30 novembre 2006

DER DRITTE GENERATION

par
Je visionne Der dritte generation (1979) tourné par Rainer Fassbinder à la suite de Maria Braun. Film ouvertement politique, précisément encré dans une époque l’hiver 79, à la fois documentaire, farce et caricature froide d’une génération de terroristes de pacotilles post-Bader, fils et filles de bourgeois, coquilles vides narcissiques, conjointement manipulés par la police et le capital. Je ne connais rien de Fassbinder mais les compositions de ses plans parfois poussées à l’extrême des possibilités du moment et son propos mêlant opacité déconcertante et théorèmes socio-historiques énoncés avec l’évidence de la simplicité sont, j’imagine, de ces images et pensées qui restent encrés dans l’esprit du spectateur bien longtemps après la vision initiale de ses films, expérience proprement sidérante à chaque séance.
Sur l’affiche de Der dritte generation, cet autographe signé Fassbinder qui pourrait être la page d’entrée de mon site si seulement j’étais plus productif :

Je ne pose pas de bombes, je fais des films

20 novembre 2006

VICTIMES DE LA MODE (update)

par
La messe serait donc dite. En effet, comment résister au bulldozer du consensus ? Ségolène Royal c’est comme Arte, ça fait bien de dire que c’est la meilleure chaîne mais de là à détailler le programme…

Ceux qui voteront pour elle auront sûrement l'impression de se sentir plus intelligent. C'est que de ce côté là le petit Nicolas a créé un vide alors que lui-même répondait déjà à un vide de la classe politique. Attention à la gueule de bois à la première minute où elle aura investit l’Elysée. On ne parle pas de mode là, mais de cinq bonnes années où l’on pourrait en venir à regretter Le Chi et sa Bernadette.

La politique du pire serait donc abandonnée au profit de l’idéalisme du lisse qui navigue au gré des sondés. L’unique particularité de La Royale, sa seule différence, ce qui la démarque des éléphants du PS dont elle fait pourtant parti : son sexe, un noble gouffre mystérieux qui absorbe tout débat, tout argument, toute contestation. La politique est réduite au premier multiple commun.

Ne pas s'y tromper : un ou une candidate qui prend en exemple Tony Blair n'est assurément pas de gauche. J'ai vécu en Angleterre, j'ai vu ce qu'était concrètement l’aboutissement de l’Europe, l'apothéose de ce néolibéralisme totalitaire que les socialistes appellent un socialisme renouvelé ne servant que les intérêts des possédants : les Etats-Unis d’Europe. Ca me fait mal de le dire mais, au moins, avec Le petit Nicolas au pouvoir, il y aurait quelque chose à combattre. Avec La Royale, son sent-bon et son tube de vaseline, on se fera prendre le cul en chantonnant la vie en rose et ce sera le camp militaire et les chansons scouts pourles dissidents (ex libres penseurs) et autres troublions (ex racaille).

Pour le Petit Nicolas, de plus en plus pataud, le seul espoir de remonter sur sa planche dans le sens de la vague, ce serait de surfer sur les remous d’un attentat islamique - ou vendu comme tel - en plein Paris. C’est à peu prés tout mais c’est déjà beaucoup.

* cf Avril-Septembre 2006

14 novembre 2006

TANT QU'IL Y AURA DES POMMES

par
Nicolas Hulot menace de se présente aux élections présidentielles si aucun des autres candidats ne prend sérieusement en compte ses revendications écologiques. Cette remontée du totalitarisme écologique dans tous les domaines est des plus inquiétantes.

Déjà, et c'est la raison principale car la pollution est insoluble, vouloir contrer la pollution humaine, ce n'est pas imposer le tri sélectif des ordures ménagères et mettre en place des péages automobiles à l'entrée des agglomérations, ce n'est pas non plus de belles phrases, implications terroristes au lyrisme glorifiant ses prophètes à paillettes, c'est, à plus ou moins long terme, aboutir aux contrôles des naissances.

Deuxièmement, la thématique escamote d'une façon radicale en ridiculisant sur le tableau mondial le cas particulier de minorités sociales gesticulant dans le mépris au sein d'une petite nation en déliquescence.

Pour finir, comme si le citoyen téléspectateur n'avait déjà pas assez à trembler face aux banlieues musulmanisées, à la globalisation libérale et à son pouvoir d'achat qui part en fumée, il doit désormais faire attention quand il respire, quand il sort ses poubelles, quand il prend un bain, se lave les dents et fait caca. S'il ne le fait pas pour lui, car pour lui finalement ça va, qu'il le fasse pour ses enfants lui hurlent les ayatollahs verts. Si ce soucis écologique - qui semble répondre à une demande de la population, somatisation de son manque de confiance généralisé - vient s'installer à la table du pouvoir, cela sera l'occasion de mater encore un peu plus les peuples. Après tout, le discours de Sarkozy sur les banlieues, celui de Le Pen sur l'immigration et celui de Lambert Wilson parlant écologie sur le plateau applaudit d'une table ronde people, se ressemblent de prés :

LAMBERT WILSON
Il faut avoir peur.

