lundi 30 janvier 2012

Loyers chers et mal-logement, la droite répond: "Faites des vérandas !"

Dimanche, le président-candidat-mais-pas-candidat a fait son show multicanal en direct de la sale défaite de l'Elysée[1]. Devant ses laquais à pellicules, chausse-pied en extase et autre passeur de plats à brushing, il a profité de son impopularité pour aligner en toute décontraction, à 85 jours du scrutin, une poignée propositions bricolées in extremis parmi les plus antisociales de son quinquennat:

- Hausse de TVA de 19,6 à 21,2%. Diminuer le pouvoir d'achat favoriserait la relocalisation. Allons bon. Faudrait déjà que cela favorise la consommation tout court.

- Des accords d'entreprise "compétitivité-emploi". En décodé: une baisse des salaires et une hausse des heures à la carte pour le patronat. Les petits salaires et les 5 millions de chômeurs apprécieront.

1 / Bien qu'il nous assure ne pas voir de clivage entre la gauche et la droite, l'homme de droite table sur le fait que le mot gauche suscite un rejet encore plus profond dans l’opinion que son propre nom.

2 /  Avec son million de chômeurs en plus (par humilité il réduit le score à 500.000) et son trou de caisse de 500 milliards en 5 ans, c’est le moment où jamaisSi jamais il repasse, le gros du boulot argumentaire sacrificiel sera fait. Il appelle ça du "courage", nous qualifions ça de "coup de bluff" dans une partie de poker sans jeu. Perdu, il n'a rien à perdre. Je doute de l'effet. Plus que de l' antipathie à son égard, c'est désormais d'un déficit de crédibilité dont souffre notre président-candidat-mais-pas-candidat.

Je laisse à d'autres le soin de décrypter ce qui restera comme un moment fort de sa stratégie de l'échec, avec courbettes poussées (plus ce serait érotique) à Angela Merkel, quelques passages lacrymaux, la dose minimale de suffisance et un hommage final à Margaret Thatcher.

En revanche, revenons sur ces puissantes mesures sur le logement. Ses dévots nous assuraient qu'elles casseraient la baraque.


En fait de mesures puissantes, il n'y en au final qu'une seule, et bien déconnectée de l'urgence de la situation.D'ailleurs, elle ne concerne pas le logement pour tous mais, une fois encore, l'immobilier pour une poignée:

- Augmenter de 30% le COS. C'est-à-dire le droit à construire sur terrains ou maisons et immeubles déjà construits. 

Hormis le fait que cette libéralisation par le haut et par-dessus la jambe du bâtiment (là où il faudrait un encadrement rigoureux) provoquera un boxon pas possible au niveau local (elle sera problématique pour les maires, sans parler des diverses normes locales d'urbanisation), qu'on m'informe qu'elle a déjà été testée en 2009 dans le cadre de la loi Boutin pour un résultat nul, on s'étonnera d'un telle montagne en amont pour accoucher d'un simple droit à l'extension de son jardin d'hiver bénéficiant exclusivement à ceux qui ont de quoi s'offrir des travaux d'agrandissement.

Notons que cette mesure, la seule vaguement positive de la soirée pour le quotidien des propriétaires de pavillons à 4X4 nippon et nains de jardin (la cible), a été la première annoncée moins de 2 minutes après la prise d'antenne.

Ce n'est pas un hasard. La mesure vise l'électorat démobilisé de la France des propriétaires. La promesse d'une pièce supplémentaire, d'un élargissement de balcon ou de la construction d'un jacuzzi à vagues sans avoir à déposer un permis de construire, c'est petit niveau ambition, mais ça peut parler aux seigneurs du cocooning M6isé dont le home staging occupe les deux tiers des conversations.

Evidemment, au bout de quelques années d'application, une telle mesure n'apaisera en rien l'hystérie des loyers, ne résoudra pas le mal-logement massif des jeunes ni celui des 5.154.000 personnes en situation de réelle fragilité à court ou moyen terme, pas plus qu'elle n'arrangera les bidons des 2.778.000 qui vivent dans des conditions très difficiles et ne procurera pas un seul toit à l'un des 685.115 français qui n'en ont aucun[2].

Entre-temps, on peut en revanche tabler sur une explosion des chantiers individuels à la con un peu partout sur le territoire, avec coups de masse du soir au matin dans son immeuble ou scie circulaire en trois-huit le week-end dans le jardin du voisin: le chantier décoratif, dont personne ne profite, mais dont tout le monde subit les nuisances, étant un sport national.

Les gagnants potentiels? Les auto-entrepreneurs (aka auto-esclaves) du bâtiment, les organismes de crédit et surtout Leroy-Merlin où l'essentiel du pognon sera dépensé.[3]

En même temps, tu me diras, c'est raccord avec la hausse de TVA. 


[1] oui, dans un effort emploi-compétitivité, nous recyclons sans honte nos tweets.
[2] source. Fondation Abbé-Pierre 2011.
[2] Les promoteurs? Je n'en suis même pas sûr à moins de construire des logements discount dans des ghettos de 3e périphérie: les capacités d'endettement des ménages français plafonnent déjà.

jeudi 26 janvier 2012

Pourquoi Sarkozy doit être au second tour !


Il arrive parfois que le blogueur se retrouve coincé entre plusieurs logiques. La campagne présidentielle, tournant vinaigre pour notre monarque-caliméro qui promet aujourd'hui de rejoindre Mickaël Vendetta à Los Angeles s'il prend sa raclée en mai, est de ces moments-là. 

Rappelons d'abord que ce blog, comme beaucoup d'autres, est né de la répulsion que lui inspirait le programme, le projet de société puis l'action politique antisociale d'un président dérivant désormais à la pirogue percée sur le bilan de sa coûteuse contre-productivité. Qu'il est étrange de croiser les doigts ici pour que p'tit pépère soit encore là au second tour, et ce même si la perspective de le voir humilier dès le 22 avril avec éjection précoce aurait, il y'a un an encore, suffi à mon bonheur. 

Trêve de petite jouissance égoïste, il en va de l'intérêt supérieur de la nation.

Voyons-voir. François Hollande, discours et com' carrés, programme avancé, caracole en tête des sondages alors même qu'il gauchise à ma surprise sa campagne[1]. Mieux, la gauche dans son ensemble a retrouvé confiance en elle. Le Monarque a perdu le feu sacré, son entourage sans voix n'y croit plus. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Youpi tralala, paye ta soirée du 6 à la Bastille !


Tout commence samedi dernier chez des amis parisiens lorsque, entre deux Apéricubes, je ne sais trop comment, la discussion glisse des soldes chez Ikea au contenu du programme politique de François Hollande. Fabienne, salariée parisienne de 33 ans me demande alors "mais qui est François Hollande ?Mais pas à la façon d'une suave couverture de Nouvel obs avec la silhouette de l'homme du "changement" se découpant en ombre chinoise sur un camaïeu clair obscur. Non, Fabienne, qui a une connaissance encyclopédique des séries US présentes et à venir, maîtrise à la perfection les CGV de freemobile ou les règles de Moneydrop, ne sait tout simplement pas qui est le candidat socialiste à la présidentielle.  Et quand je lui explique, Fabienne me répond les yeux ronds et la gueule pleine d'Apericubes : "Ah bon, y'a des élections présidentielles cette année ?"

Voilà de quoi rendre humble quant à son influence tout blogueur se la pétant un peu dans les classements.

Je passe sur mes récents séjours un peu partout en france dans ma classe d'âge où j'ai surtout pu constater un rejet profond de la politique et un "je n'irai pas voter, d't'les façons tous des pourris" pas trop porté sur l’exégèse programmatique. 

