lundi 31 octobre 2011

Question existentielle du média de droite

As-tu remarqué ces reportages aux JT sur la grève du personnel chez Air France entièrement axés sur les conséquences côté voyageurs, pauvres "otages" de la division "connerie de préoccupations sociales" d'Al-Qaida. L'enquête sur les causes des grèves (crainte d'une purge des effectifs et  diminution des personnels navigants en cabine) se limite la plupart du temps à un "Oh bah z'auraient pu nous prévenir, comment que je fais pour rentrer à la maison ? C'est le moyen-âge, ils méritent la peine de mort" du client micro-trotté.

Ces dans ces moments où la nation est fragilisée par une poignée de bolcheviques privilégiés que le média français d'investigation en lèche gouvernementale passe au second niveau du meilleur de lui-même: le sondage à la con qui ne coûte rien, à haute portée idéologique, mais sans aucune valeur scientifique, visant à conforter le lectorat cible dans ses préjugés et contribuer à "l'avancée du débat" des idées socialement rétrogrades qui font triquer quelques UMP avariés.

Publié le 30/10 à 17.58 sur le site du Figaro (propriétaire Dassault)  :


...et trois heures plus tard sur le site d'Europe1 (propriétaire Lagardère) :
Étonnant retard pour Europe 1 (maudit congés du stagiaire) dans la mesure où le fichier est déjà prêt. Il est ressorti au moindre frétillement de personnel à même de perturber les congés de ceux qui peuvent encore s'en offrir, ceusses que dans un pays ne marchant pas cul par-dessus tête on appellerait des "privilégiés" :

Europe 1, le 20.07.2011:

mercredi 26 octobre 2011

La bonne éducation des endettés

Chaque média y allant de son dossier pédagogique sur la crise de la dette à l'aube d'un énième ultimatum pour sauver l'euroTM, tentons le nôtre.

Résumé de la saison précédente. La zone euro est créée pour lustrer les bidons du capital et n'aboutir qu'à un dumping salarial entre des pays aux régimes sociaux et fiscaux hétérogènes, harmonisés sur rien si ce n'est une monnaie unique qui les empêche chacun d'agir. C'est tellement gros que le plus jeune d'entre toi se demande comment les peuples ont pu se laisser posséder aussi facilement? Simple. Il a fallu leur répéter et répéter pendant quinze ans que ce serait merveilleux. Pas bien âgé à l'époque du grand battage, je me souviens parfaitement de cet état de transe généralisée qui régnait des JT aux discours politiques sur les écrans de nos télés à tube parfois encore fabriquées, tiens-toi bien, en France (ignorants arriérés que nous étions). Même que dans cet âge d'or l'on faisait faire au collège des exposés sur les bénéfices qu'ils espéraient tirer de l'union magnifique à ceux qui, au terme de longues années d'étude, deviendraient chômeurs et/ou salariés sous-payés de la zone monétaire. Ironique, non? Bref c'était beau, les peuples pourraient voyager en Europe d'un pays à l'autre libres comme l'air et nous ne nous ferions jamais plus la guerre. L'affaire était bien emballée mais construite à l'envers.


Dans cet épisode de la saison 2, vingt ans plus tard, alors que l'Allemagne (au "miracle" lui aussi marketing) piétine ses voisins appauvris, futurs exilés économiques à l'intérieur de la zone (nouvelle tranche de poilade garantie au niveau argumentaire des politiques), nous retrouvons sur nos écrans plats, 100% chinois, la même transe politico-médiatique des disciples de l'union désaccordée. Mais cette fois terreur dans les chaumières: la destruction serait imminente. Laquelle? La nôtre ou celle du rêve éveillé des dévots d'un euro radieux qui n'arrive jamais? Mystère. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il n'y aurait pas d'alternative. Les peuples continueront à être tondus les uns après les autres. Et tout commence dans chaque pays par l’entame mentale du risque de la mauvaise note de la part de ces agences de notation à la crédibilité auto-proclamée[1]. Processus d'identification basique ayant des parallèles avec la peur individuelle du déclassement: cette menace articulée en trois lettres offre sur un plateau d'argent un nouvel argumentaire de la peur, et un joli scénario de campagne permettant de s'éviter de se creuser trop la tête, à certains dirigeants localement en difficulté.

- Vous en avez assez de cette bande de fonctionnaires qui vous coûtent trop cher, hein ? Et bien on va vous en débarrasser.

Donnez à une audience captive des raisons d'avoir peur et elle vous cédera tout: cagnotte et sens critique. Telle est l’ambition du feuilleton diffusé sur nos écrans. La ritournelle martelée et angoissante du risque de dégradation (avant sa saison 2: la dégradation) n'est là que pour donner un cadre "rationnel" au dépouillement progressif des citoyens, plus ou moins avancé selon les pays. Terreur scolaire censée nous faire avaler sans cri la destruction des acquis, les régressions salariales et les campagnes de privatisation des biens publics. Tout cela au nom d'un "réalisme" économique dont la seule application concrète depuis dix ans est d'appauvrir la collectivité et de pourrir le bien-être de chacun, puisque croissance ou pas les richesses se concentrent inexorablement[2].


Le cadre de l'angoisse défini, l'homme politique capitalisant sur les craintes peut ainsi redorer son blason dans une comédie de l'agitation d'un sommet de ridicule à l'autre, trois ou quatre fois l'année, pour au final ne rien changer à ce qui était prévu: continuer. 

Ne soyons donc pas inquiets au sujet de la dette. Tant qu'elle est le carburant du capitalisme financiarisé, elle n'est pas prête de se dégonfler. Elle est consubstantielle au système de création monétaire européen conçu pour lutter contre une autre terreur publicitaire: l'inflation (inflation qui au passage nous sortirait mathématiquement du piège de la dette, en la dévalorisant. Ce qui n'est pas du gout des créanciers). Système vicié par l’obligation faite aux Etats d'emprunter sur les marchés financiers privés[3], des institutions bancaires foireuses plaçant les montagnes d'argent générées par cette OPA sur les dettes dans des produits spéculatifs de plus en plus abscons, déconnectés de toute réalité productive et jouant contre l’intérêt des peuples, le tout n'est jamais remis en question par des dirigeants creusant par ailleurs les déficits des Etats en les privant de recettes via les exonérations et avantages fiscaux accordés aux plus riches, individus ou grosses entreprises, et un renoncement à lutter contre les techniques d'évasion fiscalePourquoi faudrait-il sauver les causes de nos crises continues?

