lundi 30 avril 2012

L'invisible France des propriétaires en colère

Les résultats du premier tour des élections présidentielles sont la vérification la plus cinglante d'un divorce entre centres-villes / zones périurbaines où se mêle rancœur et incompréhension réciproque.

J'y vois dans ce grand thème ignoré (ou plutôt mal traité) qu'est le logement, une raison essentielle. 

Au bout de 20 ans de montée de prix de l'immobilier et de course acharnée à la propriété, de  bombardement d'émissions sur le cocooning décoratif, de volonté d'enrichissement par la pierre et de l'impératif propagée au sommet de l'état de faire de chaque français l'entrepreneur individuel d'un "projet immobilier", un constat: les centres-villes se vident des classes populaires et des revenus moyens. Paris est évidemment le summum urbain de cette ghettoïsation de classe et devient la cible favorite des discours du FN, à travers les fantasmagoriques "velibiens" et autres "bobos parisiens"[1], nouvelles cibles au second tour d'un Sarkozy en panique stigmatisant désormais les habitants du Boulevard St-Germain qui (mais nous ne sommes plus à un n'importe quoi près de sa part) ont pourtant voté pour lui à 45%. Je rassure la province: être pauvre à Paris n'est toujours pas un luxe. Et niveau confort bourgeois, marques et déco, j'observe souvent du nettement plus sophistiqué dans des pavillons de territoires reculés que je n'en croise dans les appartements pourris de la capitale. Allez comprendre.

Une classe d'âge bercée par la télé, soucieuse d'être propriétaire au plus vite, s'est lancée dans la vie active rompue aux mauvaises payes. Le coït à crédit passé pour le salarié condamné à la boucler, la prédominance culturelle d'un modèle parisien friqué, véhiculant à longueur d'émission sa réalité, son entre soi, sa façon de voir et penser, renforçait la frustration d'après-boulot dans ces parcs enclavés à jeunes proprios ruraux découvrant un peu tard que le vice caché du confort "bobo", version propriétaire sans cagnotte, se paye au prix de l'isolement. 

En 2012, la valorisation idéologique de la propriété servie depuis quinze ans par le triptyque banques / promoteurs / médias montre enfin ses limites. 

Limites financières et géographiques. Les ménages sont très endettés, leur manque de mobilité lié au remboursement d'un crédit long et l'impossibilité de revendre sans perdre d'argent devient un vrai frein pour l'emploi. L’accès à la propriété de gens qui n'auraient pas dû l'être avant 10 ou 15 ans entraîne des coupes sombres dans leur consommation (vitale pour les plus pauvres, de "transgression" pour ceux qui le sont moins: même effet pour les deux, frustration), les frais énergétiques et les charges explosent. L'impression d'être pris à la gorge, sans espoir de la culbute financière anticipée sur prospectus par nos primos-accédants enpavillonés alimentent la colère sans pour autant susciter l'autocritique. 

Se double à la ghettoïsation, l'inévitable utilisation de la voiture: voire de 2 voitures (puisqu'il est désormais acquis pour toute une génération que pour être propriétaire, il faut être deux à trimer). Et l'on retrouve là encore, une des thématiques permettant à Le Pen de ratisser large et facile, "le racket automobile dont est victime la classe moyenne". Notons que le candidat-président, créateur des robots radars, a bien essayé de rattraper à la volée cette thématique juste avant le premier tour avec sa carambouille sur le permis de conduire.


La trahison de la France des propriétaires à crédit de 2007 se paye en partie dans les urnes en 2012 par le vote de la colère. Ils font partie de cette "France des invisibles". Pourtant, le dogme et la peur de perdre sont plus forts que la logique. Nombre de victimes de cette arnaque sont prêtes à revoter pour le candidat-président, le seul bêtement identifié comme pouvant les sortir d'une impasse dans laquelle il les a placés, avec le concours actif de leur crédulité crasse.


Auront d'abord profité de la bulle en cours de dégonflage, les générations précédentes ayant pu acheter sans trop de douleur dans les années 70-80 ou les plus jeunes (souvent leurs enfants) disposant d'aides parentales conséquentes au début des années 2000.  On les retrouve d'ailleurs dans la dernière ligne de défense Sarkozyste Les récents discours du président-candidat sont révélateurs. Après une heure de sorties clonées sur le discours FN, décontenançant une partie de sa sensibilité, notre français fort y revient au tronc commun de droite: la garantie de conservation et de fructification de son patrimoine immobilier.


En 2007, le VRP a sorti ce que les jeunes croyants voulaient entendre. Moteur de ce barnum qui a poussé les classes moyennes à se précariser en pensant s’enrichir: la foi aveugle en une émancipation individuelle à travers le patrimoine immobilier à débit différé. Une fois la folie de la pierre propagée sur tout le territoire à tous les revenus, via le crédit ouvert aux pauvres, l'Etat pouvait démanteler sans trop de heurts les droits du travailleur, le logement social et l'idée même de la solidarité. 

Certes, le baratin sarkozyste d'une "France de propriétaires" aurait pu fonctionner quelques années. Mais, il aurait fallu, au minimum: 

1 / avoir une vision de la croissance économique un peu plus charpentée, et pas seulement basée sur l'immobilier à crédit

2 / Ne pas massivement subventionner sur fonds publics des produits immobiliers douteux (Scellier, Robien...) totalement déconnectés de l'activité économique sur le terrain et qui n'ont, dans le meilleur des cas, bénéficié qu'à ceux arrivés les premiers et disposant déjà d'une épargne conséquente. 

3 / Ne pas, au nom de la RGPP et du remboursement de la dette, opérer la casse des services publics sur les territoires, avec fermeture d'hôpitaux (au profit de centres de santé[2], ni plus ni moins qu'une privatisation en douce), de commissariats (augmentant la thématique "insécurité"), des transports. 

4 / Permettre aux épargnants d'investir dans le logement social au lieu de le céder à prix cassé au secteur privé. (Ce que propose François Hollande).

Rare contentement qu'il tire de son bilan: le candidat-président se félicite que La France n'en soit pas au niveau de la crise espagnole (24% de chômeurs). Il oublie un peu vite qu'il n'a juste pas eu le temps de déployer ici le désastre immobilier à l'origine du chaos là-bas. 


[1] Y-a-t'il une différence fondamentale entre celui qui porte une marque ou affiche un mode de vie à Paris et celui qui veut le même en province ou porter la même en province ? Sans compter que bien souvent, dans ce dernier cas, il y arrive. Les gourous des marques et des modes étant très forts pour véhiculer l'idée d'élitisme alors que leur rentabilité repose sur la propagation la plus massive de leurs produits et concepts. 

[2] En Charente-Maritime, il me fallait 8 mois pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologue à 15 kilomètres. Rendez-vous que j'obtiens pour dans 10 minutes, en bas de chez moi à Paris.