Tout cela pour en venir au fait que, malgré les apparences, cette élection est loin d'être pliée. Pire, elle pourrait laisser les euphoriques du jour, comme leurs détracteurs, en caleçon sur la bande d'arrêt d'urgence.

François Hollande a une avance certaine et le candidat théorique de l'UMP explose tous les records d'impopularité est le candidat idéal pour faire perdre la droite (J'en suis le premier étonné, mais c'est à peu près la seule certitude du moment. Même Fabienne a dit qu'elle "ne voterai[t] surement pas pour Sarkozy"[2]). Il en est à un tel point d'antipathie sondagière que seul un évènement extérieur majeur de dernière minute (ex: Zapatero 2004) ou une monumentale boulette du PS (croisons les doigts) lui permettrait de reprendre la main.

J'en viens donc à redouter que notre Monarque ne soit pas au second tour. Ce serait  catastrophique pour deux raisons:

1 / Hypothèse Le Pen / Hollande (config fuck-win). Hollande gagne (mais pas avec 80%), mais reste une impression de non-légitimité comme en 2002. Dans la foulée, la droite se redéfinit sur cet axe FN-libéraux que je vois venir gros comme une baraque à frites dans le boudoir du Fouquet's.

2 / Hypothèse Bayrou / Hollande (config fuck-fuck). Pire encore. Passé l'accablement de la présence du plus vide d'entre tous au second tour (c'est pas comme s'il n'y avait pas le choix de ligne entre les candidats), dont la seule proposition concrète est l'augmentation de la TVA, il est à craindre que notre homme fasse le plein chez les socialo-sceptiques, les libéraux (c'est leur chouchou de secours), la droite rabougrie, les cryptomous, les sympathisants FN, les démocrates-chrétiens et les défenseurs du "ouais, la gauche et la droite c'est tellement dépassé" et qui éviteraient ainsi (une fois encore) d'aller voter à gauche... Ce qui nous fait un paquet de monde, et p'tet même une victoire. Taper pendant cinq ans sur Sarko (ou sur les socialistes) pour se retrouver avec un mélange frelaté et coupé à la dope libérale avec la rigueur comme seule visée et qui nous pourrit les élections depuis 10 ans, comme on dit sur Twitter:  EPIC FAIL. 

Le "blues" que nous joue le Monarque en pseudo-off n'est probablement qu'un vague coup de com (pour récupérer un semblant de buzz après le bombardement du Bourget) qui trouvera son articulation dans le show multi-télévisé de dimanche prochain (au point où il en est, c'est le moment ou jamais pour annoncer de nouveaux impôts sur les pauvres). Mais, sait-on jamais, dans un éclair de lucidité, l'homme qui parle à l'oreille des plantes perçoit peut-être le coup de sécateur annoncé ? L'ultime crasse que pourrait alors faire le Monarque contrarié à son pays serait de ne pas se représenter


Nous avons assez payé pour le savoir: il est capable du pire.


[1] Si, si. Je sais que ce n'est pas assez pour certains et qu'il est léger sur le "pouvoir d'achat". Mais il y'a un net progrès. Sur le sujet de l'immobilier, il est passé de pas grand-chose en septembre à des  propositions chiffrées, électoralement osées (et qui, comme l'attribution gratuite des terrains d'Etat aux collectivités, restent à encadrer sérieusement car le diable se cache dans les modalités locales d'application).

[2] Avant d'ajouter "ah mais je ne voterai surement pas pour la gauche"

mercredi 25 janvier 2012

Contre le mal-logement, taxer le sous-peuplement ?

 Rien de tel qu'un bon exemple pour débuter un billet.

Voici Etienne et Christine. Ce couple de la version haute de la classe moyenne, mais sans diplômes de folie ni standing bling-bling, avait 30 ans au début des années 70. Tous les deux salariés, ils habitent d'abord dans un appartement de 66m2 à Paris, prêté par leurs parents strasbourgeois, avant d'acheter crédit un appartement de 80m2, toujours à Paris, rapidement remboursé avec le concours de l'inflation. 

Le couple y élève deux enfants, Denis et Adélaïde. Christine arrête de travailler au milieu des années 70 et, 8 ans après, avec la revente de l'appartement assorti d'un petit emprunt, ils achètent une maison de 350m2 à 50 kilomètres de Paris qui devient leur résidence principale. Cette maison selon les termes des intéressés dix ans après ("ne leur a rien coûté"). Sa valeur sera multipliée par 5 en 20 ans, la région devenant "à la mode".

Etienne et Christine achètent également au milieu des années 70, pour une bouchée de pain et sur plan, un appartement de 70m2 dans une de ces stations balnéaires pustulant alors au gré des POS heureux sur la côte méditerranéenne. Appartement auquel viendra s'ajouter un studio de 40m2 au même étage acquis 10 ans après: "C'est plus pratique quand on a des invités, même si ça n'arrive qu'un ou deux soirs par an". Ces achats ont été réalisés sans coup de pouce parental. Enfin presque, Etienne et Christine gardent l'usufruit de l'appartement initial de 66m2 qu'ils finissent par racheter à leurs parents au milieu des années 90, avant que les prix ne remontent. Ce 3 pièces dans les beaux quartiers (entre-temps tout Paris est, foncièrement parlant, devenu un "beau quartier") reste inoccupé depuis 40 ans. C'est un pied-à-terre bien pratique quand Christine fait les soldes. Le louer à d'autres ? "C'est trop compliqué, c'est trop de risque, et on n'a pas besoin d'argent".

Les enfants quittent le domicile au milieu des années 90. 

Notre couple se retrouve donc avec 350+66+70+40 = 526m2 à disposition pour 2.  

Passons sur les interminables études spécialisées des enfants, ce "début dans la vie" qui, de stages en CDD, ne démarre jamais vraiment. Denis et Adélaïde n'y auront guère plus de 20m2 à disposition par personne.

Milieu des années 2000, Denis et Adélaïde sont chacun en couple et ont chacun deux enfants.

Le premier couple s'est endetté pour une maison de 100m2 en province à 60 kilomètres de son lieu de travail (La seule manière d'avoir l'impression d'"égaler" le modèle parental dans lequel ils ont grandi, c'est de s'endetter sur trois décennies minimum pour devenir propriétaire, mais avec obligation d'être en couple, chacun salarié jusqu'à 60 ans). Le second couple est locataire d'un 35m2 à Paris avec 2 enfants, logement qu'il a décroché en falsifiant ses fiches de paye et qui engouffre le maximum de ses capacités de financement.

Résumons. 

A ma gauche: deux couples de trentenaires disposant, pour l'un, de 25m2 / personne au prix d'un lourd crédit, d'une ghettoïsation et de frais énergétiques imprévus, pour l'autre, de 8m2 par personne avec perspective quasi nulle d'amélioration sans intervention politique sur les loyers ou les conditions d'accession aux logements, qu'ils soient sociaux ou privés.

A ma droite: une génération derrière, deux retraités disposant de 263m2 par personne, mais vivant l'essentiel du temps, à cause des rhumatismes, dans trois pièces (cuisine, chambre, et salon pour mater C dans l'Air spécial le monde il est dangereux). Ils ne partent plus en "vacances" dans leurs autres logements et ne savent plus très bien où se trouve la clé de l'appartement parisien. Appartement qu'ils ne veulent pas vendre, ni sous le prix du marché (inaccessible pour leurs deux enfants), ni au prix du marché "car ça va encore monter".

