lundi 27 septembre 2010

Une famille ça compte énormément

Qui l'eut cru, si ce n'est Christine Lagarde et Benoist Apparu ? A peine la petite crise économique classée à la rubrique "ce n'est pas de notre faute mais on va s'en charger. Tant que les Français acceptent sans broncher une décennie de rigueur à base de taxes dans la face des plus fauchés d'entre eux, ça devrait aller pour nous", l’immobilier retrouvait de sa superbe.

En conséquence, banques et promoteurs fournissant à nouveau revues pornos et mouchoirs d'aisance, les pauvres purent réamorcer leur grande paluche de classe sur du désir de F4 en papier mâché avec jardin d'architoque et four à pizza intégré entre la machine a presnesso et le plasma à Experts.

On pouvait à nouveau se gaver grave et acheter les yeux fermés : la plus-value des gens responsables se promettait de juter sur la vitrine du m'as-tu-vu tel un comédon bien gras sur son miroir d'ado.

Assez de la déprime des années de débandade post-électorale ! Pierre et Juliette, jeunesse pop et cruelle-tivi, dont les piètres rémunérations n'égalaient toujours en rien le profond désarroi dans lequel leurs jobs, pas pénibles juste sans finalité, les plongeaient à perpétuité[1] renouaient enfin avec le tonus et la joie de vivre, bref avec des perspectives d'avenir, et ce, dans un de ces paradoxes occidentaux poussé à l'extrême en ce "vieux pays qu'est la France, grâce aux retraites des parents de Juliette.

Ces derniers se lassèrent vite de la vie à Pondichery. Depuis deux ans, renouant à la souche de cet esprit colonial précocement abandonné, caricatures incarnées d'un reportage d'M6 sur la réussite des français à l'étranger, ils y régnaient en nababs blasés dans ce palais loué une poignée d'euros et leur laissant largement de quoi disposer d'un petit personnel local mensuellement à peine plus coûteux qu'un paquet de biscottes sans sel à l'Intersection Market de Manosque.

Parce que l'Inde ce serait mieux s'il n'y avait pas tous ces indiens, parce que les rhumatismes s’accumulant, il leur faudrait un environnement un peu plus bienveillant pour leurs vieilles années[2] et puisque, l'air de rien, la crise entrainait l'an passé une baisse des prix dans l'arrière-pays, avantageuse pour celui disposant d'un petit pactole sans dette : le couple de dentistes bientôt septuagénaire s'y réinstallait en mars dernier.

Ils achetèrent à quelques kilomètres de l’appartement, cellule 44 tour B, de Pierre et Juliette (acquis faute de mieux parce que vraiment "si t'es pas proprio à 30 ans, t'as quand même raté ta vie. Mdr"[3]) le type de domaine à même de combattre la pénible image télévisuelle des disgracieuses promiscuités dans lesquelles les sans-grades de notre pays aimaient à se plaindre : le pavillon de 150 mètres carrés avec ses deux terrains sans fin, assorti de son indispensable signe extérieur de richesse équivalant à 8.2 sex-toys sur l’échelle du propriétaire : la piscine à prouts Jean DesGrelots.

Est-ce le domaine donnant sur la vallée, ou plutôt sur la perspective plongeante des pavillons clonés cultivant chacun, avec ce souci du petit détail en plus, leur sophistication du laid ? La libido de Juliette se remit en branle parallèlement à son désir d'"acheter plus grand".

Pierre et Juliette surmontaient tant bien que mal leurs angoisses existentielles et budgétaires quant à l’arrivée du second enfant. Après tout La France des feignants, des grévistes et des assistés sur laquelle ils pestaient à chaque JT avait encore ça de bon : cela n’y coutait pas cher d’y faire un bébé.

C'est au septième mois de grossesse de Juliette que le sort, sous la forme d'un coup de fil de beau-papa, se montra encore plus clément. Revivifiés par un été de Nouvel Obs, d'Express et de Point "l'immobilier c'est le jackpot assuré", les parents lancèrent un ultimatum foncier à leurs enfants trentenaires et assoiffés (comme tout jeune réac qui se respecte) d'avoir les réalités des rentiers du baby-boom dont ils respectaient déjà à la lettre, préceptes, goûts, codes et vote.

Pierre, l'index encombré d'une conséquente crotte de nez, de l'autre main, remontait par courriel à sa direction le signalement d'une conduite déviante d'un collaborateur, quand le Papa de Juliette lui fit sa proposition téléphonée :

"- Alors voila Pierre. On veut bien vous vendre le terrain au bout de la maison, 120.000 euros, sachant qu'il en vaut 240.000. Mais faut l'acheter dans moins de trois mois. Sinon, je le mets en vente en agence."

Pierre, sentant là que c'était l'opportunité d'une vie, cala le Mickey sous le desk, avant de se courber en remerciements dans le bureau vide. Assis sur l'extase, l'offre lui fit oublier pour la journée les rumeurs de dégraissages en provenance du siège.

N'écoutant même plus les monacales indications de son nouveau GPS "Des dieux et des hommes", pied au plancher de la Citropeine sur les routes en lacets, l'employé au contentieux des garanties de couvertures chauffantes Carbonara, revint au dortoir du bâtiment B dont il lui restait 16 ans à payer, sa raison perdue dans l'élaboration du mécano diabolique qui lui permettrait, in fine, de concrétiser le rêve ultime de celui qui, tripant sur les réalités de ses parents, sa conscience déposée en offrande sous les bulldozers des émissions sur "le bonheur d'être propriétaire" sponsorisées par les carnassiers du secteur, qui, après avoir acheté, tel un François de Closets possédé par la Dengue, en veut toujours plus : "faire construire notre pavillon, hein Noupinet".

Surexcité, Pierre en oubliait la sauterie domestique du soir. Le couple en mal de festivités, avait lancé sur facebook l'idée d'un repas Masterchef, avec présentation de flyer et tenue correcte exigée, pour célébrer les 3 ans de l'appartement. Sur 252 invitations lancées, 2 retours concrets : Magali la bonne copine (sous pression de son employeur, elle espérait bien vendre ce soir un forfait téléphonique, le troisième, à ses amis) et Jacques (surnommé "le Fataliste" depuis 1996, sa troisième de stage, où il s'est juré de ne jamais plus rédiger de CV).

Le Fataliste subissait sur sofa les Bretzels à la groseille de l'hôte en cloque et la fougue enfiévrée de son ami d'enfance :

"- Alors voilà. Avec Juliette, on va vendre l'appartement dans les 3 mois. Avec le prix de la vente, on va acheter le terrain à ses parents. Le banquier nous suit, si on vend l'appartement dans le trimestre au prix qu'on veut. Pendant qu'on fait construire la maison, deux ans maximum, on loue un petit appartement en centre-ville à 600-700 euros."

Ils n'apprendront donc jamais songea le Fataliste toutefois émerveillé. L'énergie de l'optimisme en immobilier lui rappelant systématiquement la réjouissance des gaillards enrôlés, montant au front en 1914 la fleur au fusil, se faire démantibuler façon boucherie au nom d'une guerre sans pourquoi précis.