Tant qu'aucune alternative au mécanisme initial d'une création monétaire confisquée (qui a amené La France à payer 1500 milliards d'Euros d’intérêt aux banques depuis 30 ans soit la quasi-totalité de son ardoise) n'est considérée, peuple après peuple à l'image d'une Grèce à l'avant-garde de la régression, nous serons essorés. Avant d'en arriver là, et afin de se préserver de toute réaction d'indignation du citoyen-consommateur (étant entendu qu'il est déjà passablement assommé par un quotidien de plus en plus déprimant), on prendra soin 1 / de continuer à l'abrutir 2 / de l'informer unilatéralement 3 / de le culpabiliser et de l'infantiliser.


Après un sondage l'été dernier, nous indiquant que 8 Français sur 10 se déclaraient "inquiets" pour le déficit public et la dette de l'Etat, le JDD publie un sondage établissant que 57% d'entre eux "sont prêts à accepter des mesures douloureuses et difficiles"[4] dans les mois à venir.

Cobayes d'une expérience de Milgram à l'échelle nationale, à force d'être soumis aux experts  es-pensée correcte aux JT et autres TINAcrates de C dans l'air (les petits frères de ceux qui il y a 30 ans nous assuraient que "ouais, l'Euro ce sera super"), les Français auraient-ils intériorisé la logique des bourreaux? Voilà qui me fais trembler bien plus que la dette. Ces 57% ont-ils juste conscience des claques qui les attendent (salaires pourtant déjà odieusement minables en passe d'être réduits, santé et éducation privatisées, disparition de la retraite pour la majorité de la population et hausse du chômage) pour rembourser des intérêts bancaires crées de toutes pièces et dont on veut leur faire porter la responsabilité? 

Peut-on également penser une seule seconde que l'on relancera une quelconque dynamique en nous appauvrissant? Si on suit la logique de nos cadors de l'éco qui rate, quelle sera la prochaine étape? Simple. Ceux se déclarant aujourd'hui "prêts à accepter des mesures douloureuses" (et qui ont encore un peu de pognon) seront mis à contribution jusqu’à épuisement de leur épargne et de leur confort. Gageons qu'une fois en slip, ils ne seront alors toujours pas assez compétitifs par rapport à ceux au caleçon meilleur marché (on est toujours le bourgeois d'un autre). Allez, parions aussi un CDS que le remboursement d'une dette encore un peu plus internationalisée n'avancera pas assez vite.

Notre dette publique est d'abord le résultat de quatre décennies d’intérêts abusifs et d'un laxisme fiscal (accéléré ces cinq dernières années)constituant un colossal manque à gagner pour l'Etat. Le combat du moment est idéologique. A part une poignée d'indignés, des politiques ostracisés et quelques voix sur le net, il est à sens unique. A coup de "règle d'or" divine, de menace de mauvaise note, d’économistes incompétents, il faut mettre dans le crane du petit peuple à qui l'on coupe tout qu'il vit encore et toujours bien "au-dessus de ses moyens", qu'il doit se sacrifier, que le secteur public est la plaie des plaies. Il faut lui répéter sans cesse que le paradis sur terre ne sera accessible (cette fois c'est juré c'est bon) qu'à la condition d'une taxation massive et sans contrepartie dans des Etats entièrement vendus à la découpe au privé et vidés de leurs prérogatives...

...sauf bien sûr dans le domaine répressif où l'on ne regardera pas à la dépense pour protéger les zones pacifiées de l’élite bunkérisée des violentes conséquences du chaos moyenâgeux avec lequel la majorité du peuple aura renoué.


[1] Les agences de notation n'ont aucune légitimité. Financées par les banques, elles n'ont pas vu venir la crise des subprimes et gratifiaient du fameux "AAA" Lehmann Brothers trois semaines avant sa faillite.

[2] Par chance, grâce à une consommation transgressive bon marché, nous nous injectons à doses quotidiennes ces shoots d'abondance nécessaires à chloroformer nos colères et synchroniser nos perceptions sur celle des publicitaires.

[3] Rappel: Avant la loi bancaire de janvier 1973 visant à l'harmonisation des économies européennes, l’Etat pouvait emprunter directement à sa banque centrale. L’Etat empruntait alors sans payer d’intérêts ce qui lui permettait d'accomplir les grands travaux et investissements dont nous bénéficions encore. Depuis 1973, L’état est obligé d’emprunter sur les marchés financiers privés et de leur payer des intérêts.

[4] Précisons que le sondage est aussi commandé par Maximal productions (qui produit C dans l'air et le Sarkoshow du 27 octobre), une filiale de Lagardère.

mercredi 19 octobre 2011

Logement, une affaire d'Etat

A l'approche des présidentielles, bien que les questions de logement préoccupent les Français (enfin surtout les jeunes), la garantie d'un toit à prix honnête pour chaque citoyen est considérée par les partis de gouvernement comme une sous-thématique exotique sentant l'utopie ? Cette garantie devrait pourtant être une des fondations du discours du candidat à la présidence de la république. 

Dans ce domaine aussi vital que la santé ou l'alimentation, les gouvernements successifs ont pris le pli de la grande cause du marché. Depuis dix ans, le logement y est vidé de son sens "habitat" au profit du seul "projet immobilier": une formule publicitaire rabaissant au même niveau l'énième spéculation standard de senior rentier surfant pépère sur un Scellier défiscalisé qu'un endettement sanglant sur 40 ans d'un jeune couple sous le salaire médian. Censé compenser la stagnation des revenus du travail, "l'investissement dans la pierre" est devenu le dernier (avec le loto) territoire d’enrichissement possible pour le citoyen. Bombardé de messages à sens unique depuis une décennie, le peuple se fond dans la logique spéculative de l'immobilier sous la bienveillance du politique.

(Basique: Le "projet immobilier" pour vider les poches des seniors dont l'horreur suprême est de reverser aux impôts pour la construction de logements sociaux. A noter, la référence au "plan immobilier du gouvernement" qui donne un cachet officiel à l'escroquerie.)

Selon une récente enquête du Crédit foncier, près des deux tiers des Français (notamment chez les  jeunes) déclarent vouloir réaliser une plus-value immobilière au moment d'acheter un appartement ou une maison. Ils étaient moins de la moitié 30 ans plus tôt. «En 2010, 22% des acheteurs formulent leur intention de revendre dès que possible, contre 4,2% en 1980», explique au Parisien, le directeur général du Crédit foncier.

(Tout piège à couillons nécessite un bon appât. 
Ici, la promesse d'enculer le notaire.)

