mardi 29 juin 2010

[video] pugnace pas pugnace

De la férocité du journaliste en bois selon que son interlocuteur représente la puissance ou la marge.

Les enregistrements de l'économiste franc-tireur Paul Jorion (lire son compte-rendu) et du pointilleux patron de Goldman Sachs Europe (voir la suite du même tonneau) datent du même jour : le 9 juin 2010.

Le journaliste, lui, est le même, ou presque.



dimanche 27 juin 2010

Woerth : Will zen win ?

Si nous étions dans cette vraie société décomplexée de l'argent roi, l'ouverture des jeux en ligne ne se limiterait pas au sport. Nous pourrions jouer sur la date et la nature de l'exil gouvernemental d'Eric Woerth. Demain ? Au prochain remaniement ? Seul ? Fortement incité ? A coups de latte ?

Les gestionnaires de la fortune Bettencourt, disposant d'une source fiable d'information interne, pourraient alors fructifier les dividendes de Madame en misant, comme par hasard, à la perfection.

"Quand on arrête de se les reprocher [les choses], on est assez serein."
RTL
, 27.06.2010

Le départ du Ministre du travail serait pour bientôt ? A en croire des journaux et des radios usant et abusant de la métaphore de l'étau et de la pression au sujet d'un ministre prit la main dans le pot aux collusions : Oui.

Je ne m'attarderai pas sur la cascade des éléments s'accumulant contre lui, elle évolue d'heure en heure.

Mais...

Compte-tenu que payer moins d'impôts est souvent la première activité du riche, via l'expert en défiscalisation, et du très très riche via la création de structures dédiées.

Compte tenu de la profusion des possibilités d'évasions de pognon et de niches fiscales autorisées, concoctées, aménagées, renforcées par ce gouvernement pour chouchouter leurs camarades de classe.

Le combat pour départager le légal de l'inégal s'annonce compliqué.

J'imagine que l'ex Ministre du Budget, aujourd'hui homme clé de la réforme des retraites, table là-dessus ainsi que sur une victoire de La France en coupe du monde et un été ensoleillé pour qu'on lui lâche la grappe.

La faute est originelle : Comment Eric Woerth a t-il pu être Ministre dans ces conditions ou, comment son épouse a pu accepter un tel job avec un conjoint officiant au Budget [1] sans que cela ne choque ni lui ni personne dans la classe politique ?

Sans compter, et ce n'est pas son genre, que notre homme était simultanément trésorier de l'UMP.

A l’image d’un Christian Blanc ne comprenant pas que, pour des français de plus en plus nombreux à compter leurs clopes, c'est le concept même que l’on puisse claquer 12.000 euros en cigare qui est choquant, l’autisme instinctif Woerhtien dans le frais prolongement des révélations de Mediapart compromet son destin politique à court terme.

Qu'il ne se soit pas retiré de lui-même de ses fonctions en attendant une clarification, pour reconnaître au minimum une faute de goût, mais au contraire qu'il ait joué la carte de la morgue, confirme ce sentiment de contrefaçon pouvant émaner de ce pourfendeur autoproclamé de l'évasion fiscale lors de ses interventions télévisées. Il en va de même pour son gouvernement uni battant des records de discrédit [2].

Prenons garde à ce que son cas personnel et sa médiatisation, suite d'une série de stigmatisations individuelles sur fond de dénonciations (le balancier penche aujourd'hui à droite [3]) ne cache pas à la fois la machinerie et la machination :

- La machinerie législative permettant à Woerth et d'autres de proclamer leur respect de la loi, et aux rentiers une élasticité jamais égalée dans les constructions et les évasions fiscales légales.

- La machination, limpide comme l’eau de riche, conçue par lui et ses acolytes pour couler le système collectif des retraites et en faire une préoccupation privée. Si son départ peut contribuer à fragiliser la réforme : qu’il s’en aille sous les hués.

Pour le soldat, je ne me fais aucun souci. J'ai cru comprendre qu'il avait de bonnes connexions dans le privé.

Lui parti, d’autres du même tonneau reprendront le combat, la morale toujours plus haute et toujours pour les autres, avec le même rictus de domination propre à ceux conscients qu'ils n'ont pas les aptitudes requises pour les postes qu'ils occupent par manque d'empathie ou d'éthique ou les deux.



[1] Le lecteur biffera selon sa situation conjugale.

[2] et de chômage.

[3] Qui prône le bling-bling doit en redistribuer sinon il se fait dépouiller gourmette et enjoliveurs.

vendredi 25 juin 2010

De beaux marronniers


Ce ne sera que timidement avoué sur les ondes. Sachez-le : c'était ensoleillé, massif, hétéroclite et revigorant.

Hier. Alors qu'à l'appel des syndicats, les cortèges de salariés du public, du privé, retraités, intermittents, familles se rassemblaient partout en France, la belle journée débutait sur une double farce mediapolitique :

- L'annonce de la réception d'un footballeur à la main baladeuse à l'Élysée par un Monarque, visant rien de moins que le Grenelle du foot, n'hésitant pas à annuler pour l'occasion ses rendez-vous de longue date avec des ONG.

- Un sommet du journalisme d'investigation à la française sur une chaine d'information continue : une interminable course poursuite derrière la berline du capitaine de l'équipe de France (éliminée) depuis la sortie de son avion, avec motos, satellite et commentaires à l'avenant : "On vient de passer le Stade de France, mais je suis pas sur", "C'est quel tunnel ? Porte de Clignancourt ?" ou encore le subliminal "Paris est une bien belle ville avec ces marronniers".

Faute de budget, la pétrolette de marque "OJ Simpson" modèle "avek15ans2Retar" tombait en carafe aux alentours du palace final. Par chance, il ne se situait point dans le triangle des Bermudes de la contestation République-Bastille-Nation.

