mercredi 31 octobre 2012

10 solutions audacieuses pour sauver la presse française face à Internet

Amis de la presse, nous entendons vos revendicationsNe cédez pas ! Google doit vous rétrocéder cette part du magot dont elle vous dépouille en amenant gratuitement les lecteurs vers vos déclinaisons web truffées de publicités qui ne payent pas comme vous l'escomptiez

Oui, certains rétorqueront que vous n'avez pas attendu la démocratisation d'internet pour voir vos ventes papier décliner. D'autres, plus taquins, prétendront qu'avec les 1,2 milliard de subventions publiques cramés annuellement pour que survivent vos investigations de tabouret sur la franc-maçonnerie des agents immobiliers menacés par l'Islamvous auriez pu construire un ambitieux portail internet de la presse française au lieu d'offrir pour la plupart des versions en ligne de vos journaux fourre-tout et au rabais.  Nous ne sommes pas de ces sous-crottes sans carte de presse  et nous nous félicitons que le gouvernement, à votre chevet, songe à un dispositif législatif en passe d'étendre la propriété intellectuelle aux liens hypertextes. 

Cette démarche révolutionnaire renforcera à n'en point douter la fascination internationale qu’exerce la vision du numérique à la FrançaiseAussi voudrions-nous apporter notre pierre à l'édifice avec 10 autres audacieuses pistes pour aider la presse, pardon "l'information", à survivre face à l'internet tueur d'enfants. Servez-vous, c'est la maison qui régale:

1/ Facturer leur présence sur vos déclinaisons web aux blogueurs et aux contributeurs dont vous êtes les gros consommateurs des textes gratuits.

2/ Au cas où le blogueur ou le contributeur ferait un lien depuis son blog vers son texte repris sur votre site, ce dernier sera en droit de lui demander et d'obtenir des dommages et intérêt pour concurrence déloyale

3/ Instaurer un droit de twittage. Que chaque tweet ou like facebook de ou vers l'un de vos articles soit soumis à un tarif forfaitaire d'au moins 6 euros (soyons raisonnables, la presse doit rester accessible au plus grand nombre et ne pas s'enfermer dans le carcan de l'élitisme germanopratin)

4/ Établir une taxe carbone du tweet et facturer à l'utilisateur de réseau social, la pollution entraînée par la reprise de son ou ses messages dans une de vos multiples rubriques "ça gazouille sur les réseaux", "c'est pas nous qu'on l'a dit c'est le net" et autre "Tu le sens mon gros buzz ?".

5/ Forts de vos méthodes de gonflement artificiel des ventes par abonnements massifs dans les entreprises, inclure dans la liste des fournitures scolaires obligatoires pour chaque écolier entrant au CP, un abonnement forcé à trois news magazines (inclus la montre-cadeau, le réveil matin et le CD-ROM interactif TINA et le secret de la main invisible raconté en chansons par Alain Minc et Gerard Carreyrou. 16Mo ram nécessaire. Compatible Windows95). 

6/ Au titre de l'effort de solidarité avec les contributions sociales généralistes des éditocrates: création d'une part dédiée dans la redevance audiovisuelle. Il en effet intolérable que vous ne touchiez rien alors que le peuple jouit à longueur de journée sur ondes et écrans de la bonne parole de Laurent Joffrin, Franz-Olivier Giesbert, Guillaume Roquette ou Christophe Barbier qui n'ont pas que ça à faire et aussi des journaux à faire tourner merde !

7/ En outre, l'amendement Joffrin prévoira une contravention en cas de tutoiement sur les réseaux sociaux avec un représentant du clergé éditorial. Top tweet ou pas, la relation journaliste / bouffeur d'info doit rester Top down. Les recettes seront utilisées pour l'élaboration d'un service minitel d'optimisation de transfert de stagiaires et pigistes d'une rédaction à l'autre. Trop de précaires du journalisme végètent, voire bloguent, entre deux payes pourries.

8/ Toute frappe du mot "information" sur les réseaux sociaux sera soumise aux lois concernant la propriété morale, et propriété exclusive de la presse, et sujette à poursuite judiciaire via Hadopi.

9/ En interne, un observatoire de bonne copie des dépêches AFP sera mis en place. On trouve encore trop de fautes dans le clonage de celles-ci. Un mauvais formatage de l'information et c'est l'image de la presse en ligne qui est impactée. 

10/ L'abandon définitif du modèle payant pour s'orienter définitivement vers un financement par des marques et des grands patrons (et toujours les subventions publiques, soyons ouverts[1]), et enfin se vivre, sans complexe, comme presse d'accompagnement du capital et de complaisance avec les puissances de l'argent (avec un peu de trash en Une et du Trierweiller au milieu).

[1] Le Point + L'Express + Le Figaro = 28,1 Millions de subventions publiques / an (pas mal pour les pourfendeurs de La France des assistés, non ?)

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Dieu, les Sarrasins et les Unes du Point

Le Point est un journal soucieux des forces de l'esprit, du mystique et de la question religieuse.  Le Point aime ses lecteurs et ses lecteurs aiment Dieu, mais semble t-il, pas n'importe lequel.

Comment se construisent donc les couvertures du news magazine sur la religion et les croyants ? Grâce aux retranscriptions des conversations entre Franz-Olivier Giesbert et Coco, son maquettiste, durant ces 7 dernières années, nous en savons désormais un peu plus sur les coulisses des Unes du Point.

2005.
- Coco. Question croyance. Au Point, on est modéré. Fais-moi un truc qui ne blesse personne.

Toujours 2005.
- Bon, coco. C'est mou du genou. Nous faut un truc punchy, comme notre ministre de l'intérieur. Un truc à la Rocky contre Mister T...


