samedi 23 mars 2013

Comment bloguer au gouvernement ?

L’usure de l’émotion et la routine du compromis tuent à petit feu la passion. 

Voilà comment quelques amis blogueurs de gauche, plumes pourtant les plus affûtées, acharnées et régulières du web politique, en arrivent à défendre un ministre du budget pris dans la tourmente d’une enquête qui sent pas bon, à critiquer un journal d’investigation qu’il y a 3 ans ils encensaient pour ses enquêtes ciblant le camp d'en face ou à justifier l’austérité parce que tu comprends la critique est facile, mais la gestion c'est compliqué.

Comme l'écrivait Spiderman dans son journal intime, avec l'audience vient la responsabilité. Continuer à se comporter comme un militant quand bien même certains actes et décisions vont à l’inverse de ce que l’on défendait lors de la campagne présidentielle finit par vous exposer au ridicule. Un ridicule amplifié ce matin-là sur les ondes d’Europe 1 où Guy Birenbaum reprenait dans sa chronique les perles enfilées contre Mediapart par quelques "blogueurs de gouvernement". Une blague qui a fini par être prise au premier degré tant elle n'avait plus l'air d'une blague. 

J'ai fait des remarques, celles que vous avez lues mais en plus violentes, qui ont attristé des amis blogueurs politiques. Je leur écris et je me l'écris aussi: ne soyons pas tristes, soyons énervés. Si l’on perd cette colère face à la corruption d’où qu’elle vienne ou à l’injustice sociale, si l’on n’a plus l'ardeur à défendre ses convictions et que l’on se satisfait d'un pouvoir du moindre mal, alors oui, il vaut mieux arrêter et partir sur une victoire tant que c'en est une.

Ironie. Au moment où nous nous engueulions entre blogueurs, Sarkozy était mis en examen pour abus de faiblesse dans l’affaire Bettencourt, sur la base de l'enquête de Mediapart. Même si je ne me fais guère d’illusion sur la suite, l’évènement dégomme le comeback prématuré de l’homme providentiel, saison 2017. Il nous gratifie au passage, après la bataille de la COCOE, d'une deuxième session de grotesque en quatre mois pour une UMP à la tête coupée[1].

Voyons-y la conclusion symbolique d'une époque de dénonciation et de pilonnage à laquelle nos blogs ont, car ce n'était pas rien, contribué. Faut-il que je rappelle ici quelle était la tonalité du paysage médiatique entre 2007 et 2010[2] quand, par exemple, nous étions quasiment les seuls à relayer ou écrire sur les articles de Mediapart à propos du Karachigate ?

Je me rappelle d’une chaîne qu’avait lancée Sarkofrance il y a quelques années au sujet de l’avenir de nos blogs après 2012. J’y répondais qu'il faudrait d’abord "que la gauche accède au pouvoir" et que "cette alternance ne soit pas le clone chloroformant de la clownerie réformatrice du moment". 

Tu vois, je n’avais aucune raison de m’inquiéter pour le futur des blogueurs politiques.

Ceux-ci remettront sans cesse leur ouvrage sur le métier. 


[1] Ce camp n'a toujours pas fait le deuil du pouvoir, n'a pas fait non plus le bilan du sarkozysme, et persiste dans un délire décomplexé où le racisme de classe, la certitude d'avoir le droit d'être au-dessus des lois, le dispute au complotisme et à la haine aveugle de tout ce qui est soupçonnable d'être de gauche. 
[2] Celle du pouvoir en place, as usual.

19 commentaires:

romain blachier a dit…

Seb, ce que tu dis dans ton billet se défend, ton propos initial et le parallèle entre discuter de Mediapart et approuver le fait de tirer sur une foule non. Mais j'imagine que tu le sais.