Ne nous cantonnons pas aux plus de 3 Millions de mal-logés et autres galériens de la location qui ont vu doubler leurs loyers en 10 ans. Le propriétaire (enfin le jeune endetté qui se tripote sur sa PV rêvéea aussi subi durant la même période un doublement des prix (qu'il a auto-alimenté, paradoxalement exclu du locatif social et/ou privé mais pouvant accomplir la dinguerie d'emprunter à perpétuité à sa banque sur la même base de revenus). Tandis que la génération d'avant bénéficie de la situation, le primo accédant, lui, compense un prix du m2 déconnecté des réalités salariales en s'endettant plus dans l'espoir de gagner plus. Sorte de gros bien de consommation, le "projet immobilier" est devenu le contrat social des conjonctures grises, déviant le manque de vision collective vers l'individualisme pavillonnaire et son corollaire, l'onanisme ornemental. Seulement, entre l’éloignement, l'explosion des coûts énergétiques, les bicoques "à rénover" et les moult sacrifices quotidiens à consentir en secret (on s’en vante rarement) pour décrocher et conserver son petit coin de paradis amer chèrement payé : être propriétaire ne protège pas du mal-logement et de la pauvreté. 

(- Chérie ? Etant donné que nous sommes bloqués ici jusqu'en 2050, 
et si on agrandissait le toit ?)

Autre conséquence: restent enfermés "dehors" ceux qui n'ont pas rejoint à 40 ans la ritournelle des primoaccédants (épaulés par papa/maman, les banques et des subventions d’Etat aux plus aisés au moment où sont réduits les crédits vers le logement social et l’hébergement d’urgence).

En plus de la dramatique multiplication des sans domicile, une souffrance sourde et massive se développe dans le bas de la classe moyenne qu'elle soit en location ou propriétaire. En plus d'être violentée et méprisée dans le travail, elle est précarisée par un logement aux dimensions de plus en plus réduites pour un coût de plus en plus élevé. Échec scolaire des enfants et pathologies liées aux conditions de logement insalubres sont les premières conséquences du retour en arrière au monde immobilier de Zola, constitué de précaires et de bourgeois ne communiant plus qu'au travers du suivi compulsif des émissions de déco à la télé'. En attendant bien sûr, l’explosion promise par privatisation progressive des coûts de santé: 3e étape, après la casse du travail et la réforme des retraites, du désherbage UMP.


(Nous avons vu plus haut que le vieux peut exploiter du jeune à la location. Le jeune peut également se faire du cash avec le logement du vieux. Merveilleux monde complémentaire du produit spéculatif foireux.)

Plus ou moins disproportionnée selon les régions, la bulle immobilière gonfle depuis 15 ans sous les considérations euphoriques ou désolées des gouvernements. Ce laxisme d'Etat a contaminé  la chaîne des intervenants, de l'agent aux promoteurs en passant par les proprios devenus auto-entrepreneurs es-cupidité tirants profit d’un marché sous tension artificielle arrosé de cadeaux fiscaux pour les possédants. Les plus pourris d'entre eux, appelés "marchands de sommeil", vont jusqu’à exploiter à grande échelle les exclus du logement (que les municipalités n’osent plus traiter, et c'est presque comique, par manque de logements sociaux).

D’autres pays, pourtant montrés en exemple ici dès qu'il s'agit de nous faire bosser pour moins cher, ont pris conscience de l’importance sociale et des effets contre-productifs sur l'économie d'un habitat pris en otage par les banques. L'Allemagne, qui fait triquer l’UMP, compte plus de locataires que de propriétaires et le prix du loyer y est nettement moins élevé que chez nous, l’Etat intervenant sur les prix et réquisitionnant des terrains. A l’inverse, la Grèce, pays à l'enchanteresse destiné où l’Etat cède désormais son terrain à la découpe aux nababs étrangers, est constituée à 73 % de propriétaires[1]

La propriété n'est donc pas synonyme de richesse et l'interventionnisme n'est pas sale.

Les voies de sortie sont simples et connues. Même si les collectivités locales s’y connaissent mieux que personne et sont à même d’identifier les besoins, il faut que l'Etat réinvestisse le secteur, les appuient financièrement tout en les contraignant à de vraies politiques de logement.

- Par l’obligation stricte d’un respect de la loi SRU. Que ce soit par la construction, la réhabilitation ou l’obligation faite aux promoteurs privés d’allouer un quota de logements sociaux sur chaque projet. Si le logement social fait peur aux élus locaux qui brandissent de la pénurie alors qu’ils dégagent régulièrement du terrain pour les projets privés, c’est qu’il est associé ans dans l'électorat à l’image de la barre des années 60. Il faut donc procéder par petites touches: petites unités, petits immeubles ou intégré des logements HLM au sein des habitations existantes et des nouveaux projets privés (mixité qui est la clé pour casser les ghettoïsations riches et pauvres).

- Par une politique de chasse aux logements vides avec taxation forte à la progressivité annuelle et rétribution de cette somme aux organismes de logements sociaux + saisie du bien s'il n’est pas remis sur le marché au bout de 5 ans.

- Par la saisie immédiate des logements insalubres et obligation faire aux "marchands de sommeil" de reloger à leurs frais les locataires (sinon prison).

- Par la sécurisation du financement pour la construction massive de logements sociaux et la réhabilitation des logements vacants. A l’heure où l’on crame des dizaines de milliards d’euro par semaine pour renflouer sans retour des banques foireuses et des pays qui ne rembourseront jamais leur dette, ça me semble jouable. On ne parle ici que de quelques milliards.

Rassurons les libéraux qui font sous eux en lisant ces lignes[2]: si ces actions sont entreprises de concert, l’Etat n'aurait peut-être même pas à réguler les loyers (Secteur étonnamment abandonné à lui-même dans une Europe qui réglemente jusqu'à la taille des slips). Côté PScertaines mesures énoncées ci-dessus sont proposées. Le Front de Gauche a également avancé une batterie de propositions radicalesPour l'UMPj'attends le programme censé corriger les cinq ans de désastre.

(Dans le secteur de la pierre, on n'est jamais à l'abri du pire. Le succès de Groupon donne des idées: voici l'achat groupé de maisons pas construites. Étonnant à une époque où l'Etat refuse aux citoyens les recours juridiques collectifs en cas d'arnaque ...comme celle-ci.)

Pour le moment, nos "responsables" semblent délaisser toute prétention à intervenir un marché de l'immobilier et se soumettant à la seule logique de ce dernier, c'est-à-dire à la loi du plus fort. Ils visent dans ce délestage vers le privé[3], le moyen de réduire les dépenses publiques tout en cajolant les strates d'âge qui votent.

Le logement est une question politique, éminemment politique. Mais nous devons également  réinvestir ce champ pour imposer ce thème à ceux qui rechignent à l'affronter et dont le laxisme court-termiste joue au final contre le citoyen. Il faut également que nous comprenions que la vraie ligne de partage ne se situe pas entre locataires et propriétaires, mais entre indices de qualité de vie et sentiment de progression sociale[4]. L'important n'est pas d'avoir plus mais d'habiter mieux. Le "projet immobilier" doit sortir de la sphère individuelle encadrée par la seule finance et devenir une grande cause nationale.

