dimanche 30 septembre 2012

Le syndrome de l'auto-entrepreneur

Il s'est passé quelque chose hier sur Twitter. La démocratie liquide a croisé les patrons en carton et les libéraux ont craqué l'allumette. 

Des auto-entrepreneurs sont en colère contre le gouvernement, ce dernier ayant décidé (il parait) de réformer (comprendre: ils vont payer des impôts comme les autres entrepreneurs) leur régime préfabriqué par la droite, concurrençant au passage les artisans dans un dumping salarial éhonté. 

Et voilà nos jeunes dépolitisés (lire ce texte c'est bouleversant), se pensant Steve Jobs réincarnés grâce à un dispositif pensé à l’origine pour contrôler les revenus d’appoints des retraités vendant trois bricoles sur Ebay, récupères par la secte pyramidale des libéraux qui les appelle à manifester. Rien que l'idée d'une manifestation commune de gens qui ont opté pour l'isolement volontaire, le piétinement des droits du travailleur et la mise en compétition de chacun d'entre eux au bénéfice du commanditaire (qui aurait pu être leur employeur) devrait suffire à prouver combien ce pays a eu le cerveau dézingué par dix années de droite. Combien étaient-ils à se bouger pour le maintien des services publics ou contre la réforme des retraites ?

Je me suis toujours méfié de l’auto-entreprise avant même sa création (relire ce texte d'il y a 4 ans, je n'en change pas une ligne) qui, sur fond de crise, faisait entrer le loup de l'individualisme chez les plus jeunes. Depuis l'échec est prouvé: 9 auto entrepreneurs sur 10 gagnent moins que le SMIC, plus de la moitié ne génère tout simplement rien. Je m'étonne ainsi que, à part la micro bulle des quelques cas particuliers de consultants ou infographistes, bref du travailleur qualifié s’offrant au rabais et surreprésenté sur Twitter, on puisse encore trouver des gens pour la défendre sur la durée.  

Ma vision du monde est simple, mais bizarrement je ne me lasse pas, jour après jour, d’en constater la pertinence: il y a les exploiteurs et les exploités.  La force de l'auto entreprise est de faire passer à moindre frais les seconds dans le camp des premiers. Il n’est donc pas étonnant, en plein débat sur le "coût du travail", que les libéraux (et parmi eux les plus thunés) s’engouffrent dans la brèche pour défendre ces entrepreneurs en rodage (qui mériteraient plutôt qu'on leur finance leurs projets, si ceux-ci tiennent la route), mais dont certains ont déjà les bons réflexes: Penser qu'il est normal de bénéficier d'une fiscalité allégée tout en opposant leur courageuse activité à celle des "feignants de chômeurs" ou pire aux "fonctionnaires privilégiés". (C'est l'axe argumentaire qui se dessine). Le "soldat auto entrepreneur" à 800 euros de CA s’estimant spolié, violé, victime de racisme (si, si je l'ai lu) constitue de la chair fraîche pour la secte libérale. 

Nous doutons que cette nouvelle sophistication du syndrome du larbin aille plus loin que les réseaux sociaux. Mais tout de même, mettons en garde les "soldats": Quand tu as un libéral en face de toi, au-delà de l’échec de sa doctrine à rendre heureux les gens là où elle a été appliquée depuis quarante ans, rappelle-toi qu'au final sa philosophie de vie se réduit à ça: le plus fort écrase le plus faible. 

Et dans cette équation où te situes-tu mon auto-entrepreneur sans droits avec tes 800 euros de CA ?

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vendredi 28 septembre 2012

Expulsez c'est gagné !


On a les révoltes populaires que l'on mérite. A l'heure où l'Espagne et La Grèce s'embrasent contre l'austérité, selon le quotidien La Provence, la nuit dernière à Marseille c'est à un camp de Roms que le peuple en colère a mis le feu, après en avoir délogé ses occupants "sans violences physiques" précise Le Figaro  inaugurant le concept de soft-expulsion avec une quarantaine de potes et des torches

Le plus terrifiant ? La razzia nocturne, selon l'AFP, est arrivée au vu et au su des élus locaux et de la police. Alors que l'hypothèse d'ébauche du début d'une manifestation possible contre des caricatures entraînait une interdiction d'office la semaine passée, préalable à une débauche policière sur Paris le jour même, étonnons-nous de la bonne fin de cette initiative citoyenne. 

Sur se fond de misère sociale, quand le concept "Indignez-vous", compris de travers, rencontre celui des "voisins vigilants" compris au premier degré: voilà ce qui arrive. Une partie des gouvernements successifs ayant jugé qu'il était plus simple de montrer les muscles avec une centaine de Roms qu'avec une dizaine de grandes entreprises en position de force, il n'est pas si étonnant qu'en bout de chaîne, par capillarité médiatique, des riverains désinhibés se mettent à en faire autant. D'autant que, dans ce climat de sérénité et de confiance avec les autorités, ce ne sont pas les Roms qui porteront plainte. Allez zou, affaire classée !

Reste à savoir qui sont vraiment ces "voisins excédés" et pourquoi un tel laissez-faire policier ? Le tout à une heure de l'intervention télévisée du Premier Ministre. 

Deuxième interrogation. A quelle heure Jean-François Copé nous fera son point presse sur l'intolérable stigmatisation des blancs dans les campings des Bouches-du-Rhône ? 

mercredi 26 septembre 2012

L'enquête de L'express que vous ne verrez jamais...

Et pourtant il y'a la matière pour un grand numéro[1]...


Mais non, L'Express de cette semaine a opté pour la sécurité d'un dossier bien pépère:


[1] Imam : Se dit d'une personne qui dirige la prière en commun. C'est de préférence la personne qui est la plus savante.

mardi 25 septembre 2012

Apocalypsimmo 17: Promo flash chez Nexity !

Un lecteur m'envoie une publicité Nexity (cf notre article d'hier) arrivée cette semaine dans sa boite à courriels. De prime abord ça ressemble à une entourloupe de Mr.Boubacar, fils de diplomate à Abidjan désireux de vous transférer son héritage par Western Union à condition de lui envoyer votre numéro de CB pour les formalités. Mais non, c'est de l'immobilier français, autant dire du sérieux.

Excusez donc cette entorse à mes principes anti-pub sur le blog, mais on ne peut laisser filer un bon plan comme ça. Comme on dit: Y'en aura pas pour tout le monde !