...ou Les envahisseurs, saison 2


- Coco. Les vacances c'est sacré, et c'est l'époque parfaite pour apaiser les tensions. Remplissons, sans le froisser et en lui donnant le sentiment d'être intelligent, le quota spirituel du lecteur harassé entre deux grilles de Sudoku:


Début 2010.
- Fini les aquarelles existentialo-interrogatives, notre président est en difficulté. Faut resserrer les boulons sur du solide. Allez zou coco balance-moi du bien racoleur !


Été 2010. 
- Coco, on apaise. Ressort-moi le dossier "spirituel", on se la joue scientifique ce coup-ci.
- Encore ? Mais on l'a déjà joué scientifique deux fois en deux ans.
- Je te rappelle que la moitié de notre lectorat s'est abonné pour le stylo cadeau et que l'autre moitié a Alzheimer.


2011. 
- Coco, qui dit janvier dit Islam. Et qui dit Islam dit menace culturelle. Qui dit culture en danger dit nous, qui dit nous dit cathos. Bah voilà, on l'a notre Une. Allez au boulot  ! Et colle moi une femme, comme ça calmera les hystéros de la parité qui se plaignent toujours de ne jamais être en couv'.


Février 2011. 
- Zut, les peuples arabes se révoltent, ça craint ça. Bon, faut vite tourner ça en menace. Je te laisse faire coco, tu commences à maîtriser l'esprit maison.


Déjà fin 2011.
- Mais dis-moi coco, c'est encore les vacances ? 
- Et qui dit vacances dit mégaquizz mystique, c'est ça ?
- Ouais ! T'es moins con que ton salaire de merde ne le laisse penser en fait.


Mars 2012. 
- Bonté divine ! L'affaire Merah. On ne peut passer à côté. Allez coco, titres en gros sur Allah.
- Mais euh, on n'avait pas mis "fou de Jésus" pour Brevik ?
- Ta gueule. Les gens comprendront.


Été 2012. 
- Nom de dieu, on a perdu les élections ! Pourtant on avait mis le paquet. C'est à se demander (encore) s'il existe ? 


Octobre 2012. 
- On ne se laisse pas abattre. Coco, tu sais ce qu'il te reste à faire. Prends le dernier discours de Copé pour la table des matières, tu me fais un photo-montage avec un cliché de burqa pris dans une manif de 10 personnes. Tu colles la typo dégueulis là-dessus et zou: 3 euros 50 en kiosque ! 


- Avec ça on doit pouvoir tenir jusqu'à la noël. 

[Update 31/10/2012 10.00]
Belle réponse du collectif contre l'islamophobie en France :

mardi 30 octobre 2012

Les débats d'Ayrault


Cher Jean-Marc,

Merci de me donner l'occasion de faire ce billet que je voulais faire depuis longtemps. Ne compte pas sur moi pas pour rejoindre la cohorte de ceux qui te fracassent en criant à la cacophonie des couacs, pas encore. J'attends les résultats. Néanmoins, ton interview matinale aux lecteurs du Parisien et son démenti deux heures après me laissent perplexe.

A la question "si, demain, on revenait aux 39 heures payées 39, des gens seraient peut-être ravis ?"  au sujet des 35 heures, tu réponds dans le quotidien, je te cite :

"Développez ce point de vue, mais vous verrez qu’il fera débat. Mais pourquoi pas. Il n’y a pas de sujet tabou. Je ne suis pas dogmatique. La seule chose qui me préoccupe, c’est que la France est en panne, et il faut que l’on redémarre le moteur, à fond. Mais pas pour foncer dans le mur. Pour y arriver, il faut trouver les bons compromis. Le monde des entreprises a ses représentants, le monde du travail a ses représentants. C’est pour cela que je suis partisan de la négociation. C’est comme ça qu’on s’en sort."

Alors oui, quelques heures après tu expliques sur France Info que :

"C'est pas un débat qui est relancé. Un lecteur du Parisien, dans un débat [...] me pose cette question. Je dis : "il n'y a pas de question tabou". Simplement, ça n'est pas le point de vue du gouvernement. Il n'est pas question de revenir sur les 35 heures."

Trop tard. Le buzz est fait. Il faut en finir avec ce penchant, maladie média de l'époque, pour "le débat" et ce souci pathologique de la "concertation" qui sont autant de planches que tu savonnes toi-même pour déraper sous micros et caméras, au pays des lobbys qui, eux, carpet-bombent à ciel ouvert. D'autant que, je le rappelle à toutes fins utiles, la campagne présidentielle est finie: ce n'est pas la peine de chercher à séduite l'électorat de droite. A force de discutailler et de se laisser dépasser dans "le débat", c'est ainsi que le mariage pour tous ou le droit de vote des étrangers aux élections locales sont gentiment passés à la trappe.

On ne gouverne pas un pays comme une émission de radio "libre-antenne". On gouverne un pays avec des convictions auxquelles on s'accroche jusqu'au bout, non des appels au débat. Ces convictions, on ne perd pas une occasion de les défendre au lieu de se fendre d'un rattrapage en catastrophe pour s'excuser du fait qu'en fait non... il n'y a pas débat

Sinon, en plus d'une erreur politique, on s'expose à un de ces ratages de com' qui marquent un quinquennat.

Sur ce, au boulot et bonne journée.

Illustration: Halloween III, season of the witch, T.L Wallace (1982) 

lundi 29 octobre 2012

A l'ombre des patrons en pleurs

"Le catéchisme de l'identité nationale est une fable politique destinée aux modestes et aux humbles."
Thierry Pech in Le temps de riches, 2011, Seuil.

Depuis le 6 mai, elles sont partout. Pas une émission de télé, un débat radio ou un journal sans elles ou leurs relais implorant le gouvernement, sur le ton de l'indignation ou de la menace, de procéder au "choc de compétitivité" dont la France aurait besoin. Qui ? Les pleureuses.