D'un côté : des animateurs d'infos qui occupent 95% de leur temps d'antenne à l'appât automobile, alors que des travailleurs se privent d'une journée de salaire pour défendre les retraites de tous contre un projet de réforme inique et inefficace.

De l'autre : le grand ordonnateur de la réforme sacrificielle reçoit un footballeur (qui triche, perd et tourne à 500.000 mensuels[1]).

Je n'ai qu'un un seul mot : Merci. Merci de rappeler à ceux qui n'ont pas pu, pas voulu, pas osé venir contester, de quel mépris se chauffe cette gouvernance et pour qui tournent ces médias.

Le soir, nous apprenions que la France comptait en mai 43.900 chômeurs supplémentaires avec une forte augmentation chez les quinquagénaires... Avant de songer à sauver le foot et péter les retraites, notre Monarcoach ferait bien de s'interroger sur le travail.




[1] à + ou - 100.000 près mais quand on aime on ne compte pas.

mercredi 23 juin 2010

Monarchie et mensonges #2 : Les retraites sont sauvées

Peut-être pensais-tu comme ton perspicace président que le football était la "réponse à la crise" ? Patatras ! Ta fière équipe fait ses valises, éliminée au premier tour de Coupe sous les sanglots de Bachelot qui berçaient ton cœur d'une langueur kilotonne.

Attristé ? J'ai le remède qu'il te faut : Le Figaro.

A la rubrique néocons et propagande, tu trouveras un article euphorisant qui décortique à l'enclume, et à 24 heures d'un mouvement social sur le sujet, les résultats d'un sondage sur les français et les retraites, sobrement intitulé :

Retraite : "Les Français acceptent la retraite à 62 ans"

Il suffisait de le dire.

Dans une symbiose fusionnelle avec le directeur adjoint d'un institut de sondage jadis dirigé par l'actuelle patronne du Medef, l'article non signé nous confirme (puisque c'est le peuple qui le dit) le bien fondé du projet UMP de réforme[1] des retraites :

«Les Français reconnaissent au gouvernement le mérite de prendre le taureau par les cornes, même s'ils trouvent que la potion est amère».

A peine remarquerait-on surnageant dans ce torrent d'amour une minime contradiction : "le sentiment d'injustice qui anime une majorité des sondés." [Bah, faudrait savoir.]

Les conseils au Roi pour mieux faire gober sa réforme s'accompagnent de l'exégèse SMS de ses derniers faits d'arme [également connus sous le nom de "discours en bois comme il en copie-colle douze par semaine] : "Reste que pour éviter une coalition des mécontents, [Le Monarque] aura intérêt à être «très attentif» à «la situation de ceux qui ont commencé à travailler très tôt» ou «qui ont des emplois pénibles», comme il s'y est engagé mardi en visitant l'usine Turbomeca près de Pau.

Ces catégories se montrent les plus sévères vis-à-vis de la réforme. [Que veux-tu, jusqu'à présent, les gueux étaient chiants : moins ils avaient, plus ils piaillaient.] 59% des ouvriers jugent «inacceptable» le report de deux ans du départ à la retraite. Cette disposition n'est pas négociable, [T'as compris ducon ?] et les Français l'ont bien compris [ah bah oui t'as compris], puisque 70% de l'ensemble des sondés - et 66% des ouvriers - se disent persuadés que le projet «sera maintenu en l'état» après les grèves et les manifestations de demain..."

Tu auras saisi la manipulation (un indice chez vous : elle est explicitement inscrite).

Comme le disait hier soir dans le Grand Journal un ministre à nom de renvoi gastrique n'ayant pas la tête à couvrir de l'évasion fiscale : "un sondage on lui fait dire ce que l'on veut". Les seules questions à se poser étant : Qui le commande et pourquoi faire ? Les réponses des sondées coulent alors de source. Elles dépendent pour deux tiers de la formulation des interrogations et des options alternatives proposées. C'est ainsi que l'on peut se retrouver avec un boss du FMI incarnant le renouveau de la gauche, à l'unisson des quotidiens de droite (mais ceci est un autre sujet).

Ce publi-reportage à vague alibi scientifique, nouvelle salve préventive tirée à l'approche des grondements du pavé, est dans la droite ligne du bombardement médiatique que nous subissons depuis février dernier qui vise à empêcher la concorde des mécontents. J'imagine que les sbires de l'UMPEDEF vont encore squatter les plateaux télés des prochaines heures pour déverser une liquoreuse louche de résignation supplémentaire sur l'onctueux baba "du bon sens des gens responsables face à la gauche caduque et rétrograde."

Tant d'efforts de leur part pour ridiculiser la contestation : La plus belle des confirmations que celle-ci les fait pétocher au plus haut point et que, à moins de la mater en amont par l'autosuggestion, contre elle ils ne peuvent rien.

Mais, revenons à nos moutons.

Sous l'impulsion d'un monarque motivé pour faire de la bataille des retraites l'argument pivot de sa réélection en 2012 (à base de "regardez, c'est moi qui l'ai fait !" : ne te moques pas il a eu des slogans plus cons), le gouvernement (sans oublier son relais, le perroquetage du journaliste feignant), ne ménage pas ses efforts depuis des mois pour noyer tes capacités d'analyse et émousser ton potentiel de révolte sous les rasades de lubrifiants syntaxiques. Tout serait joué sur le front des retraites, la réforme serait une évidence se basant sur du logique, de la justice, de l'indiscutable puisque "tous les autres pays l'ont fait". (cela peut se dire aussi des guerres et des génocides.)

Ce sera travailler plus longtemps et pas autrement.

