27% au premier tour au lieu des 2.7% que l'on était en droit d'attendre. Déception.
Au terme du quinquennat,
la récidive d'un vote sarkozyste chez le Français moyen reste incompréhensible, elle contredit jusqu'aux règles animales de
l'instinct de survie. En plus du million de
chômeurs supplémentaires, nous retiendrons d'abord de la politique UMP qu'elle tape sans pitié depuis 5 ans sur tout ce qui est en-deçà du RMC (Revenu Minimal Copé)
à 5000 euros par mois, seuil UMP en dessous duquel le sujet est relégué au rayon "
minable" (soit 90% des Français).
Nous comprenons bien sûr que la France du pognon plébiscite toujours celui qui n’a eu de cesse de la favoriser durant ces cinq sombres années que les historiens qualifieront un jour, j'espère, d'âge d'or des grosses fortunes.
Moins indécent, mais contribuant aussi à la propagation du désastre en mode "c'est pas ma faute, c'est le système", n'oublions pas le "petit" rentier. Certes l'actionnaire, le multi-proprio ou le bailleur n’est pas Bettencourt ou
Dassault, mais s'il peut voir son pactole prendre 10% à l'année et / ou cumuler du 4000 euros mensuel de loyer sans rien faire, on saisit alors (sans pardonner) qu'humanisme et partage pèsent peu face à l’évocation du
péril communiste tapi dans l'urne (oui je sais c’est dingue, mais François Hollande est identifié comme tel dans l’esprit du forcené de droite,
se ruant chez le notaire pour protéger sa succession, et vivant dans la terreur du débarquement des chars Mélenchonistes Place de la Bastille le 6 au soir).
Ayant
observé leur quotidien à l'éternelle poursuite de rêves en publicité mâchée, leur
indécrottable croyance en un libéralisme meilleur, la redondance bornée d'une analyse sociale à base de "
oh putain, un jour je vais gagner grave de l'argent", ne perdons pas de vue
ces jeunes ménages M6isés aspirant, en trimant comme des chiens pour un 1.2 Smic,
à être bourgeois-branleurs comme leurs parents baby-boomers. Dans un régime se nourrissant de leur exploitation croissante (qu'elle soit appelée "
compétitivité", "
vrai travail", "
recours au crédit pour accéder à la propriété qui est la condition ultime de l'émancipation" ou "
TVA sociale"...),
ils s'auto-entretiennent dans une frustration permanente et intime appelée déclassement
.
Allez comprendre (une petite faiblesse de gauche ces dernières années surement)
, mais cette peur du "déclassement", à la fois fantasme (la quête au toujours plus alimentant sans fin la colère de ne pas avoir assez)
et réalité (Les conditions et les droits du travailleur, son salaire, son accès à la santé, à la bonne nourriture, au logement, sont effectivement dégradés par rapport aux générations précédentes),
génère depuis 10 ans du vote de droite. Le raisonnement du neuneu sarkozyste à l'approche du 6 mai 2012 est simple :
"Je n’ai déjà pas grand-chose, mais avec la gauche je vais perdre encore plus!" (Et ce, alors que les rares périodes de dynamisme économique ces 20 dernières années l’ont été sous des gouvernements de gauche, mais bon passons).
A cette peur s'ajoute, parait-il, la sensation
d'une perte d'identité (identité que les intéressés sont d'ailleurs incapables de définir) liée aux invasions de femmes en burqa et de steaks halals chaque soir au JT (moi qui croyais que c'était l'aspartame qui causait des cancers et que la voiture était le plus gros
serial killer français).
L'erreur est de croire que ce sentiment est seulement lié aux seuls électeurs du FN. La lecture d'un
Valeurs Actuelles ou une discussion au troquet du coin vous informera que non. Parait que cette "
souffrance" a ses "
raisons". Si j'en crois les résultats du 1er tour,
la gauche arrive en tête dans les zones à forte mixité. Et, au contraire le vote FN caracole dans des zones rurales, dans des villages de 300 habitants où l’on n’a pourtant pas trop l’occasion de croiser boucheries musulmanes ou mosquées. Il progresse également dans les zones périurbaines où
la distance entre travail et habitation est la plus élevée. Faut-il y voir un
contrecoup de l'hystérie immobilière dont je rappelle que le président-candidat a été
le promoteur lors de la précédente campagne ? Penses-tu. Dans sa course à l'électorat, l'autocrate au service des oligarques (se la jouant aujourd'hui
Caliméro anti-système en pompant tous les codes sémantiques FN du
"bobo parisien" aux
"technocrates"), nous dit dans les grosses lignes stabilobossées recouvrant son programme de feuilles vierges que la France en crise
c'est de la faute aux mauvais français (de couleur, musulman, chômeur ou les 3 à la X).