Dernière publication des kadors du CAC40 qui, grisés par l'impopularité du gouvernement chez les CSP+  apeurés par les impôts, la jurisprudence des pigeons et un indécrottable sentiment de supériorité sociale, ne se cachent même plus pour lobbyfier dans l'indécence: la tribune des 98 patrons des "plus grandes entreprises"  dans le Journal du dimanche pressant le gouvernement de baisser le prix du travail[1].

Soyons constructifs. Rangeons la batte et restons zen. Réfléchissons avec nos bienfaiteurs  concernés par la cohésion salariale et le bien-être collectif aux pistes pour résoudre le drame comptable que traverse notre pays.

Prenons les 3 arguments-chocs de la tribune de nos winners:

"1) Avec une dépense publique record de 56% du PIB, nous sommes arrivés au bout de ce qui est supportable. L'État doit réaliser 60 milliards d'euros d'économies (3 points de PIB) au cours des cinq prochaines années."

Dieu du capital ! Les chiffres sont terribles, sidérants, et coupant court à toute réflexion (c'est fait pour). Il nous faut payer sinon c'est la fin, oui mais la fin de qui exactement?  Dans un souci d'efficacité et avant d'avoir à taper dans le portefeuille du travailleur lambda, qui lui ne peut menacer de quitter le pays tel un Christian Clavier véxéavant de chercher à dépenser moins intéressons-nous à ce que nous pourrions récupérer avec une meilleure gestion comptable. Et dans ce domaine, l'expertise de la Cour des comptes doit théoriquement faire autorité.

En 2010, elle estimait le manque à gagner fiscal a environ 120 milliards d'euros dont:

- 20 à 25 milliards de fraude fiscale (avec entre autres, 7 et 12 de fraude à la TVA. 4,6 milliards de fraude à l’impôt sur les sociétés, 4,3 milliards de fraude sur l’impôt sur le revenu).
- 8 à 14 milliards de fraude aux cotisations sociales (travail au noir pour la plus grande partie)
- et... 80 milliards d’avoirs fiscaux non déclarés en Suisse (et quelque chose me dit que le travailleur français moyen n’y est pas pour grand-chose)

Bref, la première des urgences pour réduire les déficits publics, c'est d'augmenter fissa le nombre de contrôles fiscaux et d’inspecteurs du travail. (Pour le fun on recensera par la suite le nombre de pleureuses signant encore la tribune).

Ci-dessus. Un paradis fiscal.

"2) Pour les entreprises, il faut baisser le coût du travail d'au moins 30 milliards d'euros sur deux ans, en réduisant les cotisations sociales qui pèsent sur les salaires moyens (2 smic et plus). Un transfert financé pour moitié par un relèvement de la TVA de 19,6% à 21% (la moyenne européenne) et l'autre moitié par une baisse des dépenses publiques."

Tiens donc... réduire les cotisations sociales qui "pèsent". Au-delà de l'incroyable créativité de nos patrons consistant à payer moins les salariés et à augmenter le coût de la vie pour tous, et qui explique probablement leurs rémunérations explosant à la hausse en période de crise et pourquoi, parait-il, le monde se les arrache, il s'agit ici de "se payer sur la bête" (l'autre nom de la "compétitivité"). La bête, c’est celui qui se tue au travail. Non satisfaits de ne pas l'augmenter, enlevons-lui du salaire différé (santé, éducation, retraite et autres services qu'on pourra dans un second temps lui refacturer en version privatisée, discount ou premium) en prétendant que "ça pèse" et relevons-lui de 2 points tous les prix à la conso. La faute à un délai de bouclage trop court ? Nos grands patrons n'ont pas inclus à leur tribune la dénonciation des 293 niches fiscales dont bénéficient les grosses entreprises pour échapper à l’impôt (Grosses entreprises du CAC 40 qui au passage sont moins imposées, à hauteur de 8% sur 83 milliards de bénéfices redistribués pour près de la moitié à leurs actionnaires, que les PME imposées à 22%).

"3) Il faut garantir aux entreprises un environnement fiscal favorable et stable en baissant notamment l'impôt sur les sociétés pour le ramener au niveau de nos voisins européens."

Vu que la fiscalité sur les entreprises n'a de cesse de baisser depuis 30 ans avec les formidables contreparties que l'on connait sur l'emploi et ta fiche de paye, quand tu lis "stable" il faut bien sûr comprendre "en exponentielle clémence".
Je passe sur les aides publiques captées en exclusivité par les grosses entreprises qui ne s’embarrassent pas de tribunes poignantes pour licencier juste derrière, on notera tout de même ce souci maladif d'alignement sur "nos voisins européens". Nos grands patrons nous alertent sur un déficit extérieur "en chute libre" alors que les mêmes hurlent à la "débilité mentale" dès qu’on leur esquisse l'hypothèse d'une ébauche de protectionnisme économique. L’environnement économique se cantonnerait à l’Europe ? OK. Donc on s’aligne sur qui exactement ? La Belgique ? La Lituanie ? L’Allemagne sans salaire minimum ? Nul ne le sait, mais j’ai ma petite idée. C'est tout bête (et tu me diras "zut alors, comment qu'on y a pas pensé il y a 20 ans quand on nous a vendu le machin au JT ?"), mais l'harmonisation fiscale et salariale européenne n'aurait jamais dû être un but, propice au dumping intra-communautaire, mais un préalable à toute union économique.

Nul doute que ce jour où nous serons tous bien alignés sur le plus compétitif d'entre-nous, les mêmes pleureuses (ou leurs héritiers) nous publieront une nouvelle tribune sur la nécessité de s'aligner sur d'autres contrées encore plus performantes.