(cliquez pour agrandir)
Dans sa grande mansuétude, Monsieur Nexity offre 300 euros par mois pendant deux ans pour les "primo-accédants". Et dieu sait qu'ils sont nombreux les "primo-accédants", motivés par une ristourne de 0.5%, à pouvoir allonger "à partir de" 78 années de salaire moyen français (hors coût du crédit) !

lundi 24 septembre 2012

Apocalypsimmo 16: Cellule de crise à Valeurs Actuelles

Le logement va mal, mais pire encore, l'immobilier s'effondre, enfin les perspectives de rente exponentielle. 

La preuve ?  

Le dossier "Logement, comment ils organisent la pénurie" (ils = la gauche) occupe les 70% de la couverture du dernier numéro du magazine de la droite qui s'assume Valeurs Actuelles tandis qu'un insert "Islam, jusqu’où iront les fous d’Allah ?" n’en occupe que 5%  malgré la bouillante actualité.
Indiscutablement c’est panique à bord depuis que Cécile Duflot tente de redresser un secteur fondamental de la société abandonné au marché des rapaces depuis trop longtemps.

Est réunie autour d'un thé citron aux biscuits Calèche dans la war room du mag de droite, une belle brochette de spécialistes. Le patron de Century21, celui de Kaufman and Broad, de la Cogedim, de la Fnaim ainsi que le directeur du Pole logement de Nexity. Et d’autres encore. Tous d’accord sur un point, entre deux pages de publicité pour leurs enseignes: "La gauche casse le marché". 

Ce dossier, c'est un peu la crème de la crème des pleureuses des années de rente potentiellement promises à l'agonie. A vrai dire, c’en est presque trop pour faire un article assassin tant il faudrait que je reprenne chaque ligne, et recopie intégralement l’article.

Néanmoins. Morceaux choisis:

Sur la chute des transactions constatées depuis 6 mois, Jean-François Buet, président de la Fnaim, valide la théorie de la bulle et reconnait en une passe que…

« La fin du prêt à taux zéro en début d’année, qui permettait à de nombreux ménages à revenus modestes de devenir propriétaires, explique en partie le ralentissement de l’activité. C’est aussi la conséquence du nouveau régime de fiscalité sur les plus-values [décidé sous Sarkozy] au 1er février, qui dissuade les bailleurs de mettre en vente leur résidence secondaire ou leurs biens locatifs ».

Mince alors. On ne pousse plus les petits revenus à "primo-accéder" coûte que coûte à la propriété et les thunés ne se pressent plus pour vendre (preuve qu’ils ne sont absolument pas dans le besoin, et par conséquent exercent une pression en gardant la superficie pour eux)

D'ailleurs, Le patron de Century 21, Laurent Vimont, s’insurge que les pauvres ne puissent pas plus s’endetter comme aux belles années…

"La part des jeunes acquéreurs de moins de 30 ans a baissé de 30% dans nos statistiques"

En même temps Laurent, si on les payait  les jeunes avec des vrais salaires au lieu de les faire turbirner dix ans de suite au stage gratuit, y’aurait peut-être plus de "primos-accédants", solvables qui plus est.

Jean-François Buet de la Fnaim, lui, confirme que la baisse des taux en période de crise profite encore une fois à ceux qui disposent du cash:

"La baisse des taux profite essentiellement à des investisseurs qui arbitrent leurs valeurs mobilières, par exemple en clôturant leur contrat d’assurance vie pour investir dans l’immobilier dans de petits logements qu’ils mettront en location" [comme probablement ce prof de droit à Dauphine bailleur de l'immeuble de St Denis qui a flambé et causé trois morts]. Ce qui vient infirmer les propros de président de Kaufman and Broad, Guy Nafilian, déclarant au sujet du prochain Scellier que, si celui-ci n’offre pas une rentabilité minimale de 4%, il sera délaissé.

(La war room)

Le même Guy Nafilian nous alerte au sujet du relèvement à 25% de la part de logements sociaux dans les programmes neufs : "Lorsqu’on accroît la part de logements sociaux dans une opération, ce sont les prix de vente des autres logements en accession à la propriété qui augmentent". Bien évidemment moins c'est cher, plus c’est cher. D'impertinents journalistes auraient pu lui rétorquer la même chose au sujet de la qualité des programmes qu'il a vendus au durant des années.

Christian De Gournay, boss de la Cogedim, lui, est à deux doigts de rejoindre les files d'attente des Restos du coeur avec sa gamelle trouée: "On ne sent pas les pouvoirs publics prêts à réagir vite à une conjoncture détériorée" En décodé: le logement social ne va pas arranger les ventes de la Cogedim. J'ai envie de dire ça tombe bien puisque les locataires en logement social n'ont pas le pognon pour lui acheter quoi que ce soit. On me glisse dans l'oreille que certains, des fous probablement, ne veulent d'ailleurs pas acheter du tout, mais juste avoir un toit

A la question de l'impact de l'encadrement des loyers, Laurent Vimont de Century 21 lâche une grosse intox non relevée par l'aréopage corporate, pas plus que par Valeurs Actuelles : "Cette mesure est inappropriée et inapplicable. Inappropriée, car un propriétaire ne pourra même pas revaloriser un loyer s'il fait de grosses dépenses d'entretien[Faux, le texte de loi prévoit une hausse au-delà de l'indice de référence lorsque le propriétaire a effectué des travaux d'un montant au moins égal à la dernière année de loyer] Et Vimont de préciser que "le marché locatif repose sur les épaules des particuliers". Justement Laurent, il s'agit de sérieusement remettre de l'ordre dans un secteur complètement libéralisé depuis 15 ans avec les méfaits sur les prix que les français, non-propriétaires, ont du subir, eux, sans pouvoir s'offrir de tribune dans la presse

Mais Vimont n'en démord pas "Cette mesure d'encadrement est d'autant plus paradoxale que les loyers ont moins augmenté que l'inflation en 2012". Encore un peu et il traiterait les locataires d'odieux privilégiés plaçant en Suisse le pactole emmagasiné sur le dos de leurs proprios exploités par un état soviétique. En même temps Laurent, comme les chiffres de l'inflation ne prennent pas en compte le coût du logement depuis le commencement de la hausse des prix qui ont doublé en 10 ans cet argument n'a qu'une signification toute relative.