Merci à Intox2007 pour les illustrations.

* * *

[1] J'en profite pour rappeler que les crises économiques et récessions en rafales que se mangent les pays occidentaux ont quasiment toutes été précédées de bulles immobilières locales articulées sur un endettement privé massif.

[2] alors qu'ils ne méritent que le camp de travail.

[3] Le même stratagème est actuellement appliqué avec les retraites. La réforme passée, les assurances redoublent désormais d’efforts publicitaires pour capter "le marché" dérégulé des particuliers.

[4] On peut y voir un facteur de "déclassement". Selon une étude de l’INSEE, la richesse n’est pas une condition impérative du bien-être, en revanche la propension à s’enrichir (à améliorer son statut) en est une. En conséquence, le "déclassement" ce n’est pas "être pauvre", mais avoir le sentiment de ne pas progresser selon les standards de sa classe-sociale (ou plutôt celle de ses parents) ou les applications escomptées de son parcours éducatif. 

dimanche 16 octobre 2011

Watchcops


La décision est tombée vendredi après-midi. Elle provoque un émoi considérable chez les défenseurs de la liberté d'expression. Le tribunal des référés de Paris a ordonné aux chaines de tv TF1, NT1, TMC, M6 et W9 de cesser la diffusion, et de bloquer l'accès à partir du territoire français, aux émissions "Appels d’urgence", "enquête exclusive", "enquête d’action", "90' enquête"  et autres publi-reportages sur la police et la gendarmerie, au nom de la lutte contre la «propagande éhontée du ministère de l’Intérieur sous forme de divertissement sensationnaliste».


C’était une demande du CSA, qui ne souhaitait non pas une interdiction totale, mais la suppression d’au moins une vingtaine d’heures par semaine de ces émissions, au nom de la pluralité des programmes. Mercredi, les avocats des chaînes de la TNT déclaraient qu’il était techniquement impossible de mettre en place une telle mesure mettant en péril l’équilibre économique des médias incriminés.

MAÎTRE PERRIER
« - C'est de la censure sur fond de lourd préjudice commercial! Supprimer les émissions à la gloire de la police sur la TNT? Vous nous n'y pensez pas! On n'a rien d'autre en stock! Vous nous obligerez à multiplier par deux les émissions sur les putes ukrainiennes et les clubs échangistes. Et je ne parle pas de la télé-realité! C'est "les chti's à Ibiza" du matin au soir que vous voulez, c'est ça?»

(Selon le CSA : "- Ces caméras cachées dans les véhicules sont une pratique honteuse : il faut respecter l'anonymat des forces de l'ordre.")

Le tribunal est allé pourtant plus loin que la demande du CSA. Dans son jugement, il «fait injonction» aux chaines de la TNT «de mettre en oeuvre ou faire mettre en oeuvre, sans délai, toutes mesures propres à empêcher l'accès à ces émissions qui font l'apologie de la répression policière et de la soumission citoyenne, à partir du territoire français et/ou par leurs spectateurs».

(Les syndicats policiers tempèrent : " - C'est par petites touches télévisuelles que nous arriverons à ce que la population s'habitue à l'usage du fusil à pompe pour régler les problèmes de circulation sur les quais".)

MAÎTRE RONDELLE
« - Ça devenait indécent ces heures de programmes gavés d'un sound design à la Michael Bay et d'un esthétisme du flash-ball à faire passer "Swat, unité d'élite" pour "le monde de Narnia". Même dans le pire des Steven Seagal, ça fait belle lurette que l'on a abandonné de tels clichés à la gloire du shotgun et de la paire de couilles. Et puis sans déconner, des caméras embarquées sur les casques des motards et des raccords caméras de poursuite qui sentent bon le bidonnage? Faut pas nous prendre pour des caves! A toute heure de la nuit et du jour : Ça fait six ans que ça dure! A croire que la TNT a été créée pour ça. Désolé, mais avec cette rigueur qui se profile et à une époque l’on réduit les effectifs de la police en stressant ceux qui restent sur leurs chiffres, c’est mentir aux 5 millions de Français au chomdu que de leur laisser à penser que c'est dans cette branche qu'ils pourront avoir une carrière épanouie. Je sais que les temps sont durs, mais Get a Life bordel! Y'a plein d'autres secteurs à la croissance prometteuse comme voisin vigilant, évaluateur de môme en maternelle ou DRH au Gan. »

(Reconnaissons au réalisateur d'Appel d'urgence, une bonne connaissance de la filmographie de Sergio Leone.)

Ce blocage devra être maintenu «jusqu'à ce que soit rendue une décision définitive statuant sur les deux plaintes déposées le 4 octobre 2011 par le ministre de la Décence pour suce-boulages de tazer et distillation continue du sentiment de culpabilité et/ou d'insécurité chez le peuple spectateur».

Dans l’état major des chaines, on est très inquiet de cette mesure. Mais déjà, en accord avec le ministère de la Défense, on réfléchit sur des programmes de substitution:
Illustrations : TF1

mercredi 12 octobre 2011

Un interminable accouchement

Pour une grossesse qu'on pensait sans complication et vite expédiée, c'est plutôt raté. Depuis dimanche, les riverains de la clinique Solferino sont à l'affût de la moindre déclaration, dans l'espérance d'une prochaine délivrance. Un impressionnant dispositif médiatique a été déployé autour du bastion socialiste.

Le controversé docteur Montebourg, aux méthodes économiques radicales lui valant un procès en sorcellerie à la droite de la vieille école politique, est en charge de l'accouchement du candidat PS. Il  est confiant.

"- Le parti perd les eaux, les contractions ont commencé. Le travail doit désormais se faire selon mes méthodes. J'ai injecté une solution saline à 17% qui sert de révélateur. Ce sera long et douloureux, mais c'est la méthode de raison. Toutefois, nous ne pouvons attendre et la parturiente doit délivrer d'ici dimanche. Après, le pronostic vital serait engagé."

La clinique socialiste a procédé à de nombreux accouchements, mais cette fois la synthèse est compliquée. 

Outre des camions de télévision et une presse désormais à l'affût du sauveur de l'opposition, plusieurs dizaines de fans et quelques sympathisants sont postés en embuscade. 

"- Ça bouge" crie l'un d'entre eux sur twitter. Fausse alerte. L'attente, interminable, alimente les plus folles rumeurs. Citoyens et sympathisants peuvent encore traverser la voie, mais il faut désormais montrer patte blanche: 

UN RIVERAIN
" - Chaque institut de sondage me demande d'ouvrir mon sac, matin et soir. J'en ai marre alors je leur raconte des conneries. Ils sont contents." 