Note par exemple que l'intitulé de l'article susmentionné est biaisé. Le chiffre le plus pertinent de "la bataille des retraites" n'est pas 62 ans mais 67, âge pour bénéficier d'un remboursement à taux plein, sans décote. (65 ans aujourd'hui pour 28% des femmes)

Note également que la fenêtre de tir est optimale pour commettre ce socialicide avec préméditation [2]. Ce qui devait prendre 10 ou 20 ans à démonter, hors temps de crise, est en passe d'être atomiser en quelques mois de "rigueur"[3].

La semaine passée, entre la commémoration de l'appel du 18 Juin et un coup de pouce météo que notre monarque optimisera à la perfection, le ministre du travail des autres invitait ses concitoyens à "la responsabilité" en présentant au grand public la fameuse réforme des retraites.

Peu importe que ce projet de financement n'évoque ni l'emploi, ni la croissance. Peu importe qu'il cumule les zones floues : pénibilité, carrières longues et éclatées, polypensionnés (dommage pour ceux qui sont nés juste après 1951 et qui cumulent les trois)[4], qu'il manque de son propre aveu 15 milliards à son bouclage d'ici 2018 (soit un an après le double mandat maximum du monarque). Peu nous cuit que, les jours précédant son élection, son instigateur ait garanti que, grâce à la précédente réforme en 2003 ourdie par un certain Fillon, leur financement serait assuré jusqu'en 2020. Ne devenons pas trop regardant non plus sur sa fierté du siècle dernier d'avoir voté la retraite à 60 ans.

La seule ambition à court-terme de cette réforme idéologique n'est pas de "sauver les retraites de demain" (dans l'esprit de l'UMPEDEF elles sont programmées pour disparaitre) mais de cajoler les retraités d'aujourd'hui.

Enfin... une certaine catégorie privilégiée de retraités se goinfrant des pensions à rendre hystérique l'actif standard, qui sont propriétaires ou multi-propriétaires, actionnaires, gros consommateurs de soins et disposant, comme aiment à le rappeler les apologistes de la réforme, d'une espérance de vie qui s'est améliorée comme jamais dans l'histoire de l'humanité. Et pour cause : pas folle, elle s'est barrée à la retraite à 60 ans ! Pour eux, rien ne bouge dans le projet de réforme. Par défaut, cette tranche voit sa suprématie confirmée et son abonnement au Figaro renouvelé.

- On est jeunes et on vous emmerde !

Même si dans les sphères consanguines de la clique mafieuse, on se bataille déjà le marché des cotisations de retraites privées qui se développera pour le pire durant "cette période de transition garantissant l'équilibre pour la nouvelle génération", mets-toi bien dans la tête que ce projet, qui ne règle rien et aggrave les inégalités, n'est qu'un projet.

Rien n'est voté, rien n'est même présenté, ni au Monarque (ce sera le 13 juillet) ni à l'Assemblée, encore moins au Sénat. La finalité de la réforme ne dépend désormais que de ta capacité de réaction.

Une chose est certaine : ne compte pas sur eux pour changer quoi que ce soit. Tant que tu seras lent, ils seront là.

Et Le Figaro d'un monde parallèle de titrer :

"Ceux qui ne bossent pas cautionnent à 100% que tu cravaches jusqu'au tombeau."


* * *


[1] réforme n.f : progrès que le populo prend dans la gueule. Neoliberalis Universalis.

[2] socialicide n.m : crime contre la société, qui a l'inverse du crime contre l'humanité n'est condamné par aucun politique. Les intéressés peuvent même nier son existence à longueur de plateaux télés sans rien risquer. Lucidus Analysis.

[3] conditionnement facilité si le terrain mental est préalablement labouré par 4 heures d'M6 quotidiennes sur quidam expurgé de toute conscience de classe autre que "moyenne" (terme englobant tout et n'identifiant rien.)

[4] Il n'aura qu'à s'arracher une jambe pour obtenir ses 20% d'invalidité, et bénéficier d'un départ à 60 ans et à taux plein. A moins bien sur que ne soit pas constituée d'ici là une brigade pour débusquer les fraudeurs de retraite à l'arrachage de jambe.


Articles connexes :

- Les retraîtres
- Les retraites la peur et l'abandon
- Pas de retraite dans ta tête

illustration : Le repos, Pablo Picasso.

lundi 21 juin 2010

Faiblesses et faux-derches

Théorème d’hypocrite : Chacun cherchant à vendre son papier ou sa réélection, la vitesse du retournement de veste des médias et du politique en charge, est inversement proportionnelle à leur lenteur à reconnaitre le désastre jusque là, le tout sur fond d'espoir gâché de ne pouvoir s'accrocher à la victoire.

( - Revoyons au ralenti cette action décisive.)

Lors du désastre tragico-fanfaronesque de l'équipe de France de footcheball en Coupe du Monde, le lynchage politico-médiatique du coach puis des bleus (le premier, lecteur assidu de Le Bon, ayant habillement utilisé la fatuité des seconds pour détourner la mitraille) est un bel exemple grandeur nature des basculements idéologiques dont gouvernants et médias sont capables.

Tombant dans le sillage au sirop des commémorations de l'appel 18 juin où les mêmes firent leur choux gras sur les vertus de l'insurrection individuelle (mais exclusivement conjuguée au passé composé) face à la collaboration d'état avec un grand c, c'est savoureux.

( "- Did I do that ?")

Imaginons en 1998, en 2002, en octobre dernier lorsque que Thierry Henry qualifiait à la main son équipe ou, encore plus récemment, lorsque celle-ci s'échauffait en club sur mineure, qu'un quotidien titre au sujet de nos champions bardés de sponsors et payés quelques smics par jour à se plaindre de taper dans la balle : « Lamentables » , « les imposteurs » , « ras les bleus », « les bleus au fond du trou »...