Je suis bien décidé à contribuer au nettoyage de ce caillou vert, à virer ce chiendent populacier autoproclamé race suprême, race humaine, ce nom me fait horreur. Et si pour cela je dois prendre quatre bains par jour et jeter mes poubelles non triées par la fenêtre, je ferais mon devoir d'individu à conscience propre et non de citoyen à comportement fortement incité.

13 novembre 2006

EN CAMPAGNE

par
Je ne relate plus ici la pathétique campagne présidentielle qui se déroule molle et attendue, avec son cortège de petites phrases préméditées et autres retournements de veste sur le dos des enquêtes d'opinion sous les yeux désabusés d'un auditoire silencieux qui a plus d'un tour dans son vote. Dire que je suis revenu en France pour m'infliger ce spectacle. J'ai soif de révolution, il n'y aura, au mieux, qu'une plate redite du 21 avril 2002, un grand soir maté au petit matin par le peuple lui-même. Gagnons du temps en relisant nos classiques :

« Le suffrage universel représente une moyenne d'opinion dans laquelle mon opinion personnelle est comme noyée et annihilée. Ma liberté politique se réduit à voter tous les quatre ans* pour un candidat que je n'ai pas choisi, qui m'est imposé par un comité que je connais pas ; sur des questions qui ne m'intéressent peut-être pas, alors que d'autres questions qui m'intéresseraient ne sont pas posées devant le suffrage universel. » in les antinomies entre la société et les individus, George Palante, 1912

« La médiocrité de pensée et d'aspirations des dirigés réagit sur la médiocrité de pensée et d'aspiration des dirigeants et inversement. C'est surtout en démocratie que se vérifie le mot connu : « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive » ». R de Gourmont, Epilogue Tome I

30 octobre 2006

UN SILENCE DE MORT

par
La famille est un cloaque sordide. Aux repas familiaux, je m’empêche de hurler aux propos ineptes de mon père, imbibé de suffisance et d’inculture générale, sur les années de prison qui attendent ces jeunes cons qui brûlent des bus, lui n’en a pas pris un depuis 1954. Bus cramés épisodiquement et parce que les jeunes damnés de la terre n’ont que ça sous la main mais cela les médias anxiogènes à la solde des prochains élus, tous autant qu’ils sont avides d’un chaos qui les renforcent, ne le précisent pas. A quelle audibilité peut prétendre ma voix au milieu des clameurs haineuses pointant enfin à la surface familiale parce que, selon les sondages, elles sont partagées par la plupart, la partie qui compte, celle qui votera à 50,1 % pour le vainqueur : le nouveau président dictateur général ? Je me tais, je repense à ce chapitre de George Palante* dans ce petit recueil épuisé que me prête Grand François, hier dans la soirée :

« L’attitude individualiste telle que nous l’avons définie est surtout une attitude défensive. La grande arme de défense de l’individualiste contre les empiètements et les contacts sociaux est l’indifférence et le mépris. Le mépris individualiste est un mur que l’individualiste, fort du sentiment de son unicité élève conte son moi et celui des autres. Lorsqu’on vit dans certains compartiments sociaux, il est indispensable de s’envelopper d’une cuirasse de dédaigneuse impassibilité. Le mépris individualiste est une volonté d’isolement, un moyen de garder les distances, de préserver son être intime, sinon des êtres physiques, du contact de certaines et de certaines gens (…)

Dédaigneux de l’opinion en général, l’individualiste honore d’un mépris spécial l’opinion de certains groupes qui le touchent de plus prés, qu’il connaît bien et dont il a pénétré à fond les petitesses, les hypocrisies et les mots d’ordre.

Le mépris de l’individualiste pour les groupes s’oppose au mépris des groupes pour le non-conformiste, pour l’indépendant, l’irrégulier, pour celui qui vit en marge de son monde. Le mépris des groupes est un mépris grégaire dispensé selon les préjugés, selon ce qu’on croit exigé par l’intérêt ou le bon renom du corps ou ce qu’on fait semblant de croire tel. Le mépris de groupe est un mépris rancunier vindicatif, qui ne lâche jamais son homme, car, comme on l’a dit avec justesse, « les individus pardonnent quelquefois, les groupes jamais ». Le mépris de groupe est dicté par l’égoïsme de groupe. On méprise celui qui fait bande à part, se soustrait à l’esprit de corps et ne s’en soucie pas. Le mépris individualiste est désintéressé et dicté seulement par une antipathie intime pour la bassesse et l’hypocrisie ; il oublie volontiers l’objet de son mépris et est accompagné de la sensation d’un immense éloignement entre soi et ce qu’on méprise et du désir de s’en tenir le plus éloigné possible. »

LA MERE
Qu’est-ce qu’il vous a fait comme dessert Grand François ?