Il n'était pas non plus de ces jeunes obsédés du bâti se tachant le slip dès qu'ils évoquent en public leurs taux d'intérêts "toujours avantageux", l'opportunité d'installer un vasistas défiscalisé ou de faire sauter la cloison pour construire un plan de travail à l'américaine (convenons-en bien plus pratique pour faire cuire les nouilles Lideule Prize, qu'entre deux parties de Masterchef ils s'enfilent toute l'année, parce que "Noupinet, on est ric-rac avec tous ces crédits à rembourser !").

Pour le fataliste, c'est le passager qui loue l'endroit et non l'endroit qui possède le passager.

Néanmoins, d'humeur joyeuse avec toute cette bière ingurgitée, il se lança dans une de ces mini-plaidoiries à l'alcool lucide dont il a le secret :

" - Pierre. Juliette. Résumons. Les parents de Juliette se proposent de vous faire "un cadeau" qui vous coûtera tout de même 120.000 euros, vous forçant, au passage, vous les ayatollahs des apparences, à rétrograder en standing, pour au moins quelques années, via la location d'un appartement plus petit."

" - Oui, mais on aura l'usage d'une piscine gratuite dans notre nouvelle maison" Tambourina Juliette.

Le fataliste fit ici l'impasse sur la partie construction histoire de ne pas trop plomber la soirée. Une longue observation des chantiers du genre lui permettant d'affirmer qu'il s'agit du secteur d'activité où l'on bosse le plus lentement au monde. Pour une triviale question de comptabilité, l'important pour l'entrepreneur n'est pas de finir les travaux mais de les commencer. A partir de là, le commanditaire ne peut plus se passer de l'entrepreneur qui, manque de bol, a toujours d'autres travaux à commencer. Ceci restant bien sûr l'hypothèse "par le haut", où tout n'est pas à détruire puis à refaire puisque empilé n'importe comment."

"- Ouais mais tu peux pas comprendre Jacques, t'es trop cynique. C'est une trop bonne affaire : Tu te rends pas compte !"

Jacques demanda si une estimation, autre que celle fournie par les parents lors de l'offre, fut effectuée par le couple ravi. Très en pointe sur les taux d'intérêts, le duo du béton ne jugea pas nécessaire d'entendre d'autres avis sur le prix du terrain pas plus qu'il ne demanda aux vendeurs désintéressés à quel tarif ils se l'approprièrent l'an passé.

" - Enfin t'es fou, Jacques ça ne se fait pas !"

Sentant que le couple désirait plus que tout une validation de sa fructueuse affaire, l'observateur de ce théâtre permanent de l'escroquerie, avec victimes consentantes et bourreaux décomplexés (deux rôles interchangeables et complémentaires), qu'est le marché de l'immobilier des classes moyennes, leur livra son expertise :

" - Si, si Pierre, je vois parfaitement la nature morte. Compte sur tes beaux-parents quand tu habiteras à 30 mètres de chez eux pour te faire sentir que tu leur est redevable de ce "cadeau" que tu mettras des années à payer au banquier. S'assurer d'un voisin sous contrôle, garanti "sans insécurité" et sur lequel on aura toujours l'ascendant, doublé d'une sérieuse option d'aide personnalisé à domicile, sans contrat et sans horaires, qui te file 120.000 euros cash d'entrée de jeu, en complément de retraites qui surpassent vos salaires, effectivement c'est une très bonne affaire... Pour eux."

C'en était trop. Devant tant de contrariétés, prise de douleurs, Juliette lâcha le plateau de mini-tiramisus au pâté de tête, interrompant Magali en plein exposé des bénéfices que procurerait à la future mère l'acquisition, à -50% les trois premiers jours, d'un forfait "1000 SMS par mois à Papa et Maman".

Alors que dans l'espace de vie "pourpre et taupe" tapissé de photocopies de Pollock et d'un poster de Home dans un cadre à diodes, Magali remplissait un contrat d'abonnement à son propre nom pour ne pas perdre sa prime sur résultats lui servant de salaire, aux côtés du gamin se goinfrant de flans au foie-gras devant un Zone Interdite, spécial "des bienfaits d'une bonne inflation", Pierre et le Fataliste transbahutèrent la parturiente en Citropeine jusqu'à la maternité qui, pour cause de restriction budgétaire dans une région virant vioque, se trouvait à 78 kilomètres de là (enfin 122, les moines du GPS les induisant en erreur à trois reprises).

Fausse alerte.

L'innocent ne semblait pas si pressé de rejoindre ce monde avec glands où la loi du rendement et l'appât du gain n'étaient plus l'apanage des banksters et des fonds de pension mais coulaient sans honte parmi les couples, entre amis et au cœur même des familles, tel le liquide de refroidissement d'un système en surchauffe, arrivant en bout de course, lui permettant encore de pousser la machine aux illusions pour quelques mètres.

Le lendemain, inquiet de ne pas recevoir son SMS du matin, le papa téléphona enfin :

"- Alors, vous avez réfléchi à notre proposition ?"



[1] Les Duhamel, De Kerdrel, Thréard, Elkabbach ou Mougeotte leur assénant du matin au soir sur le chemin, aller et retour, du turbin que la retraite des gens heureux resterait pour eux une planète interdite.

[2] bien qu'à certains égards étant en permanence suivi de check-up et bilans, ils se trouvaient en bien meilleure santé que leur Juliette qui n'osait plus se faire ausculter les dents parce que "faut arbitrer dans la vie, y a l'Heil Phone à renouveler".

[3] Benoist Apparu "Logement, aphorismes et billevesées." Éditions de la droite sociale, 2010

samedi 25 septembre 2010

Exclusif : le nouveau gouvernement

Notre équipe n'a pas ménagé ses efforts pour vous fournir, en exclusivité, plus que des noms : une photo du gouvernement remanié.

(cliquez pour agrandir)

Constatons deux ou trois choses :
- Xavier Bertrand reste dans l'équipe.
- Le monarque a l'air apaisé.
- Sa ligne politique ne devrait pas être profondément perturbée d'ici 2012.

vendredi 24 septembre 2010

[video] 997.000 c'est mon dernier prix (à + ou - 2.000.000)


Menteurs et escrocs, autistes, boursouflés d'arrogance et pataugeant dans le déni, c'est entendu. Mais, sérieusement, peux-tu faire confiance pour ta retraite avec un pouvoir aussi nul en mathématique ?

Donc, il parait que nous n'étions que 997.000 à manifester dans le pays contre la réforme des retraites. Les témoignages du terrain démontrent que nous étions au moins aussi nombreux dans les grandes villes et surtout bien plus nombreux en province que lors de la mobilisation du 7 septembre : donc 3 millions.

Même si j'entends à ma droite, répété jusqu'à la nausée sur des médias plus que conciliants, "bande de preneurs d'otage" et, parfois, à ma gauche des "booaarrrfff... tant que c'est pas la révolution, pas la peine de bouger", tout en subissant en continue les tristes et démoralisantes boucles mensongères, télévisuelles et radiophoniques des spadassins du TINA, ce 23 septembre je suis fier d'en avoir été.