Bruno Corinti de Nexity tente de rassurer tout le monde "Les logements Scellier, même à Montauban ou à Périgueux (sic), ont fini par se louer, signe qu'il faut laisser faire le marché sans le réguler par des loyers imposés". Bruno oublie bien sûr de préciser le montant des loyers finalement négociés (à mon avis pas bien loin des tarifs dans le social). Corinti conclue sur ce point de consensus de la tablée, histoire peut-être de couper court aux accusations d'une présidence trop lente: "On peut affirmer que le ralentissement du marché est dû à François Hollande". Et paf les gauchos !

Emile Garcin, de Emile Garcin propriétés, va plus loin : "Il ne faut pas oublier que Nicolas Sarkozy a pris des mesures dignes du communisme". Et oui, dès fois pour la caricature, ce n'est pas la peine d'en rajouter.

A la question de la conversion des bureaux vacants en logement, Laurent Vimont de Century 21 oppose un refus catégorique. Impossible de les convertir en logements, car "les coûts de transformation liés aux normes d'habitation actuelles rendent l'opération non rentable pour un promoteur" et le journal de synthétiser dans un encart rouge "L'obligation de construire du social peut rendre plus rentable la construction de bureaux et renforcer la pénurie de logements". 

Résumons à l'issue du dossier la philosophie des professionnels réunis: 
Construire du logement social pousserait les professionnels à construire des bureaux vides (plus rentables) difficilement adaptables en logements privés. 
Construire du logement social augmenterait le coût du logement privé. 
Construire du logement social entraînerait la fin du monde dans d'atroces diarrhées à perspective de 5 ans. 

Comme une impression de regarder les dirigeants de Kodak au moment de l'arrivée de la photo numérique. Consternant spectacle de professionnels ne voulant se résoudre à accepter que les Français n'ont tout simplement plus d'argent à consacrer pour alimenter la hausse des prix continue à laquelle nos professionnels s'étaient habitués

Comme dans la consommation courante, le logement va s'orienter en deux grandes tendances : le basique et le luxe. Je leur laisse le luxe, et insiste vraiment pour que l'Etat garantisse le basique. Car, je ne sais pourquoi, l'expérience peut-être, je ne fais confiance ni aux particuliers ni aux professionnels pour corriger les abus des 15 dernières années.

Article publié sur le blog Apocalypsimmo

samedi 22 septembre 2012

jeudi 20 septembre 2012

Apocalypsimmo 15: Donnez-leur du moche !

L'hiver dernier il défendait l'idée que ne pas faire des travaux pour son locataire c'était autant de thune en plus pour le bailleur. Cet été, il portait plainte auprès de la commission européenne contre les organismes HLM pour "concurrence déloyale" sur le marché de l'immobilier.

Pour la rentrée, Jean Perrin, président de l'Union Nationale des Propriétaires Immobiliers, diamant brut de la pensée des rentiers, franchit le Rubicon et s'attaque au mal-logement. Il suggère qu'on loge enfin ces pauvres qui font désordre dans la rue, dépréciant la côte des quartiers n'ayant vraiment pas besoin de ça par en cette période de retournement de l'immobilier

Mais, déjà que les prix chutent, n'allons pas sottement dégrader le standing du possédant en distribuant quatre murs et un toit avec l'eau courante au premier venu. Perrin propose donc que l'on construise aux revenus modestes des cabanes en préfabriquées avec modules en plastiques ou, en langage courant, du low cost cradingue en containers. Même que le béat de la pierre appelle ça "l'habitat essentiel"  
(Simulation AutoCad de l'habitat essentiel)

"Dans une série de propositions souvent iconoclastes, l'organisation, virulente contre des "contraintes" actuelles qu'elle juge excessives, prône aussi de supprimer les ascenseurs, quitte à n'offrir l'accès aux handicapés qu'aux seuls appartements "situés en rez-de-chaussée"" Peut-on lire dans Le Point.

Il n'a pas tort le Perrin. Corrigeons ce travers du pauvre à se rouler dans la vie facile avant qu'il ne soit trop tard. Un vice dont le recours abusif à l'ascenseur dès qu'il y a des étages à monter est le signe précurseur. Si l'on ne prend pas garde, un jour cette tentation conduira la vermine à réclamer fenêtres et électricité. 

Reconnaissons que l'autre avantage de "l'habitat essentiel" à la Perrin, en plus de ne rien coûter, est de valoir en retour queue de chie sur le marché. Comme ça: pas de concurrence des prix. De plus, à l'heure où l'assemblée vote des constructions massives de HLM, cette vie en glacière réservée aux pauvres perpétuerait dans l'imaginaire des potentiels futurs propriétaires que logement social = habitat de sous-catégorie, inconfortable, moche et petit. 
(L'habitat essentiel saura se fondre dans l'environnement.
Ici la déchetterie)
Dans un pays où des millions de gens ne savent pas qu'ils sont éligibles à un logement social, il faut à tout prix éviter la prise de conscience chez les revenus modestes qu'il vaut peut-être mieux, pour eux, habiter dans des bâtiments neufs à basse consommation énergétique et à loyers réduits, que de s'endetter sur 30 ans pour rembourser à la banque un machin isolé se dévalorisant à vue d'oeil. 

Avec le ramdam de Duflot, le propriétaire n'est pas à l'abri d'un basculement idéologique de ses compatriotes. Perrin précise d'ailleurs avec une terreur teintée d'incompréhension interdite que les HLM d'aujourd'hui sont "d'une qualité équivalente à celle des logements privés". Ce qui, nous en conviendrons, est le comble de l'injustice.