LE PREMIER SUPPORTER
" - Pourvu que ce ne soit pas une Martine. C'est le crash assuré en 2012. Il la haïssent tous à droite. Alors qu'un François bonhomme, rigoureux mais sympathique, ravira déçus de croite et centristes."

LE SECOND SUPPORTER
" - Oui mais une fille c'est joli aussi. Surtout si elle est plus à gauche."

LE PREMIER SUPPORTER
" Quoi, un François ne serait pas de gauche ? Répète-le pour voir que je t'envoie mon exemplaire de "La paille et le grain" dédicacé dans la gueule !"

UN TROISIÈME SUPPORTER
" - Ouais vas-y ! Moi je suis un vrai dur !"

JEAN-PIERRE MIGNARD séparant les belligérants
" - Je vous demande de vous arrêter !"

UN RIVERAIN son exemplaire de votez pour la démondalisation à la main.
" - Si c'est pas malheureux. Pauvre gamin de gauche qui devra grandir selon ses aptitudes à battre le sale gosse de la droite. "

Les heures passent. Observant la scène, dissimulé derrière son Challenges, un vallsien aigri crache par terre tandis que Jack Lang papillonne d'un groupe à l'autre en distribuant des dragées. Autour d'un brasero monté dans un abri bus, la colère gronde.

UN VOISIN DU FRONT DE GAUCHE
"- Moi je suis sur que c'est de l'intox. Les jeux sont faits. C'est un bon soc-dem demi mou qui nous attend quoiqu'il arrive. N'espérez pas plus longtemps que je participe encore à cette mascarade à un euro. Allez, je m'en retourne lire l'intégrale de Marx que j'ai achetée sur Amazon (à -50% si j'en prenais 2 du coup j'en ai pris 3)."

UN QUATRIÈME SUPPORTER
" - Ce professeur Montebourg est à côté de la plaque, le problème c'est pas les banques c'est les salaires."

SEB MUSSET
" - Certes. Mais ce sont les banques qui possèdent les salaires."

Ce blogueur, habitué des lieux, confie à nos caméras :

" J'ai beau être un adepte des pratiques du Docteur Montebourg, j'ai une ambition basique, minimaliste, mais j'y reviens toujours quand je suis dans le doute : chasser Sarkozy du palais à coups de pied dans le derche. Après, je suis d'accord avec d'autres spécialistes : les évènements forceront le PS à être de gauche. Je n'ai pas peur. Quoiqu'il arrive, peu importe ses difformités, cet enfant je l'aimerai comme si c'était le mien. Mais s'il grandit de travers, comptez sur moi pour le corriger."

Il nous rappelle amusé que certains de ses camarades blogueurs font le pied de grue ici depuis 48 heures se perdant en hypothèses, statistiques et coups bas qui seront balayées dès l'acte de naissance publié

Alors qu'au bout de la rue un éditocrate s'endort sur son traitement de texte, une Internationale sifflée au débotté a raison des glapissements divers :

"- Alors elle est passée la cigogne rose ?

C'est le parrain paria Jean-Luc Mélenchon qui, attiré par les échos encourageants d'un quota contestataire, livre sa lettre de félicitations au Docteur Montebourg.

En off, il nous déclare :

" - Pourvu que ce soit un François. Mon équipe fera le plein de voix en mai prochain."

Malheureusement les confidences s’arrêtent ici, l'homme devenant agressif dès qu'on aborde le sujet des reports de voix au second tour. Après cette nouvelle nuit blanche, théâtre d'une rixe entre deux bandes du supporters réglée au canon à eau par la brigade du commandant Mignard, l'aube se lève sur la clinique Solferino. Autour tous trépignent. 

Ils sont désormais suspendus à la prochaine échographie télévisée rendue publique dans la soirée.

Il faut quitter le quartier de Solferino pour entendre une autre ritournelle que celle, obstétrique et obsessionnelle, du cercle fermé des supporters. Sur ce marché, les commentaires, et notamment celui de ce commerçant, sont bien différents : 

« Si c’est la gauche qui gagne c’est la merde ! Si c’est Le Pen qui gagne c’est la merde ! ». Voyons-y les grandes lignes du faire-part que l'UMP s'apprête à envoyer à l'élu.

lundi 10 octobre 2011

Primaires : On refait le match

Il avait pourtant prévenu les sondeurs :

Nous avions annoncé que le protectionnisme économique serait un thème majeur des scrutins à venir. Pan ! Arnaud Montebourg, porteur de "démondialisation", est le troisième homme des primaires ouvertes du Parti Socialiste (peut-être même récupère-t-il ce vote de la colère que certains au PS conseillaient d'abandonner).

Après le crash system de mai dernier, le résultat de ce premier tour des primaires réunissant 2,5 millions de votants est un deuxième reboot. 

Si F.Hollande est en tête à l'issue du premier tour (38,8%), il a bien moins d'avance que prévu par les sondeurs et l'arithmétique est sans appel : Les votes reportés de A.Montebourg (17,3), M.Aubry (30,6) et S.Royal (6,9) le disqualifieraient au final. Mais comme on le dit dans l'entourage de Montebourg : "seul le peuple est souverain". Les consignes de votes, s'il y'en a, auront peu d'importance.

Les électeurs de S.Royal (dégoûtés et il y'a de quoi, rapporté à la ferveur militante qu'elle à suscitée) peuvent boycotter le second tour. Si le rapprochement de l'électorat Hollande / Montebourg parait compliqué tant les lignes sont divergentes (cf. la vidéo du lien sur la démondialisation), un rapprochement de l'électorat Montebourg / Aubry parait plus probable. Petit indice : Montebourg fait 20% dans les Bouches-du-Rhône, une fédération sur laquelle il a tiré à boulets de canon

La vraie information de ce premier tour des primaires est donc le résultat du match dans le match Montebourg / Valls (5,6%) sur la ligne à venir que doit adopter le PS selon "le peuple de gauche". Hollande visait à rassembler sur le centre, la percée de Montebourg rebalance le curseur à bâbord. Celui qui gauchisera son projet sera donc plus à même de remporter le second tour des primaires et non l'inverse comme le tablait l'entourage du challenger la semaine dernière. Que l'on soit fan ou non du "challenger" qui sait séduire les journalistes ou de celle qui apparaît de moins en moins comme la "candidate de substitution", le résultat de dimanche dernier impose aux deux candidats socialistes en lice dimanche prochain de radicaliser leurs propositions

De là à affirmer que plus à gauche, le PS sera en mesure de passer face au candidat d'en face à la présidentielle : c'est un autre débat. La dislocation de l'économie européenne (et de ses peuples) en temps réel et des dirigeants pétrifiés, sans courage ni imagination, devraient aider les électeurs à trancher d'ici mai 2012.

vendredi 7 octobre 2011

La dernière ligne gauche


Le vote du premier tour des primaires socialistes a lieu dimanche prochain. Je ne peux que t'inciter à y aller. Ça coûte 1 euro (pour l'organisation du truc) et il faut signer un papier d'adhésion aux valeurs de gauche. On a assez glosé sur le manque d'ouverture citoyenne dans le débat politique pour critiquer cette initiative qui pointe au passage la ringardise d'une droite empêtrée dans le culte d'un chef que tout le monde déteste (et que je n'enterre pas pour autant).