Et à propos, pour le travailleur il n'y a pas plus de "valeur travail" que de "coût du travail" ou d'"esprit d'entreprise": il n'y a que le salaire.  Toute autre considération est source d'enfumage.

samedi 20 octobre 2012

Le fabuleux destin de la vidéo des pieds de l'homme qui allait à St-Domingue en RER


C'était il y a un siècle en temps d'internet. Le 17 octobre dernier, 23h30. Dans le confort feutré de mon salon Louis-Philippe, je regarde pépère un tutorial DVD de Comment décrocher un sujet au JT en achetant 30.000 likes Facebook et faire plier un gouvernement en 48 heures, l'oeil droit jamais loin de ma TL Twitter. Soudain y surgit l'annonce d'une vidéo "clash" entre un "pigeon" et "une fonctionnaire de la SNCF".


Chouette me dis-je, un film ! Quelle merveilleuse contre-attaque contre la pathétique journée "j'aime ma boite" organisée par la secte des adorateurs de Sophie De Menthon. L'intitulé de la vidéo YouTube est confus: "Un investisseur qui gagne 70k mois insulte une fonctionnaire de la SNCF"  Les 2 minutes 48, filmées le jour-même en gare de Viroflay, contiennent une diatribe haineuse d'un cadre autoproclamé d'Orange se targuant de gagner si bien sa vie que cela l'autoriserait à insulter les agents de la SNCF et traiter en général les smicardes de "connasses".
Problème:  On ne voit personne, à peine un bas de silhouette furtif.


On a tous assisté à des trucs du même acabit en entreprise et qui aura passé quelques minutes sur Contrepoints constatera moult similitudes rhétoriques entre ce cadre déglingué et les neuneus de la win chez qui la taille du KO a celle du QI. Mais, la forme de cette tranche de domination de classe souterraine en plan fixe sur le carrelage me laisse alors perplexe.  

Le dialogue dans l'air du temps des tensions en entreprise et des sarkolatres chagrinés est crédible, mais l'argumentaire du mec l'est moins. Et puis que fout ce winner à la gare de Virolflay en heure creuse ? 2 Options: Soit la vidéo est un fake, soit le mec est un bon gros mytho en betâ-test de cocaïne cassée au talc.

Nous sommes d'abord en présence d'une bande-son dont nous ne connaissons aucun des intervenants. Mais, paradoxalement dans notre époque tourneboulée aux images léchées ou en 3D, c'est le côté vidéo de merde qui contribue pour certains à la véracité de la chose. 

A 0.00, je prends le pari que la chose est fausse, ou faussée, et tweete:


Lendemain matin, 18 octobre 9h30. Comme d'hab, la mécanique du trash-clash-lol est enclenchée. Le site de FranceTVInfos annonce que la SNCF confirme que la scène a bien eu lieu, soit seulement une partie du document: il ne fait aucun doute pour ma part (fake ou pas) que les employées ont réagi au naturel face au type. Le contexte est cadré, mais tant que le mec n'est pas identifié, la vidéo n'a toujours aucune valeur informative.


Peu importe, cette confirmation partielle suffit pour les sites d'infos en ligne tenant là leur vidéo des "47%" de Mitt Romney. Du HuffingtonPost au Figaro en passant par la Depeche ou Le Parisien, la plupart des sites "sérieux" reprennent vidéo et "information" au conditionnel ou non.


13.00. RTL publie le témoignage d'une des employées de la gare revenant sur les circonstances de la scène. Puis à 15.00, c'est le vidéaste de 15 ans à l'origine de la publication initiale qui publie sa version des faits sur Le Plus. C'est l'occasion d'un commentaire de lecteur condensant l'absurdité de la situation:


22.00. Tout semble indiquer qu'il ne s'agit pas d'une mise en scène. Le gars ne serait pas un acteur se livrant une performance. Reste qu'il n'a pas l'air très bien dans sa tête. Cette propagation par la presse en ligne me pose maintenant plus question que la vidéo elle-même.

23.00. Sur LCI, le journaliste Damien Givelet félicite l'adolescent aux Adidas les plus célèbres de la presse pour ses "bons réflexes de journaliste" Ah bon une info ? Filmer ses pieds un bon réflexe ? Possible. Pour l'instant je ne vois toujours qu'une vidéo de carrelage avec une voix non identifiée et pourtant sujet central du document.

Le 19 octobre vers 15.00. C'est Orange qui livre enfin l'information clé. L'agresseur est bien un cadre de la boîte, mais pas supérieur, il n'est jamais allé à St-Domingue, il est "en proie à des difficultés personnelles" et son "cas relève plus de l'accompagnement que de la sanction". Bilan: c'est un mytho dépressif. Les employées ont eu la bonne réaction, ce qui n'excuse en rien le comportement du gars. Il aura fallu 36 heures pour y voir plus clair (provisoirement) sur cette affaire dont l'intérêt, au-delà sa violence juste moins média-trainée qu'une interview de Laurence Parisot, est tout relatif.

Je tiens donc à m'excuser ici de ne pas avoir diffusé cette vidéo sur mon blog et d'avoir douté à son sujet jusqu'à connaissance, si ce n'est complète au moins suffisamment large, des tenants et des aboutissants d'un document à la forme troublante contenant des propos délirants.

La preuve sur cette image où ma repentance est clairement identifiable.

Cette nouvelle démonstration du fantasme collectif que provoque une non-image, nous rappelle l'importance de filmer correctement les cornichons et les suffisants dans leurs oeuvres. Nous invitons d'ailleurs lecteurs ou journalistes à "bons réflexes" et payes de misère à procéder de même avec leurs supérieurs quand une scène similaire se produit dans leur environnement professionnel.

Illustration: F For Fake, O.Welles 1974

mercredi 17 octobre 2012

Vers un surhomme autonome et défiscalisé ?