Imaginons, il y a peine deux semaines un Woerth, un Copé, un Guaino ou un monarque à l'insulte pourtant facile, occupant de dimanche matin à dimanche soir télés et radios pour tirer à boulet de canons au nom du "c'est pas ça La France" sur cette équipe (toujours ça de pris en temps de parole sur les retraites ou les affaires visqueuses) alors que les mêmes, la tête bariolée en tricolore, sur-jouaient la comédie inverse deux semaines avant.

Imaginons un éditorialiste accouchant de sentences aussi haineuses sur ces privilégiés bouffis d’orgueil au QI de pétoncle, il y a tout juste quatre ans, lorsque Zidane coupdeboulait Materazzi (des opus ont été alors écrits pour souligner la beauté du geste !)

Imaginons un instant cette science-fiction du passé...

Toute indécence et injustices oubliées, La France ne perd son honneur qu'aujourd'hui, à cause de ses pieds cassés. Intuition personnelle : Ce sera ainsi tant qu’elle persistera à glorifier le roi fric en chiant sur le collectif.

Alors que le match « pour en sortir la tête haute » de Mardi face à L’Afrique du Sud se dirige vers un forfait pur et simple et que la nation des champions s’enfonce dans le ridicule au niveau planétaire, que Ribéry nous interprète la tirade du mal aimé de Plus belle la vie dans Telefoot, qu’au niveau local on peut espérer être débarrassé des réclames de footeux pour quelques années, je devrais exulter. C’est le point extatique que je n’osais plus espérer : le moment opposé en tout aspect à l’obligation d’hystérie nationale du 12 juillet 1998.

Pourtant, cette situation laisse un arrière-goût amer en ce qu’elle révèle sur l'influence du monarque sur ce pays.

Il a grand ouvert les vannes du penser pourri et du parler mal au niveau national, tant chez ses « représentants » supposés exemplaires que dans la presse nobiliaire racolant ouvertement pour vendre quelques feuilles de torche-cul supplémentaires.

Concentré de bassesse, symptomatique de l'ancrage des valeurs du régime dans nos esprits, cet itinéraire de footeux gâtés sent la mort et laissera des traces. C’est une étape de plus dans la désintégration de la société et dans la montée du racisme car, vu le nombre de fois où notre envoyés spéciaux du gouvernement a brandi de "la honte faite au drapeau" ce week-end, nul doute que le grandiloquent fiasco des baltringues sera récupéré dans ce sens.

J'en viens (presque) à espérer que, déjouant toutes les incantations, l'équipe de France tape son 5-0 Mardi prochain, et se qualifie, histoire de ridiculiser les procureurs de la dernière rafale.

Pauvre Dom [1], il aura choisi le plus mauvais samedi pour lancer son appel à une république solidaire, dans son décor Batcavesque à la halle Freyssinet. Il aurait mieux fait de concocter une pétition pour le rapatriement prématuré des bleus.


[1] Comme d'autres à gauche, j’aimerais bien l’aimer Domi mais il est de droite et son discours démago qui glisse à la surface de strictement tout devant un auditoire encore plus décati et endimanché que celui du monarque, ne suscite chez moi qu’une demie De Gaulle.

jeudi 17 juin 2010

Karachi, on insiste ! (2)

Certains jours d'uppercut social, la scandaleuse actualité croise l'actualité du scandale. Ne pouvant être partout à la fois, je reviendrais sur la déforme des retraites plus en profondeur (terme ad-hoc) dans un prochain billet. Nous évoquerons également le Woerthgate se profilant à l'horizon du lupanar des élites qu'on appelait jadis République.

Mercredi matin, lors d'une conférence de presse, six des familles des victimes de l'attentat de Karachi en mai 2002 ont fait savoir par leur avocat, Maitre Morice, qu'elles ont déposé lundi dernier une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile, auprès de la doyenne des juges du TGI de Paris pour entrave à la justice, corruption active et passive, faux témoignage, extorsion et tentative d'extorsion en bande organisée et recel aggravé de l'ensemble de ces infractions.

C'est un peu technique, alors je la fais courte :

En décembre 2009, les familles avaient déposé une première plainte pour les mêmes motifs au procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin

Aucune information sur les investigations n'a été transmise aux familles des victimes par le parquet de Paris. Il n'a pas non plus soumis à l'examen de la justice un certain nombre d'infractions relatives au financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 qui pourrait être une des raisons, par ricochet, de la mort de leurs proches à Karachi.

Maitre Morice est explicite : "Le procureur de la république de Paris est une autorité non-indépendante, totalement soumise au pouvoir exécutif." Et de rajouter : "son seul souci est de protéger le pouvoir politique, de protéger le président Sarkozy, de protéger M. Balladur et tous ceux qui sont concernés par le financement de la campagne présidentielle de M. Balladur"

Il en veut pour preuve la publication d'un communique du procureur Marin dans les heures qui suivirent le dépôt de la plainte, et donc sans connaissance de son contenu. Le procureur y déclare que certains griefs et faits visés par cette nouvelle plainte seraient "prescrits"[1] . En langage clair , le message aux familles est "ça ne sert à rien de s'acharner", celui au reste du pays : "circulez y a rien à voir."

Extrait 1 (1.30) :
Les étapes de la décrédébilisation de l'affaire
.


La constitution en partie civile permettra aux familles d'avoir accès au dossier si l'instruction est ouverte (ce qui n'est pas le cas dans le cadre de l'enquête préliminaire actuelle). Elles souhaitent ainsi que des magistrats du pôle financier, indépendants du pouvoir politique, puissent examiner l'ensemble des délits et crimes reprochés.

Le tout, en parallèle de l'information judiciaire pour assassinat actuellement conduite par Marc Trévidic (qui les recevra dans trois jours, un an après la "réorientation" de l'enquête sur la piste des rétrocommissions).

