale entre celui qui porte une marque ou affiche un mode de vie à Paris et celui qui veut le même en province ou porter la même en province ? Sans compter que bien souvent, dans ce dernier cas, il y arrive. Les gourous des marques et des modes étant très forts pour véhiculer l'idée d'élitisme alors que leur rentabilité repose sur la propagation la plus massive de leurs produits et concepts. 

[2] En Charente-Maritime, il me fallait 8 mois pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologue à 15 kilomètres. Rendez-vous que j'obtiens pour dans 10 minutes, en bas de chez moi à Paris.

Articles connexes :
- Logement cher et mal-logement, la droite répond : "faites des vérandas !"
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- Logement, une affaire d'état
- Un ascenseur social en béton

27 avril 2012

Au grand bazar du vote Sarkozy

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Après l'analyse du vote FNcreusons le mystère du vote Sarkozy en 2012

27% au premier tour au lieu des 2.7% que l'on était en droit d'attendre. Déception.

Au terme du quinquennat, la récidive d'un vote sarkozyste chez le Français moyen reste incompréhensible, elle contredit jusqu'aux règles animales de l'instinct de survie. En plus du million de chômeurs supplémentaires, nous retiendrons d'abord de la politique UMP qu'elle tape sans pitié depuis 5 ans sur tout ce qui est en-deçà du RMC (Revenu Minimal Copé) à 5000 euros par mois, seuil UMP en dessous duquel le sujet est relégué au rayon "minable" (soit 90% des Français).

Nous comprenons bien sûr que la France du pognon plébiscite toujours celui qui n’a eu de cesse de la favoriser durant ces cinq sombres années que les historiens qualifieront un jour, j'espère, d'âge d'or des grosses fortunes. 

Moins indécent, mais contribuant aussi à la propagation du désastre en mode "c'est pas ma faute, c'est le système", n'oublions pas le "petit" rentier. Certes l'actionnaire, le multi-proprio ou le bailleur n’est pas Bettencourt ou Dassault, mais s'il peut voir son pactole prendre 10% à l'année et / ou cumuler du 4000 euros mensuel de loyer sans rien faire, on saisit alors (sans pardonner) qu'humanisme et partage pèsent peu face à l’évocation du péril communiste tapi dans l'urne (oui je sais c’est dingue, mais François Hollande est identifié comme tel dans l’esprit du forcené de droite, se ruant chez le notaire pour protéger sa succession, et vivant dans la terreur du débarquement des chars Mélenchonistes Place de la Bastille le 6 au soir).

Ayant observé leur quotidien à l'éternelle poursuite de rêves en publicité mâchée, leur indécrottable croyance en un libéralisme meilleur, la redondance bornée d'une analyse sociale à base de "oh putain, un jour je vais gagner grave de l'argent", ne perdons pas de vue ces jeunes ménages M6isés aspirant, en trimant comme des chiens pour un 1.2 Smic, à être bourgeois-branleurs comme leurs parents baby-boomers. Dans un régime se nourrissant de leur exploitation croissante (qu'elle soit appelée "compétitivité", "vrai travail", "recours au crédit pour accéder à la propriété qui est la condition ultime de l'émancipation" ou "TVA sociale"...), ils s'auto-entretiennent dans une frustration permanente et intime appelée déclassement.  

Allez comprendre (une petite faiblesse de gauche ces dernières années surement), mais cette peur du "déclassement", à la fois fantasme (la quête au toujours plus alimentant sans fin la colère de ne pas avoir assez) et réalité (Les conditions et les droits du travailleur, son salaire, son accès à la santé, à la bonne nourriture, au logement, sont effectivement dégradés par rapport aux générations précédentes), génère depuis 10 ans du vote de droite. Le raisonnement du neuneu sarkozyste à l'approche du 6 mai 2012 est simple : "Je n’ai déjà pas grand-chose, mais avec la gauche je vais perdre encore plus!" (Et ce, alors que les rares périodes de dynamisme économique ces 20 dernières années l’ont été sous des gouvernements de gauche, mais bon passons).