Ce constat n'a de scientifique que l'écoute des conversations dans mon entourage: L’intox de l’impôt trop cher a encore de beaux jours devant elle. La faute à un matraquage médiatique qui a délaissé la revalorisation idéologique de l’impôt pour chérir celle du matraquage permanent, l’impôt sur le revenu fédère le ressentiment, chacun ayant le sentiment express d'en payer trop (quand bien même la majorité des gens ne sera pas touchée par l'effort annoncé). 

Le gouvernement socialiste a supprimé l'augmentation de la TVA prévue par Sarkozy (l’impôt sur la consommation tapant prioritairement les faibles revenus). Mais, si j'en crois ma petite enquête, ceux qui ne roulent pas sur l'or ne semblent pas prendre en compte cette économie pour se focaliser sur les 75% que, payeraient peut-être, la poignée de Français gagnant plus d’1 million d’euros par an, et donc eux, forcement, avec leur SMIC,2 pour 15 ans d'ancienneté.

La question de l’impôt abordée dans les médias va souvent dans le même sens: on en paye trop, il est mal utilisé. La dégradation des services publics, au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans une logique de rentabilité et de réduction d'effectifs, renforcent cette idée d'une fiscalisation abusive, mais que surtout, O scandale, ce sont "d’autres" qui en profitent !  Bien plus que la peur de l’immigration et de la cleptomanie boulangère des islamistes radicaux, ce dégoût d’avoir à payer des impôts pour les autres est le vecteur idéal pour la fusion des droites (libérales, extrêmes et conservatrices), voire au-delà (les autoproclamés "apolitiques"). Et pourtant, comme pour l’immigration, nous sommes d'abord dans le fantasme et le mensonge

D'abord les chiffres. Le site 365 mots s'est livré à une étude des fiscalités comparées belge, luxembourgeoise, grecque, française, allemande, américaine et anglaise. Sa conclusion est sans appel du point de vue comptable: "A moins que vous soyez extrêmement riche. Il est plus intéressant d'être français lorsqu'on paye son impôt sur le revenu. La France est le pays le plus compétitif de tous ceux qui ont été étudiés pour des revenus inférieurs au SMIC et entre 2000 et 3000 euros par mois" C'est à dire l'écrasante majorité. 


L'imposition reste globalement clémente pour les autres tranches. Note ici que les cris d'orfraie sur les ravages de l'austérité sur la croissance n'ont émergé dans la presse qu'après l'élection de François Hollande, à partir du moment où les plus riches ont compris que rembourser la dette pouvait aussi signifier la hausse de leurs impôts à eux. 

Est également souvent écartée du gonflant discours média sur les impôts que la moitié des Français ne demanderaient pas mieux que d’en payer. Ce serait au moins la preuve qu’ils gagnent correctement leur vie. Est également oublié que d'autres, parmi ceux qui gueulent sur la trop forte fiscalité, sont les premiers à consommer ou surconsommer de la santé parce qu'elle est bon marché, mais aussi de l’éducation pour leurs enfants et de l’infrastructure au quotidien. Et là, je suis formel: notre rapport qualité / prix dans tous ces domaines est (pour le moment) imbattable.

Tout est bon pour gagner le combat idéologique afin de persuader les pauvres (renommés classes moyennes pour mieux les embrouiller) d'épouser la cause des riches: la prétendue "science" économique, l’encouragement de l'endettement personnel, la lapalissade éculée du "travailler plus pour gagner plus", le discours du "gagnant-gagnant" avec le riche qui tirerait l'économie vers le haut et, en fin de course, devant l'évidence par l'exemple répété que la fortune exponentielle d'une poignée n’entraîne aucunement l'enrichissement même moyen du plus grand nombre, mais au contraire la stagnation voire le recul de sa condition, un discours de fond sur ceux qui seraient les "privilégiés" de la fiscalité. Au hasard des semaines: fonctionnaires, assistés, chômeurs…


A mesure que les enfants du baby-boom oubliaient les avancées collectives d'après-guerre obtenues par leurs aînés, leur soif d'enrichissement individuel, passant par cette obsession de ne pas partager, s'est développée sous les yeux de politiques atones ou, pire, encourageant le mouvement[1]. 

Nous assistons depuis quelques semaines à une nouvelle intox (resucée des années 80): le vrai travailleur serait l’entrepreneur. Celui-ci prendrait plus de "risques" que le vulgaire péquin de salarié[2] et donc devrait être moins imposé. Ce n’est pas un hasard si la mobilisation des pigeons est partie comme un brasier sur un malentendu des auto-entrepreneurs aveuglés, souvent des jeunes qui n’ont pas été, ou mal été salariés, et sur qui le discours libéral prend tout seul grâce à la simplicité de son mode d'emploi: qui bouge gagne. Comprendre: le salarié est un poids mort qui a "un coût" et donc moins de valeur.

Que ce soir clair: Faire de chacun l’auto-entrepreneur de sa vie au sein d’un marché généralisé où personne n’aurait à payer pour personne puisque chacun serait responsable de son succès et de ses échecs, bref démonter même l’idée de solidarité (et de sécurité) pour celle de la somme des intérêts individuels qui profiteraient à tous, n’a jamais marché nulle part sauf dans les rêves humides des libertarés. 

Comme pour la fiscalité, pour une poignée de dominants à l’abri du besoin et disposant de tous les relais médiatiques (pas de complot, vois-y juste un réflexe de classe), l'art est de persuader les opprimés qu’ils ont tout à gagner à abandonner les filets de sécurité, garanties, protections sociales arrachées de force par leurs aînés. Une fois "libres", ils auront bien sûr le loisir de souscrire à des services qu'ils payaient préalablement dix fois moins cher et avec une meilleure qualité via ce maudit impôt.