Politeeks a dit…

Mince alors j'ai échappé à la chaine en 2010, je n'ai donc pas de moyen de retrouver ce que j'ai ecrit, mais j'ai une idée du contenu

Nicolas a dit…

En tant que type de gauche disposant d'un média au sens de la loi, je tape sur mes opposants et défends le gouvernement que j'ai contribué à mettre en place. Tant qu'il ne tire pas sur la foule comme dirait Romain.

Donc je tape sur Mediapart et défend le gouvernement. On fait de la communication politique (à notre niveau et sans prétention). Cela étant on s'en fout.

Ton billet m'aurait paru plus juste si tu avais cité ton tweet qui a motivé le départ de Juan. De mémoire : bientôt on verra des leftblogs qui soutienne le gouvernement quand il ordonne de tirer sur la foule.

Sinon, si tu oublies l'amitié qui existe entre blogueurs, tant pis.

dedalus a dit…

Il se trouve que dans mes convictions, il y a le respect de la présomption de l'innocence. Mais c'est juste une paille, j'imagine.

Il se trouve aussi que mes convictions me conduisent à apporter mon soutien à ce gouvernement, globalement et même si plein de choses.

Le truc c'est que tu pars du principe que puisque nous ne faisons pas les mêmes choix politiques que toi, nous trahissons nos convictions, forcément. Ça me semble assez réducteur, un peu étroit comme vision.

L'indignation, ce que tu appelles toi "soyons énervés", est très à la mode. Mais on peut aussi penser que l'énervement ne peut être l'alpha et l'omega de la politique, que cela ressemble à une posture et à une impuissance, une résignation.

S'indigner, et après ?

seb musset a dit…

@Nicolas @Romain >

1 / Le tweet et son SAV sont en lien dans la première phrase.

2 / Qu'on ne me fasse pas croire qu'un tweet motive le départ d'un blogueur qui a bossé comme un fou pendant 6 ans et s'est pris des tomates dans ts les sens. Ou alors, cela signifierait que j'ai visé super juste et que mon tweet, derrière l’excès, pose une vraie question... qui reste sans réponse.

3 / Admettons. L'amitié et le militantisme sont supérieurs à l'objectivité. C'est pas un peu le reproche que l'on fait aux editocrates ? Autre problème : Les lecteurs ne nous lisent pas ce qu'on est potes et militants (ce que je ne suis pas).

4 / On peut aussi souligner et encourager ce qui est positif dans l'action du gouvernement (et fort heureusement il y encore du bon, et cela tient plutôt a des ministres de caractère) sans tomber dans la défense aveugle systématique de ses travers. Enfin, on peut le faire, c'est un choix, mais c'est perdre toute crédibilité au bout d'un moment.

5 / Le combat est toujours devant. Et ce n'est pas que de la "communication".

Nicolas a dit…

Seb,

Tu envoie un tweet. Juan le transmet au leftblog en disant qu'il est triste et il ferme son blog. Ne me dis pas que tu ne vois aucun rapport.

On s'engueule dans le groupe et tu fais un tweet en disant qu'on ne traite pas les opposantes de connasses (ce en quoi tu as raison et j'ai présenté des excuses, même si elles sont maladroites) faisant référence à mon tweet. Tu rentres dans le jeu de CSP (que tu apprécies ou pas, je m'en fous) tout en sachant (ou pas) qu'il est bien plus odieux que moi, voir le billet de Dedalus et en sachant aussi que je traite des tonnes de type de connard dans mon blog (ou de connasses quand il s'agit de gonzesses, mon coté féministe).

Je vais répondre à ton commentaire :

1/ Non. Ton tweet n'est pas visible.

2/ J'ai déjà répondu.

3/ avec Romain, on a souvent parlé des éditocrates ? Tu n'es pas miliants, avec 2 ou 3 billets politiques par semaine ?

4/ Si tu ne vois pas les critiques que je fais contre le gouvernement, tant pis. J'ai juste le seul blog "en vue" à avoir critiqué le CICE ou l'accord sur le droit du travail (avec peut-être celui de Ronald).