Cette crise du logement qui touche 10 millions de français et dont ils sont pourtant les acteurs (passifs certes, comme la majorité des propriétaires, Etienne et Christine ne sont pas des marchands de sommeil et ils ne s'enrichissent pas sciemment en exploitant les autres) est un autre monde pour Etienne et Christine. Ils ont vu leur quota de surface habitable (sans compter les héritages) s’accroître exponentiellement en 30 ans. 

Ce préambule, inspiré de cas réels de mon entourage de trentenaires galériens aux parents décontractés du foncier, pour pointer du doigt que la question de l'espace vacant ou sous-occupé est l'angle mort des discours sur le logement généralement axés sur la construction.


Dans l'immobilier, la question de la superficie n'est envisagée que sous l'angle de la valeur financière. Ce calcul glacé, parfois sur fond de cynisme individuel souvent sur fond de laxisme politique, entraîne l'augmentation mécanique des mal et non logés, sans évoquer les millions (locataires ou propriétaires) qui engouffrent une part de plus en plus importante de leurs revenus dans le logement[1].

Dans une des premières vidéos postées sur ce blog, je proposais de garantir à chaque individu à la naissance un quota de m2 habitables qu'il actionnerait ou non selon ses besoins par la suite. L'idée pouvait paraître folle en pleine transe sarkozyste de la primoaccession. Elle est aujourd'hui un peu plus entendue.

Un contributeur du Plus, Thomas Hudson, cadre supérieur également touché par le mal-logement (le problème est d'abord générationnel), évoque l'idée, sous l'approche opposée, d'un rééquilibrage des superficies "par la taxation de l’espace objectivement excédentaire de certains [...] Faute d’espace pour construire un nombre de logements importants, la répartition des m² de logements entre occupants et leurs besoins est le vrai problème inavoué d’une ville telle Paris." (mais c'est valable pour les autres grandes villes, Paris cumulant les facteurs aggravants: immobilier obsolète, concentration d'activité  pour une dimension réduite et premier spot touristique mondial).

Il propose une taxe fortement incitative de 10.000 euros / an par pièce inoccupée[1] (selon les critères de sous et surpeuplement par l'INSEE) qui serait reversée à la réhabilitation des logements anciens. Dans le cas d'Etienne et Christine, la taxe les obligerait à redevenir actif bien plus tôt sur leur patrimoine inoccupé: en le vendant, en le louant, ou en déménageant pour plus petit si l'espace habitable est surdimensionné. Dans tous les cas de figure, les prix baisseraient. Et, d'un point de vue idéologique, on sortirait progressivement du paradigme de l'enrichissement par la pierre. 

Il est intenable pour une société qu'autant d'argent soit ponctionné pour le logement, sans que celui-ci ne progresse ni en qualité (cf. les aides du bâti éco du Grenelle inapplicables) ni en quantité (où l'on se retrouve confronté au fameux paradoxe d'Apparu[2]) ni en superficie. Le type  à revenu moyen français arrive très vite à son plafond de superficie s'il reste locataire[3]. Une situation qui se généralisera puisque la capacité d'endettement des ménages arrive à bout et que les conditions d'endettement sont de plus en plus coûteuses et compliquées.

La proposition pourrait être complétée par une taxation des loyers, sur la base du revenu moyen. Un taux maximum du revenu à consacrer au loyer. Tout ce qui serait loué au-delà de 20% des revenus par le bailleur serait également taxé. L'intérêt de cette mesure est qu'elle ne s'applique pas seulement dans les "zones tendues" aux prix "manifestement trop excessifs" de la récente proposition de François Hollande.

Aux bailleurs qui argueront que c'est aberrant ou antiliberté, nous ferons remarquer que cette loi, implicite et constamment revue à la hausse, ils l'appliquent déjà eux-mêmes depuis dix ans pour refuser de louer à celui qui ne dispose pas de revenus 3 à 4 fois supérieurs au loyer  ! (Ce qui, nous l'avons déjà évoqué mille fois, est une hypocrisie à Paris: le loyer moyen demandé explosant  le salaire classique constaté).

Qui, à part les professionnels ou particuliers souhaitant le bloquer à la hausse, pourra avancer que "cela bloquera le marché" ? Le logement est trop essentiel pour n'être réduit qu'à sa dimension marchande.


[1] La gestion de l'espace dans le parc social est également à revoir de fond en comble. On m'a rapporté le cas d'une veuve de 80 ans qui vit dans un HLM de 85m2. La dame multiplie les demandes à son bailleur social pour avoir un logement plus petit:  elle n'a pas besoin de cet espace et veut payer moins cher. Le bailleur social, dont c'est pourtant la mission de loger de façon optimale ceux qui en ont besoin et alors que l'on sait qu'il des centaines de milliers de demandes HLM en cours, laisse courir sa requête.

[2] 9 fois sur 10, dans la même interview, sans que cela provoque une quelconque émotion journalistique, Benoist Apparu se félicite d'avoir construit plein de logements sociaux avant de regretter de ne pas les avoir construits là où on en avait besoin.

[3] Selon le DAL, "depuis 1984, la masse des loyers perçus par les loueurs a presque triplé une fois l'inflation déduite"

Illustrations: 2001, a space odyssey S.Kubrick 1968, Ktno.com, You can't take it with you F.Capra 1938

lundi 23 janvier 2012

L'Elysée se félicite de la fermeture du #HuffingtonPost

Émoi dans la communauté des éditorialistes et des rentiers de la presse en ligne. Quelques heures à peine après par la fermeture par le FBI de la déclinaison française du site d'information en ligne Huffington Post le jour même de son lancement, Le président a salué dans un communiqué l'action de la justice américaine:

Communiqué de L'Elysée:

"Le Président tient à saluer l'opération de grande envergure lancée par la justice fédérale des Etats-Unis à l'encontre du site de publication de contenus non rémunérés HuffingtonPost.fr. La mise à disposition illégale, selon le code du travail français, par ce service, d'œuvres protégées par le droit d'auteur, allait permettre à ses promoteurs de réaliser des profits criminels sous la forme de recettes publicitaires sans parler des retombées en terme d'image de marque. La république a fait du combat contre le travail au noir et l'exploitation salariale la clé de voûte de son action. De plus, cela constitue une fraude fiscale (non paiement des cotisations et absence de TVA) intolérable en cette période où l'on demande des efforts à chacun pour en finir de notre déficit.

Le Président de la République rappelle que la lutte contre les sites de la nouvelle économie qui fondent leur modèle commercial sur l'exploitation pure et simple des blogueurs "payés" en "visibilité", constitue une impérieuse nécessité pour la préservation de la diversité culturelle et le renouvellement de la création. C'est le financement des industries culturelles et le pouvoir d'achat des blogueurs et des journalistes dans leur ensemble qui sont mis en cause par ce type d'opérateurs.

Le président invite donc les blogueurs et journalistes exploités à intensifier leur utilisation des procédures judiciaires d'ores et déjà existantes dans notre droit et, dans un premier temps, à ne pas se rendre complices de leurs activités criminelles.

De plus à titre personnel, le Président s'insurge devant l'indigence des éditorialistes du site en question. Si les blogueurs ne sont pas payés, les pavés éditoriaux d'Anne Sinclair et Arianna Huffington (plusieurs centaines de millions d'euros à elles deux) ne valent, eux, guère plus de 30 centimes. En effet écrire que "les missions risquées des troupes françaises en Afghanistan masquent la fierté tricolore d'avoir Jean Dujardin, favori aux Oscars" ou encore que "Le Huffington Post a de "grandes ambitions" mais des "moyens limités au début" alors que végètent sur le marché de l'écrit des journalistes et des blogueurs de qualité au RSA, constitue un détournement de valeur ajoutée se doublant d'une insulte.

