A l'approche des présidentielles, bien que les questions de logement préoccupent les Français (enfin surtout les jeunes),
la garantie d'un toit à prix honnête pour chaque citoyen est considérée par les partis de gouvernement comme une sous-thématique exotique sentant l'utopie ?
Cette garantie devrait pourtant être une des fondations du discours du candidat à la présidence de la république.
Dans ce domaine aussi vital que la santé ou l'alimentation, les gouvernements successifs ont pris le pli de la grande cause du marché. Depuis dix ans,
le logement y est vidé de son sens "habitat" au profit du seul "projet immobilier": une formule publicitaire rabaissant au même niveau l'énième spéculation standard de senior rentier surfant pépère sur un
Scellier défiscalisé qu'un endettement sanglant sur 40 ans d'un jeune couple sous le salaire médian. Censé
compenser la stagnation des revenus du travail, "
l'investissement dans la pierre" est devenu le dernier (avec le
loto) territoire d’
enrichissement possible pour le citoyen. Bombardé de messages à sens unique depuis une décennie, le peuple se fond dans la
logique spéculative de l'immobilier sous la bienveillance du politique.
(Basique: Le "projet immobilier" pour vider les poches des seniors dont l'horreur suprême est de reverser aux impôts pour la construction de logements sociaux. A noter, la référence au "plan immobilier du gouvernement" qui donne un cachet officiel à l'escroquerie.)
Selon
une récente enquête du Crédit foncier,
près des deux tiers des Français (notamment chez les jeunes)
déclarent vouloir réaliser une plus-value immobilière au moment d'acheter un appartement ou une maison.
Ils étaient moins de la moitié 30 ans plus tôt. «
En 2010, 22% des acheteurs formulent leur intention de revendre dès que possible, contre 4,2% en 1980», explique au
Parisien, le directeur général du
Crédit foncier.
(Tout piège à couillons nécessite un bon appât.
Ici, la promesse d'enculer le notaire.)
Ne nous cantonnons pas aux plus de 3 Millions de mal-logés et autres
galériens de la location qui ont vu
doubler leurs loyers en 10 ans.
Le propriétaire (enfin le jeune endetté qui
se tripote sur sa PV rêvée)
a aussi subi durant la même période un doublement des prix (qu'il a auto-alimenté, paradoxalement exclu du locatif social et/ou privé mais pouvant accomplir la dinguerie d'emprunter à perpétuité à sa banque sur la même base de revenus). Tandis que la génération d'avant
bénéficie de la situation, le primo accédant, lui,
compense un prix du m2 déconnecté des réalités salariales en s'endettant plus dans l'espoir de gagner plus. Sorte de gros bien de consommation,
le "projet immobilier" est devenu le contrat social des conjonctures grises, déviant le manque de vision collective vers l'individualisme pavillonnaire et son corollaire, l'onanisme ornemental. Seulement, entre
l’éloignement, l'explosion des coûts énergétiques, les bicoques "à rénover" et les moult sacrifices quotidiens à consentir en secret (on s’en vante rarement) pour décrocher et conserver son petit coin de paradis amer chèrement payé :
être propriétaire ne protège pas du mal-logement et de la pauvreté.
(- Chérie ? Etant donné que nous sommes bloqués ici jusqu'en 2050,
et si on agrandissait le toit ?)
Autre conséquence:
restent enfermés "dehors" ceux qui n'ont pas rejoint à 40 ans la ritournelle des primoaccédants (épaulés par papa/maman, les banques et des subventions d’Etat aux plus aisés au moment où sont réduits les crédits vers le
logement social et
l’hébergement d’urgence).
En plus de la dramatique multiplication des sans domicile,
une souffrance sourde et massive se développe dans le bas de la classe moyenne qu'elle soit en location ou propriétaire. En plus d'être violentée et méprisée dans le travail,
elle est précarisée par un logement aux dimensions de plus en plus réduites pour un coût de plus en plus élevé. Échec scolaire des enfants et
pathologies liées aux conditions de logement
insalubres sont les premières conséquences du retour en arrière au monde immobilier de Zola, constitué de précaires et de bourgeois ne communiant plus qu'au travers du suivi compulsif des
émissions de déco à la télé'. En attendant bien sûr,
l’explosion promise par privatisation progressive
des coûts de santé: 3e étape, après
la casse du travail et
la réforme des retraites, du désherbage UMP.
(Nous avons vu plus haut que le vieux peut exploiter du jeune à la location. Le jeune peut également se faire du cash avec le logement du vieux. Merveilleux monde complémentaire du produit spéculatif foireux.)
Plus ou moins disproportionnée selon les régions,
la bulle immobilière gonfle depuis 15 ans sous les considérations euphoriques ou désolées des gouvernements.