Extrait 2 (1.30) :
"Arrêter d'être face à un mensonge d'état"


Avec cette nouvelle plainte, les familles des victimes, qui désirent plus que jamais savoir pourquoi leurs proches ont été sacrifiés, lancent une offensive judiciaire permettant d'instruire ou pas (ce refus serait opposé au nom de la fameuse prescription supposée).

Dans ce cas, une commission d'enquête parlementaire pourrait être ouverte...

A condition, bien sur, que les députes se prononcent pour.[2]

Extrait 3 (1.40) :
Retour sur les pressions subies par la mission parlementaire de Bernard Cazeneuve :



La conférence de presse sera diffusée dans quelques jours sur le blog consacré à l'affaire.


[1] à l'inverse de ce qu'il laissait entendre dans une note du 22 novembre 2007 au procureur général.

[2] Maitre Morice s'interrogeant sur un certain "silence politique complice face à des éléments factuels objectifs déjà connus"

lundi 14 juin 2010

Karachi, on insiste !


"Écoutez, c'est ridicule. Franchement c'est ridicule. [...] Soit ,il y a des éléments donnez les nous. [...] C'est grotesque... qui peut croire à une fable pareille ? [...] pfff... [...] M'enfin franchement [...] Mais qu'est-ce... [...] Honnêtement [...] On est dans un monde ou la notion d'état n'existe plus [...] Je ris pas du tout parce que Karachi c'est la douleur de famille et de trucs comme ça mais que voulez-vous que je réponde là-dessus ?""

Telle fut la puissante réaction de notre Monarque il y a juste un an. Un journaliste méritant lui demandait de commenter la nouvelle piste prise dans l'instruction sur l'attentat de Karachi. Rappel : Le 8 mai 2002, l'explosion d'un bus causait la mort de 14 personnes dont 11 ouvriers français de la DCN originaires de Cherbourg.

Bien que non revendiqué, l'attentat était jusqu'alors attribué à Al-Qaida.



48 heures avant. A la lumière de nouveaux documents publiés dans Mediapart, le juge Trévidic[1] s'orientait vers l'hypothèse du règlement de compte entre services secrets consécutif à un non versement de rétro-commissions dans le cadre d'une vente de sous-marins entre La France et le Pakistan en 1994. (cf Dis-papa c'est quoi une rétro-commission ?)

Des commissions prélevées sur ces ventes auraient contribué au financement de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur. Notre actuel Monarque était alors son Ministre du Budget, son porte-parole et son directeur de campagne. Si embrouille il y eut, totalement impliqué il fut. On explique alors mieux son embarras au pupitre.

Quelques ricanements compulsifs saucés de mépris plus tard, les familles des victimes, des blogueurs et une poignée de journalistes sont convaincus que :

1 / notre monarque sait plus de choses qu'il ne le bafouille.

2 / ce qui a tout de l'affaire d'état a aussi toutes les chances d'être rapidement escamotée. D'autant que nombre de documents sont classés secret défense.

Le secret sera levé promet Hervé Morin. Le juge recevra plusieurs mois après un rapport de 137 pages ... dont seuls quelques paragraphes ont été laissés visibles.

Comme anticipé "l'affaire" disparait presque de la circulation.

Octobre 2009. De nouvelles pièces et révélations, rassemblées sur le blog Karachigate - lancé dans la foulée de la fabuleuse prestation bruxelloise -, nous éloignent encore un peu plus de la piste islamiste.

"Cette histoire, c'est du lourd" me confie à cette époque un député ayant eu vent de quelques aspects du dossier. Et de me préciser qu'il lui semble peu probable que les journalistes français aient une réelle volonté d'approfondir le sujet.

Décembre 2009. Par le biais de leur avocat, Maitre Morice, et sur la base des éléments réunis par le juge et la presse, le collectif des familles des victimes ouvre un "second front judiciaire" en annonçant le dépôt d'une plainte pour "entrave à la justice, corruption, faux témoignage et extorsion" (en plus de l'information pour assassinat).

Me Morice affirme que dans cette affaire de financement occulte, celui qui succédera à Chirac en 2007 était "au cœur de la corruption."

(cf. intégralité de la conférence en vidéo)



L'Élysée se fend dans la foulée d'un communiqué qualifiant les propos de "diffamation" (aucune action judiciaire dans cette direction ne sera engagée.)

Quelques semaines après, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour «corruption et entrave à la justice» dans le cadre de l'affaire de la vente de sous-marins au Pakistan.

26 avril 2010 : Médiapart et Libération publient des documents bancaires, anonymement envoyés en février à Maitre Morice, faisant état d'un versement de plus de dix millions de francs en liquide et en grosses coupures sur le compte de l'Aficeb, l'Association pour le financement de la campagne présidentielle du candidat Balladur. On apprend également que deux intermédiaires imposés à la DCN par le gouvernement Balladur après la conclusion du contrat de vente au printemps 94 ont reçu 54 millions de francs (première partie d'un montant bien plus important dont le versement devait s'étaler jusqu'à la fin 1995).

Le lendemain, l'ancien premier ministre dément tout financement illégal de sa campagne mais ne conteste pas le versement des dix millions, pas plus qu'il ne revient sur leur origine.

Début mai 2010 : A l'approche de la publication d'un livre de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, journalistes de Médiapart enquêtant sur l'affaire depuis plus d'un an (le livre fera l'objet d'une tentative d'interdiction), d'autres rédactions s'y attardent enfin plus longuement :


Le 12 mai 2010 est publié le rapport de la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi.

Il n'apporte rien de neuf, qualifie la piste islamiste de "plausible"mais n'écarte pas le lien entre l'attentat et l'arrêt, sept ans plus tôt, du versement des commissions par un Jacques Chirac fraichement élu à la Présidence de La République. Le rapporteur de la mission, le député PS Bernard Cazeneuve multiplie les interventions dans les médias pour dénoncer les nombreux blocages que l'exécutif lui a opposé. "C'est une véritable entrave au travail du Parlement." Exemple : Christine Lagarde refusant l'audition de fonctionnaires concernés par la vente d'armes.