Continuons à lutter contre la gangrène idéologique qui tente de justifier le piratage (officialisé). Continuons à lutter contre cette menace pesant sur nos auteurs et notre patrimoine culturel, quelles que soient les technologies utilisées: pure-player du travail gratuit "financé" par un milliardaire, direct-download de textes par journalistes fatigués ou collaborations régulières non payées pour des rédactions soucieuses d'être présentes sur le net mais méprisant profondément ce support.

Vive la République, vive La France et, surtout, que vivent décemment les auteurs !"

P.S: Pour ceux en manque, ou outrés par cette odieuse censure, est immédiatement mis en place par nos services un pure-player certifié 100% crevards, le HuffingPouf. Merci pour vos dons.

Articles connexes:
- Les blogueurs sont-ils des cons ?
- Chère Anne Sinclair
- De la servitude du blogueur et de ceux sachant le flatter

dimanche 22 janvier 2012

Apocalypsimmo II : résurrection

Nouvel épisode de notre feuilleton: Immobilier, panique et spéculation.

Dans cet opus, règne une certaine agitation au sommet de l'Etat. Le Monarque,  possédé par sa pulsion de reconquête d'un pouvoir dont il n'a jamais su être à la hauteur et persistant à croire qu'il peut être réélu[1], repart en mode ribouldingue. Dans ce festival de gesticulations stériles où il fait mine de découvrir que réside depuis 5 ans à l'Elysée un nuisible à 500 Milliards ayant cassé le moral du pays, le Karcher à promesses est réenclenché. Ainsi, il nous annonçait la semaine passée, via la  peluche Apparu[2], une flopée prochaine "de mesures extrêmement puissantes" sur le logement.

Il faut dire qu'il y'a péril en la demeure.

Depuis un mois, nous assistons à la parade des promoteurs et parasites de l'immo (on les appelle aussi "les professionnels") servant en plateaux toutes les larmes de leur lobby histoire que le gouvernement ne les oublie pas avant mai.


1er cas,
Hiver 54 chez Nexity.

Les années où le pognon s’accumulait facile grâce au "foncier pour les fauchés" sont terminéesTous les pigeons ayant été pigeonnés, le marchand qui vendait de rêve de standing à un peuple terrorisé par son déclassementdoit recalibrer sa cible s'il veut continuer à marger grave.


11 janvier. Lendemain de l’appel de Cantona pour placer le logement au coeur de la campagne présidentielle, je reste interdit devant une intervention radio de Alain Dinin, patron de Nexity, reprenant à la volée l'action de la fondation Abbé-Pierre pour rappeler que "85% de la population française ne peut pas acheter son logement".

Et le patron de Nexity (qui m'a spamé durant des années pour qu'avec mes 1500 euros de revenus je fasse de la défiscalisation avec ses apparts en carton vendus 10X le prix) de poursuivre avec un "Le problème n'est pas de faire une France de propriétaires. Il faut faire une France de bien-logés". Purée, c'est beau comme du Seb Musset.

Le boy scout du béton enfonce le clou: "Je sais qu'il ne faut pas faire de philosophie mais, au fond, c'est de vivre ensemble dont on parle. On ne peut pas continuer d'exclure". Tombant de la chaise à ce moment précis, je n'ai pleinement pu apprécier le plaidoyer du promoteur ému déplorant l'exode des classes moyennes consécutif à la flambée des prix (oui, celle-là même sur laquelle il a surfé pépère durant une décennie et demie en poussant les gens à accéder à la propriété, au choix, toujours plus cher ou toujours plus loin).

Dinin a beau minimiser l'influence des "produits" pour échapper à l’impôt via l'immobilier (concernant pourtant 75% des constructions neuves en 2010) ainsi que les crédits à bas taux pour les financer, il redoute la fin du juteux business-model. Le climat craint: le politique tremble pour sa note chez Fitch et le gouvernement resserre lentement les niches fiscales du secteur. L'explosion de la pauvreté par le logement ou l'absence de logement, c'était de la gnognote. Maintenant que le volume des transactions baisse pour Monsieur Pognon, tu comprends: "il y'a urgence dans les décisions".

Dans Le Figaro, le samaritain de PTZ envisage même de diminuer ses prix de 5% cette année (après les avoir explosé de 6,5% en 2010). Comme dirait Jean-François Copé lorsqu'il est à court d'idées pour expliquer l'échec de 5 ans d'UMP (c'est à dire deux fois par phrase): "la crise est passée par là".

Vidéo d'Alain Dinin chez J-P Elkabbach, Europe 1,11/01/2011:

2e cas,
Cafpi et l'agonie du crédit.

Après les grossistes, passons aux dealers. Là aussi, grosse inquiétude: Perte du triple A et baisse sensible des intentions d'endettement chez les particuliers pour 2012. Bien média-trainé, Philippe Taboret, le boss du courtier en crédits Cafpi, intervenait le 16 janvier chez nos amis de la chaîne immo.

Dans un contexte où "L'immobilier est attaqué de tous les côtés" [comprendre, c'est la fin du Sceliier, la TVA augmente et le recul du délai pour bénéficier d'exonérations sur les PV de résidences secondaires], "on est vraiment dans une situation de désolvabilisation des emprunteurs" [comprendre, les banques ne vont désormais prêter qu'aux riches et ce n'est pas avec des bons payeurs qu'on gagne notre vie ma petite dame]. P.Taboret s'inquiète de l'assèchement du marché des primo-accédants. Avec une hausse des taux à 5%, "le [crédit sur] 30 ans devient difficile à obtenir". [Saperlipopette, la machine à gogos est cassée !] "Espérons qu'on trouve des solutions" suggère sans nuance le Taboret, rappelant que "l'immobilier est un élément important de la croissance" [et d'abord celle des vendeurs de crédit, des spéculateurs et des rentiers] avant de pointer que "bien évidemment s'il n'y a pas l'Etat pour venir soutenir la croissance et la relance, ça pose de grandes difficultés".

Pas besoin de clin d'oeil, le message est passé à l'Elysée.


Taboret affiche tout de même la confiance des beaux jours et, lorsqu'on lui oppose "hausse des taux = baisse des prix", comme l'ami Nexity il rétorque de son atout ultime (mais légèrement surfait, nous y reviendrons): "on reste dans une pénurie". Puis, il poursuit dans une vrille auto-convaincue sur le marché qui ne peut pas baisser et sur l'immobilier qui "est tout sauf un marché spéculatif". Une prestation qui mérite le Gérard du meilleur camelot d'infomercial.

Le patron serein dont on a compris en sept minutes et malgré ses roucoulements que l'activité se contracte méchant, se termine sur un bullshitesque: "L'Etat ne doit pas complètement négliger le logement en France [...] et sortir enfin une politique de logement. J'espère que le gouvernement nous en proposera une, car c'est de la croissance et du social". J'espère pour ma part que le lecteur saura apprécier à sa juste valeur cette tartufferie. Après s'être goinfré pendant des années sur la bulle, le courtier remplace les mots "projets immobiliers" dans ses prospectus (au bas des photos de couples hilares à l'idée de se coller quatre décennies de traites pour un placement foireux à Gerbouly-la-Décharge) par les mots "logement" et "social" dans des suppliques policées à destination des pouvoirs publics. Pourvu que l'Etat fasse enfin quelque chose pour le logement afin de sauver sa petite entreprise à générer du pauvre.


3e cas,
Propriétaires, rentiers et indignés !