A cette peur s'ajoute, parait-il, la sensation d'une perte d'identité (identité que les intéressés sont d'ailleurs incapables de définir) liée aux invasions de femmes en burqa et de steaks halals chaque soir au JT (moi qui croyais que c'était l'aspartame qui causait des cancers et que la voiture était le plus gros serial killer français). L'erreur est de croire que ce sentiment est seulement lié aux seuls électeurs du FN. La lecture d'un Valeurs Actuelles ou une discussion au troquet du coin vous informera que non. Parait que cette "souffrance" a ses "raisons". Si j'en crois les résultats du 1er tour, la gauche arrive en tête dans les zones à forte mixité. Et, au contraire le vote FN caracole dans des zones rurales, dans des villages de 300 habitants où l’on n’a pourtant pas trop l’occasion de croiser boucheries musulmanes ou mosquées. Il progresse également dans les zones périurbaines où la distance entre travail et habitation est la plus élevée. Faut-il y voir un  contrecoup de l'hystérie immobilière dont je rappelle que le président-candidat a été le promoteur lors de la précédente campagne ? Penses-tu. Dans sa course à l'électorat, l'autocrate au service des oligarques (se la jouant aujourd'hui Caliméro anti-système en pompant tous les codes sémantiques FN du "bobo parisien" aux "technocrates"), nous dit dans les grosses lignes stabilobossées recouvrant son programme de feuilles vierges que la France en crise c'est de la faute aux mauvais français (de couleur, musulman, chômeur ou les 3 à la X).

En cinq ans, Sarkozy aurait donc réussi 2 choses:

- Ne pas dégoûter une partie des classes moyennes de son action de précarisation des masses. 
Légitimer le FN en ne cessant de valider, sous l'impulsion de Patrick Buisson[1] ses thèses xénophobes. Bref comme disait Emmanuel Todd l'autre soir chez Taddei, l'UMP est devenu le FN en pire, puisque c'est le discours du FN + le soutien actif aux riches. 



S'opère depuis 10 ans (et non depuis 3 jours) la jonction entre les vieux cons réacs (apeurés d'avoir moins) et les jeunes cons télé-réalitilisés et totalement imbibés à la doxa libérale (rageant de ne pas avoir plus). Chacun accommodant à sa sauce un racisme larvé auquel carte blanche est désormais donnée au sommet de l'état. Faites le test autour de vous: ces derniers jours le "mais non je ne suis pas raciste, mais bon on n'est plus chez nous" revient à la mode. Non pas chez l'électeur frontiste (où il l'a toujours été), mais chez d'autres de droite parait-il plus modérée ou, pire, chez les pointures s'autoqualifiant un peu vite "ni de droite, ni de gauche" parce que "la politique c'est pourri et compagnie".

Libérant la parole de stigmatisation envers le rom, le musulman, l'allocataire (martingale programmatique censée exonérer le bilan personnel puisque la cause des maux est toujours autrui), le président-candidat en détresse, alors que son parti se désintègre en temps réel, parachève,dans l'outrance et le fiel d'un sprint crépusculaire à la poursuite éperdue du bulletin FN son oeuvre de dédiabolisation de la pensée raciste. Avec la casse sociale, elle restera l'autre ligne forte de son mandat. 

Non seulement certains n'ont tiré aucun enseignement d'une gouvernance dont ils ont été les victimes au point de désespérer aujourd'hui (à grand renfort de SMS haineux et autres status Facebook à la xénophobie décomplexée) que celui les ayant couillonnés ne soit pas réélu pour terminer son arnaque[2], mais ils ont intégré l'idée, placides ou rigolards, que "Oui. Il y'a nous et les autres" et que "s'il y'avait un peu moins d'étrangers (comprendre des Français qui n’ont pas l’air trop catholique, limite musulmans d’apparence), ça marcherait quand même un peu mieux chez nous". 