Articles connexes :
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- Logement, une affaire d'état
- Un ascenseur social en béton

vendredi 27 avril 2012

Au grand bazar du vote Sarkozy

Après l'analyse du vote FNcreusons le mystère du vote Sarkozy en 2012

27% au premier tour au lieu des 2.7% que l'on était en droit d'attendre. Déception.

Au terme du quinquennat, la récidive d'un vote sarkozyste chez le Français moyen reste incompréhensible, elle contredit jusqu'aux règles animales de l'instinct de survie. En plus du million de chômeurs supplémentaires, nous retiendrons d'abord de la politique UMP qu'elle tape sans pitié depuis 5 ans sur tout ce qui est en-deçà du RMC (Revenu Minimal Copé) à 5000 euros par mois, seuil UMP en dessous duquel le sujet est relégué au rayon "minable" (soit 90% des Français).

Nous comprenons bien sûr que la France du pognon plébiscite toujours celui qui n’a eu de cesse de la favoriser durant ces cinq sombres années que les historiens qualifieront un jour, j'espère, d'âge d'or des grosses fortunes. 

Moins indécent, mais contribuant aussi à la propagation du désastre en mode "c'est pas ma faute, c'est le système", n'oublions pas le "petit" rentier. Certes l'actionnaire, le multi-proprio ou le bailleur n’est pas Bettencourt ou Dassault, mais s'il peut voir son pactole prendre 10% à l'année et / ou cumuler du 4000 euros mensuel de loyer sans rien faire, on saisit alors (sans pardonner) qu'humanisme et partage pèsent peu face à l’évocation du péril communiste tapi dans l'urne (oui je sais c’est dingue, mais François Hollande est identifié comme tel dans l’esprit du forcené de droite, se ruant chez le notaire pour protéger sa succession, et vivant dans la terreur du débarquement des chars Mélenchonistes Place de la Bastille le 6 au soir).

Ayant observé leur quotidien à l'éternelle poursuite de rêves en publicité mâchée, leur indécrottable croyance en un libéralisme meilleur, la redondance bornée d'une analyse sociale à base de "oh putain, un jour je vais gagner grave de l'argent", ne perdons pas de vue ces jeunes ménages M6isés aspirant, en trimant comme des chiens pour un 1.2 Smic, à être bourgeois-branleurs comme leurs parents baby-boomers. Dans un régime se nourrissant de leur exploitation croissante (qu'elle soit appelée "compétitivité", "vrai travail", "recours au crédit pour accéder à la propriété qui est la condition ultime de l'émancipation" ou "TVA sociale"...), ils s'auto-entretiennent dans une frustration permanente et intime appelée déclassement.  

Allez comprendre (une petite faiblesse de gauche ces dernières années surement), mais cette peur du "déclassement", à la fois fantasme (la quête au toujours plus alimentant sans fin la colère de ne pas avoir assez) et réalité (Les conditions et les droits du travailleur, son salaire, son accès à la santé, à la bonne nourriture, au logement, sont effectivement dégradés par rapport aux générations précédentes), génère depuis 10 ans du vote de droite. Le raisonnement du neuneu sarkozyste à l'approche du 6 mai 2012 est simple : "Je n’ai déjà pas grand-chose, mais avec la gauche je vais perdre encore plus!" (Et ce, alors que les rares périodes de dynamisme économique ces 20 dernières années l’ont été sous des gouvernements de gauche, mais bon passons).

A cette peur s'ajoute, parait-il, la sensation d'une perte d'identité (identité que les intéressés sont d'ailleurs incapables de définir) liée aux invasions de femmes en burqa et de steaks halals chaque soir au JT (moi qui croyais que c'était l'aspartame qui causait des cancers et que la voiture était le plus gros serial killer français). L'erreur est de croire que ce sentiment est seulement lié aux seuls électeurs du FN. La lecture d'un Valeurs Actuelles ou une discussion au troquet du coin vous informera que non. Parait que cette "souffrance" a ses "raisons". Si j'en crois les résultats du 1er tour, la gauche arrive en tête dans les zones à forte mixité. Et, au contraire le vote FN caracole dans des zones rurales, dans des villages de 300 habitants où l’on n’a pourtant pas trop l’occasion de croiser boucheries musulmanes ou mosquées. Il progresse également dans les zones périurbaines où la distance entre travail et habitation est la plus élevée. Faut-il y voir un  contrecoup de l'hystérie immobilière dont je rappelle que le président-candidat a été le promoteur lors de la précédente campagne ? Penses-tu. Dans sa course à l'électorat, l'autocrate au service des oligarques (se la jouant aujourd'hui Caliméro anti-système en pompant tous les codes sémantiques FN du "bobo parisien" aux "technocrates"), nous dit dans les grosses lignes stabilobossées recouvrant son programme de feuilles vierges que la France en crise c'est de la faute aux mauvais français (de couleur, musulman, chômeur ou les 3 à la X).

En cinq ans, Sarkozy aurait donc réussi 2 choses:

- Ne pas dégoûter une partie des classes moyennes de son action de précarisation des masses. 
Légitimer le FN en ne cessant de valider, sous l'impulsion de Patrick Buisson[1] ses thèses xénophobes. Bref comme disait Emmanuel Todd l'autre soir chez Taddei, l'UMP est devenu le FN en pire, puisque c'est le discours du FN + le soutien actif aux riches. 



S'opère depuis 10 ans (et non depuis 3 jours) la jonction entre les vieux cons réacs (apeurés d'avoir moins) et les jeunes cons télé-réalitilisés et totalement imbibés à la doxa libérale (rageant de ne pas avoir plus). Chacun accommodant à sa sauce un racisme larvé auquel carte blanche est désormais donnée au sommet de l'état. Faites le test autour de vous: ces derniers jours le "mais non je ne suis pas raciste, mais bon on n'est plus chez nous" revient à la mode. Non pas chez l'électeur frontiste (où il l'a toujours été), mais chez d'autres de droite parait-il plus modérée ou, pire, chez les pointures s'autoqualifiant un peu vite "ni de droite, ni de gauche" parce que "la politique c'est pourri et compagnie".

Libérant la parole de stigmatisation envers le rom, le musulman, l'allocataire (martingale programmatique censée exonérer le bilan personnel puisque la cause des maux est toujours autrui), le président-candidat en détresse, alors que son parti se désintègre en temps réel, parachève,dans l'outrance et le fiel d'un sprint crépusculaire à la poursuite éperdue du bulletin FN son oeuvre de dédiabolisation de la pensée raciste. Avec la casse sociale, elle restera l'autre ligne forte de son mandat. 

Non seulement certains n'ont tiré aucun enseignement d'une gouvernance dont ils ont été les victimes au point de désespérer aujourd'hui (à grand renfort de SMS haineux et autres status Facebook à la xénophobie décomplexée) que celui les ayant couillonnés ne soit pas réélu pour terminer son arnaque[2], mais ils ont intégré l'idée, placides ou rigolards, que "Oui. Il y'a nous et les autres" et que "s'il y'avait un peu moins d'étrangers (comprendre des Français qui n’ont pas l’air trop catholique, limite musulmans d’apparence), ça marcherait quand même un peu mieux chez nous". 