Pourquoi lâcher l'affaire ? Je me pose tant de questions, mais surement pas celle-là. Je ne suis pas syndiqué, à peine travailleur (quoique hier - et c'est une première - j'ai cramé une journée de boulot pour défiler) mais, disposant d’un capital colère intacte : il est hors de question de contribuer par mon silence à servir sur plateau télé, une résignation souhaitée (via des tartines souriantes de "bon sens et de pragmatisme des français" servies au JT du soir par le Ministre de la casserole (pion d'une organisation mafieuse à couverture démocratique, ayant la gestion de lois et des transferts de marchés, sous alibi de progrès, au profit des amis et que nous appellerons pour simplifier : gouvernement UMP).

J'ai donc battu le pavé, accompagné de quelques blogueurs (selon mes renseignements nous étions au moins le double de la dernière fois). Départ de la Banque de France...


... jusqu'à Denfert. Ciel sombre, orage menaçant, coups de tonnerre sur La Bastille, flics en colère, pompiers énervés, personnel médical atterré, cheminots hurlant, : le ton s'est nettement rigidifié par rapport à la dernière fois. « Grève reconductible » et « grève générale » reviennent dans un slogan sur deux. Ne souhaitons pas à ceux qui n'ont probablement jamais planté un clou de leur vie et qui décident, en toute bonhomie, que les français doivent travailler jusqu'à la mort, de se perdre ici, par la mégarde d'un chauffeur mécontent de ses gages : leur espérance de vie pourrait être sérieusement écourtée et leur retraite violemment anticipée.

Continuons la remontée au milieu de la chaussée, point parfait pour pleinement apprécier les perspectives parisiennes aux platanes brunis. Nous croisons Arlette Laguiller, toujours fidèle au poste à l'abri bus Lutte Ouvrière du Boulevard St-Germain, des élus PC qui encouragent les manifestants à persévérer, quelques guest-stars du PS (qui semble de plus en plus se la jouer "tous dans la rue mais toujours bien fringué"), un Gérard Filoche en pleine forme, une Cécile Duflot qui repère ma petite caméra et prend immédiatement la pose pour distribuer tout sourire des tracts Europe Ecologie... Ah toute cette présence politique, manquerait plus que Bayrou...

Je croise Mémé Kamizole, blogueuse légendaire, arrivant avec sa canne et en bus de la banlieue, ayant surmonté une agression pour brandir sa pancarte contre le Ministre qui n'a jamais menti et son Monarque magique !

Au même moment, de la jeunesse à logos nous regarde passer en soupirant la bouche pleine de Mac Bouffe depuis une terrasse climatisée. Même si les enfants et les familles défilent, une génération brille ce jour par son absence : les 20-40 ans (pourtant les principaux sacrifiés). Un mec de 25 ans, remonte le cortège à contre-sens, doigt d'honneur tendu face aux contestataires.

Boulevard du Port-Royal, tandis qu'un pauvre vendeur de merguez s'engueule avec un encore plus pauvre acheteur de casse-dalle au sujet d'un rendu de monnaie incorrect, la demi-sœur de Mamie Zinzin, tente de forcer un cordon de manifestants avec sa Pigeot Cabriolet. Le seul policier affecté à la gestion du carrefour tente de l’en empêcher, elle finit par passer. Avec un teint un peu plus coloré, une 205 déglinguée ou 40 ans de moins, tu prends six mois ferme. Dans 150 mètres, la vieille dame en cabriolet aura tout oublié.

Les deux cortèges massifs, convergent en sifflets et vuvuzelas, place Denfert-Rochereau devant une immense banderole appelant à l'union des syndicats pour une grève reconductible. Nous restons encore là une bonne heure en consultant les estimations fantaisistes de Beauvau sur Twitter (997.000 manifestants, tout doit disparaître), avec la conviction que ce pouvoir pétoche sa race. Pourquoi , autrement, tant d'efforts pour tendre vers zéro les chiffres d'une mobilisation qui va crescendo ?

Que reste t-il à faire, le petit bonhomme en mousse n'étant pas la dame de fer ?

Ne pas se résigner à la médiocrité, rien n'est perdu : on peut encore leur apprendre à nous prendre en compte.




"Il soupire encore une fois.
- "Mais ça va changer quoi pour moi de manifester? C’est du temps perdu en plus je risque d’me faire virer."

Blockhaus du fatalisme se moquant du mur des lamentations, à aucun moment de la conversation, et en général de sa vie, Lolo ne fait le lien entre sa soumission à la logique du marché et sa croissante paupérisation."


"Lait fraise avec la majorité silencieuse" - février 2009

Mobilisation du 23 septembre 2010

mercredi 22 septembre 2010

Nous ne vieillirons pas ensemble

Le maire PS d'une commune d'Ile-de-France se tricote un petit buzz perso en plein Alzheimer day. N'ayant rien d'autre à combattre à la veille de la mobilisation sur les retraites : il veut proscrire de sa commune la nouvelle campagne publicitaire (soit 17 affiches dans son patelin) d'une radio de djeunz[1] mettant en scène des adolescents grimés en personnes âgées, accompagnés du slogan :

"Ne vieillissez pas trop vite."

Interdire cette forme ultime de liberté d'expression du plus riche qu'incarne la publicité, c'est bien, mais allons plus loin Monsieur Le Maire. Bannissons l'intégralité du secteur de ces agressions sonores, visuelles et auditives aux mains d'impostures surpayées et auto-flatulentes, mercenaires du mensonge et collaborateurs de toutes les escroqueries, pompant le talent des autres et n'ayant jamais rien inventé (si ce n'est dans les années 80, la stupide, puisque de Séguéla, idée qu'ils représentaient l'aboutissement de la démocratie).

Même si j'en connais qui s'ennuieront, l'éradication de la pollution publicitaire nous apaiserait le cerveau et contribuerait à faire chuter les taux de surendettement et de délinquance, petite et grande, liée au vol et au trafic d'objets ou de fringues de marque.

Non ?

Non. Le casseur d'affiches a l'indignation sélective expose dans diverses tribunes les raisons de la colère. Attention, planquez les enfants :

"Les personnes âgées n'ont pas à subir cette agression publicitaire qui suggère que la vieillesse est une maladie"
.

"Nous devons dire stop à cette dévalorisation systématique du grand âge et ce jeunisme permanent. Nous sommes dans une société vieillissante, il faut l'assumer positivement" [Le Monde]

« Les personnes âgées n’ont pas à subir cette agression publicitaire dans les bus qu’elles empruntent ou dans les abribus situés en face de nos maisons de retraite » [Le Parisien]

Le pourfendeur du jeunisme, interviewé le 20 septembre dans l'édition spéciale sur Canal+ va même jusqu'à déclarer, avec une finesse d'analyse elisabethlévyesque, que cette campagne "fait le jeu du front national."

Bref, une affiche aussi violente, ça bouscule le bien-être de la France gériatrique, heu pardon de ces "seniors" qui règnent d'une canne de fer sur à peu près tous les pans de la société, y compris, gentil maire socialiste en retard de 1936 combats, sur le monde de la publicité.