Voilà pourquoi aucune voix[3] ne doit manquer le 6 mai pour battre le lanceur d'essence sur incendie. Pour qu'au désastre social que constituerait sa réélection, ne s'ajoute pas un quotidien de haine. Il a assez dressé les uns contre les autres, il a échoué économiquement, nous avons besoin de souffler, il doit quitter le pouvoir.  Mais, ne nous faisons aucune illusion : les dégâts dans les consciences sont profonds et le lendemain du scrutin un long travail de reconstruction nous attend.

Car, rentrez-le vous bien une fois pour toutes dans le crâne à droite : nous n'avons qu'une vie, et pas d'autre choix que de la vivre ensemble


[1] Précision. Si P.Buisson est bien d'extrême droite, Sarkozy est avant tout d'extrême Sarkozie. Il se contrefout des musulmans comme des chrétiens, des syndicalistes, des salariés, des homos et des chômeurs. Melenchon aurait fait 20%, au lieu de jouer à Petain Express dans ses meetings, il y entamerait l'internationale.

[2] Toi aussi, reconnais-les dans ton entourage : leur mantra c'est "de toutes les façons, nous les classes moyennes, on prend toujours plein la gueule, mais ce sera pire avec Hollande".

[3] J'espère que, en plus d'une participation massive du peuple de gauche, nous pourrons compter sur une partie non négligeable des électeurs de droite humaniste, avec de l'éthique, un sens de la survie, préférant encore l'alternance au bout de dix ans à la fange pour cinq années de plus.

Illustrations : O Brother where are thou ? E.Coen (2001) - Seventh seal I.Bergman (1956)

24 avril 2012

Au grand bazar du vote FN

par
Ce samedi-là, quelque part en France, devant The Voice.

LUI
- C'est ta première fois, tu voteras quoi dimanche ?

ELLE
- Je sais pas. Pas Sarko. Surement pas pour la gauche. Marine peut-être. C'est une femme, et puis son parti n'a jamais été au pouvoir.

* * *

Comme tous les cinq ans, la séquence éditoriale sur les raisons du vote FN est engagée

Etant à la fois condescendant et prétentieux de théoriser le vote FN, je vais donc m'empresser de faire comme les autres. La conclusion est simple: à 6,4 millions d’électeurs, il est impossible de le circonscrire à un type d'électeur. 

Fonds de commerce oblige, au grand bazar du vote FN on trouve d'abord un socle de racistes (Alors que chacun redoutait qu'elle ne bénéficie à Sarkozy, peu parlent aujourd'hui des retombées de l’affaire Merah sur le score de Marine) ainsi qu'une part de nostalgiques du bon vieux temps des colonies, mais cela ne suffit pas à tout expliquer.

On y trouve:

- Une part non négligeable de colère sociale et de rancœur alimentée par le sentiment de ne pas être reconnu et représenté chez les élites

- Une part d’électeurs UMP à l'état liquide, excédés comme tous par Sarkozy, qui se retenaient plus ou moins (en tous les cas dans les urnes) avec le père Le Pen, mais qui y vont aujourd'hui plus gaîment (aidés en cela par 1 / le story-telling FN de la dédiabolisation repris en cœur par les rédactions feignantes 2 / les pas de Guéant accomplis ces deux dernières années pour la convergence des derniers neurones disponibles entre xénophobes, droite réac et droite libérale). 

Une part de la France du fric qui se rangera toujours du côté de la trique plutôt que de prendre le risque de laisser ne serait qu'une once de pouvoir à la gauche. 

- Une part d'envie légitime de retrouver un état fort. Etat que le parti à la flamme réduit à l'idée de  nation (moins coûteux fiscalement, permettant dans le même temps de détruire les services publics, tout en procurant à l'électeur propulsé "patriote" l'impression d'être diplômé de quelque chose).