Voilà pourquoi aucune voix[3] ne doit manquer le 6 mai pour battre le lanceur d'essence sur incendie. Pour qu'au désastre social que constituerait sa réélection, ne s'ajoute pas un quotidien de haine. Il a assez dressé les uns contre les autres, il a échoué économiquement, nous avons besoin de souffler, il doit quitter le pouvoir.  Mais, ne nous faisons aucune illusion : les dégâts dans les consciences sont profonds et le lendemain du scrutin un long travail de reconstruction nous attend.

Car, rentrez-le vous bien une fois pour toutes dans le crâne à droite : nous n'avons qu'une vie, et pas d'autre choix que de la vivre ensemble


[1] Précision. Si P.Buisson est bien d'extrême droite, Sarkozy est avant tout d'extrême Sarkozie. Il se contrefout des musulmans comme des chrétiens, des syndicalistes, des salariés, des homos et des chômeurs. Melenchon aurait fait 20%, au lieu de jouer à Petain Express dans ses meetings, il y entamerait l'internationale.

[2] Toi aussi, reconnais-les dans ton entourage : leur mantra c'est "de toutes les façons, nous les classes moyennes, on prend toujours plein la gueule, mais ce sera pire avec Hollande".

[3] J'espère que, en plus d'une participation massive du peuple de gauche, nous pourrons compter sur une partie non négligeable des électeurs de droite humaniste, avec de l'éthique, un sens de la survie, préférant encore l'alternance au bout de dix ans à la fange pour cinq années de plus.

Illustrations : O Brother where are thou ? E.Coen (2001) - Seventh seal I.Bergman (1956)

mardi 24 avril 2012

Au grand bazar du vote FN

Ce samedi-là, quelque part en France, devant The Voice.

LUI
- C'est ta première fois, tu voteras quoi dimanche ?

ELLE
- Je sais pas. Pas Sarko. Surement pas pour la gauche. Marine peut-être. C'est une femme, et puis son parti n'a jamais été au pouvoir.

* * *

Comme tous les cinq ans, la séquence éditoriale sur les raisons du vote FN est engagée

Etant à la fois condescendant et prétentieux de théoriser le vote FN, je vais donc m'empresser de faire comme les autres. La conclusion est simple: à 6,4 millions d’électeurs, il est impossible de le circonscrire à un type d'électeur. 

Fonds de commerce oblige, au grand bazar du vote FN on trouve d'abord un socle de racistes (Alors que chacun redoutait qu'elle ne bénéficie à Sarkozy, peu parlent aujourd'hui des retombées de l’affaire Merah sur le score de Marine) ainsi qu'une part de nostalgiques du bon vieux temps des colonies, mais cela ne suffit pas à tout expliquer.

On y trouve:

- Une part non négligeable de colère sociale et de rancœur alimentée par le sentiment de ne pas être reconnu et représenté chez les élites

- Une part d’électeurs UMP à l'état liquide, excédés comme tous par Sarkozy, qui se retenaient plus ou moins (en tous les cas dans les urnes) avec le père Le Pen, mais qui y vont aujourd'hui plus gaîment (aidés en cela par 1 / le story-telling FN de la dédiabolisation repris en cœur par les rédactions feignantes 2 / les pas de Guéant accomplis ces deux dernières années pour la convergence des derniers neurones disponibles entre xénophobes, droite réac et droite libérale). 

Une part de la France du fric qui se rangera toujours du côté de la trique plutôt que de prendre le risque de laisser ne serait qu'une once de pouvoir à la gauche. 

- Une part d'envie légitime de retrouver un état fort. Etat que le parti à la flamme réduit à l'idée de  nation (moins coûteux fiscalement, permettant dans le même temps de détruire les services publics, tout en procurant à l'électeur propulsé "patriote" l'impression d'être diplômé de quelque chose).

- Une part d’inculture ou de paresse intellectuelleA la vue des résultats, on ne peut s’empêcher de comparer la médiocrité de la campagne Le Pen et la qualité de celle de Mélenchon, qui n’a eu de cesse de relever le débat, et de conclure que les standards cognitifs nationaux sont quand même tombés bien bas. L'épisode du mutisme de Le Pen face à Melenchon chez Pujadas est révélateur: aucun autre candidat n'aurait survécu à une prestation aussi désastreuse. On soulignera aussi la colossale influence des médias. Voir et revoir la chiasse sécuritaire de la TNT, ces jeux de pognon facile, ses JT racoleurs, sa pseudo télé-réalité rabaissant le spectateur également sujet n’a jamais grandi l’âme. 

Ce dicton se vérifie souvent, je l’ai expérimenté sur moi de nombreuses années: quand tu ne sais pas où te situes politiquement, c’est que tu es de droite. Avec 30 ans de crise, une société privilégiant de la base au sommet la rentabilité sur toute autre considération, les rapports humains qui en découlent, un fossé prononcé entre pauvres et possédants, l'atomisation idéologique continue de l'idée de réponse collective ou de solidarité abandonnant une classe moyenne (enfin se considérant comme telle) dans la terreur de son voisin et frustrée de ne pas être aussi belle que la vie des stars vues entre deux tranches de cette télé publicitaire constituant 90% de sa connaissance du monde (hors sortie à l'hypermarché) : si tu ne sais pas te situer sur l’échiquier politique, tu as de plus en plus de chances d’être à l’extrême droite. A moins d'être charpenté au niveau éducation, c'en est presque logique.

Le cake à la misère sociale aux pépites de bouc-émissaires (sans défense si possible) se sert à grosses plâtrées par le premier VRP sans programme (mais disposant d'un parti) qui passe, "président du pouvoir d'achat" ou héritière de St-Cloud (bourgeoise bourgade à côte de laquelle Neuilly fait figure de bidonville). Bien sûr que Le Pen peut accéder au pouvoir chez nous, Sarkozy y est bien arrivé. Il parlait (et parle toujours) travail, mérite, petites gens sans un échantillon dans son CV et une montre à 50 smics à chaque poignet.

Doit-on, en mode marronnier, chaque fin d’avril une fois tous les 5 ans, subir l'exégèse éditocratique  du vote Le Pen ? C’est trop tard.

Le FN ne fait que bénéficier du désastre ambiant avec l'argument imparable qu'il n'a jamais été responsable de rien. Le vote d'extrême droite ne se combat pas aux élections, mais jour après jour. Réduire le vote d'extrême droite, c’est d’abord ne pas abandonner les territoires et assurer partout de façon équitable les services publics de l’éducation, de la santé, de la sécurité. C'est ne pas considérer comme une fatalité de cracher des payes de misères aux jeunes et de laisser filer en Roumanie l'emploi de leurs parents pour contenter l'actionnaire avant d'insulter le million de chômeurs que l’on a généré en cinq ans en lui parlant "vrai travail" (au lieu de lui parler vrai salaire). C'est combattre cette spéculation immobilière, repoussant de plus en plus loin locataires et propriétaires, qui ne bénéficie au final, sans rien faire et avec aides fiscales, qu'à ceux osant dire "mérite au travail" ou "cancer de l'assistanat". C’est aussi commencer à produire de la qualité à la télévision au lieu de chier en multicanal de la junk-food pour veaux. Réduire le vote d'extrême droite, c'est d'abord réparer dans les têtes et sur le terrain les ravages de l'ultra libéralisme. 

