mardi 7 février 2012

Supplément au roman fiscal

Complément de l'article d'hier sur l'imposition promise de 200.000 foyers parmi lesquels des bas revenus en passe de subir une double-peine

Ne nous méprenons pas. Je suis un défenseur de l'impôt et considère qu'aucune pédagogie sur le sujet (hormis sur les bienfaits d'en payer toujours moins) n'est vraiment relayée dans les médias et chez la majorité des politiques. Ses bénéfices pour la société, et pour chacun dans son quotidien, sont d'ailleurs souvent omis dans le calcul de leur niveau de vie et de leur pouvoir d'achat par ceux qui se plaignent de "trop en payer". 

De plus, comme le souligne un lecteur dans les commentaires, le vrai problème n'est pas tant cette nouvelle imposition que le manque structurel de revenus par le travail pour s'en acquitter. Déficit qui n'est pas prêt de s'arranger si l'on reste scotché au seul impératif de compétitivité (petit jeu où l'on trouvera toujours salarié moins cher que soi). Ne pas payer d'IR n'est pas un luxe pour la moitié des Français. Ils ne me demandent pas mieux que d'être payés décemment, pour enfin rétrocéder à la collectivité une part de leurs revenus.

En faisant du tri, je suis tombé hier soir sur une perle d'article: bijou ultime sur la vision de l'impôt sur le revenu par la droite libérale. Publié dans Valeurs Actuelles en décembre 2011, l'article se nomme "l'impôt immoral", il est rédigé par Jean-Philippe Delsol, avocat fiscaliste (bref, c'est un peu comme si un serial killer écrivait, "la police immorale"). 

Sa conclusion :

"...Et là est bien le vice inhérent à la fiscalité contemporaine. Elle a été dévoyée pour financer non plus seulement les activités régaliennes dont l'État est traditionnellement chargé (défense, sécurité et justice), mais des domaines inépuisables et d'ailleurs inépuisés, du secours à tous les malheurs du monde, hélas eux aussi inextinguibles, à la prise en charge de tous les besoins d'un peuple qui réclame d'autant plus d'assistance qu'il est plus assisté. L'État devient lui-même comme le grand inquisiteur de Dostoïevski qui proclamait que la multitude avait besoin de servitude, il reproduit le modèle de la Rome décadente régnant en offrant sans cesse plus de pain et de jeux. Ce faisant, l'État détruit l'homme à petit feu, en le faisant mijoter dans une douce quiétude agissant comme un poison lent qui tue l'initiative et la liberté, qui attente ainsi à ce qui fait notre propre humanité. Et c'est en cela que l'impôt est aujourd'hui le plus immoral." (texte intégral ici)

Résumons: l’impôt ne doit servir qu'à payer la police, le fonctionnement tribunaux et faire la guerre chez les mal civilisés (notons que seule la troisième partie est pleinement remplie aujourd'hui). Il n'est pas question d'égalité devant l'éducation, la santé... tout ceci se doit, comme pour le logement, d'être réglé via le "marché" (aka la main invisible dans ta gueule et t'as qu'a mourir de froid dans la rue si t'es pas assez compétitif). Pour le reste, dans cet obscur zone du dégoût qu'on appelle solidarité, l'impôt ne fait, pour l'avocat fiscaliste, qu'entretenir une situation qui ne mérite pas d'être résolue autrement que par elle-même. En décodé: par la disparition pure et simple des plus faibles[1].

Jean-Philou, mets-y autant de "morale" et de "pragmatisme" que tu veux: la vision que l'on a de l'impôt révèle d'abord celle que l'on a de son prochain. 

[1] Les déviants du TINA dans le wagon suivant.

10 commentaires:

ema / La bienveillante a dit…

Ce monsieur a le mérite d'être très clair. Ce qui est triste avec notre classe politique de droite c'est qu'elle n'assume pas ces instincts. A part notre ami Wauquiez

Nihil a dit…

"Vous en avez assez de ces assistés...? Et bien, on va vous en débarrasser !"