(Dis donc... Il a raison Le Maire : à en juger les publicités, ça a l'air vachement cool la vieillesse.)

Disposant du pognon, du temps libre, de l'épargne et du patrimoine, le "senior" est un très gros consommateur, une cible privilégiée des annonceurs. Mais le "senior" est également un acteur fréquent de la réclame pour y promouvoir une pilule anti-rides, une croisière en Thaïlande ou un yaourt au gingembre. Il y apparait, 11 fois sur 10, customisé en "jieux", jeune à cheveux blancs d'âge indéfinissable, quelque part entre 40 et 65 ans. Ce qui n'est probablement pas scandaleux, Monsieur Le Maire, dès lors qu'il s'agit de faire la promotion d'une assurance retraite complémentaire.

(Si c'est une banque qui le dit, où est le mal ?)

Le "junior", lui, est invité à baisser les yeux sur la domination publicitaire des vieux et à fermer sa gueule sur ses conditions de vie dégradées, ses stages sous-rémunérés et ses contrats lance-pierre qui n'en finissent jamais, sur le chômage dont il est la principale victime, les loyers exorbitants dont il doit s'acquitter auprès des gentils ainés à ne pas brusquer dans leur quiétude bien méritée, sur la nature de cette politique de la rente accompagnée de réformes sociales et législations sécuritaires qu'il prend systématiquement dans la face.

Quant aux enfants, ils sont priés d'attendre, devant leur offre de téléchargement légale et dans le respect des valeurs du marché accompagné d'un flic armé en cours, que leur "choix de citoyenneté" se réduise à deux options : être coupable à 14 ans ou entrepreneur à 16.

("Don't judge a book by the cover")

Pour leur retraite, les jeunes sont également encouragés à laisser tomber : c'est une affaire de vieux. Tel que c'est engagé, pour que perdure quelques années encore le jacuzzi de jouvence des retraités dans la place, les générations d'en-dessous, piétinées, s'enfonçant dans la mort au travail, l'absence de soins et la mal-bouffe, ont toutes les chances de ne jamais avoir à subir ce drame intolérable.


(La publicité ? Un bon révélateur de l'état de notre société.)


[1] La radio et l'agence de publicité sont dirigées par des proches du Monarque.


guerre des générations

mardi 21 septembre 2010

Le cabinet de la terreur

Trois ans déjà. On le pensait enseveli dans les grottes pyrénéennes après le bombardement de mai 2007 mais des journalistes du Figaro ont retrouvé sa piste, la mystérieuse "troisième voie".

François Bayrou, chef du groupuscule centro-extremiste MoDem, "l'homme de l'alternative" comme on l’appelait encore il y a quatre ans dans ce monde soumis au chaos des valeurs qu'était la République sans Monarque, refait parler de lui.

Le leader sudiste qui, sur fond de désarroi idéologique troublait en 2007 les perceptions populaires (de nombreux cas de confusion entre gauche et droite étant alors rapportés sur le territoire) met une nouvelle fois en garde la France.

Dans l’entretien qu’il livre aux journalistes français, F.Bayrou annonce une nouvelle étape dans la radicalisation de son mouvement avec la création d'un « shadow cabinet » qui se réunira régulièrement pour rejouer, en secret et en costumes d'époque, les plus grandes scènes politiques de la semaine, en version centriste.

« Inspiré des «Shadow Cabinet» britanniques, ce gouvernement fantôme du MoDem aura pour tâche de plancher et réagir sur les mêmes sujets d'actualité qu'un vrai exécutif. […] François Bayrou jouera plutôt le rôle d'un président de la République, présidant un Conseil des ministres, ou celui d'un premier ministre… »

Et le leader béarnais, via son porte-parole, d'avertir qui de droit : « On se met en ordre de bataille pour 2012. »
Pas besoin de clin d'œil, la menace est passée. Que le gouvernement recentre sa politique ou Le MoDem va, démocratiquement, tout faire péter !

Grâce à notre service infographie, nous sommes en mesure de vous livrer une simulation 3D du cabinet de l'ombre :

C'est le premier message du chef du MoDem depuis la semaine dernière. La bande n'a pas encore été authentifiée mais Beauvau précise par communiqué :

"- Le style ressemble à ceux des précédents enregistrements attribués au chef d'un mouvement centro-révolutionnaire dont la teinte choisie, orange, n'est pas sans rappeler celle de Casimir, le "monstre gentil" du "pays des enfants heureux, oh oui c'est un paradis" qu'était "L'ile aux Enfants" : une ruse probablement"

"Méfiance bien sûr" selon Xavier Raufer, consultant chouchou de TF1 en bombes qui pètent :

"- Par ce message désespéré l'homme clé de la nébuleuse veut montrer qu'il tient toujours les rênes des multiples branches du MoDem à travers le monde et mettre ainsi fin aux rumeurs évoquant un suicide collectif du dernier noyau dur d'adhérents en 2009."

Bernard Squarcini, patron du contre-espionnage, met lui aussi en garde un monde incrédule que l'insurrection vient :

« - Le leader du MoDem vient de comprendre que pour la présidence en 2007, c'est mort. Entouré d'une composante d'irréductibles qu'il attirera facilement sur son théâtre stratégique d'opération, le ridicule, il devient d'autant plus dangereux. »

Alain Bauer, professeur en terrorologie à l'université de Touléjouratatélé, souligne :

"- De par son côté "central", Paris pourrait avoir à subir les premières offensives MoDem sur sol français. Des tractages devant le Disney Store et des interventions à TéléMatin ne sont pas à exclure."

En revanche, en "off", tous se montrent plus pondérés à l'image de cet agent infiltré souhaitant conserver l'anonymat :

" - Paradoxalement, la nature même du MoDem protège notre pays d'une multiplication des actions. Difficile de propager la contagion dans un mouvement ultra-centralisé."

(Les premiers documents nous parvenant tendent à prouver que le règlement intérieur du cabinet de l'ombre MoDem est des plus autoritaires.)

Le corps scientifique alerte également l'opinion quant à un probable risque cataclysmique. Grischka Bogdanoff interrompt ses vacances à Menton pour se fendre d'une intervention solennelle sur Piwi :

" - On sous-estime le pouvoir destructeur du radicalisme par le centre : c'est du concentré d'antimatière à même de détruire toute forme de cohérence politique."

Seul dans ce concert des alarmes, Alain Duhamel, chroniqueur à RTL, reste confiant :

" - Il a toutes ses chances pour 2012."

A deux jours d'un nouveau mouvement social contre les réformes impopulaires du gouvernement, Le Ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, prend néanmoins la menace très au sérieux et déclenche le niveau écarlate du plan vigipirate.

Tremblon
s.