Sinon, quel que soit le résultat du 6, le peuple fatigué s'en retournera très vite au pays fort en gueule des solutions en tube. Au grand bazar du vote FN, une seule certitude: si l'on continue ainsi, il va gagner.

lundi 23 avril 2012

Exclu : L'affiche UMP du second tour

Et cette fois, il nous promet du grand spectacle avec du "vrai" partout. Du "vrai" travail, du "vrai" débat et des "vrais" résultats. Ça va être vraiment bien! (clique pour agrandir)

[video] L'heure du rassemblement

Le psychodrame des sondages soudainement impubliables est (provisoirement) fini. Verdict : une bonne et une mauvaise nouvelle

- Pas de courbes croisées, pas de vague de la majorité silencieuse. La France a fait le tour, du fond et de la forme, de Sarkozy et avant tout de sa politique antisociale, en plaçant la gauche en tête au premier tour. Enfin. Tant mieux. 

- En revanche, les sirènes du FN restent plus attractives que jamais pour 18% des électeurs avec un fort décrochage Paris / Province

- A l'UMP, la stratégie Buisson / Peltier est un échec qui pourrit la donne. A force d'avoir emboîté le pas voire précédé les thématiques FN, le kéké sans programme se fait talonner par l'original qui offre la quinquennale occasion de se lâcher dans les urnes, mais n'apporte aucune solution concrète pour améliorer le quotidien des Français. Reste à savoir si l'électeur déçu de l'UMP, qui a signifié sa colère au roitelet de Neuilly en votant Le Pen, reviendra au bercail au second tour, confirmera la pelle forte ou préférera aller à la pèche. Donc à droite entre les deux tours, attendons-nous à de l'über trash pas constructif pour un sou. Ce qui ne nous changera pas trop, mais complique la tache d'un Sarkozy qui est déjà allé bien loin dans ce domaine, et qui doit aussi compter sur les voix d'un Bayrou dont le seul espoir de survie politique repose sur l'échec du candidat-président (même si, grand fan du ni oui ni non, il ne le dira pas).

- A propos de Sarkozy. C'est le grand absent de la soirée. Le voilà qui après avoir esquivé le débat tout au long de la campagne veut désormais en faire 3 en 10 jours ! On attend toujours sa participation à l'émission de Mediapart (qu'il refusait il y a à encore 2 semaines) auquel François Hollande s'est frotté durant trois heures avec des questions d'un autre niveau que celles des laquais de plateaux. Il veut des sujets de débat, nous en avons : son bilan en chiffres, Karachi, Bettencourt, Kadhafi... Subsiste une grosse énigme de type quatrième dimension: Comment 26% des électeurs peuvent encore plébisciter la politique de ce type ? Y'aurait-il autant de millionnaires et de milliardaires en France ? Une épidémie d'Alzheimer ?

- A noter que plusieurs ministres du gouvernement prennent également des gros coups de pelle à domicile

- La fausse surprise du score de Mélenchon. Ses 11% ne m'étonnent pas. Je me félicite de son parcours ces derniers mois (je l'envisageais à 6 ou 7% il y'a encore trois mois) et de la ferveur qu’il a redonné à son camp, aux abstentionnistes, et en général au débat politique de ces dernières semaines. 

En conclusion: quelque soit le résultat du second tour, la recomposition de la droite version encore plus dure et décomplexée va aller plus vite que prévue[1]. D'où l'importance de se mobiliser dans le spectre le plus large de la gauche jusqu'au centre, de nous focaliser contre l'ennemi commun. Pas une mince affaire, mais l'enjeu de taille. Malgré les apparences, la joie d'un soir et de bonnes estimations de second tour, nous sommes dans une situation plus critique que lors du coup de théâtre de 2002 où l'extrême droite qualifiée pour le second tour n'avait aucune chance de gagner. 

Cette fois-ci, le risque existe. 

Bonus: La vidéo que BFM n'a pas eu lors de sa nuit motorisée. François Hollande arrivant à l'intérieur du QG de campagne, tournée dans des conditions extrêmes par votre rédacteur. Durée 3 minutes.


[1] Il va sans dire que d'un point de vue stratégique, chacun voulant récupérer la droite en vrac, le FN a bien également intérêt à ce que Sarkozy et l'UMP se gamellent.

lundi 16 avril 2012

Qui a gagné la bataille des meetings ?

C'était la bataille des meetings dimanche à Paris. Ne comptez pas sur nous pour rentrer dans la danse des chiffres. Néanmoins pour y avoir été, malgré des conditions climatiques scandaleuses pour un mois d'avril, nous rapportons de Vincennes une impression générale d'allégresse et de confiance. Dernier point qui selon les premiers clichés rapportés par nos envoyés spéciaux semblait faire défaut à La Concorde:

samedi 14 avril 2012

Pourquoi Jean-Michel Aphatie est-il l'un des pires métiers selon Jean-Michel Aphatie ?

Par Erwann Marquisdessourcessure, chroniqueur journalisme et bottin mondain pour le blog.

JEAN-MICHEL APhATIE
"Je le mérite mon salaire"

C'est la révélation fracassante de l'émission Le Grand Journal de Canal+ du 13 avril 2012. En effet, selon le dernier classement Jean-Michel Apathie, le métier de Jean-Michel Apathie est l'un des pires au monde, puisqu'il se situe 196è sur 200. Tout juste devant les ouvriers en décontamination de Fukushima, les bûcherons sur plateformes pétrolières, les proctologues bovins ou le coach en coloriage de Mickaël Vendetta, mais derrière manutentionnaire à temps partiel (187è), organisatrice de réunion tupperware (190è), métallo à Florange (191è), testeur de balustrade chez Foxconn ou SDF (193è et 195è).

Les critères de ce classement ? 

- La pénibilité physique.  Il faut déjà supporter chaque soir Ariane Massenet (peu de spectateurs en sont déjà physiquement capables) dont la seule fonction est de ruiner une fois pour toutes l'image des femmes journalistes, des femmes en général, et ce pour l'ascétique rémunération de 25.000 euros par mois.

- L'environnement de travail. Nous touchons ici à ce que les spécialistes appellent le "complexe de Sarkozy", probablement lié à une carence affective durant la puberté compensée passé la cinquantaine par un souci permanent de rattraper les icônes glamours de la réussite, leur train de vie et donc leur rémunération. Là-dessus, Le professeur Francesco Smalto de l'université du Café de Flore n'y va pas par quatre chemins:  "A force de voir défiler des stars hollywoodiennes chaque soir dans son émission à paillettes, cela crée une sorte de gêne. Jean-Michel Apathie ne peut plus concevoir de recevoir Lady Gaga en costard C&A, au risque de passer pour un plouc".