Le député est convaincu : L'affaire dérange le pouvoir.



Dés lors, comme l'écrit Le Coucou sur son blog :

"Le fait d'en dissimuler des éléments sous le secret d'état, de faire la sourde oreille aux demandes des députés de l'opposition est, en soi, un aveu de mauvaise conscience politique.

Que l'on ne vienne pas nous resservir le contre-argument dilatoire de la présomption d'innocence. Puisqu'il a des choses à cacher au peuple souverain, le pouvoir est au moins coupable de dissimulation. D'ailleurs tout pouvoir qui s'exerce dans le refus d'un contrôle total de la représentation nationale est suspect par essence."

A l'approche de sa campagne de réélection (contraignante formalité démocratique), il apparait clair que le monarque fera tout pour freiner cette fumeuse embrouille. A la lumière de ses potentialités boules puantesques, on explique mieux sa récente ingérence dans les choix actionnariaux d'un grand titre de la presse.

"Le contrat" sort finalement en libraire le 18 mai. Son sous-titre : "Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier."[2]


2 juin 2010 : Un rapport de police luxembourgeois datant de 2008, mettant en cause notre monarque, est porté à la connaissance de la presse. Selon les policiers du Grand-Duché, "une partie des fonds qui sont passés par le Luxembourg reviennent en France pour le financement de campagnes politiques françaises" au travers d'un dispositif occulte et particulièrement sophistiqué.

Le grain de sable dans la communication monarchique devient un caillou dans sa pantoufle de campagne. Tandis que Maitre Morice enfonce le clou dans les médias, les sbires umpesques se mettent en rang pour défendre leur poulain.

Pendant ce temps, M6 lance Dilemme et la première compagnie fait chauffer la coupe du Monde.

Un an après la bouffonnerie Bruxelloise, plus de huit ans après la mort des ouvriers de Cherbourg, la commission consultative du secret de la défense nationale statuera cette semaine sur la nouvelle demande de déclassification des documents.

Dans une interview donnée à 20 minutes en mai dernier, Julie Leclerc et Magalie Drouet réaffirment leur conviction dans cette quête de vérité au nom de leurs pères :

«De toute façon, on n'a pas le choix : ce n'est plus imaginable qu'on s'arrête maintenant.»

Maintenant moins que jamais, ne pas lâcher Karachi.


[1] Succédant au juge Bruguière qui s'est malencontreusement endormi sur la procédure durant 6 ans.

[2] Le mercredi 30 juin à 19 heures, à la Maison des métallos de Paris, Mediapart organise un débat autour de l'affaire Karachi avec les auteurs de l'enquête, un défenseur des victimes, le député rapporteur de la mission d'information...


Pearltree Karachi Gate par dates de publication :

Karachi Gate

Merci au site La Rage au ventre pour ses captures vidéos.

vendredi 11 juin 2010

Monarchie et mensonges #1 : Une France de propriétaires

L’argument définitif du primo-accédant, excédé qu'on lui rappelle qu'il s’endette sur une génération, est souvent :

"- Je veux transmettre un patrimoine à mes enfants."

Ah les enfants... Quelle vie de baudet sommes-nous prêts à endurer pour leur laisser un monde qui, grâce au cumul de l'égoïsme, de la couardise et de l'atomisation de nos petites ambitions génériques, deviendra tellement mieux une fois que nous n'en serons plus ?

Avec le souci de l'ameublement décalcomaniaque unique et exceptionnel mais dans les limites du M6decotoléré, un des mantras du proprio est donc « ce sera à toi mon fils ».

Les vendeurs d'argent l'ont bien compris. Certains prétendent même qu'ils ont crée le concept marketing.

Soyons optimistes. Suivons ce petit raisonnement et attendons tranquillement qu'en deux ou trois générations tous les français deviennent ainsi propriétaires et que cette terre promise par le monarque de quiétude patrimoniale sans inégalités devant le logement se concrétise enfin.

Plus-values, droits de succession et taxes notariales ne seraient plus alors que souvenirs et l’utopie écologiste d’une urbanisation purement corrélée au nombre de naissances, une réalité. Finies les crises dues aux méchants prêts subprimés, les agents immobiliers rejoindront les files d'attente du Pôle-emploi et la spéculation foncière sera réduite à peau de chagrin. Plus personne ne serait dans l’hystérie de possession ou la terreur de perdre…. les endettés du logement seraient une de ces espèces mortes, comme le retraité ou le fonctionnaire, exterminée par un cataclysme de bon sens en milieu libéral.

Croyez-vous donc braves proprios que cette hypothèse représentant un tel manque à gagner, soit sérieusement envisagée par les vendeurs du concept « d’accession à la propriété » ?

Peu importe les marées noires, la soif de la pierre, à l'instar de la nouvelle bagnole tous les deux ans et du "meustave Ailletèque" est un puits de pétrole à pomper jusqu'à la dernière goutte.

Là maintenant, nous pourrions déjà avoir une France de « propriétaires » si elle était inscrite dans une loi de type « un français un toit » avec garantie pour chaque individu venant au monde de se voir attribuer un quota de mètres carrés, dont il ferait ce que bon lui semble.

Absurde ? Pas plus que la situation que nous expérimentons : Des types qui fourmillent toute une vie pour des pavillons qui s'émiettent en deux fois moins de temps qu'il ne leur faut pour les rembourser, des rentiers qui s'épaississent leurs "retraites en péril" en aspirant par le loyer la quasi intégralité des revenus des jeunes générations, des trentenaires en intraveineuse parentale qui gonflent la bulle locative, de moins nantis qui s'entassent en taudis tandis que d’autres sont dégagés du pied dans la rue faute d'appartenir aux catégories ci-dessus. (Trucs et astuces : on peut facilement passer d'une catégorie à l'autre dans le sens de la descente.)