5/ Ben oui, tout est de la communication (ce qui est d'ailleurs plus ton boulot que le mien). Il y a des élections à gagner. Nous allons donc promettre aux électeurs de pouvoir travailler plus pour gagner plus.

seb musset a dit…

@Nicolas > J'ai répondu sur le tweet. Un truc me dérange je l'écris. Vous en faites ce que vous voulez. Et pour CSP comme pour Sarkofrance, ne mélangeons pas tout. Je ne fais le jeu de personne ou alors juste le mien.

1 / Bah. T'es aveugle ? Bon, je le remets:
"Non vraiment, j’attends ce jour où des left-blogueurs nous expliqueront que le gouvernement a raison de faire tirer sur la foule en colère."

2 / Si tu le dis.

3 / Pour moi Militant = encarté. Non je ne le suis pas. Ça réduit inévitablement à un mode binaire, cour d'école, qui m'insupporte. Et dans lequel je ne me reconnais pas, même si je sais différencier la gauche de la droite.

4 / C'est bien, j'en ai fait aussi. Précisons aussi que vous écrivez bien plus que moi (ce qui par définition vous expose plus à l'erreur et / ou aux critiques).

5 / S'il reste des électeurs.

@dedalus > "S'indigner et après ?" Bah comme avant, faire du tricot.

Nicolas a dit…

1/ Je ne suis pas aveugle, je n'ai pas vu ce tweet explicitement cité dans ce billet de blog pouvant expliquer que certains se fâchent ou se lassent de bloguer. Je suis désolé d'être chiant mais ce tweet est essentiel à la compréhension de l'histoire.

2/ Bah ! C'était dans l'introduction de mon commentaire. Ne nous voilons pas la face, Juan est vraisemblablement parti suite à ton tweet. Peu importe, il est revenu.

3/ Bof. Je suis militant. Mais pas encarté.

4/ Oups ! J'ai parlé trop vite. Je voulais dire que j'avais le blog "officiellement" de gouvernement à avoir...

5/ Bah...

(je ne réponds plus, promis, j'ai assez trollé !)

Toutatis a dit…

Vu de l'extérieur, il semble qu'on assiste aux derniers jours de l'unité fédérée par l'anti-sarkozysme, très puissant en raison de la personnalité de l'ancien président. Plus la situation va se détériorer (et malheureusement ça risque d'arriver) et plus on verra la même scission de la "gauche" qu'on observe en Grèce : le Pasok d'un coté, Syriza de l'autre (en simplifiant à l'extrème). Ce qui est stupéfiant c'est qu'il puisse encore y avoir un semblant d'unité en France, quand on voit la radicale opposition entre ces deux branches. On peut remarquer aussi qu'en Grèce "tirer sur la foule" ne semble pas si irréaliste que cela, et que la "gauche" se répartit entre les tireurs et les tirés (potentiels).

Juan Sarkofrance a dit…

Bon Seb, merci pour ce billet même si tu l'as écrit peut être pour d'autres raisons que de recevoir un remerciement.

1/ On peut être attristé par une remarque sans que cette dernière vise juste. ça dépend de l'humeur du moment, de l'énergie, toussa. L'émotion vient aussi de l'incompréhension, la "tomate de trop".

2/ Tu écris bien, surtout quand le propos est pondéré. Car la pondération est ce qu'il manque aujourd'hui au débat. Une fraction de la gauche nous emmène vers un combat primaire auquel je me refuse.

3/ Pour l'anecdote. Nous avons discuté en aparté avec Guy de sa chronique. Et je lui ai dis qu'elle est bien faite.