30 ans de peur du chômage ont réduit à zéro les défenses mentales du salarié[2]. Dans le même temps, on lui assénait que l'impôt qu'on lui prélevait était la pire des injustices. Réfléchissons. Quelle sera la finalité de ces deux visions cumulées ? Un travailleur individualisé à l'extrême, en compétition avec chacun, ne devant rien à la société et à qui en retour l'Etat n'est redevable de rien.

En résumé le moyen-âge[3].

Fleur Pellerin a raison. Les classes ne luttent plus, elles auto-entreprennent.

[1] Voir dans cette soif un des carburants de la flambée des prix de l’immobilier des dix dernières années.
[2] Durant les 20 dernières années, c’était le chômeur qui était copieusement déprécié. A la bourse de l’humain, il ne valait pas grand-chose par rapport au salarié. Note qu’avec 5 millions de chômeurs, et à une époque où se multiplient les plans sociaux et l'idée s'installant que le travail tel qu'on l'a connu diminuera irrémédiablement, c'est le salarié qui est à son tour relégué aux basses fosses du genre humain.
[3] avec traçabilité des individus et vidéo-surveillance en plus.

lundi 15 octobre 2012

Capital : Comment faire passer un désordre immobilier pour un "bon plan" logement ?

Après avoir soufflé dans la bulle immobilière pendant 8 ans, M6, nous livrait hier soir un Capital spécial "J'achète, je loue, comment se loger à moindres frais ?" (voir ici pendant 7 jours). Trop sympa.

Hormis un reportage hors-sujet démontant l'intox des bilans énergétiques (non pas dans l'idée, mais dans la réalité de ce qui en fait) et un autre sujet sur l'arnaque des listes immobilières (déjà vu à l'identique dans Compléments d'enquête), rien de transcendant en terme de "bons plans": l'achat groupé ou des solutions de rangement en box pour ses vêtements (nous confirmant que là ou l'on peut assurer un logement sans risque d’humidité pour des babioles à 120e/mois, on trouve encore des excuses dans ce pays pour se coltiner 2.000.000 de très mal-logés).

Pour finir sur une note "optimiste", Capital sort un sujet sur le gardiennage de biens "atypiques". Ce "bon plan" vient de Hollande (le pays), passe par l’Angleterre, et se lance en chez nous sur la niche prometteuse de nos 5.5 millions de m2 de bureaux vides

(- Oui, je sais, pendant dix ans on t'a dit d'acheter coûte que coûte. Maintenant t'es divorcé, endetté, sans toit ni thune ? Pas de problème: compose avec ce que te propose le capital).

La méthode fait un malheur chez les étudiants hollandais: Un intermédiaire propose à un propriétaire d'une usine ou de bureaux vides, de louer son bien démesuré à un tarif cassé (le maximum prévu par la loi pour les "résidents temporaires" 200 euros ) à une ou plusieurs personnes pour une durée limitée, avec potentialité d'éjection inopinée. Attention, comme pour la location classique il faut que le locataire dispose de revenus réguliers, d'un "garant" de relogement en urgence. (Voir ce reportage de la télé belge)

Tu te dis: Waouw, c'est super c'est génial ! Je signe ! D'ans la première partie, M6 met la chose en image en multipliant les clichés du "bon plan" au travers du portrait d'un locataire Eric, 50 ans, locataire de 700m2 avec parking 80 places pour 195 euros. Au programme: tour de propriétaire (du genre Oh c'est tellement grand que ma cuisine est trop loin), séance de golf  indoor (avec Thomas De Sotto dans le rôle de Stéphane Plazza) dans cette salle de réunion de 200m2 désaffectée depuis le dernier plan social de l'entreprise qu'elle abritait, puis diaporama des "résidences de luxe" au catalogue de la compagnie.

( - Dites-moi Eric, le self de la Cotorep, c'est pas un peu la vie de palace ?
- Si seulement j'avais le droit de coller un poster.)

Après le sujet sur le scandale des listes véreuses pour débusquer du studio miteux, sur que ça fait rêver.
( - Ah tiens, je vois dans le règlement intérieur : Pas d'animaux, pas d'enfants et interdiction de recevoir des gens....
- Oui. Sauf les équipes de télé pour faire la promo du concept.)

Voyons pourtant derrière le "bon plan" une extension supplémentaire, et des plus glaciales, de la rapacité foncière des possédants: Sous traiter gratuitement le gardiennage de leurs milliers de m2 inoccupés par les victimes qu'ils contribuent à générer en ne les mettant pas à disposition. Et mieux encore: faire payer pour ça ! Dans une interview à lavieimmo, Olivier Berdubeau, directeur du développement France de la société Camelot est clair: "Il ne s'agit en aucune façon d'une alternative au mal-logement. [...] La cible du groupe : "des personnes qui ont déjà vécu en colocation de 25 à 35 ans, plutôt célibataires. Mais nous visons des gens capables de se reloger rapidement".

Vous voulez ça ?

Vous aurez ça:

Il fallait y penser. C'est tout simplement la méthode Jeudi noir renversée et appliquée au bénéfice  des proprios tout en donnant l'impression de faire du social. Via cette police de la misère par la misère elle-même, ils s'assurent ainsi que leurs biens ne seront pas dévalorisés et resteront "sur le marché" dans le meilleur état possible, quasi vides et autant qu'ils le souhaitent, en s'économisant des salaires. 

Ces services mêmes s'ils sont légaux, vont totalement à l’encontre des intérêts de celui qui veut "se loger moins cher". En faire la promotion au premier degré en mettant en avant l'exotisme du cas particulier (situation de "luxe" on ne peut plus provisoire) dans une émission d'investigation sur les "bons plans" est plus que limite. C'est faire d'un désordre (de l'habitat vide dans un pays de mal-logés), un truc "chouette", dans "l'air du temps".