- Le stress que l'on y subit. La soumission sans écart et multi-plateaux à l'orthodoxie néolibérale, le mépris constant envers les petits, les pointilleuses manipulations de chausse-pied devant les puissants, les attaques reçues sur l'accent, la pression totalitaire des réseaux sociaux, les pronostics bidons, les informations régulièrement fausses pour tenter de faire le buzz: ça use son homme. De plus, on sous-estime les séquelles neurologiques qu’entraînent à la longue chez les chroniqueurs les applaudissements compulsifs des gueux du public au moindre bon mot ou idée transcendante, et dieu sait qu'avec Jean-Michel elles sont fréquentes.

- Les perspectives d'embauche. A l'heure où la menace du péril communiste flotte dans les humeurs infantiles d'un peuple irresponsable, Jean-Michel a devant lui une période difficile. Non seulement, comme Elizabeth Lévy, André Bercoff ou Eric Brunet, il va au-devant d'une détresse psychologique redoutable, mais après le 6 mai il n'est pas impossible que toute la filière professionnelle du Jean-MichelApathisme soit confrontée à un dégraissage massif, avec délocalisation à prix cassé sur La chaîne du télé-achat ou  IDF 1.

- La réputation. Si on est loin de se fatiguer autant sur le plateau du Grand Journal que sur une plateforme de call center, si l'environnement de travail, malgré la pseudo-impertinence, y est politiquement correct, avouons que tout ce sérieux au service d'une analyse à deux balles sur tabouret, entre une miss météo avec une plume dans le cul et la promotion forcée d'une énième daube filmique, côté image et dignité du journalisme ce n'est pas forcément glorieux.

Et d'un seul coup, on saisit mieux la virulence de la réaction de Jean-Michel Apathie face à Nicolas Dupont-Aignan lorsque ce dernier lui réitère sa demande d'avouer publiquement son salaire.

Outré, face à un vulgaire petit-candidatTM à la présidentielle (dont on se demande pourquoi il se présente puisque, comme les grèves, il ne sert à rien) qui a eu l'outrecuidance de retourner le processus classique du tribunal des éditocrates pour demander à l'un d'entre eux sa rémunération,  n’écoutant que son courage, dans la rhétorique lignée d'un Maurice Lévy, d'un Serge Dassault et autres valeureux résistants néolibéraux dans ce monde abandonné aux rouges, Jean-Michel Apathie (aka "la nouvelle star du journalisme politique" selon Le Point) a répondu comme il  fallait :

"Je le mérite mon salaire."

Jean-Michel, tiens bon ! Ne lâche rien !

Toute la MCLDEELMPEPLSDBALPAQLCDFDLR[1] est avec toi ! Nous respecterons jusqu'au bout l'intimité de ta fiche de paye et laissons désormais à nos lecteurs le soin de bien la fantasmer. Cela fait aussi partie du rêve que tu leur procures quotidiennement d'une onde à l'autre avec tes chroniques d'une acuité que l'on ne trouve guère plus que sur quelques blogs bayrouistes

 [1] "Mouvement contre la discrimination éditocratique et les méchants populistes et pour le sucage de boules avec les puissants ainsi que le cumul des fauteuils dans les rédactions" (mouvement minoritaire représentant 0.4% de la corporation et 75% de ses salaires) 

vendredi 13 avril 2012

Montebourg: "le destin de monsieur Sarkozy est judiciaire"

"Je n'ai pas tellement changé. Je vends toujours les mêmes idées, elles finissent par s'imposer." Arnaud Montebourg au bistro, 12.04.2012

Parait que la campagne n'est pas intéressante et que l'on n'y parle pas d'économie... Jeudi 12 avril, 18h, à la sortie du métro Ménilmontant, un grand type au phrasé un peu bourgeois improvise un meeting de rue. Il parle présidence et économie durant une heure devant 200 passants captivés. 

Au même endroit, l'espérance de déambulation sans prise de projectile sur la tronche d'un candidat-président en indélicatesse sondagière de plus ou moins cinq minutes. Là tout le monde écoute. Chacun y va de sa question, participe, même les sceptiques. Les questions portent parfois sur la RGPP ou l'immigration, mais en grande majorité des moyens de lutter contre la prégnance financière ou la création monétaire.

Inaugurés lors de la campagne des primaires socialistes où il aura doublement crée l'évènement (en créant les primaires, puis en y arrivant troisième), Arnaud Montebourg poursuit ses stand-up à une semaine du premier tour des présidentielles, mais cette fois avec une grande affiche de François Hollande derrière lui et sans le son Bob Marley.

Peu après le meeting de rue à Ménilmontant et juste avant son discours à la Belleviloise avec Danièle Hoffman-Rispal, nous avons discuté quelques minutes avec lui autour d'une bière. Morceaux choisis


- "Notre préoccupation, c'est de retrouver le lien avec peuple." - 

L'attaque des médias transcendant toutes les classes sociales et sensibilités politiques et faisant l'unanimité chez les blogueurs, c'est par ce biais que, dynamisé par sa prestation en plein air, il entame spontanément la conversation en déplorant la réduction du débat d'idées politiques sur les ondes: 

"- Nous avons un problème dans le système médiatique aujourd'hui. [...] Il devient très difficile de structurer le débat autour de propositions. Vous avez 20 secondes pour expliquer votre projet sur les banques. [...] D'abord il y'a une passion des journalistes politiques pour la course de petits chevaux dans cette campagne présidentielle donc ils l'aseptisent. On ne parle que du sondage, de la déclaration d'untel. Notre travail n'est pas de commenter mais d'agir. On vous demande de commenter votre travail, nous questionner sur la déclaration de Mélenchon ou de Sarkozy, nous ce n'est pas qui nous intéresse. Nous essayons en vain d'exposer nos idées nous n'y arrivons pas dans le système médiatique tel qu'il s'est radicalisé. Donc nous faisons du porte-à-porte, des petits meetings [...] c'est ce que nous faisons avec les stand-up. Ce ne sont pas les gens qui viennent nous voir, mais nous qui allons vers les gens là où ils se trouvent: sortie des supermarchés, rue piétonne, sortie des métros"

A l'aise dans l’exercice et passionné par ces échanges, A.Montebourg s'y colle désormais avant chaque meeting. Il y voit un mode plus concret du débat politique, morcelé certes, mais plus en phase avec le quotidien des Français. Les questions économiques dans le public y sont majoritaires:

"- Les gens ont compris qu'on leur avait volé leur pouvoir politique sur l'économie. Ils se sont fait dérober au profit d'experts de technocrates ou de porteurs de la pensée économique qui sont achetés par le système financier. Dès que vous entendez parler un économiste, il faut se demander par qui il est appointé. [...]  La réappropriation de l'économie par la population c'est l'enjeu majeur de la présidentielle. On ne pourra plus vous raconter n'importe quoi. [...] C'est l'achat par les banques d'affaires, d'abord de la pensée économique [...] puis l'achat par les banques de la politique par le financement des campagnes électorales. Donc il y'a consensus sur ce qu'il ne faut pas toucher: les banques. [...] C'est notre boulot de terminer cette période."