Bonne nouvelle. Bertrand Delanoë s'attaque enfin à la pied-à-terrisation parisienne (chouchou du blog) qui, en moins de 5 ans, a transformé la capitale en annexe hôtelière privative et dérégulée d'Eurodisney. Les multi-proprios avec un peu d'épargne ont, à leur manière, avant Nexity et Cafpi, anticipé l'insolvabilité des ménages dans une ville aux loyers déjà élevés, en ne louant leurs appartements qu'aux touristes. Les loyers ont ainsi pu passer d'indécents à inaccessibles pour les gens du cru. Les bas revenus ne sont tout simplement plus souhaités à ParisNos innocents propriétaires sont désormais secondés par des agences immobilières, ou devrais-je les appeler agences de tourisme, ne se cachant plus pour afficher des 1000 euros la semaine pour un 3 pièces.

La Mairie de Paris entend faire respecter le droit en obligeant juridiquement les propriétaires de locations meublées courte durée à modifier le statut foncier des biens concernés en "locaux à usage commercial". Ce qui entraîne une amende de 2000 euros des frais parfois élevés.

20minutes nous apprend le 19 janvier que seulement 5 condamnations ont été prononcées pour le moment. Mais cela suffit pour mettre le mini cartel des agences de meublés parisiens en transes et provoquer la colère des PPP (pov'petits propriétaires) qui, on les comprend, veulent continuer à empocher trois smics d'"argent de poche" par mois en n'en foutant pas une ramée.


En plus du sondage ci-dessous extrait du Figaro, je vous renvoie à la page de commentaires de l'article du quotidien de Marcel Dassault. C'est mignon tout plein. Pour un lectorat qui n'a de cesse d'exiger plus de respect de la loi et toujours plus de reconduites aux frontières, on s'étonnera de cette défense acharnée de la transgression du code de l'habitation et de cet attachement au droit d'asile en centre-ville pour les touristes étrangers.



Résumons. Le logement est une des matérialisations les plus criantes du décrochage générationnel et de la fonte du pouvoir d'achat, se doublant d'un vrai drame humain pour les plus démunis.

D'un côté. Après avoir fait leur beurre et sentant le vent tourner, les "professionnels" du secteur font mine de s'en soucier et, à l'image du patron de Nexity ou de Cafpi, brandissent l'argument de la "pénurie". Sauf que c'est pour eux moins un argument qu'un marché à capter[3]. Et l'équation est simple: si on ne peut le capter par le bas (l'endettement standard du particulier ou/et le booster du produit défiscalisé), il convient de le récupérer par le haut (récupérer à prix cassé des terrains et, éventuellement, si ce n'est pas scrupuleusement encadré, passer à une autre dimension de l'arnaque). Dinin appelle ça le "New Deal" (on n'est plus à une escroquerie lexicale prêt): "une table ronde entre les partenaires privés, l'Etat, la fondation Abbé Pierre" (sur la photo, ça fait pus crédible) où, promoteurs et banquiers (après quelques minimes concessions qualifiées de "sociales") auront la garantie que le législateur leur offriront un cadre avantageux et pérenne pour leurs activités.

De l'autre côté. Un gouvernement incompétent dans le domaine et peu intéressé par le logement (dixit Christine Boutin) qui, malgré l'échec de sa "France des propriétaires", n'a pas changé d'un iota son analyse sur le sujet. Il considère toujours la propriété comme la panacée (ça fait des classes moyennes dociles), les locataires comme des sous-hommes (ou à peine plus) et le HLM comme le mal absolu (ça fait baisser les prix des maisons des gens biens).

L'UMP, oubliant bien vite le fiasco (humain et financier) de ses maisons à 15 euros, réfléchit encore à un "droit à l'achat" pour les locataires du parc social. Pire, j'apprends que le Monarque veut faire entrer Jean-Louis Borloo dans la boucle des négociations avec "les professionnels" susmentionnés. Avec le passif des uns et des autres, nous sommes en droit de nous inquiéter sur la direction des mesures à venir. Spécialement si les grandes lignes des "mesures extrêmement puissantes sur le logement" sont tracées par Cafpi et Nexity.

Réponse au prochain épisode.


[1] Bien que la remontée sondagière de cette tarte de droite nommée Bayrou et de son attelage de seconds couteaux libéraux, le tout plébiscité par une poignée de sectaires dont la puissance du projet politique se résume à "bah, ça peut pas être pire que Sarkozy"en plus de m'accabler sur l'état mental de mon pays, commence à m’inquiéter.

[2] La peluche Apparu existe en trois modèles: pseudo volontariste, pédante ou super fière d'elle. Elle dispose d'un vocabulaire de 5 phrases déclinables en mode shuffle sur simple caresse  journalistique. Elle vous sera livrée en 16/9 avec son modèle anti-refoulement nasal de coke et sa carte abonné libre accès sur BFM business.

(suggestion de présentation)

[3] Tu veux vraiment vite en finir de la pénurie de logements dans ce pays? Commence déjà par massivement taxer les logements vides ou sous-occupés. Tu vas voir que de la superficie va vite se libérer. Même et surtout au coeur des fameuses "zones tendues".

dimanche 15 janvier 2012

L'enlèvement

Retour sur ce funeste vendredi où, semble-t-il, une de nos lettres s'est envolée.

Nous sommes le treize du mois.

16h. L'ombre sinistre du communiqué d’SetP flotte sur le pouvoir depuis un moment. Tous les hommes du président tremblent. Sur I-télé, fébriles, Sylvestre prend conscience de l’opportunité historique. Près de Dessertine, Lorenzi ou Cohen, il joue le triste sur les ondes. Il éructe quelques certitudes entre stress et hébétude, un peu comme les reporters déboussolés des minutes d’ouverture du Zombie de Romero. 

Peu importe l’épreuve. En vérité, le chroniqueur économiste de mon slip jubile en secret: "Quelle merveilleuse opportunité pour resserrer le collier sur les miséreux et ceux du milieu, et ceux des provinces reculées ! il suffit de les soumettre encore plus, de les terroriser un peu mieux".

20h. Lors du bulletin d’info nocturne du service public, le Tintin dépressif qui gère l'économie confirme le jugement redouté. Et oui, c’est horrible. Enfin, c’est moins pire qu’en Grèce. Du moins, "si nous continuons les réformes" réitère le tiède d'un moue molle.

21h. Loin du modéré de Bercy, eux occupent les ondes TNT. L'orthodoxie des économistes invective les gueux. "Oisifs, dépensiers, devenez rigoureux nom de dieu !" D'un coup de Bi-bople président les sermonne: "Euh, mon script de cet été est une erreur. Terminée l’époque du «Si on perd cette triple lettre, je meurs». Ne hurlons plus sur les infortunés qui polluent mes espoirs de réélection. Lettre ou non, le printemps venu, ils prendront les urnes. Répétez-leur plutôt que perdre cette lettre est presque bénin, limite indolore. Préservons sévérité et coups de fouet pour les jours heureux qui suivront notre glorieuse victoire contre Le Pen fille."

22h. C'est fini. Ils n'y croient plus. Plus rien ne peut stopper les dévots des dividendes qui exècre cette dette. Le fiel horrifié est expulsé de nos chroniqueurs usés tel le jus poisseux d'un fruit trop mûr. Et ils y vont de leurs couplets de procureur et pointent du doigt le citoyen: "Tu bosses moins que les boches! Tu prends trop de jours fériés! Tes RTT pourrissent notre budget! Tu empêches de jouir de leurs revenus exponentiels nos grosses fortunes, courtiers moyens ou petits rentiers. Eux seuls sont essentiels pour notre société."