Ce laxisme d'Etat a contaminé la chaîne des intervenants, de l'agent aux promoteurs en passant par les proprios devenus auto-entrepreneurs es-cupidité tirants profit d’un marché sous tension artificielle arrosé de cadeaux fiscaux pour les possédants. Les plus pourris d'entre eux, appelés
"marchands de sommeil", vont jusqu’à
exploiter à grande échelle les exclus du logement (que les municipalités n’osent plus traiter, et c'est presque comique, par
manque de logements sociaux).
D’autres pays, pourtant montrés en exemple ici dès qu'il s'agit de
nous faire bosser pour moins cher, ont pris conscience de l’importance sociale et des effets contre-productifs sur l'économie d'un habitat pris en otage par les banques.
L'Allemagne, qui fait triquer l’UMP,
compte plus de locataires que de propriétaires et le prix du loyer y est nettement moins élevé que chez nous, l’Etat intervenant sur les prix et réquisitionnant des terrains. A l’inverse,
la Grèce, pays à l'enchanteresse destiné où l’Etat cède désormais son terrain à la découpe aux nababs étrangers,
est constituée à 73 % de propriétaires[1]
!
La propriété n'est donc pas synonyme de richesse et l'interventionnisme n'est pas sale.
Les voies de sortie sont simples et connues. Même si les collectivités locales s’y connaissent mieux que personne et sont à même d’identifier les besoins, il faut que l'Etat réinvestisse le secteur, les appuient financièrement tout en les contraignant à de vraies politiques de logement.
- Par l’obligation stricte d’un respect de la loi SRU. Que ce soit par la construction, la réhabilitation ou l’obligation faite aux promoteurs privés d’allouer un quota de logements sociaux sur chaque projet. Si le logement social fait peur aux élus locaux qui brandissent de la pénurie alors qu’ils dégagent régulièrement du terrain pour les projets privés, c’est qu’il est associé ans dans l'électorat à l’image de la barre des années 60. Il faut donc procéder par petites touches: petites unités, petits immeubles ou intégré des logements HLM au sein des habitations existantes et des nouveaux projets privés (mixité qui est la clé pour casser les ghettoïsations riches et pauvres).
- Par une politique de chasse aux logements vides avec taxation forte à la progressivité annuelle et rétribution de cette somme aux organismes de logements sociaux + saisie du bien s'il n’est pas remis sur le marché au bout de 5 ans.
- Par la saisie immédiate des logements insalubres et obligation faire aux "marchands de sommeil" de reloger à leurs frais les locataires (sinon prison).
-
Par la sécurisation du financement pour la construction massive de logements sociaux et la réhabilitation des logements vacants. A l’heure où l’on crame des dizaines de milliards d’euro par semaine
pour renflouer sans retour des banques foireuses et des pays qui ne rembourseront jamais
leur dette, ça me semble jouable.
On ne parle ici que de quelques milliards.
(Dans le secteur de la pierre, on n'est jamais à l'abri du pire. Le succès de Groupon donne des idées: voici l'achat groupé de maisons pas construites. Étonnant à une époque où l'Etat refuse aux citoyens les recours juridiques collectifs en cas d'arnaque ...comme celle-ci.)
Pour le moment, nos "responsables" semblent délaisser toute prétention à intervenir un marché de l'immobilier et se soumettant à la seule logique de ce dernier, c'est-à-dire à la loi du plus fort. Ils visent dans ce délestage vers le privé[3], le moyen de réduire les dépenses publiques tout en cajolant les strates d'âge qui votent.
Le logement est une question politique, éminemment politique. Mais nous devons également réinvestir ce champ pour imposer ce thème à ceux qui rechignent à l'affronter et dont le laxisme court-termiste joue au final contre le citoyen. Il faut également que nous comprenions que la vraie ligne de partage ne se situe pas entre locataires et propriétaires, mais entre indices de qualité de vie et sentiment de progression sociale[4]. L'important n'est pas d'avoir plus mais d'habiter mieux. Le "projet immobilier" doit sortir de la sphère individuelle encadrée par la seule finance et devenir une grande cause nationale.
Merci à
Intox2007 pour les illustrations.
[1] J'en profite pour rappeler que les crises économiques et récessions en rafales que se mangent les pays occidentaux ont quasiment toutes été précédées de bulles immobilières locales articulées sur un endettement privé massif.
[2] alors qu'ils ne méritent que le camp de travail.
[3] Le même stratagème est actuellement appliqué avec les retraites. La réforme passée, les assurances redoublent désormais d’efforts publicitaires pour capter "le marché" dérégulé des particuliers.
[4] On peut y voir un facteur de "
déclassement".
Selon une étude de l’INSEE, la richesse n’est pas une condition impérative du bien-être, en revanche la propension à s’enrichir (à améliorer son statut) en est une. En conséquence, le "déclassement" ce n’est pas "être pauvre", mais avoir le sentiment de ne pas progresser selon les standards de sa classe-sociale (ou plutôt celle de ses parents) ou les applications escomptées de son parcours éducatif.