Bon là j'avoue, je n'ai pas la présence d'esprit de lui demander quels sont concrètement les économistes écoutés au PS et en quoi sont-ils différents.


- "Lisez les programmes !" -

A la question de savoir si le courant qu'il avait su faire émerger dans et autour du PS au moment des primaires ne se portera pas finalement sur le Front de Gauche au premier tour, Montebourg insiste sur les "propositions audacieuses" de François Hollande (Séparer les activités des banques, la banque publique d'investissement, les taxes sur les transactions financières pour que la dette soit payée par le système financier qui l'a causée...) et tacle encore les médias. Il invite les sceptiques à décrocher de la télévision et lire le programme du candidat socialiste, assurant que les idées qu'il défendait l'ont imprégné. "- La primaire a joué son rôle de rassemblement, mais le vainqueur a fait un travail de fusion des propositions nouvelles portées par une génération nouvelle de candidats dont je fais partie. La primaire a joué le rôle de melting-pot. C'est la raison pour laquelle le programme de Hollande d'aujourd'hui n'a pas grand-chose à voir avec celui des primaires. Il est beaucoup plus dans le centre de gravité du pays." 


- "Le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire." - 

Je ne sais pourquoi mais, au mot "affaires", la conversation a glissé vers Nicolas Sarkozy. 

"- Il cherche à prolonger son impunité présidentielle pour échapper aux foudres de la justice qui commencent à le cerner. Karachi et l'argent de la campagne de Balladur ? Il a une responsabilité directe dans l’organisation du circuit du blanchiment en fabriquant les sociétés-écrans qu'il a autorisées alors qu'il était ministre du Budget. L'argent de madame Bettencourt et les comptes suisses qui ont permis de faire sortir du liquide pour les besoins de l'UMP lors de la campagne de 2007 et maintenant l'argent de Kadhafi: c'est la nouvelle affaire! [...] Donc nous allons bientôt tout savoir, le destin de Monsieur Sarkozy est un destin judiciaire.

A noter dans un coin si jamais, en cas de victoire socialiste va savoir, Montebourg est nommé Ministre de la justice. A propos de mandats, Montebourg ne se représentera pas aux prochaines législatives et balance sur l'Assemblée nationale. "- Ça fait 15 ans que je m'y ennuie. C'est un parlement croupion l'assemblée nationale française. Le sarkozysme a fini de mettre le bâillon là ou deja nous étions ligotés. [...] C'est un mandat qui demande de l'énergie, moi je n'ai plus ce désir. C'est aussi la question du non-cumul des mandats, je l'ai fait voter c'est bien le moins que je me l'applique. Je resterais président de mon département, un mandat beaucoup plus intéressant que le mandat parlementaire. Le cerveau dans l'opposition d'un parlementaire, c'est un cerveau qui marche toujours sur la moitié, la moitié qui dit non. Faudrait parfois pouvoir dire oui, mais c'est difficile."

Le vieillissement et le non-renouvellement des élus (auquel j'ajoute le manque de représentation de la diversité sociale) est pour lui un des facteurs du désintérêt des jeunes pour l'élection: "- La moitie de la population française à moins de 40 ans, il n'y a pas un député de moins de 40 ans, et seulement deux sénateurs. Vous ne trouvez pas qu'il y'a un problème ? D'ailleurs c'est le problème de la génération des babyboomers qui ont pris le pouvoir et qui refusent de le laisser dans tous les domaines. [...] Ceux qui ont fait mai 68 ont pris le pouvoir au nom de la jeunesse et qui refusent de transmettre à la prochaine jeunesse."

Et qui dit "Baby boomer" s'attend inévitablement à ce que l'on interroge sur la bulle immobilière.

Sur ce point Montebourg a un discours bien plus sage que celui sur la régulation financière. Pas de remise en cause du paradigme. S'il ne cache sa préférence pour la propriété, à son sens supérieure à la location (en omettant un peu vite que l'on peut mettre une vie de crédit bancaire à devenir propriétaire), et met en avant la nécessité de taxer fortement les héritages (en minimisant les situations fiscales ubuesques que l'héritage des mêmes babyboomers provoquera chez des enfants sans revenus qui, à nouveau victimes du décalage aberrant des prix de l'immobilier en 20 ans et sur la base de la transmission d'un simple patrimoine qui se sera ultra valorisé, se retrouveront catalogués riches alors qu'ils sont pauvres [1]). 

Le problème n'est pas, à mon sens, la propriété ou la location mais la folie des tarifs et la répartition des mètres carrés ainsi qu'une disponibilité garantie d'une surface minimum vitale pour chaque individu. C'est sur ces axes que le prochain gouvernement devrait focaliser ses efforts législatifs dans le logement. Notons d'ailleurs que le candidat-président Sarkozy (dans une argu flash de fin de soldes pour Femme Actuelle) l'a soudainement compris en se déclarant (en totale contradiction avec ce qu'il disait il y' a 2 mois) pour l'encadrement des loyers (en dégainant au passage une mesure existant déjà dans la loi[2]). 

Déjà 30 minutes, Montebourg a fini sa pause "internet". Il repart comme il est arrivé: en cavalant vers la salle bondée de la Belleviloise où l'attend ce soir une assemblée plus âgée. Pas de doute Montebourg est en campagne pour mai 2012 et au-delà... 

"- Allez saluuut les blogueurs !" 


[1] comme quoi les babyboomers n'ont pas fini de nous emmerder.

[2] Ce qui n'empêche pas N.Sarkozy de plancher  dans le même temps sur un violent plan de réduction des crédits alloués à l'aide au logement en cas de réélection. 

Illustration : @_Margal
Merci à @graoum et @melclalex

mardi 10 avril 2012

La minute du mac

From: Jacques Paute
To: Seb Musset

Date: 8 avril 2012.

"Bonjour Seb Musset,

Nous sommes en train de préparer une émission en direct sur la politique et le numérique.

Cette émission réunira politiques, journalistes et internautes autour de mêmes sujets, de mêmes liens, de même lieu: internet.

Plus de 10 participants auront la parole dans ce débat, avec des représentants d'institutions, des personnages politiques, des acteurs sociaux, des plateformes de streaming... [bref, c'est pas de l'émission de nases. Y'a du pognon mon gars.]

Elle sera diffusée en direct sur une plateforme de streaming avec une nouveauté dans le monde de l'internet, un plateau interactif: reportages, titres, citations des invités, tweets des internautes, messages. Une vraie émission interactive !

[Seulement voilà: nous n’avons pas envie de dépenser un cachou pour faire des reportages alors que nous disposons d'une armée de réserve de contributeurs gratuits prêts à tuer père et mère pour faire le buzz. Bref, y'a pas de pognon pour toi mon gars.]