Pour la pratique : c'est ici.
Pour l'analyse des propositions spécifiques de chacun : c'est là.

L'opération est déjà un succès : Le PS a régénéré son image, chouravé l'agenda médiatique à la concurrence, réussissant à éclipser le pataquès DSK et faisant remonter en son sein des propositions de régulation bancaire, de mise au pas de la finance et de remise en cause du libre-échange (via Ségolène Royal et Arnaud Montebourg qui aura ma voix).

Un regret toutefois et une inquiétude : la discrétion de la thématique du logement (sauf pour Aubry) dans les débats et propositions des candidats (au-delà du programme PS). Rapporté au poids que le logement occupe dans le budget et les préoccupations des Français, ça craint. C'est également éclairant sur la cible électorale visée au départ.

Côté tendance. Hollande a le vent dans le dos, montrant d'étonnantes aptitudes pour le surf, porté par des sondages ayant plus une portée publicitaire qu'une valeur scientifique (panels dérisoires, aucun précédent, méconnaissance totale du corps électoral...). La seule certitude du moment est que les Français en ont (enfin) assez du Monarque et, dans cette optique, "l'homme normal" est identifié comme le plus crédible pour remplir cette fonction.  

La véritable inconnue, facteur déterminant d'une éventuelle surprise, est le niveau de participation. Un des responsables du dispositif croisé la semaine passée table sur 1,3 million. Montebourg parlait lui de 4 à 6 millions quand nous l'avons rencontré à La Rochelle. J'imagine, vu les audiences des débats TV, que la mobilisation devrait pouvoir être comparable à celle de la votation sur la poste en 2009. 2 millions de Français se déplaçaient

Seule une participation massive, dépassant les militants et les convaincus, peut nous sortir d'un second tour Hollande / Aubry. Pas que je sois contre les individus en question (Unitééé), mais le vrai débat qui fait gagner du temps se situe sur une ligne "stop ou encore avec ce système financier"   (d'une façon explicite entre Arnaud Montebourg et Manuel Valls). Accompagne-t-on le système en tentant de réguler avec modération et "pragmatisme" ses conséquences dévastatrices, ou bien prend-on de véritables mesures coercitives contre la source du mal ? 

L'escroquerie fondamentale de la création monétaire et l'arnaque bancaire de la dette étendue aux Etats, sapant toute possibilité sérieuse pour les peuples d'en sortir par le haut, me persuadent de l'inexorabilité de la deuxième piste. Si l'on continue sur les mêmes fondements injustes, c'est l'annulation pure et simple d'une vie digne qui attend les peuples occidentaux (tu me diras, on égalisera avec le reste de la planète comme ça). Une autre certitude : plus on attend, plus ce sera douloureux. 

Si les socialistes accèdent au pouvoir en 2012 et n'inclinent fortement pas à gauche, au-delà du sociétal, leurs mesures fiscales, économiques et de régulation de la finance, ils ne constitueront qu'une rampe de lancement pour une coalition des droites (libérales, nationalistes...) d'une puissance de feu que l'on peine encore à imaginer.

C'est le message à faire passer (au second tour) dimanche.

jeudi 6 octobre 2011

Logement : Hollande en mode Cameron ?

Le site libéral Atlantico se fend cette semaine d'un énième billet en mode l'herbe est toujours plus verte ailleurs. Hughes Serraf y chante les louanges de la formidable créativité du gouvernement anglais "préférant le pragmatisme à l'idéologie" en matière de logement.

Des anglais dont, rappelons-le, le dynamisme économique et l'imagination immobilière plébiscités par un certain président en début de quinquennat reposaient sur deux fondations : l'accession à la propriété individuelle à tout prix et le développement de la finance décomplexée (et comme dirait Mr Subprime de Cleveland, Ohio dormant depuis 2008 à l'arrière de sa Hyundai : "toute relation de cause à effet serait fortuite ou involontaire"). Avant d'être une cause du cataclysme économique qui nous traverse, enrichir les riches en entretenant le désir des pauvres de le devenir est un mode de gouvernance occidental. Il est permet à certains de se goinfrer tout en ralliant à leur cause, strate par strate jusqu'aux moins fortunées, les classes moyennes téléguidées par les émissions immo d'M6. Ainsi le besoin basique d'un toit est devenu "un projet immobilier" : culte commun encouragé par les banques et relayé par les médias, permettant à une frange de la population de compenser, via le fantasme de la valorisation perpétuelle de leur propriété, la stagnation de ses revenus et de ses conditions de travail et son déclassement tandis que la génération de ses parents, déjà détentrice de capital et d'un patrimoine, s'enrichit comme jamais à l'ombre de niches fiscales taillées sur mesures. Et ainsi gonfle la "bulle", garantie d'une relative paix sociale pour les gouvernants tant qu'elle ne génère pas trop de rebuts (surendettés, locataires, mal-logés, SDF).

Pourquoi donc stopper cette belle science du rêve ?

Tadam ! Enter l'"innovation" britannique qui fait triper Atlantico. Le premier ministre David Cameron a évoqué l'idée de céder gra-tui-te-ment des terrains en friche (appartenant aux municipalités dans des zones de forte tension urbaine) à des promoteurs privés pour qu'ils les construisent et les remboursent, si possible, après la vente des appartements. Révolutionnaire ! Et tant qu'on y est dans l'innovation : pourquoi ne pas s'endetter un peu plus pour rembourser des banques en faillite hein

S'amputer de telles recettes en plein tabassage d'austérité[1] (provoquant zéro rebond d'activité en UK et le contentement des Anglais au point d'organiser spontanément des bûchers d'allégresse dans leurs banlieues) est juste une insulte de plus faite au peuple. Certes, en mode libéral, il ne faut jamais parler de collectivité ne percevant pas assez mais d'individus trop coûteux.