"Tout ce qui relève du superflu doit être banni" continue Perrin le samaritain ne faisant pas ici référence aux agences immobilières, mais bien au confort des locataires. Quant aux handicapés, ces privilégiés d'une société d'assistance qui bouffent de leur indécrottable impotence le pognon de ceux déjà en surplus d'indécence, et bien tant pis pour leur gueule! Les normes sur "l'accessibilité physique" ont "tué l'accessibilité financière". A bon entendeur, pour toi le mec en fauteuil roulant: la vie rien qu'au rez-de-chaussée va commencer.
(En option à 15.67euros, le sanitaire à domicile)
Perrin, au top, plaide également pour une généralisation de la colocation, mais de masse

"Les laveries déjà fréquentes dans les résidences étudiantes pourraient être complétées par des espaces de séjour commun"

Rien de tel pour oublier sa nuit en boite de conserve que la chaleureuse camaraderie de ses semblables sous les tôles d'un hangar où, bras dessus bras dessous, l'on pourra laver ensemble strings et caleçons, mais aussi prendre ses repas et pourquoi pas, soyons modernes, se doucher. Mais à l'eau froide, n'allons pas non plus nous rouler dans la luxure. Bref, un vibrant plaidoyer pour un retour à la vie en collectivité, mais en zones réservées et rien que les fauchés. Seules âmes encore préservées du matérialisme ambiant et dont la quotidienne proximité avec la survie leur offre l'opportunité d'apprécier les joies simples d'un quignon de pain sec dans la gueule ou d'un sommeil sur carton aromatisé à la pisse

Visionnaire, humaniste, mais pas mécène pour un sou, le patron des proprios insiste: il ne mènera pas gratuitement cette révolution du camp de concent... euh du "bâtiment en France" sans une substantielle baisse des impôts pour les propriétaires !

C'est fort légitime. Leurs biens ne s'étant valorisés que de 150% en 10 ans. 

Charlhypocrisie hebdo

Dans la foulée des jours d’émeutes de quelques excités, soi-disant autour d’un navet antimusulmans que personne n'a vu (devenant ainsi le film underground, même pas fini, le plus célèbre de l’histoire), le journal satirique Charlie Hebdo publie de nouvelles caricatures du "prophète". Et voilà qui "crée la polémique" et "alimente le débat". Faut croire que certains, ici ou ailleurs, à gauche comme à droite, préfèrent causer "guerre des religions" que "lutte des classes".

Le modeste athée que je suis, pourtant majoritaire dans ce pays, se sent insulté par ce temps d’exposition médiatique consacré aux croyances intimes. Mais apparemment on s'en fout, ce monde est d'une intolérance crasse avec moi.

La liberté d’expression est un droit, à géométrie variable certes, mais encadrée par la loi. L’intelligence de s’abstenir est en revanche laissée à la discrétion de chacun. Mais bon, Charlie est dans son droit et fait ce qu’il a faire, même dans un contexte hautement explosif: vendre son canard. Qu'il pense la prochaine fois, pour l'édition internationale, à faire un packaking à la Pif gadget avec allumette et pétards inclus.

Si je n’avais pas le souvenir de 2007 avec ces retraités de droite (branche "tous les bougnoules dehors et au boulot les feignasses") affichant bien en évidence dans leur salon, plusieurs numéros des précédentes caricatures du même acabit publiées par Charlie, nos xénophobes coincés trouvant dans cette passion subite pour l'humour et "la liberté d'expression", la noble occasion juridiquement irréprochable d’afficher leur arabophobie primaire,je me serais probablement du côté de la défense farouche du droit à tout croquer. 

Mais voilà au pays des Rioufol, des Lévy, des Brunet, des Zemmour et autres, aussi censurés que pseudo politiquement incorrects, tournants en trois-huit d'ondes en chroniques depuis 7 ans pour en foutre plein la tronche aux croyances qui ne sont pas les leurs et réaffirmer qui doit en priorité fermer sa gueule en France, il parait qu’il est toujours hautement "subversif" de critiquer l'Islam. Nous sommes bien sûr moins dans le registre du blasphème que dans celui de l'hypocrisie, tant il me semble au contraire que c'est devenu une ritournelle nationale.

mercredi 19 septembre 2012

Apocalypsimmo 14: Vous reprendrez bien un peu de bulle ?

Jusque-là c'était un parcours presque sans faute pour Cécile Duflot. Mais, j'avoue être décontenancé par le volet incitation fiscale ébauché par la Ministre du logement dans Le Figaro du matin: rien de moins qu'un Scellier reloaded 

Il s'agira, comme son prédécesseur, d'un dispositif destiné aux investisseurs locatifs et visant la construction de "40.000 logements l'année prochaine, alors que le dispositif Scellier ne devait en permettre d'en construire que 30.000 cette année". Ouf ! Au moment où elle en avait presque enfin fini avec ces cascades d'incitations fiscales qui n'ont jamais produit que des prix en hausses et des appartements vides, la bulle l'a échappé belle ! 

Malgré le cadeau fiscal encore plus avantageux que l'ancien Scellier (entre 17 et 20% de l'investissement en réduction d’impôt sur une dizaine d'années), ce dispositif est annoncé plus "contraignant" pour le propriétaire, les loyers seront plafonnés et inférieurs de 20% aux loyers du marché, ne devant concerner que les "zones tendues" (la liste n'est pas encore précisée). 

La clientèle locative visée sont les "classes modestes et moyennes [...] qui se situent juste au-dessus des plafonds donnant accès au logement social". Etant donné que 64% des Français sont éligibles à un logement social, on peut craindre que, sans un sévère contrôle, ce dispositif localisé aux zones prisées ne concerne une fois de plus qu'une clientèle triée sur le volet (avec double caution parentale, double CDI, lettre de motivation et empreinte ADN) qui bénéficiera de surcroît d'un loyer ristourné par rapport aux gueux mal nés. A condition bien sûr que ce dispositif soit populaire (Le côté "encadrement des loyers" bloquant généralement l'investisseur).

De plus, le loyer minoré à 20% en zone tendue ne répond en rien à l'urgence de la situation. Exemple : Une annonce pas loin de chez moi à Paris pour un 2 pièces de 40m2 à 1400 euros (grosso modo la norme dans le locatif privé par ici) au-dessus d'un supermarché aurait un équivalent "Duflot" à 1120 euros. Voilà qui fera une belle jambe au type ou à la fille travaillant dans le supermarché à moins de 1000 euros / mois et devant se loger à 2 heures de RER de là.

(- Bah non, en fait on prolonge l'opé de 12 ans)

Je suis très sceptique sur ces dispositifs fiscaux perpétuant l'idée à bout de souffle que le particulier doive s'enrichir sur le toit des autres. Des dispositifs permettant à l'Etat d'externaliser une partie de la gestion du problème. Continuons plutôt de drainer l'épargne vers un logement social avec des impératifs de construction, de qualité énergétique et de mixité. Encore moins rassurant, la ministre esquisse le retour du PTZ+ sur l'ancien (...entre les promoteurs et les banques, faut croire que les lobbys ont bien bossé). 