Nous cherchons à recueillir des vidéos d'internautes, comme vous [mais pas comme nous, parce que nous, nous sommes payés], à diffuser pendant l'émission en format reportage (avec une voix off etc... [effets-spéciaux et figurants également acceptés]) sur le thème que vous pouvez choisir [car nous sommes également trop 2.0]:

- Les médias sur le web (L'avenir de la presse, La presse numérique, La neutralité des médias sur le web...) [faut-il ou non payer les gens pour sauver les salaires des éditocrates, les dividendes des actionnaires et atténuer l’effort de nos sponsors désintéréssés ?]

- Le téléchargement (Hadopi, La licence globale, La mentalité des internautes et des diffuseurs : qui a tord? ...) [Bref, est-ce que téléchargement gratuitement, c’est mal ? Etant établi que faire bosser pour rien sur le net, c’est normal].

Votre profil [ainsi que celui des 5000 blogueurs à qui nous avons mail-bombé en catastrophe car l'émission c'est dans 3 jours] nous intéresse pour ce mini-reportage ["mini" pour "gratuit"] qui représentera les questions, avis et besoins d'internautes. [bref, tous les besoins hormis celui d’être rémunéré. Hey ho, on est sur internet ! Dans l'économie de l'info 2.0, c'est 2 pour moi et 0 pour toi.]

A vous de voir ce que vous voulez dire sur ces sujets... Vous êtes totalement libre! [et la liberté ça n’a pas de prix, hein ?] Une question que vous vous posez? Un avis personnel sur les sujets? Une problématique à lancer? Enregistrez une vidéo! [du moment que vous pouvez nous fournir du contenu reportage pour rien et sans possibilité d'intervenir en direct, on est preneur !]

Si vous souhaitez participer à ces reportages diffusés tout au long de l'émission, envoyez vos vidéos à cette adresse mail (contact@laminutedemac.ttc) dès que vous l'aurez enregistrée.

Cette vidéo sera ensuite montée [manipulée, noyée dans la masse, réduite à la caricaturale phrase et ce, sans contrôle de votre part sur une image qui ne vous appartiendra plus et au sujet de laquelle nous serions même en droit de réclamer des dommages et intérêts à un tiers pour sa reprise non autorisée] nous vous conseillons [euh, en fait c’est obligatoire, mais ça aurait fait trop "commande de sujet" de l'inscrire ouvertement] de ne pas dépasser 1 minute d'enregistrement par sujet. Préférez 3 vidéos d'1 minute sur des sujets différents pour assurer un passage à l'antenne. [Si vous pouviez avoir un son propre, faire l’habillage vous même, nous livrer le tout au bon format et par coursier avec une boite d’œufs de Pâques enroulée d'un ruban rose, vous auriez plus de chance de bénéficier de cette offre exceptionnelle de…passer sur internet.]

Bien cordialement [et en espérant faire une culbute à la Instagram],

Jacques Paute pour la minute du mac."


Billet publié sur le huffingpouf

samedi 7 avril 2012

A qui profite l'abstention ?


Qu'on en finisse ! Je suis las de cette campagne, non pas par l'absence des thèmes abordés par les candidats (ils le sont au moins dans les programmes et les meetings[1]), mais par le réduction systématique du débat à son écume (la recherche de la petite phrase, des alliances à venir, les affaires... enfin quand elles ne sont pas de droite...) par son vecteur principal d'exposition: la télévision.

Dans une période où le temps de parole sur les ondes est compté, le dernier épisode du feuilleton de la présidentielle est celui de l'abstention massive. Boucle logique d'une campagne qualifiée de morne, le discours accablé sur l'abstentionnisme forcément massif des Français permet également de remplir du temps d'antenne politique pas cher payé.

Le vote est dans deux semaines et pourtant "les experts" se bousculent en plateaux, parfois sur deux chaines en même temps (kassedédi Yves Thréard) pour théoriser sur la France majoritaire de l'abstention en sous-entendant que, quand même, Sarkozy en 2007 avait su mobiliser les électeurs.

Avec une montée du Front de gauche (l'autre effort éditocratique du moment étant de casser du Mélechon) et une victoire théorique de François Hollande (aucun sondage de second tour ne le donne perdant depuis un an), interrogeons-nous sur cette insidieuse montée de la rengaine du "et oui ma brave dame injustement culpabilisée par l'élite des bobos parisiens de voter à droite: non seulement les gens votent mal, mais en plus ils ne votent pas".

Ce sont les mêmes éditocrates du camp de la raison libérale qui nous martèlent depuis 5 ans qu'il n'y a pas d'alternative au remboursement de la dette, au libre-échange et au combat pour la compétitivité. 

Comme si en filigrane de la victoire prévue de la gauche dans son spectre le plus large, et vu que le  candidat-président patine dans son baratin usé jusqu'à la corde et ses boucles sécuritaires auxquelles hormis quelques vioques terrorisés personne n’adhère, il conviendrait que cette victoire soit la plus modeste possible.

C'est ainsi que certains discours blasés des éditocrates d'une droite désireuse de plus de droite   recouperaient presque ceux des types de gauche trop incorruptibles (j'en connais un paquet) pour contribuer à cette mascarade démocratique que constituerait l'élection.

Je viens de finir le Circus Politicus de Christophe Deloire et Christophe Dubois détaillant les aspects multifacettes de la soumission du politique à la finance, aux lobbys, aux cercles d’influences. Rien de neuf, si ce n'est que c'est particulièrement détaillé et que les témoignages sont aussi nombreux que croustillants. A vrai écrire, je déconseillerais presque la lecture de Circus Politicus avant le scrutin de la présidentielle tant l'accumulation de descriptions, sans réelle conclusion ouverte, déprime profondément le lecteur sur l’état avancé de décomposition démocratique en Europe. En revanche, j'en tire comme conclusion, notamment sur les longs chapitres sur le fonctionnement de Bruxelles, que cette soumission politique s’accommode parfaitement de l'atrophie du journalisme de terrain[2]. Genre auquel s'est progressivement substitué l'avis éclairé sur plateau [merci la TNT] d'une coterie d'"experts" autorisés. 

Ces derniers sont "embedded" dans le grand effort de néo-libéralisation de la société (quand ils n'en tirent pas également directement des profits (Kassedédi Marc Fiorentino) à savoir imposer la suprématie des dogmes bancaire et actionnarial, donc de leurs contreparties dans nos gueules: la rigueur pour tous comme panacée et l'impératif de compétitivité pour chacun comme seule ligne d'horizon.

Il s'agit insidieusement d'influencer sans cesse, en toute circonstance, l'opinion individuelle et le climat idéologique d'une nation, pour faire passer la pilule de la "seule solution envisageable" en douceur[3]. Et quand leur propagande ne paye pas ("non" au référendum de 2005), le mécanisme d'auto-défense institutionnel se met en place et la solution correcte passe en force.