Et H.Serraf de prendre en exemple les prochains Jeux olympiques de Londres qui ont fait sortir de terre "des milliers de logements" des quartiers les plus déshérités. Gageons qu'il ne seront plus déshérités très longtemps puisque c'est précisément dans ces quartiers que l'on a expulsé les plus pauvres pour bâtir des temples à la gloire du patriotisme, du muscle et de la baballe dont les 8 milliards de livres sont réglés par les un peu moins pauvres (tiens là, je sens que je regagne les suffrages libéraux). On aurait pu utiliser depuis des années le dixième de ce pognon pour réhabiliter les taudis existants et construire du logement social sans passer par la case JO[2]. Mais non trop simple.  Euh... pardon contre les lois du marché.
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Demandons-nous plutôt pourquoi ces terrains en friche dans des zones de forte demande n'ont pas été vendus plus tôt par les municipalités ou, mieux, déjà transformés en habitations sociales ? Le réponse tient en un mot : "gentrification". Les richesses s'hyperconcentrent. On ne veut plus de pauvres dans les capitales. Point barre. Des espaces verts, de la piste cyclable, des voitures électriques, des jeux olympiques oui. Du gueux non (enfin, on en tolérera toujours quelques-uns pour construire les stades et les immeubles en question).
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On peut également s'interroger : en quoi il serait moins déraisonnable et "innovant" de donner des logements aux travailleurs à revenus modestes en leur faisant confiance pour "rembourser après" que de céder du terrain pour rien à un secteur mondialement réputé pour sa transparence, son sens du social et son honnêteté? Faut-il en conclure que les gouvernements ont perdu toute croyance dans un individu moyen pouvant s'enrichir sur la base de son seul salaire?
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Pourquoi l'Etat donnerait-il là où il peut ordonner (après tout il ne se gène pas avec les individus) ? Donner du terrain au secteur privé au moment précis où le m2 est au plus cher alors qu'il peut lui ordonner la construction de programmes immobiliers après un appel d'offre serré, en promettant une part seulement de la gestion ? Il y a là un mystère que je m'explique pas autrement que par : "houlala, on ne veut surtout pas que ça change, mais faut pas le dire alors appelons-ça de l'innovation".

J'étais donc à deux doigts de faire un petit billet de réponse pour exposer combien cette promesse d'étrenne  au merveilleux monde humaniste de l'immobilier privé au moment où le mal-logement explose (après 30 ans d'un laxisme coupable de l'Etat dans le secteur) était aussi stupide que de comparer Londres, la mégapole sans fin, avec Paris, le village ultra-dense enclavé dans sa barricade en béton[3], lorsque je tombai sur un autre article de Libération relatant un entretien avec François Hollande. Interloqué (enfin pas vraiment), j'y découvrais que le candidat à la primaire socialiste défendait à peu de choses près la même ligne que l'éditorialiste d'Atlantico !
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"Sur les terrains publics, Etat, SNCF, RFF, etc., la seule bonne position, c'est que l'Etat accepte ne pas avoir de rentrée immédiate, donc de libérer ces terrains pour les collectivités locales, avec des baux emphytéotiques ; c'est la bonne formule. Finalement, ce préfet [Daniel Canepa qui a évoqué cette piste pour la région Ile-de-France] n'est pas si mal... Faut-il encore que cela se fasse, mais ce n'est pas lui qui décide. C’est le ministère des Finances, mais pas seulement, la SNCF et tous les organismes publics sont également concernés. C'est donc la seule façon. Mais si l'Etat ou les organismes publics cèdent ces terrains-là, avec un bail emphytéotique, il faut s'assurer que ce seront bien des logements de toutes catégories que seront construits sur les zones en question."
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Tout est dans la dernière phrase. Il ne suffit pas de construire pour construire, mais bien de s'assurer que 1 / les appartements soient habités (C'est tout bête, mais c'est quand même le problème numéro un sur Paris) 2 / la mixité sociale y soit garantie sur contrat. Vu que ce sont les mêmes qui ont tout fait depuis dix ans pour qu'aucune de ces conditions ne soient assurées (l'un par rentabilité, l'autre par tranquillité), et nous aussi "préférant le pragmatisme à l'idéologie", nous doutons de la finalité de cette "innovation". Spécialement lorsqu'elle survient dans une période bénie des dettes pour les prédateurs du privé. Au nom du triple A et de "l'imagination" à mettre en oeuvre pour circonscrire les déficits (en décodé : t'en coller plein la tronche), petit à petit un peu partout en Europe, ils s'accaparent pour l'euro symbolique des derniers sanctuaires d'un Etat trop soulagé de se débarrasser de l'intendance.
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En attendant... Lorsque je quitterais mon appartement, si ce jour arrive, le proprio m'a déjà prévenu que le loyer prendrait 30% pour le locataire suivant (qui a intérêt à être ambassadeur ou fils de promoteur).
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Ah le vingtième... ce quartier populaire programmé pour ne plus l'être.
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Illustrations : zeutch.com

[1] arrêtons avec le mot "cure". L'austérité ne nous soigne pas mais nous tue.

[2] D'ailleurs, quelle capitale retrouvait-on comme candidat majeur face à Londres dans la compétition pour l'attribution des JO 2012 ? Les derniers revenus modestes de Paris ne remercieront jamais assez Luc Besson d'avoir fait le film promotionnel sur Lutèce le plus pourri depuis la création. Imaginons les JO à Paris en 2012 : le deux-pièces serait passé de 1200 à 2000 euros.

[3] Principale similitude entre les deux villes : se transformer en citadelles aseptisées pour revenus aisés privilégiant les touristes aux classes moyennes. Cette purge des pauvres prend les camouflages les plus "bio" et "progressiste", voire "verts" : péage urbain, création de musée ou d'espaces vides...  A Londres, le cercle s'agrandit progressivement (la zone de la congestion charge est la frontière la plus perceptible). A Paris intra-muros, l'éradication des classes moyennes est quasi complète.

samedi 1 octobre 2011

[video] L'ordre et la morale : rencontre avec Mathieu Kassovitz

"En ce printemps 1988, la République a perdu beaucoup de ses repères en Nouvelle-Calédonie."     D.Servenay, Rue89

Souviens-toi de ce temps quand j'avais 16 ans. Avril 1988. Sur l’île d'Ouvéa, l'assaut d'une gendarmerie par un groupe de jeunes indépendantistes Kanak tourne mal. 4 gendarmes sont tués, 30 sont séquestrés dans une grotte. 300 militaires sont envoyés de la métropole pour rétablir l'ordre face à ceux alors dessinés dans les médias comme des "barbares". Philippe Legorjus, chef du GIGN va tenter le dialogue avec Alphonse Dianou, progressivement nouer des liens, et est en passe de désamorcer pacifiquement la situation.