23h. "Le sommeil porte conseil et rien ne sert de communiquer vite: ce soir, les yeux du petit peuple sont rivés sur Confessions intimes !" susurre le président vers ses sbires. Ces derniers restent interdits. Kéké et grossiste en poissons sur internet préfèrent pour une fois se censurer. C'est dire combien cette remise de note renforce, entre eux et lui, le délétère

2h. Le repos présidentiel est troublé. Les courbes en botox d'une muse vitrifiée ne le stimulent en rien. Elle lui réitère tout de même son soutien, de dix minutes minimum, si les prévisions Ifop se confirment le jour du scrutin. Il ne dort plus, l'échec se précise. D'insomnie, il dérive vers une rediffusion de "Money drop". Il pense: "les gens sont-ils sérieusement si stupides ? Etre réélu est donc possible". Il s'endort et songe: envoyons Juppé en première ligne sous les spots et les micros. Il peut s'en sortir et je me préserve.

Le jour se lève. 

9h.  Le concurrent PS s’offre un point-presse pour signifier que cette note est le contrecoup d’une politique de rigueur inique et contre-productive. ...et que vous verrez ce que vous verrez en fin de mois (ou bien mi-février, pourquoi se presser ?).

10h. De son côté, le premier ministre insiste : "Déroulons nos mesures. Elles n’ont pu pleinement montrer l’étendue de leurs effets. C’est une question de temps. Notre chef est le meilleurRenouvelons-lui notre soutien."

11h. Revigoré, le plein d'EDL effectué, Estrosi se détend le sphincter sur twitter : "Cet enlèvement de lettre résulte d'une politique communiste qui sclérose nos terres depuis un demi-siècle" publie-t-il (ou quelque chose de proche).

12h. Les rentiers, eux, écoutent Minc sur le poste de TSF. Les prix du crédit pour les besogneux d'en-dessous qui s'endettent pour se loger risquent d'enfler. Des coins les plus friqués remonte cette supplique des proprios indignés: "Dieu du pognon, pourvu que les prix de l'immobilier continuent de grimper".

13h. Quelque freluquet du CFPJ, vêtu d'un tricot de fer, questionne Mélenchon sur le sujet. Des bouts de Mougeotte encore coincés entre les dents, le furieux lui gueule un bien senti: "Je m’en fous de vos Fitch et Moody's et de leur note bidon ! Nos vies importent plus que leurs profits !".

16h. Le blogueur s’interroge. Comment mes voisins vivent-ils cette correction des recteurs d'économie, devenue lourde ritournelle des experts en rigueur obligée? Quelqu'une lui répond: "Je m'en moque, vive les soldes !". Un mec lui glousse, content de lui: "Free Mobile me permet d’économiser trente euros, c’est le pied !". Une copine lui souffle : "Mon coffret DVD de Dexter et moi, on se concocte un pur week-end. Vingt-six épisodes d'un coup c'est top !". Un type en colère hurle: "C'est tout vu: Le FN m'offre 200 euros mensuel de plus". Seul, ce vieil homme s'inquiète: "Misère. Les chômeurs perdent espoir. Les jeunes ont des boulots peu rémunérés, les vieux des pensions réduites. Pour bien vivre ici, il ne reste plus que le Loto."

Le blogueur tente une synthèse: "Certes, les cieux s'obscurcissent sur l'Europe. Nous pouvons toutefois continuer de vivre bien une lettre en moins, non? Trembler comme ils veulent que l'on tremble est inutile. Pire, on est sûr de perdre puisque c'est jouer un jeu dont les règles sont les leurs". Sur ces lignes, il conclut son texte et se réjouit, un peu, que cette conjoncture et ces prêcheurs d'une économie décérébrée qu'ils soient incompétents, soumis, ploucs ou cyniques, lui permettent, même brièvement, de copier Perec.

vendredi 13 janvier 2012

Top 13 des solutions d'urgence pour récupérer le triple A avant mai


Comme nous vous l'avions annoncé à noël, malgré la courageuse politique d'austérité de notre gouvernement qui n'a pas minimisé ses efforts pour nous dégrader la vie, en ce vendredi 13, l'indispensable agence de notation Standard and poor's fait panpanculcul à La France et rétrograde la note de sa dette. 

Mais notre souverain ne se laissera pas abattre. En exclusivité, nous sommes en mesure de vous dévoiler les 13 pistes qui vous seront prochainement annoncées pour récupérer notre bonne vieille note avant mai non mais:

13. Une formation à la panique pour les Français qui ne se montreront pas assez paniqués est immédiatement mise en place sur les chaines d'information continue.

12. Seuls les fonctionnaires dont le nom de famille commence par 14 seront autorisés à avoir une paye complète cette année.

11. La barrière du déficit à 3% du PIB étant régulièrement défoncée, nous exhortons l'Europe à la fixer à 0,5%. Cette fois-ci ça va marcher.

10. L'âge du départ à la retraite est fixé à 213 ans. (Une dérogation sera accordée à Alain Duhamel pour qu'il puisse rester à l'antenne au-delà de cette limite).

9. Nous instaurons le port obligatoire d'un badge "assisté" pour tout allocataire de prestations sociales (et ce afin de prouver notre bonne volonté nationale à S and P avant le "sommet social" du 18 janvier).

8. Le système des congés payés est conservé. Mais inversé. Les congés seront à rembourser au patron.

7. Jean-Marc Sylvestre est nommé à la tête de France Télévision.

6. Dans ce cadre, un grand plan de relance sera engagé sous la forme d'un jeu de télé réalité réunissant des chômeurs qui s'entre-tueront dans l'espoir, pour le dernier survivant, de gagner un stage au Huffington Post.

5. Dès la maternelle, l'allemand sera instruit en première langue obligatoire. (Avec cours de confection de cailloux en salade, cake au gravier et initiation au Sirtaki, on ne sait jamais).

4. Adoption immédiate de l'amendement Dassault : Les allocations des chômeurs seront directement reversées aux ménages les plus aisés pour éviter qu'ils quittent le pays.

3. Nous demandons immédiatement à Claude Guéant d'augmenter le nombre d'expulsion. Avec la perte du triple A, il est désormais prouvé aux yeux de tous que les étrangers nous dépouillent progressivement de notre alphabet bien de chez nous.

2. Nous prenons acte de la dégradation de la note de la dette française en interdisant la gaucheIls font rien qu'envoyer ce pays dans le mur depuis qu'on est au pouvoir.

1. Nous planchons avec le gouvernement sur la mise en place d'un permis de vie sous la forme d'un forfait renouvelable, payable tous les 5 ans. Vivre à moins pour vivre mieux.

Nous y arriverons, surtout si vous y mettez du votre.

jeudi 12 janvier 2012

La vie unplugged mode d'emploi

Il a osé. Le blogueur Thierry Crouzet, théoricien du réseau et"auteur expert de rien", a débranché. Il s’est confronté à lui-même pour un Dukan d'octets en s'excluant d’internet 6 mois. Ni courriel ni tweet, pas un billet de blog, plus un seul poke sur facebook, rien. Il en a tiré un récit: j’ai débranché où il décrit ses retrouvailles sans scrolling, klout, ni interface avec les siens.

En toxico standard du "je" et du réseau, bien que je parte de moins loin que Thierry, il m'a été impossible de lire son aventure intérieure sans la ramener à la mienne. Certaines pages de son récit résonneront comme un écho pour ceux qui s'autoflagellent au quotidien pour ce temps volé par l'écran et non redistribué à leurs proches. C'est la première dimension de l'addiction de Crouzet, celle qui parlera au plus grand nombre (et que, les mélomanes s'en souviennent, France Gall avait déjà parfaitement identifié en 1984 dans son orwellien "Débranche"). 