Au fond, nos "experts" abhorrent la démocratie populaire (et spécialement le référendum) qui comporte encore une part d'imprévu (spécialement en période de crise) d'où leur souci de la circonscrire d'une raison dont ils délimitent à l'unisson le périmètre. Etant entendu que, bien ou mal, il restera de cette élection que ce fut un référendum "stop ou encore" sur Sarkozy, et qu'à ce jour tout indique que l’intéressé et ceux qu'il représente l'ont perdu, on comprend alors que nos éditocrates redoublent de gouaille non seulement pour tacler la gauche (ça c'est le tropisme naturel), mais aussi pousser à la démobilisation citoyenne via de longs soupirs sur l'abstention avant même qu'elle n'ait lieu,

Je te livre en avant-première l'axe d'analyse qu'offrira à nos éditocrates libéraux une abstention au-delà de 20%: 
"Le choix du peuple ne vaut rien car ce n'est pas le choix du peuple, donc supprimons le choix du peuple. Il faut, comme en Italie, changer de mode de désignation du chef et ne plus laisser cela entre les mains d'énervés qui n'y connaissent rien."

A deux doigts de son éradication et pour en finir une bonne fois pour toutes, il s'agit pour nos experts de nous conduire à rejeter le processus démocratique, en nous persuadant qu'il s'agit là de notre idée. Nous dégoûter du vote[4], comme ils ont pu jusqu'à présent nous dégoûter de la gaucheC'est tout bête, il fallait y penser.


[1] enfin bon, à l'UMP ça reste faible.

[2] Exemple. Hormis France24, pas de correspondant permanent à Bruxelles pour les grandes chaines généralistes ou d'infos françaises. Ce qui permet en gros à un politique de dire quelque chose à des fins électoralistes chez nous, et de dire l'inverse trois mois après à Bruxelles dans une relative impunité.

[3] L'autre pan de la stérilisation du débat est l'infotainment.

[4] mais pas du vote surtaxé pour les jeux de télé-réalité. Ouf, sauvés!

Illustrations : A river runs through it, R.Redford (1992)

lundi 2 avril 2012

Faites la guerre, pas l'amour !


Dans la série les jeunes et leur avenir. Aujourd'hui: la guerre.

Curieux mélange qu'un meeting UMP "pour la jeunesse". On y retrouve côte à côte prépubères et postgériatrie à l'engouement variable selon l'âge et la médication. Pour donner un peu plus de dynamisme à la célébration scout quelques icônes pop sont parfois conviées: Bernadette Chirac, Michèle Alliot-Marie ou David Douillet. 

Passé l’inévitablement amusement provoqué par le "printemps des jeunes de la France forte" samedi dernier à la Porte de Versailles, thé dansant antihollande à la sauce pognon entre consanguins et fils-à-papa rehaussée de Marie-Chantal et autres croûtons déconnectés, nous fûmes intrigués par le discours du candidat-président à destination de la jeunesse.

Dans la droite ligne d'un Jean-Paul II exhortant la jeunesse a "ne pas avoir peur"[1], on aura rarement entendu autant de fois l’occurrence "guerre" dans un discours à destination des jeunes et dont le fil rouge était d'une fracassante modernité: la France de 1940. 

Il ne fait pourtant mystère pour personne que le candidat-président mise sur la peur, seul article en magasin en période électoral à droite depuis 10 ans. Réélu, il continuerait à ne pas bouger le petit doigt face aux puissances de l’argent. Il sait ainsi que les 5 prochaines années de rigueur seront bien plus chahutées, à la sauce greco-ibère, que les cinq dernières. Il se prépare donc (au cas où), et nous prépare, à la guerre et c'est particulièrement flagrant dans ce discours vide de proposition[2].

Préparer la guerre à l’avance, c’est choisir les termes du conflit et l’ennemi. 

L’ennemi du moment, comme dans une bonne vieille série télé qui nous a fait tourner en rond 5 ans, ce sont, en creux, "les autres" (au choix: chômeurs, fonctionnaires ou musulmans). Les évènements récents permettent à notre Monarque de recalibrer sur l'Islam, ce qui a l'avantage de ne pas le faire  revenir sur "le chômeur" donc "le chômage" donc son échec, et de ne pas trop froisser les fonctionnaires qui ont une fâcheuse tendance à voter (il faudra un jour penser à leur interdire). 

Notre candidat-président tente encore une fois de recalibrer la colère (tout au moins l’incompréhension et l'impuissance) du peuple face aux mécanismes de domination (travail, pouvoir financier, précarisation des parcours, suprématies commerciales...) dont il paye la note au quotidien  sur une communauté, un ensemble culturel ou religieux censé 1 / être en partie responsable des désordres. 2 / l'attaquer sur le dernier sanctuaire restant: sa tradition, son histoire, bref le passé.

Les contours de la menace sont flous ? On s’en fout. Nous ne sommes pas dans le rationnel, mais  dans le monde de l'angoisse, avec sa part fantasme et ses ivresses suffisant à définir le flacon. Dans ce monde de la terreur, tiré à l'extrême, le citoyen est réductible a une communauté, la communauté à la religion, la religion à l'apparence. In fine, dans ce monde des peurs cultivées dans les discours et sur la TNT, tout converge vers une idée simple: il y’a eux et nous, le bien et le mal. 

Définir plus ou moins ouvertement l'ennemi. Provoquer du conflit pour pousser au clivage et forcer chacun à se positionner.  

Porte de Versailles, faute de bilan brillant, de programme et d'espoir, le candidat-président a préparé ses jeunes starship troopers à la guerre. Il aurait pu attaquer sur du concret, parler travail, éducation ou santé (secteurs qu’il s’active depuis 5 ans à atomiser, spécialement pour les jeunes générations et celles à venir). Non. Le candidat-président a souligné que ce pays avait "un besoin de civilisation". Ah. Pour la jeunesse et son taux de chômage à 23%, il se prononce pour "l’autonomie". En décodé: "démerdez-vous". 

Si l'on comprend que les rentiers, de moins en moins nombreux, s’apprêtent à revoter pour le candidat-président dans 3 semaines. Si l'on comprend que les travailleurs, de moins en moins nombreux également, s’apprêtent à ne pas le faire. On s'interroge encore sur ce vote de droite des "moins de 30 ans".  

N'ont-ils pas compris ces jeunes-là que la guerre néo-libérale nécessitera à la fin des fins qu'ils soient physiquement sacrifiés pour que les empires subsistent et que les rentes des planqués perdurent ? 

Dans un éclair de vérité, le candidat-président le leur a pourtant clairement avoué: "c’est la jeunesse qui meurt pour la liberté"

Il a juste omis de préciser qui seront les premiers à tirer profit de cette liberté

P.S: Toute ressemblance du titre avec un récent sondage expliquant qu'on baise à moins à droite qu'à gauche serait fortuite ou involontaire.

Illustration: Starship troopers. Paul Verhoeven, (1997).

[1] on se rappelle du succès qu'avait eu la même formule utilisée par un Chirac face à la jeunesse à quelques semaines du référendum de 2005.

[2] Autre qu'une énième faribole marketing de "banque pour la jeunesse" qui tournera au mieux en crédit revolving pour financer tes études afin que tu partes dans la vie avec une dette carabinée.