En cinq ans, Sarkozy aurait donc réussi 2 choses:
- Ne pas dégoûter une partie des classes moyennes de son action de précarisation des masses.
-
Légitimer le FN en
ne cessant de valider, sous l'impulsion de Patrick Buisson[1] ses thèses xénophobes. Bref comme disait Emmanuel Todd
l'autre soir chez Taddei, l'UMP est devenu le FN en pire, puisque c'est
le discours du FN + le soutien actif aux riches.
S'opère depuis 10 ans (et non depuis 3 jours)
la jonction entre les vieux cons réacs (apeurés d'avoir moins)
et les jeunes cons télé-réalitilisés et totalement imbibés à la doxa libérale (rageant de ne pas avoir plus). Chacun accommodant à sa sauce
un racisme larvé auquel carte blanche est désormais donnée au sommet de l'état. Faites le test autour de vous: ces derniers jours
le "mais non je ne suis pas raciste, mais bon on n'est plus chez nous" revient à la mode. Non pas chez
l'électeur frontiste (où il l'a toujours été), mais chez d'autres de droite parait-il plus modérée ou, pire, chez les pointures s'autoqualifiant un peu vite "
ni de droite, ni de gauche" parce que "
la politique c'est pourri et compagnie".
Libérant la parole de stigmatisation envers
le rom,
le musulman,
l'allocataire (
martingale programmatique censée exonérer le bilan personnel puisque la cause des maux est toujours
autrui), le président-candidat en détresse, alors que
son parti se désintègre en temps réel, parachève,dans l'outrance et le fiel d'un sprint crépusculaire à la poursuite éperdue du bulletin FN
son oeuvre de dédiabolisation de la pensée raciste. Avec la casse sociale, elle restera l'autre ligne forte de son mandat.
Non seulement certains n'ont tiré
aucun enseignement d'une gouvernance dont ils ont été les victimes au point de désespérer aujourd'hui (à grand renfort de SMS haineux et autres status
Facebook à la xénophobie décomplexée) que celui les ayant couillonnés ne soit pas réélu pour terminer son arnaque[2],
mais ils ont intégré l'idée, placides ou rigolards, que "Oui. Il y'a nous et les autres" et que "
s'il y'avait un peu moins d'étrangers (comprendre des Français qui n’ont pas l’air
trop catholique, limite
musulmans d’apparence)
, ça marcherait quand même un peu mieux chez nous".
Voilà pourquoi aucune voix[3] ne doit manquer le 6 mai pour battre
le lanceur d'essence sur incendie.
Pour qu'au désastre social que constituerait sa réélection, ne s'ajoute pas un quotidien de haine. Il a assez dressé les uns contre les autres, il a échoué économiquement, nous avons besoin de souffler, il doit quitter le pouvoir
. Mais, ne nous faisons aucune illusion : les dégâts dans les consciences sont
profonds et le lendemain du scrutin un long travail de reconstruction nous attend.
Car, rentrez-le vous bien une fois pour toutes dans le crâne à droite : nous n'avons qu'une vie, et
pas d'autre choix que de la vivre ensemble.
[1] Précision.
Si P.Buisson est bien d'extrême droite, Sarkozy est avant tout d'extrême Sarkozie. Il se contrefout des musulmans comme des chrétiens, des syndicalistes, des salariés, des homos et des chômeurs. Melenchon aurait fait 20%, au lieu de jouer à
Petain Express dans ses meetings, il y entamerait
l'internationale.
[2] Toi aussi, reconnais-les dans ton entourage : leur mantra c'est "de toutes les façons, nous les classes moyennes, on prend toujours plein la gueule, mais ce sera pire avec Hollande".
[3] J'espère que, en plus d'une participation massive du peuple de gauche, nous pourrons compter sur une partie non négligeable des électeurs de droite humaniste, avec de l'éthique, un sens de la survie, préférant encore l'alternance au bout de dix ans à la fange pour cinq années de plus.
Illustrations : O Brother where are thou ? E.Coen (2001) - Seventh seal I.Bergman (1956)