Point positif de l'annonce: la taxe sur les logements vacants va être renforcée et le seuil rabaissé aux agglomérations de moins de 50.000 habitants. De combien ? Là non plus, ce n'est pas précisé.

Tombant le même jour que le renoncement de Matignon à supprimer l'abattement fiscal de 10% sur les retraités aisés dans le budget 2013, faut-il penser que ces propositions, nous renvoyant des années en arrière là où l'on voudrait plus d'audace, visent d'abord à rassurer le peuple des possédants? 

Si j'en crois les commentaires des lecteurs du Figaro, ce n'est pas gagné. 

+ d'articles (immobilier et mal-logement) sur le blog Apocalypsimmo

lundi 17 septembre 2012

Iphone5: Du marketing du désir à celui de la pénurie

On ne peut pas être révolutionnaire tous les jours. La marque à la pomme va-t-elle pouvoir renouveler, avec le concours des chaines d'info de la planète, les traditionnelles images de file d'attente d'adulateurs geeks devant ses magasins pour la sortie de l'upgrade annuel (pas si spectaculaire et pas top compatible avec les anciens accessoires) de son smart phone phare à 650 euros (prix plancher) le 21 septembre prochain?

Oui surement. 

Mais bon dans le doute et parce que c'est la crise, que le titre doit défendre ses couleurs en bourse et  que, malgré son cycle de vie ultracourt, la batterie de ton Iphone4 est encore vivace, mieux vaut te forcer un peu la carte bleue dans la dernière ligne droite. Quand le désir s'émousse reste la peur. Donc ce matin la compagnie a communiqué pour rassurer les marchés et griser les disciples. Ce communiqué est abondamment repris. Chez nous via une dépêche de l'AFP qui sent bon la plaquette publicitaire copiée collée du site de Morandini à celui du Nouvel Obs ou du Monde en passant par le portail Yahoo et le site de la chaîne LCI (avec à chaque fois le packshot qui le fait). 

On y apprend via son "chef marketing" qu'Apple aurait enregistré un "record" de "plus de 2 millions de précommandes en 24 heures" sur son propre site. Et Philip Schiller de préciser que ça marche tellement bien que nombre de téléphones ne seront livrés en qu'en octobre, bref que la demande est plus forte que l'offre bien que nous n'ayons pas de précision sur les capacités d'offre. Indice: Selon cette croustifondante enquête infiltrée au coeur de l'usine Foxconn, nous apprenons qu'elle compte en fabriquer 57 millions d'Iphone5 cette année. Bref, lecteurs, c'est l'heure du redressement productif: vous devez acheter l'Iphone5 si vous ne voulez pas qu'Apple se retrouve avec 40 millions d'invendus sur les bras et se banane à Wall Street. 

En vérité je vous le dis, nous sommes à deux doigts d'une diffusion massive sur les chaines d'info continue d'un bandeau de bas d'écran "Alerte info : Apple annonce une pénurie d'Iphone5" (donc foncez en boutique). Le seul complément d'information du communiqué vient de l'opérateur AT&Tpartenaire commercial qui vend de l'abonnement, donc d'une redoutable objectivité.  

Ceci n'est pas sans rappeler les mises en vente (à tarif exorbitant) de concerts de méga stars américaines prétendument sold-out au bout de deux heures et que l'on peut trouver à tarif de plus en plus casséau fil des semaines, jusqu'à la braderie finale par paquets de 10 sur ventes-privées.com. Sauf que l'Iphone, lui, reste toujours au même prix. Ce prix est d'ailleurs pour beaucoup dans le succès d'un objet dont la moitié de l'usage se résume à montrer que l'on possède un (Et drame du succès, plus le téléphone est répandu moins il pourra rester cher. D'où la nécessité de  sans cesse stimuler la demande avec un upgrade). 

Ces ficelles de communication sont de bonne guerre et après tout les consommateurs ont le marketing qu'ils méritent. Plus étonnant: les médias reprennent à l’unisson une information 1 / invérifiable avant plusieurs semaines 2 / donnée par la marque et son partenaire commercial

Apple aurait dû ajouter dans sa communication qu'aucune vente de Samsung Galaxy n'avait été enregistrée sur son site. Cela ferait un peu plus sérieux.

mardi 11 septembre 2012

Éloge de Bernard Arnault

Merci Bernard. 

Pauvre petit milliardaire (potentiellement) martyrisé par notre odieux régime communiste. Tu pensais faire pleurer sur ton sort en tentant de fusionner l'annonce inavouable de ton exil fiscal (Ta soudaine passion pour les gaufres au sucre, on est pauvre mais pas dupe) à "l’impopularité" de François Hollande chez les Français (impopularité sondée à ce moment extatique de la vie sociale où nos compatriotes rentrent de vacances et reçoivent leurs avis d’imposition). C'est raté. Comme quoi on peut être l'homme le plus riche du monde, un "entrepreneur" qui multiplie les pains (Saintes-écritures, livre de Parisot), disposer de la bienveillance médiatique et foirer son opération de com' comme le premier Séguela venu, tant l'on est déconnecté des réalités du plus grand nombre.

Merci Bernard pour ta petitesse, ton manque crasse de solidarité, ton hypocrisie et ta morgue. Mieux que de longues tribunes gauchisantes ou d'émissions de télé qui de toutes les façons n'existent pas, tu auras en deux jours rappelé aux compatriotes abandonnés que la lutte des classes n'est pas une lubie de blogueur, ni la carte postale poussiéreuse d'un folklore syndicaliste antédiluvien, mais une réalité plus violente que jamais.


La patrie en difficulté croulant sous les plans de licenciements saura se montrer reconnaissante. Et les "pauvres cons", "assistés" et autres fonctionnaires, qui eux n'ont pas les avocats ni l'argent pour attaquer la presse qui, le plus souvent alignée sur ta façon de voir le monde, les pointent régulièrement du doigt pour leur "coût" ou leur manque de "compétitivité", je l'espère sauront te montrer leur gratitude en boycottant tes produits (enfin surtout la porte d'accessoires griffés, hein). 

Bonne chance Bernard pour ta nouvelle vie: exactement identique à l'ancienne, mais encore en plus optimisée fiscalement. Ceux qui combattent te saluent.