Nous parlons ici de locaux pouvant abriter parfois des dizaines ou centaines de personnes, et non pas juste une, s'il y avait une volonté politique de s'emparer du dossier. Ce matin, le 115 alerte que, deux mois avant l'hiver, ses services sont déjà noyés sous les appels

vendredi 12 octobre 2012

L'Express et les femmes

Quelques outrecuidantes ont reproché à Christophe Barbier le sexisme de la dernière Une de L'Express.

Le patron à l'écharpe rouge s'est expliqué:
Dans un réflexe où le corporate le dispute à la testostérone, le rédacteur en chef de l'Express.fr, Eric Mettout, met le paquet et pousse plus loin l'analyse sur son blog. En fait, ce sont celles qui disent qui y sont. Et puis, les filles de Twitter (d'où la polémique est partie) auraient réagit bien plus violemment à la Une qu'au verdict de la cour d'assises du Val de Marne pour les violeurs en réunion de Fontenay-Sous-Bois. Alors camembert sur les accusation de sexisme à l'encontre de sa rédaction !

Affaire classée. Femme, tu es la bienvenue en Une de L'Express.

Toutefois, profitant d'un travail effectué sur un récent billet où je revenais sur les Unes du news magazine à partir de l'élection de Sarkozy en mai 2007[1] (date de la création du monde selon Christophe Barbier), je préfère t'avertir que tu devras te plier à quelques codes redondants pour "monter en puissance".

Il vaudra mieux:

- Etre compagne, passée ou présente, de président ou de candidat à la présidence, mais ne pas trop la ramener. Attention : possibilité de combo entre compagnes.

- Etre un "problème" au coeur d'un "système", ou tu manigances en cachant quelque chose et exerces ton influence (supposé plus ou moins implicitement que tu en as trop). Catégorie cumulable avec la précédente.

- Si tu n'ourdis pas de complot dans l'ombre du pouvoir ? Pas de panique. Enfile une blouse et sois  médecin ou infirmière. Note au passage l'originalité des titres, et que ce type de configuration permet de caser jusqu'à 6 femmes en couverture autour d'un mec en cravate, histoire de faire grimper les statistiques sur la parité.

- Tu n'est pas faire pour les ors de la République et tu n'aimes pas être blousée ? L'Express pense à tout et t'offres d'inspirer en Une fraîcheur et jeunesse histoire de rehausser graphiquement ses dossiers marronniers. Actrice ou mannequin recommandé, plus de 45 ans s'abstenir.

- Note que les plus coquines d'entre-toi peuvent opter pour la même formule, mais en version charme.

Bref. Compagne de président, manipulatrice, infirmière ou pack shot publicitaire, Femme, la Une de Barbier est à toi.

Et comme le conclue si bien Eric Mettout: 

"On se rend bien compte par contre que l'on ne peut pas dissocier ce critère "sexe" de ce qu'on lui associe de manière stéréotypée, du lien que l'on fait entre identité sexuelle et identité professionnelle / politique".

[1] Sur les 283 numéros qui nous séparent du 6 mai 2007, nous dénombrons 90 femmes en Une de L'Express, qu'elles l'occupent seules ou la partagent, en photo ou en dessin. (Accordons-nous une marge d'erreur de 5%, mais le décalage est saisissant).

mercredi 10 octobre 2012

Pigeons 2. Objectif : ne rien payer du tout

La semaine dernière le gouvernement capitulait sous l'effet de surprise des Pigeons et leurs 40.000 clicks. En 5 jours de chambre d'écho médiatique ultra-favorable autour du mouvement en ligne, quelques grosses légumes cramponnées à leurs avantages fiscaux nous jouant l'hiver 54 du capital-risque et la menace d'un exode à l'étranger alors que pour certains ils y vivent déjà, étaient reçus à Bercy pieds sous la table avec un Perrier rondelle pour renégocier le projet de loi de Finance 2013 un peu trop corsé à leur goût.

A l'issue de la rencontre (avant même), Le Ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, annonçait des "aménagements". Si les plus-values de cession restent finalement soumises au régime actuel: taux d'imposition de 19% + 15,5% de prélèvements sociaux (on apprécie le geste), l'entrepreneur cédant sa société serait totalement exonéré d’impôt sur la part faisant l'objet d'un réinvestissement dans une entreprise française, à condition qu'il y occupe des fonctions dirigeantes. En revanche, le capital-risqueur, lui, ne bénéficierait pas du rabais à la revente de ses actions. 

Si le gouvernement dépréciait son image (je n'ai pas entendu au Bourget le 22 janvier 2012 que le pays serait géré selon les couvertures du Financial Times), l'entrepreneur qui galère (paradoxalement écorné par le mouvement) en ressortait renforcé par rapport au "capital-risqueur" à prise rapide (le mot tendance pour spéculateur)On pouvait donc croire que ces concessions suffiraient à apaiser les appétits  Mais ce n'est pas maintenant que l'on a mis le pied dans la porte que l'on va s'interdire de la défoncer un peu plus !

Hier soir, dans un communiqué, toutes les organisation patronales (à l'exception de la CGPME), les représentants autoproclamés des patrons de start-up et des Business angels s'associent au mouvement des Pigeons et appellent le gouvernement à renoncer sur son texte sur la taxation des plus-values.

Morceaux choisis : 
"Les aménagements envisagés en matière de seuils et de durée de détention ne remettent pas en cause fondamentalement les principes de l'article 6 du PLF [...] Le dispositif proposé affecterait lourdement la stratégie de croissance des entreprises. Ces dispositions, prises sans concertation, auraient des conséquences très néfastes en matière de développement économique. Conscients de la gravité économique, nous demandons solennellement aux pouvoirs publics de retirer le nouveau dispositif de taxation de ces plus values." (Oui, "conscients de la gravité économique", ils demandent solennellement à être moins imposés que le commun des mortels). 