- Une part d’inculture ou de paresse intellectuelleA la vue des résultats, on ne peut s’empêcher de comparer la médiocrité de la campagne Le Pen et la qualité de celle de Mélenchon, qui n’a eu de cesse de relever le débat, et de conclure que les standards cognitifs nationaux sont quand même tombés bien bas. L'épisode du mutisme de Le Pen face à Melenchon chez Pujadas est révélateur: aucun autre candidat n'aurait survécu à une prestation aussi désastreuse. On soulignera aussi la colossale influence des médias. Voir et revoir la chiasse sécuritaire de la TNT, ces jeux de pognon facile, ses JT racoleurs, sa pseudo télé-réalité rabaissant le spectateur également sujet n’a jamais grandi l’âme. 

Ce dicton se vérifie souvent, je l’ai expérimenté sur moi de nombreuses années: quand tu ne sais pas où te situes politiquement, c’est que tu es de droite. Avec 30 ans de crise, une société privilégiant de la base au sommet la rentabilité sur toute autre considération, les rapports humains qui en découlent, un fossé prononcé entre pauvres et possédants, l'atomisation idéologique continue de l'idée de réponse collective ou de solidarité abandonnant une classe moyenne (enfin se considérant comme telle) dans la terreur de son voisin et frustrée de ne pas être aussi belle que la vie des stars vues entre deux tranches de cette télé publicitaire constituant 90% de sa connaissance du monde (hors sortie à l'hypermarché) : si tu ne sais pas te situer sur l’échiquier politique, tu as de plus en plus de chances d’être à l’extrême droite. A moins d'être charpenté au niveau éducation, c'en est presque logique.

Le cake à la misère sociale aux pépites de bouc-émissaires (sans défense si possible) se sert à grosses plâtrées par le premier VRP sans programme (mais disposant d'un parti) qui passe, "président du pouvoir d'achat" ou héritière de St-Cloud (bourgeoise bourgade à côte de laquelle Neuilly fait figure de bidonville). Bien sûr que Le Pen peut accéder au pouvoir chez nous, Sarkozy y est bien arrivé. Il parlait (et parle toujours) travail, mérite, petites gens sans un échantillon dans son CV et une montre à 50 smics à chaque poignet.

Doit-on, en mode marronnier, chaque fin d’avril une fois tous les 5 ans, subir l'exégèse éditocratique  du vote Le Pen ? C’est trop tard.

Le FN ne fait que bénéficier du désastre ambiant avec l'argument imparable qu'il n'a jamais été responsable de rien. Le vote d'extrême droite ne se combat pas aux élections, mais jour après jour. Réduire le vote d'extrême droite, c’est d’abord ne pas abandonner les territoires et assurer partout de façon équitable les services publics de l’éducation, de la santé, de la sécurité. C'est ne pas considérer comme une fatalité de cracher des payes de misères aux jeunes et de laisser filer en Roumanie l'emploi de leurs parents pour contenter l'actionnaire avant d'insulter le million de chômeurs que l’on a généré en cinq ans en lui parlant "vrai travail" (au lieu de lui parler vrai salaire). C'est combattre cette spéculation immobilière, repoussant de plus en plus loin locataires et propriétaires, qui ne bénéficie au final, sans rien faire et avec aides fiscales, qu'à ceux osant dire "mérite au travail" ou "cancer de l'assistanat". C’est aussi commencer à produire de la qualité à la télévision au lieu de chier en multicanal de la junk-food pour veaux. Réduire le vote d'extrême droite, c'est d'abord réparer dans les têtes et sur le terrain les ravages de l'ultra libéralisme. 

Sinon, quel que soit le résultat du 6, le peuple fatigué s'en retournera très vite au pays fort en gueule des solutions en tube. Au grand bazar du vote FN, une seule certitude: si l'on continue ainsi, il va gagner.

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