Pars te barricader en zone climatisée avec tes clones tristes. Espérons que fort des richesses accumulées sur le dos de ceux avec qui vous ne voulez plus partager, vous vous construirez au plus vite ce vaisseau spatial pour habiter, entre élites, sur une autre planète plus pure. Débarrassée de la racaille communiste, et plus généralement de toute trace d'humanité.

Merci pour la beauté de ce projet de vie, et l'intelligence rare de son business-plan.

samedi 8 septembre 2012

Bernard Arnault : Du Hollande Bashing au Hollande Bombing

"La France est un des pays les plus agréables à vivre, c'est d'ailleurs bien pour cela que l'on accepte d'y rester en payant bien plus d’impôts qu'ailleurs" Bernard Arnault in "L'enfance est un destin" sur France5, 02/2012

Previously on Hollande Bashing:

Mercredi. Bernard Arnault (1ere fortune française, 4e mondiale, 10.7 millions de salaire fixe par an + variable incalculable) est reçu à Matignon. Au terme d'un été de lobbying, le chef de bande des "pleureuses" (comprendre les plus grandes fortunes de France) met en garde le gouvernement Ayrault sur les "effets néfastes" du projet de taxation à 75% des revenus supérieurs à 1 million d'euros.

Jeudi. Les Echos (propriété de Bernard Arnault) puis Le Figaro (appartenant à un autre milliardaire, Serge Dassault) répandent une rumeur: François Hollande reviendrait en arrière sur cette mesure phare de sa campagne. 

Durant 24 heures, dans la continuité d'une semaine de couvertures en mode Hollande-Bashing, la  "nouvelle" non-sourcée est rabâchée et débattue (toujours dans le même sens). 

Vendredi 13h, Pierre Moscovici dément la rumeur. Mais, cela ne change rien au business-plan de nos éditocrates tout-support qui, des matinales radio à C dans l'air en passant par les JT, continuent à gloser sur le "renoncement". Si vous trouvez que les journalistes français sont de gauche, rassurez-vous: leurs patrons sont de droite (voir vidéo)Les chaines d'info continue diffusent d'ailleurs en boucle le même sujet du matin dans toutes leurs éditions de la journée. Étonnant recours au différé pour ces aficionados de la "priorité au direct".

B-A BA de la manipulation: un mensonge, pourvu qu'il soit répété et répété même s'il est démenti, garde une part de vérité. 

Samedi matin. Nous apprenons que Bernard Arnault, proprio du journal duquel est partie la rumeur sur laquelle tout le monde a embrayé pour taper un pouvoir "déconnecté", a demandé la nationalité belge

Loin d'être terminée, l'affaire est déjà bien jouée. La déstabilisation a bien eu lieu et le débat est lancé "Bernard Arnault lâche une bombe dans le débat fiscal en demandant la nationalité belge" titre Samedi midi l'AFP. La bataille de l'opinion par média interposé est lancée, il s'agit de rallier les exploités à la cause des riches. Là où la presse reproche régulièrement aux Français de ne pas être assez patriotes, trop coûteux et trop assistés, un multimillardaire, qui doit sa fortune en grande partie aux largesses de l'Etat et qui prépare son exil fiscal (la nationalité belge n'étant que la première étape pour devenir monégasque et totalement échapper à l’impôt), a opéré une belle opération de victimisation dans la foulée d'une séquence de communication sur l'horrible persécution dont sont (euh pardon, seraient) victimes les riches. 

Cette intox au bulldozer va-t-elle fonctionner dans un pays où le revenu de vie médian est annoncé en baisse de -0.5% par l'INSEE (avec 8.6 Millions de pauvres) ? Ce pays où la seule catégorie épargnée par cette chute est précisément celle des 5% les plus favorisés (dont Arnault est le chef de bande) qui, à l'inverse, a vu son niveau de vie augmenter de 1.7% sur la même période.

Suggestion pour le prochain épisode: "Comment François Hollande va kick-boxer Arnault et les autres "victimes" à un SMIC la minute".  Allez François, 99% des revenus sont (théoriquement) avec toi !

To be continued...

Ci-joint: Portrait par Didier Porte du portrait de Bernard Arnault par Guillaume Durand 

Le loyer le plus cher du monde (n'est pas celui qu'on croit)

Chaîne alimentaire du net: reprenons une brève du Huffingtonpost reprenant ce matin un billet de lavieimmo.com basé sur un article du New York Daily News au sujet du tarif à la location "le plus cher du monde" d'une maison de ville à New-York. 

120.000 euros / mois pour "2000 m2 de surface habitable, une salle à manger de 150 places, un solarium, une master suite avec deux salles de bain..."

L'objet du délit américain courageusement dénoncé par la presse française. 

Mais l'Amérique c'est loin pour toi qui rêvais d'intégrer l'élite à domicile... 

120.000 euros / mois pour 2000 m2 c'est 60 euros le m2 / mois.  Et bien, ne sois pas désenchanté ami jeune, ce luxe est à portée de click tricolore ! 

Voici une petite sélection d'annonces à la location débusquées ce matin sur seloger.com...

A tout seigneur, tout honneur. Commençons par le quartier de la rédaction du Huffington Post (Boulevard Auguste Blanqui dans le 13e à Paris selon les CG). Dans cette zone de guerre, tu peux presque déjà t'offrir le luxe new-yorkais. Entre 53 et 54 euros le m2, tu trouveras ces deux studios, dont un "chargé d'histoire" avec salle de douche et WC. Et, tu me le concéderas, pouvoir faire caca dans sa douche en pensant à Louis XIV: c'est déjà un peu faire partie des grands de ce monde.


Ayons de l'ambition et prenons le métro. 10 minutes plus loin, tu trouveras l'opportunité de friser l’opulence manhattanienne avec du 58,57 euros le m2 à la location, rue Vavin (et pour le prix, t'as une super vue sur les fleurs des autres).


Je ne sais plus qui de 50 cent ou de mon conseiller clientèle Century 21 me disait au milieu des années 2000 "Get rich or die tryin'", mais il avait raison ! Jeune français, n'attends pas pour grimper dans l'échelle sociale et offre-toi dès ta première année d'études à Paris, tel le quasi-nabab de la 7e avenue, du 58.82 euros le m2 !  
Trop petit pour tes ambitions ? Tu seras Vendetta ou tu ne seras pas ?[1] Bravo, tu es un winner. La Ville lumière te permet de ridiculiser les americano-milliardaires avec ce "joli meublé" qui, à 62,5 euros le m2, éclate la maison de l'Upper East Side.