Illustrations : affiche, "les vécés étaient fermés de l'intérieur" P.Leconte (1974), Joker by robotalphabet

Twitter : le bug habite au 21

Drame de la technologie :

Après le tweet à caractère informatif,

après le tweet informatif à dominante répétitive,


après le tweet scoop,

après le tweet révolutionnaire,

et, après le tweet tout pourri,

le service de messagerie instantané californien repousse les limites de la technologie... avec le giant-tweet :


Avant que nous nous enfoncions plus loin dans la baisse de productivité liée à cette technologie addictive (des cas de démences ont été signalés dans la journée du 21 septembre), le MDVBTF mouvement de défense des valeurs du bon touite français exige qu'on lui rende dans les plus brefs délais son traditionnel :

Merci.

Twitter Hack

vendredi 17 septembre 2010

Docteur Patch


"La Mutualité Française tient à faire savoir qu'elle n'a été nullement informée, et encore moins associée, au projet de baisse des remboursements de l'assurance maladie obligatoire paru dans Les Echos ce jeudi 16 septembre 2010.
Si ces mesures étaient confirmées, elles représenteraient une dépense supplémentaire de 500 millions d'euros pour les ménages, s'ajoutant au 1,100 milliard d'euros de taxe nouvelle annoncé il y a quinze jours."
Signé Jean-Pierre Davant, président de la Mutualité Française.

Pendant que ton Monarque fait son Vandamme à Bruxelles (total respect à Jean-Claude), se ridiculisant encore un peu plus (avec ton pays par la même occasion) au niveau planétaire, en tâches de fond, son gouvernement poursuit sa politique de rigueur, à savoir le pilonnage systématique du porte-monnaie (avant d'aller plus loin dans le gourdin quand le porte-monnaie sera totalement dépouillé).
Hier, le journal Les Echos, en ballon sonde, annonçait qu'une nouvelle vague de déremboursements médicaux venait d'être validée par L'Élysée, afin de "limiter le déficit de l'assurance-maladie en 2011".
Au programme :

- Baisse de 35 à 30% des médicaments en vignette bleue. (traitements symptomatiques ou traitements dits de confort.)
- Hausse de 0,5 point du ticket modérateur qui reste à la charge du patient, pour les consultations médicales ou les soins à domicile.
- Baisse des remboursement d'actes hospitaliers (tarifés entre 91 et 120 euros).

Et le quotidien de préciser que ce sera indolore pour le patient : "Tous ceux qui ont une complémentaire santé verront en effet leur mutuelle ou leur assurance rembourser la différence "

Évidemment, les bénéficiaires d'une mutuelle verront leur cotisation augmenter l'année suivante. Ce que J-M.Cohen-Solal, DG de la Mutualité Française puis J-P.Davant confirment ce matin en annonçant une hausse des tarifs de 8 à 11% en 2011.

Espérons qu'à l'instar d'un patron du net, secteur qui va devoir appliquer une hausse de la TVA sur ses forfaits triple-play (autre mesure de rigueur dans le festival des hausses qui ne manqueront pas de booster, pêle-mêle, le pouvoir d'achat, la croissance et l'emploi), ils auront la bonne idée d'indiquer sur la douloureuse QUI est à l'origine de la ponction supplémentaire faite aux fauchés.

Quant aux cinq millions d'individus sans mutuelles, qu'ils passent leur chemin sans faire trop de bruit en suivant le message du rigoriste : "Casse toi pauvre malade !"

Il s'agit ici d'économies de bouts de chandelle : 2,5 milliards sur 12, éphémère sparadrap n'arrangeant rien sur le long terme au déficit de l'assurance-maladie [1]. Des économies pesant en revanche chez les français qui en possèdent peu. 1 sur 7 renoncent déjà aux soins dentaires pour raisons financières.

Heureusement, le Monarque pense à leur bien.

Et surtout, rappelez-vous... pour une bonne santé, mangez cinq fruits et légumes par jour.

Vous allez en avoir besoin.



[1] visant bien sûr à casser encore un plus la machine afin de la vendre en pièces détachées puisque "il n'y aura pas d'autres alternatives".

Illustration : Doctor Who? by robotalphabet

mercredi 15 septembre 2010

PTZ+ PTDR HLM DTC !

"A 28 ans, il est temps de devenir propriétaire."
Flavienne, 28 ans in "Recherche maison ou appartement", M6, Reservoir prod.


Après un été de magazines aux couvertures aussi variées que : "Immobilier, c'est reparti", "Spécial Immo : où sont les bonnes affaires!", "L'immo, le point ville par ville", "Mon coming-out : je suis immo" suivi d'une rentrée télévisée avec pas moins de six numéros à la suite de "Recherche maison ou appartement" sur la 6, où il fut rationnellement expliqué, sur fond de Lady Gaga, qu'il convient aux jeunes rêveurs sans thunes de se soumettre aux prix irrationnels des vieux vendeurs, puis, d'un week-end consacré au sujet dans les journaux télévisées du service public : il y avait inévitablement de la grosse annonce financiaro-immobilière dans l'air.

Le nouveau prêt à taux zéro est de ce type de réformes qui, entre deux scandales et la mise en kit privé des retraites, passent presque inaperçues mais qui occupent les conversations d'une espèce curieuse, probablement mal informée, le fauché qui veut à tout prix être propriétaire.
Le PTZ+, ratiboisant les aides à l'accession à la propriété existantes, cible les primos-accédants (synonyme : gogos gobant tout de go l'idéologie des gagnants), ceux dont le dossier a encore du mal à passer auprès des banques pour cause de pas d'argent. Ils pourront, sans conditions de revenus, s'endetter sur trente ans et régner sur leur parcelle de parpaings à putréfaction programmée en dixième périphérie [1]. Enfin.... tant qu'ils pourront payer.

Triquant toujours sur le merveilleux modèle américain, Le Monarque persiste à vouloir 70% de propriétaires dans une France aux richesses de plus en plus mal réparties. En flattant les désirs, il nous concocte une belle et nouvelle bulle spéculative de type "subprime" qui explosera à la tronche des primo-expulsés, après avoir profité à tout l'organigramme des morbaques du secteur.


Comme pour les retraites, pas de réforme qui ne passe sans un bon matraquage idéologique. Dans ce domaine, notre pays est en pointe :

- "Comment inciter les français à devenir propriétaire de leur logement ? Le gouvernement propose aujourd'hui une réforme des aides à l'accession qui permettra à tous ceux qui achètent pour la première fois d'avoir des crédits plus importants. La France est très en retard dans ce domaine."

Non non, il ne s'agit pas d'un brainstorming UMP mais bien d'une annonce de reportage par un journaliste de France 3, service public, le 14.09.2010 à 22h30.

Le reportage ?

Nous sommes dans une zone pavillonnaire enclavée de maisons similaires et compactées, peuplée de gens de classe sociale et revenus similaires, ce que nous appellerons les futures "cités sensibles mais à l'horizontale" de demain.

VOIX OFF REPORTAGE
"- Avoir un toit à soi, le rêve est devenu réalité pour ce couple. Depuis un an, ils sont propriétaires de cette maison. De quoi être rassuré pour l'avenir."

Monsieur est avec madame.

LE JEUNE RASSURÉ mode M6 on
"- Avoir une maison, c'est avoir un capital."

JOURNALISSE
"- Pourquoi ?"