Les premières semaines du sevrage, passant d’une angoisse à l’autre, Thierry touche le fond du problème et donc le début de la solution. Le problème n’est pas le Net, mais lui. Il doit réapprendre à vivre avec les autres. Et le récit passe de la théorie à la dissection naturaliste d'un quotidien de plus en plus agréable où l'adulte redevient enfant, où l'enfant jouit de la nature (presque) sans les comparer aux meilleures descriptions que l'on pourrait en trouver grâce au "flux".

« Je ne peux pas accuser le réseau d’être la cause de mes maux. Il présente certes un caractère aggravant, mais guère plus que les douze plants de tomates que je dois semer avant la nuit. »

Le Net n’est qu’une nouvelle composante de la seconde atmosphère: la non vitale (mais avec peu d'espoir de pouvoir s'en passer un jour donc faisons avec). La roue a changé la production humaine, les cartes ont changé notre relation à la géographie, la voiture l'a accélérée, le téléphone l’a dématérialisée, le crédit a perverti notre rapport à la propriété, Internet a brassé tout ça dans un grand shaker en moins d'une génération

L'overdose de Crouzet questionne d'abord ceux qui, par leur âge, ont encore en eux la marque de l'Ancien Monde off line. Trouver une information, un disque pouvait prendre des semaines, communiquer coûtait cher et le journal intime n'avait qu'une finalité: être intime (bref, la zone)

Le Net partout, tout le temps sur tous les supports, l'idée même d'un Net étaient alors à peine concevables pour le plus grand nombre. 

Il parait qu’aux balbutiements de la voiture, les Dominique Wolton de l'époque affirmaient que personne ne pourrait voyager au-delà de 10km/h à cause des effets stroboscopiques qu'entraînerait sur nos organismes le défilement des arbres au bord des routes.  Nos enfants font de la voiture dès la sortie de la maternité. Ils savent surfer sur internet avant même de savoir écrire. 

Le seul vrai danger immédiat auquel nous confronte le réseau (après Nadine Morano), c'est l'éparpillement: ce syndrome du multitâche, la version 2.0 du "toujours plus" dans lequel certains, comme votre rédacteur pourtant au fait de ces déviances, se laissent embarquer. Cette pathologie où tout est fait, su, lu, écrit, mais à moitié bien, est en pleine expansion. Depuis dix ans, on plesbiscite sans le questionner l'humain multi-tâches comme "un progrès" histoire de mieux lui vendre la quincaillerie assortie: téléphone et tablette. 

Certains prétendent que nos cerveaux vont se modifier au fil des années. Peut-être. Mais combien de migraines d'ici là ?

La seconde dimension de l'addiction de Crouzet est plus paradoxale et personnelle: Comment vivre sans le personnage que l'on s'est créé aux yeux des autres sur internet durant des années? La substance, toxique et stimulante, c'est le réseau: la récompense c'est l'existence améliorée, voire la notoriété.

« Avant de lancer mon blog, jamais je n’écrivais à des inconnus. J’avais peur de les importuner. Il ne me venait pas à l’idée de serrer la main d’un auteur lors d’une dédicace pour lui confesser mon admiration. Je n’effectuais jamais le premier pas. J’étais un infirme social. Internet m’a ouvert aux autres »

Vraiment ? Plus tard, Isa, sa compagne, lui lance :

« - Toi timide ? C’est n’importe quoi. En vérité, les gens t’emmerdent. Tu es un misanthrope. Tu es devenu accro au Net parce que tu ne savais pas quoi faire de ta vie. [Et pan !]

Pourquoi se lance t-on dans la construction de cet appartement-témoin du personnel nommé blog? Une haute estime de soi? L'étroitesse du quotidien? Le maladroit social se révèle dans le virtuel (ou plutôt cette dimension du réel appelée "virtuel"). Aux premières réponses des lecteurs vient l'euphorie. Vite s'invite le (redoutable erreur) sentiment d'obligation envers son audience. Trop tard, on déplore les effets chronophages des déclinaisons dématérialisées de son avatar. S'insinue alors l'envie quasi quotidienne de tout plaquer. On revient vite à la raison: M'enfin je ne peux pas, ce type sur internet c’est moi. 

« Je prends conscience que mon blog aura été ma maison immatérielle : il m’a donné de la force, un point d’appui et de retour. Les réseaux sociaux n’en étaient qu’une extension. »

Du coup, s'il veut rester alerte et créatif (genre se concentrer sur un support écrit de 300 pages disponible en librairie) le blogueur doit rompre ce champ énergétique l'aimantant au réseau et prendre sur lui. Et c'est ainsi que votre rédacteur suivra prochainement les judicieux conseils de Thierry. 

Enfin bon... on a d'abord une présidentielle à faire perdre à gagner.

J'ai débranché, Thierry Crouzet
Le 11 Janvier aux éditions Fayard, 324 pages.

Figaro du jour, première version

En exclu, la première maquette refusée du Figaro du jour.
Motif: "On en fait un peu trop, ça va finir par se voir".
Sans son organe de presse mettant les points sur les i, que serait cette droite traitant de minables ceux qui gagnent moins de 5000 euros par mois, lâchant débonnaire que si la gauche passe ce sera la guerre et que le Fouquet's, mes fauchésc'est les mêmes tarifs qu'au Flunch

Tandis que l'UMP se délite de l'intérieur, la côte de popularité du souverain s’effondre chez les seniors. Ce Quotidien du Fâcheux Dassault a donc décidé de leur rappeler, statistiques "retravailléespar un drôle d'institut à l'appui, que les Français ne bossent pas assez 

(Sans blague ? Ce gouvernement en a expédié 1 million au chômage en moins de 5 ans).

A l'approche du "sommet social" de son poteau Nico, merci à Sergio la rafale de contribuer au tapissage des cerveaux fatigués sur les bienfaits de la modulation promise du temps de travail applicable à tous les salariés (mais à la carte pour l'entreprise) et de la baisse à venir des cotisations sociales versées par l'entreprise, transférée sur le dos de tous les consommateurs et pesant prioritairement sur les plus pauvres d'entre eux.

lundi 9 janvier 2012

Enfin touché par Intouchables

Gloire aux César qui, pour une fois, servent à quelque chose! J'ai enfin vu Intouchables. Le film qui vient de détrôner La Grande Vadrouille au box office des cartons français.

Me voilà, certes avec un peu de retard, autorisé à donner mon avis de minable sans coeur qui, tel l'Alain Minc indigné, voit de la lutte des classes à chaque coin de rue.

Je ne m'attendais pas au pire. Nakache et Toledano ne sont pas des manchots, et on ne peut pas fédérer 1 français sur 4 avec un navet. Toutefois, j'éprouve une drôle de sensation lors de la première demi-heure pas loin de me rappeler le "oui m'am Scarlett" d'Autant en emporte le vent. Mais bon, grâce au lubrifiant du ricanement[1], une fois avalé le postulat caricatural (mais "basé sur une histoire vraie" alors on ne peut rien dire) du rentier over-fortuné et bon samaritain pour le type de la té-ci (l'assisté avec casier, mais à bon fond[2] qui est progressivement extrait de sa condition), on se pique au jeu d’un buddy movie bien foutu et magistralement interprété. 