Terminé de jouer dans la cour des petits ? L'immonde ne suffit pas ? A 66,66 euros le m2, et sans risquer d'éclater ton pass Navigo, tu peux rouler dans le luxe suprême (prends garde tout de même à ne pas te cogner la tête). 
 

Mais si vraiment tu veux épater tes amis et, who knows, bénéficier d'un article dans le Huff, je te recommande ce flamboyant 67,64 euros le m2 à deux pas de chez Carla Bruni. La cuisine y est "américaine", et ça c'est New-York à Paris ou je ne m'y connais pas.


Malheureusement, ne disposant pas des moyens d'investigation du HuffingtonPost, j'ai dû limiter ma recherche à Internet. Mais gageons que, pour les individus un peu moins fortunés et encore plus dans l'urgence, circulent sous le manteau d'autres annonces bien plus "luxueuses" pour des surfaces encore plus réduites. Mais quand on aime, on ne compte pas.

[1] Le comité de surveillance des blogs émet une alerte pléonasme sur cette phrase.

Merci à Bembelly pour l'info

mardi 4 septembre 2012

Apocalypsimmo 13 : Eric Zemmour et la menace HLMiste


2 minutes 57. C'est le temps nécessaire à Eric Zemmour pour propager de la bonne grosse connerie autoqualifiée de "pas politiquement correcte", chargée en clichés xénophobes machos ou antisociaux, auprès de millions d'auditeurs dont j'espère qu'ils ne sont à l'image du titre de sa chronique: "pas dupes".

Ce matin sur RTL, le "censuré" s'attaquait à Cécile Duflot (qui vient d'annoncer la cession par l'état de terrains pour la construction de logements sociaux et la multiplication par 5 des pénalités pour les communes ne respectant pas la loi SRU). Submergé par sa détestation des Verts et des femmes au pouvoir, l'Avenger des petites gens en vient à enfiler une série de clichés sur le logement social. Ça ne serait pas si grave si, au lieu de se cantonner au zinc du bar de pochtrons dont elle n'aurait jamais dû décoller, sa daubesque diatribe n'était pas diffusée à 7h (le prime-time de la radio).

Entre ici Rico:

Entre autres moments de grâce, à 0.30 le polémiste reproche à la Ministre du Logement de céder à prix cassé des terrains de l'Etat "alors qu'ils pourraient être vendus à prix d'or et réduire les énormes déficits publics(retiens là bien, ça va nous resservir dans 2 minutes). 

A 1.30, selon Zemmour: Cécile Duflot n'aurait que "mépris" pour cette "nouvelle manie des Français de s'installer loin des grandes villes et de retrouver au calme dans dans leur home-sweet-home avec jardin que leurs spécialistes appellent périurbain" [...] "Duflot veut les forces à réintégrer leur HLM dont ils n'auraient jamais dû sortir".

C'est simple le "pas politiquement correct": L'exode à Pétaouchnok des classes populaires n'est pas dû à la spéculation immobilière dans les villes (en partie entraînée par les lecteurs des pages saumons du canard où officie Zemmour), mais bien à la passion française pour "la nature". Cette même soif de retour à une vie saine et paisible poussant les ménages à se taper 4h de transport par jour, en plus de la pollution des villes où ils travaillent. Faut dire avec ses bons scores FN (motivés en partie par l’exclusion culturelle, le manque réel d'infrastructures et de services publics à proximité et le sentiment de déclassement géographique), le "péri-urbain" c'est un peu la chasse gardée de Zemmour même s'il ne donne pas le sentiment d'y mettre souvent les pieds.

Notons d'ailleurs que Zemmour ne parle pas de villes désertées mais bien de "banlieues". Banlieues bien sûr quittées à cause des dangers de "l'immigration".

A ce stade, je ne sais pas si Duflot veut réintégrer de force "les beaufs"[1] dans les HLM, comme Zemmour l'affirme au fiel, mais une chose est acquise: lui n'en veut pas dans les villes.

Logique. Une minute plus tôt, rappelez-vous, l’intrépide journaliste rageait que l'Etat ne contribue pas  un peu plus à la montée des prix en centre-ville. De là à penser que le chroniqueur en croisade "anti-bobo" habite en ville, qu'il y possède un bien dont il ne veut pas voir baisser la côte, dans un immeuble pas forcément certifié sans immigré mais très certainement garanti sans pauvre, il n'y a qu'un pas que nous nous garderons bien de franchir ici.

Eric Zemmour reproche donc à Cécile Duflot de vouloir imposer un "vivre ensemble obligatoire" (critique pour le moins contradictoire de la part d'un type qui veut en finir avec le multiculturalisme) et instrumentalise l'immigration pour masquer 1 / sa condition sociale de citadin über-peinard 2 / une relégation vers le péri-urbain des familles qui a plus à voir avec une flambée des prix dans le privé et une carence de l'offre sociale.

Malgré les clichés "HLM = clapier" et autre "HLM = immigration", nous rappellerons donc à Rico:
- Qu'il y'a en France 1.7 million de demandes de logements sociaux en attente.
- Qu'à Paris la demande concerne 120 000 familles pour un parc d’environ 180 000 logements. (Que Paris et la petite couronne concentrent les 2/3 des demandes d'Ile-de-France)
- Que le taux de rotation des logements est inférieur à 5% car les familles bénéficiaires d'un logement social n'ont pas les moyens de se loger sur le marché privé, dont les loyers d’entrée sont doubles des loyers de sortie des HLM.
- Que les commissions municipales de désignation (pour les logements sociaux dont la ville est réservataire) voient passer des dossiers de familles consacrant dans le secteur privé plus de 50 à 60% de leur budget au logement.
- Que généralement ceux qui ont un logement social y restent, même si ce dernier est surpeuplé.

 [1] bel usage du discours indirect fantasmé. 

lundi 3 septembre 2012

Apocalypsimmo 12 : Ceci n'est pas une crise de l'immobilier mais du partage

Encore un drame du logement. Davantage de SDF, d’étudiants exploités, de studettes insalubres ou d'arnaques liés aux abus des bailleurs et parasites du secteur ? Non. A lire la presse spécialisée, le problème est ailleurs. 