Au milieu, foultitude de cas particuliers prenant sur eux le fait d'avoir été complices d'un rêve de dupes. Pêle-mêle citons ces couples qui ne se parlent plus mais sont obligés de vivre ensemble sous le même toit parce que n'ayant pas les moyens de vivre séparément, le culte de la colocation chez les jeunes (et maintenant chez les vieux) comme idéal de vie à la cool histoire de faire passer la pilule de l'entassement surtaxé, deux heures d'embouteillage matin et soir dans les gaz d'échappement au nom d'"un meilleur cadre de vie" ou encore ces salariés en camping-car, dormant dans une voiture ou bivouaquant dans leurs bureaux.

La promesse d'une France des propriétaires est un mensonge monarchique absolu. Une France de propriétaires poussée au bout de son raisonnement marquerait un violent ralentissement des inégalités de logement. Manque de bol, les inégalités, générant compartimentage et rivalités, sont une des priorités (avec le copinage et la manipulation des masses) de ce régime monarchique usant de la république pour servir clefs en main, dettes au pied, des peuples à des marchés. Il faut du chaos et des inégalités pour susciter peur et désir chez le prospect (aussi connu sous le nom de citoyen.)

Tant que tu rêves d'acheter, qu'on te le permet et qu'en retour tu es pieds et poings liés pour des décennies, pas de violents soulèvements à redouter de ta part. Tu assures servilement la rente des banquiers, avec une garantie suprême en cas de défaut de paiement : ta baraque.

La France des propriétaires selon le monarque se concevait ainsi : Quelques grands propriétaires servant de modèles à une bonne poche de rentiers arrosés de privilèges, beaucoup d’endettés se rêvant rentiers mais vivant soumis et fragilisés, beaucoup de locataires qui engraissent au choix grands propriétaires, rentiers ou remboursent les endettés qui à leur tour engraissent les banques à la sueur de leurs rêves télé-évangélisés.

Il s'en est passé des choses en trois ans, des crises financières et monétaires. Les rêves des uns et des autres, eux, n'ont pas changé.

Toi qui désires acheter pour transmettre à ton enfant, sois prudent. Il n'est pas "absurde" d'imaginer que grâce à l'ingéniosité de ton ennemi banquier, surfant sur tes peurs et tes désirs au nom d'une patrimoine solide que tu désires laisser à ta descendance, tu ne lui lègues à cette dernière qu'une dette diluée sur deux générations.

mardi 8 juin 2010

L'accroc des finances

« Il y a quand même des limites à l’imposture. »

Répond l'ancien ministre du budget Alain Lambert lorsqu'on l'interroge sur la montée en puissance de ses critiques contre le gouvernement ....donc contre son camp : il est sénateur UMP de l'Orne.

« - Je n’ai jamais pensé incarner la pensée profonde de l’UMP, c’est très au-dessus de ma capacité intellectuelle. »

Le connaissant peu, j'ai d'abord pris pour des faux ses tweets à l'acide pour le moins discordants avec le catéchisme au miel des robots UMP en plein déni de réalité, le soir de la victoire socialiste aux régionales de mars 2010.

Attention, nous n'avons pas à faire à un outing de gauche, en fosbury Bessono-Seguelien inversé, mais bien à un des porte-drapeaux de la droite contrariante d'obédience libérale qui, sondages aidant, tancent de plus en plus ouvertement un PR gesticulant trop et ne concrétisant pas assez.

A l'initiative de Mancioday de reversus.fr, nous étions 5 blogueurs, 2 de gauche, 2 de droite et 1 média à rencontrer Alain Lambert au Sénat, début juin.

1 / Un sénateur "geek" de 64 ans ?

Cette figure de twitter est un des rares politiques à ne pas feindre son intérêt pour internet. Il envisage les réseaux sociaux comme l'extension d'une réunion publique où n’importe qui, non-identifié, peut vous invectiver et orienter le débat sur une piste imprévue. La proposition de JL Masson relative à l'anonymat sur internet lui parait donc farfelue (version soft) :

A.L : « Le sujet numérique est très mal connu par la droite et le nombre de parlementaires qui se sont penchés sur le sujet est très, très faible. »

Il déplore que la volonté des hommes et femmes politiques à légiférer sur le sujet "internet" soit inversement proportionnelle à l'usage qu'ils en font. Lui est dans la situation inverse, avouant trop souvent pianoter sur son 3G de marque à pomme et réfléchir après [1]. Sur l'hétérogénéité de ses messages instantanés : « - J ’essaye d’être sérieux dans mon domaine de compétences, les finances publiques. On a le droit à la rigolade sur d’autres sujets. »

2 / Les finances publiques venons-y...

...pour l'instant c'est sympa tout plein mais quand on va taper dans le hardware, aussi pédagogue et chaleureux soit-il, nous risquons des incompatibilités de formats.

A.L : « - Je ne suis pas un idéologue, j’essaye toujours de trouver un raisonnement économique pour justifier mon intuition

Et le co-fondateur avec Didier Migaud [2] de la LOLF (loi organique pour réformer la gestion de l’état) de préciser qu'il y a 35 ans que La France n'a pas publié un budget en équilibre, que la dette nationale n'est même plus le problème : Son intérêt devient aberrant, la totalité de l'impôt sur le revenu s'y engouffrant. Ses deux arguments phares :

1er argument : "Les finances publiques ont besoin d’équilibre pour assurer la solidarité inter-générationnelle."