4/ J'ai l'impression que personne n'a compris mon point sur Mediapart. Je parle égoïstement du mien: Mediapart n'est pas un journal indépendant. J'aimerai qu'ils le reconnaissent. Qu'ils avouent qu'ils sont en combat politique, comme d'autres. Comme toi, comme moi. C'est écrit gros comme une maison dans leur site, mais personne ne leur dit. C'est pourtant essentiel pour l'honnêteté générale des médias que nous espérons tous.

amitiés

A BEMBELLY a dit…
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A BEMBELLY a dit…

C'est bizarre toute cette polémique. Enfin, comme c'est (semble t-il) une affaire de famille, mon avis:

Je crois qu'il y a une confusion entre des actes dans l'exercice politique (Woerth-Bettencourt) avec incidence sur le cours des choses, et un fait supposé datant de 12 ans, sans conséquence politique. Enfin, chacun sa morale.

Pour finir "j’attends ce jour où certains left-blogueurs nous expliqueront que la justice a tort de classer sans suite l'enquête judiciaire sur Jérôme Cahuzac.".

C'est une possibilité...

Unknown a dit…

De mon point de vue bouseux très distant de votre monde de blogueurs qui rencontre des Montebourg et qui semble tout de même très fier et orgueilleux et narcissique, approuver l'intervention au Mali ou la volonté d'intervenir en Syrie, sous prétexte d'humanité, de real politic ou autre, c'est comme tirer sur une foule française. Quelle différence ? (Là, je ne m'adresse pas à Musset, j'espère qu'il aura compris.)

Toutatis a dit…

@Unknown
La "foule française" elle, y voit une différence, et sans doute les djihadistes au Mali aussi.

seb musset a dit…

@Unknown > Plusieurs questions en une. Je suis partant pour rencontrer des politiques, quels qu'ils soient. Si je peux en sortir quelque chose de bien, même si je suis bien conscient du piège, et on reste en face de gens tjs carrés sur la com' donc compliqué. Et à vrai dire, la droite, à de rares, exceptions me / nous l'a proposé. C'est dommage. Pour ce qui est de la politique étrangère, c'est vraiment pas mon domaine, même si je partage tts vos réserves.

@Toutatis > Pas faux. Il y a une radicalisation du FDG, et une violence du PS envers le FDG qui se ressent dans les blogs des uns et des autres. Je ne suis ni d'un coté, ni de l'autre. Et je ne veux pas m'inscrire dans ces gueguerres. J'ai tjs espéré une synthèse, elle n'arrivera jamais. Je pense que la grosse claque que vont se prendre l'un et l'autre aux municipales devrait calmer les belligérants. Ou pas.

Si j'ai fait un parallèle entre gouvernement et tirs sur la foule, c'est bien parce que j'ai l'exemple Grec en ligne de mire. Et que je sens que, avec la même politique, on arrivera aux mêmes résultats et donc au même pied du mur.

@Juan > Je suis d'accord sur la pondération. Tweet choc que j'aurai dû formuler autrement qui aurait mieux posé le débat.

@Dedalus > Je me fous de Cahuzac. Je n'ai jamais écrit sur le sujet tant ça m'en touche une sans bouger l'autre. Il a bien fait de démissionner, il ne pouvait pas faire autrement. S'il est innocent et qu'il s'en sort blanchi, tant mieux pour lui et pour la confiance populaire envers les politiques.

Manureva a dit…

Merci pour cette franchise qui vous honore absolument.

Anse Manc a dit…
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Lucia Mel a dit…

il est, bien sûr, plus difficile de rester lucide, quand son "camp" (c'est bien une image guerrière, non ?) se retrouve investi des plus hautes fonctions, et de presque tous les pouvoirs, que de tirer à boulets rouges, et systématiquement, sur l'adversaire.

Ca s'appelle grandir. Passer de la phase adolescente d'opposition (dénigrement systématique de papa/maman), à celle de la prise de conscience que le monde n'est sans doute pas si simple... et qu'on peut soi-même se tromper, face aux autres.

Ca me rappelle la chanson d'Abd Al Malik : "Les autres" : c'est pas moi, c'est les autres, les autres...

http://www.youtube.com/watch?v=jtXKot_jq8o

wahyud a dit…
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