LE JEUNE RASSURÉ
"... Heu... pour la retraite."

Et oui, constate avec moi comment en quatre mots de télé, on peut régler son compte à des heures de prose pré-révolutionnaire sur internet relative à l'inéluctabilité du renversement de système parce que les gens "y sont trop pas contents".

Suit une chatoyante infographie happy-meal sur les avantages du PTZ+.

Que serait un reportage sur le crédit et la pierre sans un bon gros parasite ?

L'AGENT IMMOBILIER
- "Effectivement la difficulté majeure pour les jeunes en terme de logement, c'est d'acquérir ce qu'ils souhaitent. Or bien souvent, on est en limite basse, donc ces mesures, ces "coups de pouce" permettent d'aider les gens qui veulent avancer dans la vie, tout simplement."

Tout simplement.


Sur le plateau du journal télévisé, le journaliste (incisif dans les limites du sentier idéologique préalablement balisé à savoir : pas proprio = caca) reçoit Benoist Apparu, secrétaire d'état au logement, "pour mieux comprendre cette réforme".

LE JOURNALISTE
- "Pourquoi "La France des propriétaires" promise par votre candidat en 2007 n'a pas fonctionné ?"

BENOIST APPARU " - Pour une raison très simple, depuis 15 ans les prix de l'immobilier ont tellement explosé par rapport aux revenus des français [précisément cette période où les français se sont massivement mis à vouloir acheter] que beaucoup de français qui pouvaient devenir propriétaires il y a 15 ans ne le peuvent plus aujourd'hui. [bon, enfin même temps un mec de 25 ans avait 10 ans il y a 15 ans]. Depuis 3 ans, il y a eu la crise. Là on est en sortie de crise [Ah, oui il parait, j'ai lu ça, les 4 millions de chômeurs apprécieront, les ménages modestes qui subissent l'inflation des prix alimentaires et des diverses factures liées au logement aussi], on se dit que c'est le bon moment pour réaliser cette promesse présidentielle pour une France de propriétaires."

Le journaliste s'inquiète quand même un peu et demande au secrétaire, ravi de ses "400.000 PTZ+ promis", s'il n'y a pas un risque de faire flamber encore un peu plus les prix ?

BENOIST APPARU
"- C'est le risque majeur de ce type de réforme. Comment est-ce qu'on fait pour que l'argent que l'on injecte ne soit pas capté par les prix ? On a mis des plafonds sur les opérations pour limiter les impacts sur les prix. On espère que les mesure d'offres de constructions de logements que parallèlement, on fait, nous permettrons de limiter l'impact sur les prix."

Inutile de préciser que le concept d'espérance dans la bouche d'un membre du gouvernement dont les discours sont dopés aux amphétamines de la volonté, spécialement dans le secteur de l'immobilier et avec le résultat que l'on connait (hausse continue des prix, augmentation constante du mal logement - 3,5 millions de personnes -, du pas de logement du tout, manque de logement sociaux ou construction en surnombre de ceux-ci dans des zones de faible densité où, précisément, le PTZ+ sera le plus costaud), signifie "nous n'en avons rien à carrer".

Faire du chiffre avec les bas revenus, générer de la taxe et éviter une décote trop rapide des biens déjà achetés à crédit par les classes moyennes et, surtout, maintenir la côte des placements immobiliers locatifs des plus aisés déjà largement déconnectées de la réalité des revenus, tout en se préservant du risque d'avoir des locataires pauvres dans les grandes villes : voilà l'ambition du PTZ+, nouveau programme de logement à alibi "social" qui contribuera à renforcer les inégalités.

Tout cela ne serait rien sans une machinerie média qui, faisant là où les annonceurs lui demandent de faire, martèle l'idée - ciment fondateur de la soumission économique - que les jeunes "doivent" être propriétaires.

Non, les jeunes ont déjà assez d'emmerdes comme ça : Ils doivent juste avoir un toit. Ce qui est complétement différent et implique un autre type d'action, visant à augmenter la construction de logements sociaux ou de réquisitionner et de réhabiliter les biens inoccupés. Bref, ce qui peut faire baisser le marché de l'immobilier et non l'augmenter, artificiellement qui plus est.

Ne voit donc aucun rapport entre cette "aide" à l'accession à la propriété pour les moins fortunés (mais un peu quand même), et cette récente volonté législative d'en finir - par la force - avec le nomadisme, l'habitat choisi et les squats.

Sur fond de n'importe quoi, ce gouvernement est d'une cohérence qui glace le sang.


[1] Sont pris en compte pour l'obtention du PTZ+ : la composition familiale, la surface et la zone géographique. Bref si t'es célibataire à revenu moyen et que tu veux acheter un deux-pièces dans le centre de Paris, pas touche c'est pour les riches. Ce qui est en droite ligne de ce soucis constant d'éloigner les faibles revenus des centre-ville.

mardi 14 septembre 2010

Vie de droite : à la bibliothèque

Le paquet d'excédés s'accumule au guichet "retour" de la bibliothèque municipale au centre de Metropolis. Déjà trois bonnes minutes que ça râle.

A la source du bouchon, retrouvons, tremblante et énervée, Marthe Mirabeau, petite dame mécontente à sonotone et gilet de 81 ans. Elle est accompagnée de son auxiliaire de vie, la jeune Khadijatu qui attend d'une sagesse résignée que l'orage passe, en espérant ne pas choper trop tard ce RER lui permettant de regagner sa banlieue bien éloignée.

Marthe frappe le lino avec sa canne en criant sur l'employée sur tabouret

MARTHE MIRABEAU
- "Mais enfin puisque je vous dis que je ne l’ai pas ce livre !"

La voix de Marthe est chevrotante, mue par la colère, l'injustice et la surdité. Dans l'étuve de ce samedi après-midi de fréquentation maximale, Marina, la jeune préposée à la bonne réception des ouvrages rafraichit à nouveau la page de son ordinateur. L'écran lui présente, encore et toujours, la même injonction au sujet de la vieille dame de sale humeur entre l'insulte et les pleurs : Carte bloquée.

MARINA
- "Madame Mirabeau, résumons... Pour ce livre, c'est réglé."

Marina saisit le bouquin, "Spleen Gaulois" de Rico Mazzour et le range dans le casier retour.

MARINA
- "Mais pour la quatrième fois... on ne peut plus rien vous prêter, il nous manque toujours "Pour la nation" d’Eric Besson."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais enfin, bon sang de bois, je ne l'ai pas ! Assez de me persécuter !"

MARINA
- "Ce qui est bizarre Madame Mirabeau, c'est que "Spleen Gaulois" soit sorti avec votre carte le même jour à la même heure que "Pour la nation" d'Eric Besson, deux livres rangés côte à côte dans nos rayons."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais…à la fin non. Je ne sais même pas de quoi vous parlez. Pour la quoi ? Eric comment ? Je ne sais pas qui c’est. Je ne sais même pas à quoi il ressemble ce bouquin ! C’est rageant à la fin. J'ai comme le sentiment que vous essayez de m'escroquer mademoiselle ! Faut pas me prendre pour une idiote, je sais défendre mes droits."