JT du 28/04/1988

Mais, nous sommes en cohabitation et le premier ministre Jacques Chirac, candidat face au tenant du titre dans une présidentielle qui a lieu dans quelques jours, a décidé de régler ça "à la Reagan". La prise d'otages devient un enjeu symbolique à liquider d'urgence avant le second tour. Malgré son processus de négociation avec des indépendantistes dépassés par leur propre action, sur ordre de la république, Legorjus trahira ses engagements envers Dianou et l'assaut fera 19 morts dont plusieurs exécutions sommaires de kanaks. Mitterrand est élu. L'enquête est bouclée en quelques jours. Le gouvernement Rocard passe une loi d'amnistie générale sur l'affaire. Remonteront plus tard les échos d'actes de tortures auprès de civils et qu'Alphonse Dianou a été abandonné agonisant. 

C'est le sujet du nouveau film de et avec Mathieu Kassovitz, l'ordre et la morale qui sort en salles le mois prochain. Après avoir suivi le journal vidéo du tournage sur internet et découvert le film cet été, j'ai rencontré le réalisateur avec quelques blogueurs pour une discussion autour du film, du cinéma et de la politique.


Même si dès les premières minutes du récit on sait que l'on s'achemine inéluctablement vers un final violent, ne pas s'attendre à un traitement pop-corn qui défouraille dans tous les sens au gré d'un montage épileptique. Ambitionnant de faire le film référence sur une sale affaire récente de la République en passe d'être oubliée (au double inconvénient médiatique d'avoir peu d'images et de se situer très loin de Paris), Kassovitz s'est abstenu de recourir aux effets alambiqués pour centrer sa mise en scène sur les acteurs, professionnels ou amateurs, et le suivi en immersion du chef Legorjus.

"Leur crainte [aux kanaks] était que l'on fasse un film qui réveille des cauchemars et fasse que les gens se remettent sur la gueule à la sortie du film. Au contraire, le but pour moi était que tous les gens puissent au moins se raccrocher à un objet qui leur raconte une vérité qui est la plus proche de la réalité. Puisque je l'ai fait avec toutes les parties de cette affaire, les gendarmes, les militaires, les kanaks..."

Le film réussit le tour de force d'être sans concession avec les indépendantistes dans sa première partie et de progressivement renverser la charge sur le politique (le méta preneur d'otage de la situation, délocalisant sa perte de crédibilité interne sur un terrain éloigné via un corps militaire par définition aux ordres). Au fond, le bad guy du film, c'est ce pouvoir de l'autre côté de la planète que l'on aperçoit furtivement sur un écran de télé lors du débat de l'entre deux tours avant l'assaut, un pouvoir représenté dans le film par le ministre d'outre-mer de l'époque, Bernard Pons (excellent Daniel Martin).

#1 Le travail avec les Kanaks / Le climat politique de l'époque (5.00) :

A propos de drames poisseux au coeur d'affaires politiques opaques, j'avais aperçu Matthieu l'an passé  au débat Mediapart sur le karachigate. Alors, après L'ordre et la morale et avec son intérêt pour gratter les histoires officielles (allez faire un tour sur sa page facebook), va-t-il s'orienter vers des films plus politiques ? Chaque projet est une aventure différente et, de cette heure d'entretien où nous avons finalement plus parlé de films que d'enjeux de société, il ressort que Kassovitz est d'abord un fondu de cinéma. Mais il n'exclut rien : "Avec ce qui se passe dans le monde, je serai toujours plus intéressant à faire des films politiques". Le problème étant toujours le financement.

#2 Vers des films plus politiques ? /
L'importance de consigner l'histoire et l'information dans un film (3.00) :

Interrogé sur les galères de tournage (genre tirer des tanks en bois et pousser des hélicoptères en carton), Mathieu déplore que l'armée française ait préféré collaborer à un film pro-interventionniste sur l'histoire d'une top-model enlevée par des talibans (Forces spéciales) plutôt que de collaborer au sien : "-  Je comprends. Mais ils sont cons. Parce qu'ils nous auraient filé un dixième de ce qu'ils ont filé à l'autre film, [...] j'aurais pu dire aux kanaks : vous voyez, le gouvernement français comprend la légitimité de votre combat et commence à assumer doucement ses responsabilités". Mais, le sourire en coin, évoquant les cascades d’imprévus et d'impératifs financiers obligeant à repenser la mise en scène chaque matin, le réalisateur reconnait que, cinématographiquement parlant, c'est de la contrainte technique et budgétaire que naît le plaisir (et accessoirement les bonnes idées).

#3 Les choix de mise en scène (2.00) :

Pour Mathieu, la question de la colonisation, sous-tendant son film, conditionne encore les rapports que la France entretient avec ses banlieues. Je lui demande alors si, avec le recul, il retournerait La Haine de la même manière en 2011 ? Il doute qu'un film pareil puisse être produit aujourd'hui : aucun exploitant ne prendrait le risque de le diffuser dans les salles par peur de débordements.

"- Si je refaisais la Haine aujourd'hui, je ferais quelque chose de plus violent encore, de plus dérangeant que ce petit moment de vie qui m'a été inspirée par une bavure policière terrible. [...] Je ferais "que se passe-t-il si un mec dans une émeute sort une kalachnikov ?" Parce que c'est ça qui va arriver. [...] Mais aujourd'hui il y'a des choses beaucoup plus graves qui justifient ces émeutes et c'est de ça dont il faut parler. [...] Il y a une brutalité gouvernementale que l'on subit tous les jours depuis 2001. On est passé à autre chose."

En fin d'entretien, nous abordons le climat politique et économique ambiant. Inutile de préciser qu'il est très, très pessimiste sur les mois à venir. Pour lui, la période de transformation du système que nous entamons tout juste sera entrecoupée d'éruptions de violence. Inquiet en tant que citoyen mais stimulé en tant que cinéaste : "2012 va être une année très intéressante pour des gens comme moi qui veulent trouver des sujets pour faire des films."
*
My two cents : De beaux moments et une poésie inattendue émanant de la confrontation d'un peuple proche de la nature (plans clairs en flottement) et d'une rigueur militaire (plans sombres et fixes), L'Ordre et la morale passe très près du très grand film. Le souffle du film de guerre (on est clairement dans ce registre-là) est parfois étouffé par son souci revendiqué de pondération et sa volonté d'exactitude (en même temps l'inverse lui aurait été reproché, c'est le piège de "l'histoire vraie" au cinéma). Mais l'important n'est pas là. C'est d'abord un des trop rares films français à se réapproprier l'histoire politique (quasi) contemporaine. L'ordre et la Morale est dans la lignée de ces films chocs des années 60-70 de Schoendoerffer père, Costa-Gavras ou Boisset. Des films à la cinématographie carrée, où le sujet est au centre de chaque plan et qui, Matthieu a raison, tiennent encore la route après 40 ans

L'ordre et la morale, en salles le 16 novembre. Merci à Mathieu et Raphael.

Le pearltrees Ouvéa, l'ordre et la morale