Anonyme a dit…

je pense que la grece a fait pas mal pour convaincre les gens que payer des impots c est pas forcement une mauvaise chose. Si on veut avoir un pays qui fonctionne et pas devoir donner des pots de vin a tout bout de champs, il faut bien que l etat ai des sources de financement

J ai lu la totalite de l article de valeur actuelle. Il y a quand meme des critiques qui ne sont pas forcement a ignorer:
1) le changement incessant de la legislation. Chaque gouvernement cree sa niche fiscale et supprime celle de ces predecesseurs. Le probleme c est que ce type de comportement detruit toute strategie a long terme. Dans une environnement mouvant, il faut faire que du court terme
2) Les choix discutables de nos elus (il prend l exemple de subvention a l art moderne a Lyon). Je pense personnellement que les francais seraient bien moins retissant a payer s il y avait moins de gabegie et que celle ci etait sanctionnee reellement (Chirac est le parfait contre exemple de ce qui n est qu un reve de ma part). A t on vraiment besoin d un art officiel (qui avec le recul n a jamais aide les artistes qui seront avec le recul considere comme majeurs), de subventionner des equipes de foot, d entretenir des primiculteurs corses... Et je ne parle pas la de la corruption pure et simple

Pour le fun, Hollande parle d augmenter les impots des plus riches mais lui meme n hesitait pas a frauder l ISF avant 2007 (cf la fameuse villa de mougin)

Un partageux a dit…

Ouh la la ! Quelle belle prise tu as fait là ! C'est un beau modèle de citation. Voici quelques années Jacques Généreux a publié "Pourquoi la droite est dangereuse ?" On est dans la même lignée.

Je ne sais pas ce que tu as prévu mais je te conseille de le faire empailler, ce Jean-Filou.

fer a dit…

Jean-Philippe Delsol, frère de Chantal Delsol, beau-frère de Charles Millon, droite catholique maurrassienne old school...

Intéressant de se replonger dans cet article de Libé de 1998 qui dresse le portrait de la famille Delsol .

Anonyme a dit…

la vision que l'on a de l'impôt révèle d'abord celle que l'on a de son prochain.

Merci pour ce blog. Un peu d'air dans cet occident vicieux et vicié.

BA a dit…

Nadine Morano déclare :

"Les images restent, alors il faut faire attention à tout, surtout quand on est une femme, scrutée du brushing aux chaussures. Le problème d’image d’Eva Joly ne vient pas que de son accent, c’est aussi physique."

http://www.leparisien.fr/tv/nadine-morano-a-adore-les-hommes-de-l-ombre-08-02-2012-1851544.php

Mathieu a dit…

Bonjour Seb,
hors sujet, mais ça t’intéressera:
Meluche propose un decret de réquisition général des logements inoccupés dans son discours d'hier.
Je te conseille l'écoute de tout le discours car la partie sur le droit du travail est excellente.
J’espère que ce discours te convaincra, je sais que tu es sceptique (et peux le comprendre):
http://www.jean-luc-melenchon.fr/2012/02/07/meeting-front-de-gauche-de-villeurbanne/

Merci pour ton travail,
Mathieu

P.S: si jamais (par malheur) tu n'avais vraiment pas le temps, alors la partie consacrée au logements vacants (ton sujet de prédilection du moins depuis que je te suis) est a la 55ieme minute

BA a dit…

Affaire Bettencourt. Eric Woerth mis en examen pour trafic d'influence passif.

"M. Eric Woerth a été entendu ce jour à partir de 9h30, dans le cadre de l'information judiciaire suivie par M. Jean-Michel Gentil, Mme Cécile Ramonatxo et Mme Valérie Noël, des chefs de trafic d'influence actif commis par un particulier, trafic d'influence passif commis par une personne investie d'un mandat électif public, financement illicite de parti politique ou de campagne électorale", indique le communiqué.

"A l'issue de cette audition qui a pris fin à 21h50, il a été mis en examen du chef de trafic d'influence passif, délit prévu et réprimé par les articles 432-11 et 432-14 du Code pénal", ajoute le parquet.

Le délit de trafic d'influence est puni de dix ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.

http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/france/affaire-bettencourt-eric-woerth-mis-en-examen-pour-trafic-d-influence-passif-08-02-2012-1594890.php

Anonyme a dit…

Bonjour,

Je suis également pour payer des impôts... dans la mesure où ils protègent les méritants malchanceux.

Mais il ne faut pas que l’impôt décourage les forces vives au risque de tous nous appauvrir.

Tout est question de dosage.

Donc, attention de ne pas aboyer trop fort contre ceux qui proposent de mal répartir les richesses car nous risquons d'équitablement répartir la pauvreté...

a+, Leprisonnier