MARINA
- "Nous ne pouvons pas nous tromper. Tous nos livres sont fichés, badgés électroniquement, avec un code-barre et un scannage informatique des entrées et des sorties."

Se félicitant d'être entrée à ce poste de bibliothécaire à temps partiel après deux ans de recherche d'emploi et trois de stage, Marina ne pensait pas que la tâche se révélerait si compliquée : Réduction du budget culture de la municipalité, informatique lente, ventilation en carafe, manque d’air, promiscuité et, comme aujourd'hui, campement sauvage devant son guichet d'adhérents illégaux.

Néanmoins, fort de son double master en communication, Marine tente l'apaisement avec la vieille d’âme sèche.

MARINA
- "Madame Mirabeau, Vous êtes certaine d’avoir bien regardé dans votre maison si vous ne trouviez pas cet Eric là caché sous quelques affaires ?"

MARTHE MIRABEAU

- "Ah bah ça c’est fort. C’est à moi de trouver ce livre que je n'ai pas perdu ?"

Marina, n'ayant pas l'autorité pour faire un crédit littéraire dans une bibliothèque ( gratuite pour les plus de 60 ans) arrive, en bout d’argumentaire, à lui relire la nature du message barrant son écran en rouge : carte bloquée, récidiviste.

MARINA
- "C’est embêtant, moi je ne peux rien faire. Votre carte sera désactivée tant que vous n’aurez pas retrouvé « Pour la nation » d'Eric Besson."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais enfin puisque je vous dis que je ne l’ai pas ce livre !" Hurle-t-elle comme si quelques "peunkes" [1] tentaient un viol sur sa personne. Dans sa fougue approximative, elle envoie un coup de canne dans le tibia de Khadijatu, serrant les dents.

MARINA

- "Bon écoutez...Il va falloir que vous le rachetiez assez vite..."

MARTHE MIRABEAU
- "Mais ça ne va pas non ! Je ne vais pas taper dans ma retraite pour rembourser l' incompétence de votre machinerie."

MARINA
- "Faites-comme vous voulez, mais pour l'instant vos droits sont suspendus dans cette bibliothèque."

MARTHE MIRABEAU
- "Quoi ! Me déchoir de ma carte fidélité ! Je voudrais bien voir ça !"

MARINA

- "Madame, le système me signale que c’est le quinzième livre que vous ne reportez pas en deux mois. Quand votre carte sera débloquée, puisque vous ne nous croyez pas, vous noterez vous même sur un papier tous les livres que vous empruntez avec la date de sortie et celle du retour prévu."

MARTHE MIRABEAU
- "Ah bah ça, c’est la meilleure !


Elle se tourne vers les trente patients dont la lecture avant la fin du mois des ouvrages qu'ils empruntent aujourd'hui est suspendue à une négociation de trêve entre les belligérants.

MARTHE MIRABEAU

- "Moi j'oublie des livres, vous entendez ! De mieux en mieux !"

Marina hausse les épaules, échangeant le même regard accablé avec Khadijatu.

MARTHE MIRABEAU
- "Non mais on croit rêver ! Quel scandale ! J'en parlerais au Maire, il est de droite vous savez. J'ai des relations moi. Ce pays perd vraiment la raison et ses moyens. On voit bien où nous mène la chienlit du laisser-aller communiste s'infiltrant partout..."

Elle se tourne vers l'audience, agrégat bordélique de soupirs, de début de pleurs, de pitié, d'envies de meurtre, de billet de blog et de bras croisés.

MARTHE MIRABEAU

- "La Paralysie, je vous dis !"

Silence dans la bibliothèque, des bambins pétrifiés par le Kraken à gilet brodé appellent leur maman au bac à bédés. Marthe Mirabeau se ressaisit. Elle soupire en réajustant, pensive, son sonotone :

MARTHE MIRABEAU
- "Enfin bon... Qu'on en finisse, mon programme commence à 18h20. Comme chaque samedi, préparez moi une andouillette, deux pieds de porc et des abats pour Théodore. J'enverrai un domestique les chercher tantôt."

Détournant son regard de l'outrecuidante, Marthe saisit sa canne et sa Khadijatu. La tête droite, les idées franches, fière d'avoir moralement triomphé des forces anti républicaines mettant en péril la cohésion de la société, elle quitte, satisfaite, la bibliothèque sous les applaudissements nourris et soulagés.

VDD.


[1] prononciation validée par Francis Veber.

vendredi 10 septembre 2010

Retour de flamme


D'autres détailleront l'indigeste première partie du "débat" spécial retraites de l'émission politique "A vous de juger" sur France2 jeudi dernier : confit de Fillon servi au miel de journalisse et mithridatisé à la même éditocratie de salon de thé qui cachetonne en trois huit depuis la rentrée, des plateaux télés aux radios périphériques, pour nous faire la pédagogie aveugle de la réforme qui nique. Je n'ai pas vu le début, j’étais alors confortablement calé sur la 3 et ses « Incorruptibles » où la question des traitres et des fayots est réglée à la batte de base-ball.

Mais, à 21h40, alléché par un live-twitt de haute volée, je zappe sur l'intervention surprise d'une Ségolène Royal au Vitascorbol, remplaçant les têtes du PS sur le plus gros dossier social du moment : les retraites.

Chamboulant la Chabot Medefo-encastrable et réduisant en copeaux un Jean Boissonnat, en visite de maintenance annuelle hors de sa crypte cryogénisée, la présidente socialiste de la région Poitou-Charentes appuie là où ça fait mal et rétablit un peu de vérité là où je ne l'attendais plus, après une heure de castration mentale UMP (avec risque d'un fort taux de déroute des spectateurs vers les "Incorruptibles").

Dans cette dense demi-heure, étonnant moment de télé, celle dont son camp sous-estime les capacités de connexion populaire, revient sur l'essentiel soulevé et piétiné par cette réforme, ce qui est classiquement escamoté de ce type de débat-show bidon:

- La casse des acquis que la droite n'a jamais supporté et sur l’attente en coulisses "des fonds de pension, des assureurs privés et des banques [...] tapis dans l'ombre pour mettre la main sur le pactole".

- Le prétexte "fallacieux", et largement exposé dans l’émission par Fillon, que l’âge de départ à 62 ans résoudrait tous les problèmes de déficit. Elle rappelle à toutes fins utiles que le même assurait, en 2003, que sa réforme d'alors garantirait le financement des retraites jusqu’en 2020. Le même reprend aujourd'hui la ritournelle alors que la nouvelle réforme ne les financera que jusqu'en 2017 (date autorisant au Monarque un deuxième et dernier quinquennat pépère où il pourra pleinement se consacrer à laisser une trace de slip dans l'histoire).
A propos de mensonges et d'incompétence, Royal rappelle que « les réformes passées Balladur et Fillon cumulées ont abouti à baisser le niveau des pensions de 20%. ». Toujours bon à garder en mémoire.

- L’absurdité de devoir attendre 67 ans pour bénéficier d'une retraite à taux plein dans un pays qui compte un chômage record des plus de 55 ans et des moins de 25.