"L’immobilier neuf s’enfonce dans la crise". Ouille. Le nombre de mises en chantier baisse de 12% au trimestre dernier par rapport à 2011 et les ventes de logements neufs ont chuté de 13,9% au deuxième trimestre 2012. Les promoteurs crisent.

La fédération des promoteurs immobiliers (FPI) annonce qu'elle va bientôt proposer au gouvernement des pistes "pour faire baisser les prix du foncier et des coûts de construction". Comme quoi c'est tout bête: il suffisait d'attendre que les promoteurs ne vendent plus pour qu'ils songent à combattre la hausse continue des prix de l'immobilier depuis 15 ans (hausse 4X plus rapide que les revenus disponibles des français sur la même période)

Les "investisseurs privés" (comprendre petits investisseurs souhaitant une culbute à 30% en 3 ans avec déductions d'impôts anticipées, en se gavant de loyers à un SMIC entre temps) n’investissent plus. Terrorisés par le "blocage des loyers" et la fin du Scellier, ils redoutent les prochaines surprises fiscales. Le multiproprio qui a déjà trois appartements n’en achète pas un quatrième: voilà le drame du  promoteur. Pas mieux pour les agents immobiliers: le multiproprio ne veut pas non plus "brader" son bien.

"Les particuliers qui vendent ne veulent pas, sauf exception, baisser leurs prix" déclare, inquiet sur les licenciements à venir dans le secteur, le DG du groupe Guy Hocquet dans Les Echos

Pour les autres, jeunes, revenus moyens ou faibles, les choses sont plus simples: soit ils ont fait une croix sur l'achat, soit ils ont déjà acheté et remboursent encore pour un moment en croisant les doigts pour que la valeur du machin ne s’effondre pas. Tout cet argent cramé (22.3% des revenus disponibles des ménages en 2010) dans un crédit ou des loyers est autant de pouvoir d'achat en moins, des centaines de milliards manquant à l'économie française (430 Milliards en 2010, chiffres CGDD). En large partie liée à la spéculation, la flambée des prix de l'immobilier est un frein de la sacro-sainte croissance. Regagner du pouvoir d'achat, ce n'est pas seulement augmenter les salaires (ce qui touche les travailleurs), mais d'abord baisser le coût du logement (ce qui touche tous les français).

(En kiosque cette semaine. Note dans les deux cas l'éradication du critère humain. C'est "l'immobilier" qui est "face à la crise" dans L'obs, tandis que chez Capital ce sont les "biens" qui "vont craquer")

Ceux qui devaient acquérir ayant déjà acquis, et les multiproprios n’étant pas pressés de baisser leurs prix de vente, nous sommes dans une situation de blocage, avec des logements vides et de plus en plus gens mal ou pas logés autour (spécialement dans les zones où se concentrent l'activité).

Tu me diras: "- N'est-il pas aberrant de vouloir encore construire alors que la demande n'est plus solvable et que la partie haute des revenus empile les biens immobiliers, l'espace vide et l'épargne?  Ne serait-ce pas l'occasion 1 / d'enfin capter ce pognon en suspension et l’injecter là où il faut, c’est-à-dire dans la construction de logements ou la réhabilitation de logements inoccupés ?  2 / De capter ces locaux, maisons, appartements, bureaux vides, bref de forcer les propriétaires à les louer ?".  Tu auras raison (toujours flatter son lecteur). 

1 / Capter le pognon.
La hausse du plafond du livret A est là pour ça, en partie. Mais, Il faut que cette mesure s’accorde avec des acquisitions de terrain pour bâtir des logements à loyers modérés (un projet de loi sur la cession de terrains de l'Etat à cette fin, et l'augmentation des pénalités pour les communes récalcitrantes, sera présenté au conseil des ministres mercredi prochain). Notons que si les dizaines de milliards de déductions fiscales, ayant jusqu'à présent bénéficié aux promoteurs pour construire, n'importe comment et n'importe où, des appartements aujourd'hui inoccupés avaient été utilisés avec le souci du long terme et de la collectivité (intégrées dans de vrais projets d'urbanisme liés à des bassins d'activité, avec des transports publics disponibles), le problème de logements de centaines de milliers de Français serait probablement réglé et les "petits investisseurs privés" y auraient aussi trouvé leur compte. Mais le mal est fait. Chacun a pensé à soi, et incité par l'ami banquier, les sirènes télévisées, chacun a voulu "accomplir son projet immobilier" et "faire du blé" tandis que les dispositifs fiscaux d’aide à l’investissement privé étaient globalement dépourvus de réelle contrepartie sociale.

2 / Capter les biens déjà construits et lutter, arithmétiquement, contre le sous-peuplement.
Cela implique d’effectuer un véritable audit, un recensement immobilier national afin de connaitre une bonne fois pour toutes qui possède quoi, mais surtout dans quel état et si c'est occupé ou pas. Une donnée pour le moment mal cernée, quand bien même les experts justifient chaque hausse des prix par "la pénurie".

Ces données connues elles permettraient d'agir avec, au choix ou en cumulé:

- La mise en place d’une fiscalité croissante et réellement dissuasive sur les logements inoccupés (et sous occupés) sur 5 ou 10 ans avec à terme, si rien n’est fait, réquisition et gestion par les bailleurs sociaux. Cécile Duflot a annoncé récemment dans Le Nouvel observateur ses intentions dans ce sens.  

- La mise en place, à l'inverse, d’aides pour les propriétaires les plus fragiles à la rénovation des biens conditionnés à leur remise à disposition à la location à des tarifs sociaux

Promoteurs et dealers de crédit[1] ne feront pas la promotion auprès du Ministère du Logement de ce type de solutions chamboulant un paradigme pourtant à l'agonie (basé sur le crédit bancaire, la cupidité individuelle, une dose de peur[1] et un climat média vantant "l'accès à la propriété" comme condition minimale requise pour la félicité, et "gagner de l'argent avec l'investissement immobilier" comme seul ascenseur social efficace), un paradigme "la pénurie" explique toujours tout et "la construction" aurait raison du reste. 

[1] CAFPI - courtier en emprunts immo - y va de sa critique sur la hausse du plafond du livret A, c'est mignon tout plein

[2] En 2007, pour les "experts" la peur de la conjoncture expliquait la fièvre immobilière. Ils usent du même argument pour expliquer la baisse des transactions en 2012.

Illus: Vertigo, A.Hitchcock (1958)