Le succès du film n'est pas "un phénomène de société"[3]. 1 / C'est un bon film bien écrit qui rappelle les comédies (de crise) de Frank Capra. 2 / Dans ce pays, une fois que les 7 ou 8 millions sont dépassés, le nombre d'entrées tourne quasi systématiquement à l'exponentiel. On ne va pas voir "Intouchables" pour voir "Intouchables", on va le voir pour ne pas avoir à avouer qu'on ne l'a pas vu. Le film n'est plus un film, c'est un sujet de discussion. Peu d'oeuvres art arrivent à ce niveau: à peine quelques matchs de foot dans l'année et la finale de Masterchief.

Le tour de force est de satisfaire toutes les générations, de réunir l'humour Canal et la gériatrie apeurée de TF1 autour du plus puissant dénominateur esthétique commun: la thune.

Voyons peut-être dans ce succès la seconde lecture possible du film où le lourd handicap de François Cluzet en cache en fait un autre, plus large. Ne serait-ce pas une jolie parabole sur l'angoisse de la mort dans une société de vieux qui n'en finissent pas de vouloir jouer les jeunes avec, au premier rang, la question (de moins en moins tabou rapport qu'on se rapproche de l'échéance) de la dépendance et de l'assistance en fin de vie 

D'un côté des vieux qui ont le pognon (ça valorise les vieux et rassure les jeunes), de l'autre une population au ban de la société, mais sympa (ça valorise les jeunes et rassure les vieux). Inutile de faire un dessin: il faut progressivement convaincre les derniers de servir les premiers, en les persuadant qu'il en va du "sens de leur vie" et que c'est là l'étape obligée d'un "ascenseur social" qui, cette-fois c'est sûr mon brave, va marcher. Ce que montre exactement le film (tout en faisant globalement l'impasse sur le quotidien des soins, comédie oblige).

En attendant, "Intouchables" oeuvre pour réhabiliter la place des handicapés (enfin surtout ceux avec du pognon) dans l'espace social et public. Et c'est déjà bien. Comparée aux pays anglosaxons, je peux vous assurer que la France (de l'urbanisme aux commerces en passant par la place en entreprise) est à la pointe de la nullité dans le domaine.

Maintenant, j'attends avec impatience la suite. Celle où le quinqua friqué de la ville va seconder en cité le jeune tétraplégique. 

[1] qui, depuis dix ans, est la plaie de l'humour français.
[2] qui aime Kool and the Gang et EWF ne peut pas être un mauvais gars.
[3] Un "phénomène de société" : c'est la privatisation progressive du système de santé par exemple ou la crétinisation des masses chaque soir à la télé.

samedi 7 janvier 2012

Charles Beigbeder n'est pas un minable

Parfois j'ai l'impression de rabâcher, de m’appesantir en prose sur l'expertise économique des valets omniscients de l'oppresseur qui font passer, d'une chaîne à l'autre, l'application de la barbarie sociale pour de la sagesse sans alternative. Je me dis: "non tout de même, ils ne sont pas aussi caricaturaux". Et, je débusque à la source un libéral de compétition. Et voilà qui me réaligne sur mes fondamentaux.

Enter Charles Beigbeder. Frère de Frédéric, natif de Neuilly-sur-Seine. C'est un beau libéral venant d'un bon milieu et ayant fait les bonnes écoles. Il a crée Selftrade, récupéré les morceaux de la libéralisation du marché de l’électricité pour lancer Poweo (avec laquelle il a empoché 44 millions d'euros en vente d'actions). Il a tenté de prendre la tête du Medef avec un plan pourtant avant-gardiste de déréglementation des embauches et de fluidification des licenciements. Aujourd'hui, en toute simplicité, il achète à tour de bras des terres cultivables en Ukraine (comprendre: se prépare à tirer profit de la prochaine bulle spéculative sur la faim). Du coup, toujours proche du petit peuple, notre président l'a décoré de la Légion d'honneur

Comme tout bon libéral thuné[1], il souhaite se mêler de politique pour s'assurer que la politique, elle, ne se mêle pas d'économie. L'homme aux convictions charpentées (à la fois au Parti Radical et à l'UMP, donc à priori bientôt au Modem) veut se présenter aux prochaines législatives à Paris sous bannière UMP. Ne pas rigoler, avec ce gouvernement, c'est le genre de gus finissant premier ministre. 

Un soulagement pour le président de l'UMP. Tournant largement à plus de 5000 euros par mois, Charles Beigbeder rentre dans la catégorie des élus non "minables" prisée par Jean-François Copé.

Samedi 7 janvier. Charles Beigbeder était l'invité de "c'est arrivé cette semaine" de Dominique Souchier sur Europe1. Après un plaidoyer pour la défense de la TVA antisociale dont notre rentier a le mérite de reconnaître que, bon oui, les retraités et les chômeurs vont la manger plein pot tout en regrettant que ses compatriotes se montrent si pessimistes (que diable, un peu de courage les pouilleux), il revient sur une des propositions de son nouveau livre: la Flat taxLa vieille lubie libérale (qui va de concert avec la TVA antisociale) est d'une redoutable simplicité rhétorique. Elle se sert d'une pseudo "égalité" devant l'impôt pour préserver les plus riches et arnaquer en silence les classes moyennes (qui n'existent pas, nous n'aurons de cesse de vous le rappeler[2]):

Voici un passage de l'émission. 2 minutes 19 de coït libéral où un pan complet du courant de pensée libéral (c'est à dire pas grand-chose) est condensé:

- Puisque l’impôt serait "injuste" au prétexte que "50% des ménages ne le paient pas" (un classique, exciter les fantasmes des pauvres en les divisant) et qu'il serait "complexe", prélevons le même pourcentage des revenus pour chacun (sauf que sur 20% d'un smic, il te reste 800 euros et que sur 20% de 44 millions, il te reste 35.200.000 euros, hein Charlot ?)

- Les riches seraient riches d'abord "parce qu'ils travaillent" (rires) et d'abord "ils réinvestissent" (dans des produits spéculatifs, l'immobilier, la plupart du temps pour finir par nuire à la collectivité)

- Prendre l'argent des riches est "un déni de propriété" (par contre celui des pauvres, on peut y aller, ça s'appelle de "l'égalité")

- Même si les riches ont plus d'argent qu'ils ne pourront jamais en dépenser, c'est pas grave: leurs héritiers le feront. (Ça c'est du ruissellement. Que veux-tu, l'argent ne doit pas être tabou du moment qu'il reste entre gens de bonne compagnie).

- Et, last but not least : l'impôt progressif, c'est un truc de ce socialisme qui conditionne nos cerveaux! (Et il est convenu qu'à l'instar du téléchargement illégal et de la pédophilie, comme on dit en Hongrie, le socialisme c'est le mal). 

Voilà, le monde parallèle dans toute sa splendeur. Régalez-vous!


[1] Il existe des libéraux pauvres. On appelle ça des cons. Double peine: la vie de pauvre standard + une vie à être éternellement frustré de ne pas être riche tout en continuant à défendre l’efficacité de la méthode. 

[2] Schématiques, nous considérons qu'il existe des pauvres, des riches et une pyramide de nuances séparant les deux, dont la base (largement majoritaire) est maintenue dans le camp idéologique de l'élite grâce à quelques sucettes : consommation transgressive, crédit, loto. Quand les sucettes ne sont plus abondantes, rapport que c'est "la crise"TM, le pouvoir branle de la peur, sort l'armée et la police. D'où l’intérêt pour le libéral d'être dans le camp des dominants à ce moment-là. Rapport qu'une fois les questions des droits de l'homme et du citoyen ne sont plus prioritaires, il y'a des affaires à faire.