* La sensibilité individualiste, George Palante 1909

27 octobre 2006

CHARLOTTE FOR EVER (...AND EVER)

par
Enième avatar de la dynastie des chevaliers des arts et lettres, la trentaine bien entamée, une fois ses doubles enfantements en orbite nourricière et l’ombre influente de son père estompée, c’est l’heure du retour marketing sous les feux de la rampe de propulsion jet-set de Charlotte Gainsbourg, fille de poète génial.

Entre deux blockbusters sans prétention* dont elle partage la double affiche avec l’ex-présentateur, néo-auteur-acteur-producteur-realisateur de films grand public et documentaires intimistes, Alain Chabat, lui-même descendant divin du saint-esprit canalplusien, la fille de, bien décidée à faire oublier son patronyme, débute en fanfare - mais en toute humilité - une carrière de chanteuse sur les traces sans voix de sa mère Jane Birkin. Pour sa première performance en public, elle est l’invitée principale d’une émission de télévision à audience millionnaire garantie.

En coulisses, Charlotte est anxieuse. La débutante devrait pourtant se sentir en confiance. Depuis deux mois, the song that we sing, son efficace single prétexte à un album bobo pleureur produit par Air, est matraqué sur toutes les ondes radiophoniques, des radios rock aux périphériques. Il est temps pour les cyniques de fructifier l’investissement et de passer à la vitesse supérieure. A l’image de la promotion au marteau des blockbusters cinématographiques, la débutante est donc l’invitée obligée des plateaux prime-time des plus grandes chaînes de télévision.

Backstage, tandis que ses musiciens confirmés répètent le morceau, Charlotte se ronge les ongles. Son mari, Yvan Attal, acteur-réalisateur bankable, ami d’Alain Chabat et de Johnny Depp, la supporte en régie et dans la vie en général. Tout se passe dans la simplicité de ces artistes à haut débit. Que se passe t-il dans la tête de Charlotte au moment où elle entre en scène en habit du peuple, jeans et chemise délavée ? Elle entame d’une voix fluette le couplet de 5.55, morceau moribond qui donne le ton de l’album. Derrière les moniteurs, la petite cour ne dit rien. Ils ont beau tous être millionnaires ou rentiers, ils n’en restent pas moins des gens avec un sens auditif standard voir une sensibilité. Tout ce foutoir discordant sur lequel dégouline une voix chuchotée doit les accabler. C’est médiocre. Et dire qu’au même moment dans le château de la Star Academy, une multinationale fait faire des pompes à des apprentis chanteurs en leur inculquant qu’il faut y voir la condition obligatoire pour accéder à ces mêmes plateaux télés. Ces aspirants vedettes ont surement bien plus talent que Charlotte mais eux n’ont pas - encore - la la carte du parti aristocratique. C’est pour cela qu’ils ont droit au bizutage sous caméra de surveillance sur le canal payant de l’émission de real tv.

Dans ce monde, pour que l’individu accède à la reconnaissance sociale, seuls comptent sa lignée et / ou son aptitude à se soumettre. Pour Charlotte, fille de noble, pas de pompes à sept heures du matin, pas de plans lubriques en caméra infra-rouges au pied de son lit alors qu’elle vient d’être réveillée par la sirène tonitruante de Big Brother : ce serait trop dégradant. Pour l’aristocratie jet-set - les people - ces émissions de real-tv où le peuple, s’il survit aux éliminations et aux humiliations, peut accéder à une notoriété égale ou supérieure à la sienne, sont le summum de l’abjection du monde contemporain. La nouvelle aristocratie ne s’arrête même pas à ces considérations. Comme l’implique sa définition, elle voit tout cela de haut. Il faudrait de temps à autre qu’un journaliste - si ce mot à encore une signification - lui rappelle que, heureusement pour cette aristocratie, il y a régulièrement des wagons de star-academiciens sur le dos desquels un cartel de multinationales des télécommunications vends ses émissions de flux et de plateaux, ses numéros surtaxés et ses palettes de cd en supermarché, pour que gens du marais puissent s’offrir le privilège de pousser la chansonnette en boucle sur la quasi-totalité des ondes nationales.

Une fois de plus, que faire ? Du spectateur qui se soumet de bonne grâce au lobby qui impose de bonnes crasses : tous y trouvent leur compte.

Jeudi prochain, à quelques mois du chaos, à l’heure crépusculaire où la haine des sept millions de travailleurs pauvres, des minorités bafouées en ghettos et des jeunes sacrifiés sur l’autel du profit de leurs aînés moralisateurs, est palpable jusque dans les rues les plus bourgeoises, envoyé spécial, émission phare d’investigation proposée par la première chaîne du service public, offre à son audience, supposée conquise et docile, une grande enquête polémique : de la difficulté d’être un fils de.

Je dois être fou de ne pas vouloir me joindre à la grande partouze du bonheur consommable.

* La science des rêves de Michel Gondry (2006) et Prête moi ta main d’Eric Lartigau (2006)

Top Ad 728x90