Info ou Intox ? Bluff préalable au communiqué ? Le quotidien Les Echos nous apprenait hier qu'il n'y aurait finalement peut-être pas de distinction entre les créateurs d'entreprise et les gros actionnaires (condition: qu'ils détiennent entre 10 et 15% du capital et qu'ils le gardent un minimum de 2 à 5 ans). Conclusion: si cela ce confirme, c'est non seulement un recul de plus, mais une belle grosse niche fiscale. Oui, au moment où l'on nous annonce que la rigueur c'est sacré. 

Quelle sera la prochaine demande de nos opprimés ? Ne plus payer d’impôts du tout ? Ne plus payer les salariés ? Disposer de dérogations pour les écraser en 4X4 ? Les trois à la fois ?

lundi 8 octobre 2012

L'exceptionnelle affiche d'un président normal


Ce soir-là à la sortie du boulot dans Paris...

- C'est moi où l'on voit Hollande à chaque sortie de métro et sur chaque kiosque ?

- P*tain oui, il se tape l'affiche du Point à L'Express!

- Étonnante popularité graphique pour un président "normal" auquel les news magazines peinent à trouver des compétences... Dis donc, ça fait bien 21 semaines depuis l'élection ?

- Oui. Et c'est un soulagement de chaque instant.

[clic clic]

- Tiens. Regarde. En 21 semaines, François Hollande a fait 7 fois la Une du Point (1 sur 3), 9 fois celle de l'Express (près d'1 sur 2). Attention, ça pique les yeux.


- Purée ! Barbier et Giesbert ont mal digéré l'élection on dirait.

- T'as vu au Point, la machine à casser démarre dès la 1ere semaine avec la bonne vieille technique du "doigt dans le nez".

- Wouah trop drôle ! Comme dans les bêtisiers de Noël

- Sur que c'est sa fête au président normalDis donc, ils n'auraient pas un peu craqué du slip là Barbier et Giesbert ? Y en a un qui lui donne des conseils l'autre des ordres. Je veux dire on parle du Président là quand même ?

- Ah oui, ça c'est vrai, Giesbert n'a jamais reproché sa politique fiscale à Sarkozy avec une photo de lui en RayBan fumant un gros cigare, surtout pas au début, et encore moins en Une de son canard. J'ai pas mémoire.

- C'est que j'en connais qui ont été virés pour moins que ça sous d'autres quinquennats.

- Tiens justement puisque tu parles de lui, c'était comment au début de Sarkozy ? 

[clic, clic]

- A semaine+21 en 2007, Nicolas Sarkozy comptabilise 5 Unes du Point (1 sur 4). Tiens, j'en ai rajouté une sixième esquissant "les premiers couacs du gouvernement",  il est en tout petit sur la photo mais c'est bien lui. 


- La vache. Un avion ? Une fusée ? 

- Non, Super Sarko en toute simplicité, avec ses codes de communication, mouvement et travail, repris en Une au premier degré: Durant la même période: juste 3 couvertures pour l'Express (1 sur 7). C'est peu, mais c'est de la qualité.


- Sans déconner, on dirait Jours de France ! 

- Ouaip, mais en moins trash. Barbier avait pas encore reçu son guide du lol pour les nuls.   

- Ah... C'était la belle époque de la monarchie moderne en phase avec son tempsQu'il était normal d'avoir un président exceptionnel. Nous ne connaissions pas la crise, tout allait bien. Nous n'avions pratiquement pas de chômage et l'on pouvait se permettre de distribuer des cadeaux fiscaux à tour de bras aux plus riches. Nous avions enfin un président à notre image: insouciant, aimant le fric, avec certes l'esquisse de quelques problèmes domestiques, mais rien de bien méchant. Et c'était ni le moment ni le lieu de lui demander des comptes, de se moquer de lui, de lui donner des conseils ou, pire encore, de seulement évoquer sa politique. 

- A juste titre, il est peut-être un poil trop tôt pour juger des résultats. Rien ne pouvait arriver donc c'était pas la peine d'en rajouter. Les premiers reproches sont venus 9 mois après l'élection. Et encore, pas trop d'impertinence à l'horizon. 

[clic clic]

- Regarde cette sélection de couvertures entre février 2008 (les premières identifiables pour Le Point et L'Expresset octobre 2010, exprimant un désamour policé, teinté d'incompréhension, de respect inquiet, avec le filtre de l'expression de l'opinion populaire ou de la forme interrogative:

- P*tain même dans l'adversité, il est bien au centre de l'image, sérieux et concerné. Ce n'est pas comme maintenant.

- Ça c'est sur. Tu ne peux plus faire un pas en ville sans tomber une affiche du Point et de L'Express avec Hollande, cadré en vrac et mal éclairé.

- Mais dis-moi alors. Comment se fait-il que ces deux magazines fassent autant de Unes sur quelqu'un qu'ils jugent absent et incompétent ? 

- Mais c'est bien simple, les rédactions ont peur que les idées de droite soient durablement impopulaires dans l'opinion. Note que Le Hollande bashing commence immédiatement après l'élection. Faut déjà préparer l'après Hollande dans les consciences et comme on ne va pas titrer sur l'UMP empêtré dans ses pains au chocolat et ses problèmes de comptaon tape sur Hollande. 

- Tu veux dire que, en plus de squatter les ondes de la moindre émission politique avec leurs têtes de gondole Giesbert et Barbier, Le Point et L'Express sous-traitent la communication graphique de l'UMP le temps qu'il se refasse une santé? Parce que, t'es d'accord avec moi, personne ne lit ces magazines ailleurs que sur abonnement. Ce qui compte ici c'est la couverture et l'affiche que l'on en décline.

- Moi j'ai dit ça ? 

[clic clic]

P.S: Pour éviter les cas de migraine, les Unes du Figaro Magazine et de Valeurs Actuelles ont volontairement été écartées de cette reconstitution historique.

Illustration @LPinjos