- La remise en cause des pseudos exemples étrangers, le fameux « ils l’ont bien fait ailleurs ». On oublie de préciser les effets au quotidien de cette privatisation des retraites (par exemple, depuis 2008, la classe moyenne américaine, jeune, tape de plus en plus fréquemment dans son épargne retraite pour… consommer) et les risques inhérents à ces épargnes individualisées instantanément misées dans le casino boursier.

"Je ne veux pas que les salariés aient à la fois subi la financiarisation de l'économie [...] et aillent alimenter par leurs cotisations des fonds de pensions qui demain vont peut_être faire faillite, qui vont à nouveau se balader au niveau de la planète des prédateurs des entreprises délocalisées."

Pour les complexés d'une herbe qui serait plus verte ailleurs, elle rappelle qu'une fois la réforme passée « nous serons le seul pays qui cumule la contrainte de l’âge […] plus la durée de cotisation la plus longue d'Europe

- Le silence révélateur du Medef dans cette réforme. Je cite : « On n’entend pas le Medef, parce que la réforme de François Fillon EST la réforme du Medef : Mettre a bas la retraite à 60 ans, mettre à bas la retraite à 65 ans à taux plein et taxer les salariés. »

- Les premières victimes de la réforme : « Quand vous remettez en cause la liberté, non pas l’obligation, de prendre la retraite à 60 ans, vous frappez les ouvriers, vous frappez les petits employés, vous frappez les femmes qui ont déjà des durées de vie [de cotisations] incomplètes, des cadres qui ont eu des durées d’études longues. » [...] « Ce sont les plus faibles, les plus pauvres, les ouvriers, les employés et même les malades (puisqu'on refuse d'intégrer la pénibilité des tâches) qui sont appelés à financer les retraites et ça, c'est insupportable et nous devons nous battre, le dos au mur.»

- Posant LA vraie question : « Comment se fait-il que les revenus du capital ne soient pas appelées au co-financement des retraites et cela d’autant plus qu’il y a 30 milliards d’exonérations de cotisations sociales dont profitent les entreprises ? »

- Repointant la fameuse valeur travail si chère au Monarque avant qu'il ne la piétine: « Leur travail [des ouvriers] a enrichi les actionnaires, leur travail a permis de revaloriser le capital de l’entreprise, leur travail a enrichi les détenteurs du capital de l’entreprise [...] donc la partie du salaire qui s’est transformée en capital ou en revenus pour les actionnaires doit contribuer au financement des retraites. »

- La peur et la résignation conditionnée des français qui « ont tellement été macérés dans une propagande », notamment ceux de moins de 40 ans de plus en plus nombreux à déblatérer le laïus classique qui contente les casseurs d'acquis « ouais bah de toutes les façons, on les aura pas nos retraites… ». A ceux-là, elle lance un: « Même quand vous êtes le dos au mur et bien nous devons continuer à nous battre».

Ségolène Royal déconstruit les thèses au formol des détenteurs de la grosse thune au point qu'Arlette Chabot (à qui, après sa pitoyable prestation, je conseille la retraite anticipée pour pénibilité à taux plein chez le spectateur) tente de la tacler. Sans succès: le diesel est lancé.

Puis, Jean Boissonnat se réveille:


HIBERNATUS
« - Si vous arrivez au pouvoir dans 2 ans, est-ce que rétablissez la retraite à 60 ans ? »

Elle rétorque un « solennellement, je vous dis oui » à haute teneur présidentielle, résonnant sec comme un couperet jusqu'à Washington.

Et tout s'enchaine...

SEGO, crochet du gauche
"- Au nom de quoi ceux qui possèdent des actions, des stock-options ne cotiseraient pas. Monsieur Boissonnat ?"

HIBERNATUS, esquive molle
"- Ça ne fait pas des masses de français ces gens-là."

SEGO, kick flip rotation latérale bing dans les chicots fallait pas m'énerver papy
" - Oui mais ça fait beaucoup d’argent, Monsieur Boissonnat [...] La cour des compte a évalué à 25 milliards la fraude fiscale des plus riches [en fait c’est plus], c’est presque le besoin de financement pour les retraites cette année. »

Boissonnat se rendort pour 3 ans. Chabot (genre d'arbitre partial seule à même de pouvoir faire gagner l'équipe de France de foot 38 à 0) est dépassée (c'est à dire que le travail, les retraites toussa, c'est pas son truc à Arlette, plutôt spécialisée dans la récitation d'évangile grassement rémunérée) et rebalance du TINA à grandes cuillerées dans la machine à essorer les cerveaux:

CHABOT, lave plus beau
- « On a l’impression que taxer les riches, c’est le miracle et qu'on va régler le problème des retraites. Y a encore de l’argent à trouver. »

SEGO, coup de boule
« - Et taxer les pauvres, c’est le miracle ? " J'aurais ajouté "connasse" mais bon ça aurait pas fait classe.

CHABOT, mais où est donc passé mon "Que sais-je : il faut sauver les riches." ?
« - C'est pas un discours un peu archaïque ? Euh, c’est ce que dit l’UMP. » [merci de la précision]

ROYAL, Steven Seagal m'a tout appris.
« - Oui, pour l’UMP tout ce qui est justice sociale est archaïque. »

Le reste est à l'avenant, saupoudré de phrases qui frappent juste: « On est passé de la précarité du travail à la précarité des retraites. » « La retraite c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.» « C'est au-delà du mouvement syndical, cela concerne tous les français. »


Y a pas, l'intervention a une incontestable gouache de gauche. L’analyse sans failles, carrée. Ségolène Royal construit mieux ses prestations télé que ses sites internet. Bon, n'oublions pas la machine du parti, le western des primaires et les voix qui ne manqueront pas de susurrer "mais non, c'est du chiqué". Là n'est pas la question. Objectivement, il y a bien longtemps que je n'avais pas entendu, à une heure de confortable audience, un discours aussi implacable, sans ambiguïtés, et intelligible sur la question des retraites de la part d'une tête du PS.

Panique à Solférino donc, car ce soir j'ai le sentiment que les pronostics sont perturbés.

Duhamel l'a bien senti en concluant, comme depuis quatre décennies, l'émission d'une de ses poussiéreuses considérations boursouflées sur les prochaines présidentielles[1] :

ALAIN DUHAMEL (dont la persistance télévisuelle, couplée au jurassique de l'analyse sur fond d'incontinence verbale, reste, avec le carton de René La Taupe, un de ces insondables mystères du monde moderne):
" - Si DSK veut y aller, personne au PS ne pourra s'y opposer."

Suffisante incarnation sur tabouret de la république gériatrique qui n'a de cesse nous persuader qu'il ne sert à rien de débattre, de lutter ou de voter puisque tous les arguments, les réformes et les résultats sont dictés par le "bon sens".


[1] qui, dans son livre de 2006, où il pronostiquait douze prétendants à la présidence en 2007, n'avait pas inclus... Ségolène Royal. C'est te dire la tronche de l'oracle.

En complément chiffré : Royal reboot, Intox2007