(Sauf que cette solidarité est déjà à sens unique [3]. Des services aux médias, la société française est globalement pensée pour le senior à confortable pouvoir d'achat qui, de surcroit, s'exprime plus souvent que ses cadets aux élections.
L'essentiel du débat sur les retraites consiste à achever de persuader les jeunes qu'ils ne toucheront jamais leurs pensions tout en rassurant les actuels retraités qu'eux la toucheront à jamais. Au lieu de trembler pour demain, songeons déjà à colmater les inégalités d'aujourd'hui, en clair réinjecter de l'argent chez ceux qui en besoin au lieu de réduire les aides de ceux qui n'ont progressivement plus rien.... mais je m'emporte.
)

Alain Lambert, lui, s'en tient scrupuleusement aux deux colonnes des recettes et des dépenses[4] : Les déficits publics proviennent d'une mauvaise gestion et d'un gaspillage sur le terrain. Approche pragmatique, compréhensible par tous, mais dont la rhétorique purement comptable permet in fine d'aligner la condition du fonctionnaire sur celle du taille crayon (de mauvaise augure lorsque se propage à travers l'Europe l'onde de choc de la rigueur "salvatrice".) [5]

2e argument : " - Si la sphère publique veut aider l’économie privée lorsqu’elle est en récession, il faut qu’elle ait un armement budgétaire pour qu’elle dispose de moyens en période de ralentissement."

Ah bon ? Pourquoi la sphère publique aiderait-elle la sphère privée, c'est pas très "libéral" ça.

A.L : "Il est souhaitable pour les libéraux (il nous précise qu'ils sont très peu en France et pas au pouvoir) que l’Etat n’intervienne pas dans le secteur concurrentiel. En revanche, la crise bancaire a montré qu’il n’y a pas d’étanchéité entre l’économie privée et le secteur public puisque les Etats sont venus aider des banques alors qu’ils étaient dans une situation plus critique. Sauf qu’ils étaient réputés pouvoir lever un impôt, ce que les banques ne peuvent pas."

Quand le privé peine, le public doit aider ? Quand le public peine, il devrait faire des économies ? Paradoxal, 20 minutes avant le sénateur pestait contre l'impunité des banques se sentant immortelles depuis l'effondrement de Lehmann Brothers.

Je l'interroge sur la finalité de cette banqueroute publique prophétisée depuis trois décennies. Que se passera t-il lorsque l'"intenable" ne tiendra plus ?

A. L : « - La monnaie commune nous a déjà bien protégés. Dans le passé ça se réglait par de l’inflation ou de la dévaluation. Aujourd’hui, faire de l’inflation ou de la dévaluation nécessiterait l’accord d’un nombre considérable de pays donc, je ne sais pas comment répondre à votre question. Je pense c’est une crise de régime qui surviendra dans tel ou tel pays qui probablement changera la donne. La Grèce était un trop petit pays à l’échelle de l’euro pour que cela pose un réel problème politique. … Si c’est la France qui avait dévissé elle posait un problème systémique aux autres pays. [...] La vraie question est : est-ce que l’euro tiendra ou pas ? »

Il n'exclue pas que l'Allemagne finisse par mettre un terme aux jours euro.

Là, je le sens moins optimiste.

Lui aussi se heurte aux murs de l'impasse européenne : d'un côté une globalisation de l'économie voire des destins individuels et, de l'autre, des réflexes nationaux dans les gouvernances et une cacophonie salariale et fiscale au sein de la zone.

A. L : "- Je crois aussi que l’on n’a pas envie les uns et les autres de se soumettre à une gouvernance mondiale. Vous savez, on devient assez vite schizophrène sur ces sujets."

Pas de remise en cause d'une mondialisation "venue toute seule, par la technologie" à laquelle les gouvernements n'ont pas su s'adapter, par paresse ou absence de visée politique à long terme. :

A.L : "- Le système doit être corrigé dans ses excès mais je ne sais pas si l’on a vraiment le choix [d'un autre système].» Retour aux fondamentaux : c'est comme ça et pas autrement (faut juste l'améliorer, Ok d'accord reste à savoir pour qui.)

3 / Travaux pratiques...

Le privilégié, blogueur enseignant, nous twitte alors une question d'actualité sur la fuite d'un rapport "confidentiel" de Luc Chatel aux recteurs sur les pistes envisagées pour réduire façon "total discount" les coûts dans l'éducation nationale (regroupement ou fermetures de classe en milieu rural, augmentation du nombre des élèves par classe...).

Sans se prononcer sur le fond, en se contentant de la libérale pirouette n°17 "le problème ce n'est pas le nombre de profs devant les élèves, mais le nombre de profs qui ne sont pas devant les élèves" qui a le mérite de reposer, au-delà de la sympathie qu'il inspire, la divergence de perception qui nous sépare, Alain Lambert nous confirme que ce rapport n'a pas fuité par hasard.

(N.D.L.R : Il s'agit de tapisser les esprits, de tester les réactions, de modeler peu à peu les opinions.)

Après avoir montré détaché quant à la suite de son parcours : « Il faut assumer son âge et chaque génération doit jouer son rôle à son tour [...] rien n’est plus inélégant dans la politique que de s’incruster[6]", je lui demande de clarifier cette rumeur qu'il a lui même lancée concernant une chronique qu'il rédigerait pour Brave Patrie, le site à la parodie à peine parodique des vraies valeurs de la France vraie.

Il se demande s'il n'a pas poussé le bouchon un peu trop loin.

Un libéral qui renoncerait ? Je n'ose y croire.

* * *

[1] Ce qui le différencie de la plupart de ses camarades peinant souvent sur la première étape et se dispensant généralement de la deuxième.

[2] Didier Migaud, ex-socialiste, a depuis remplacé Philippe Séguin à la cour des comptes et publiera le 23 juin un nouveau rapport sur les finances publiques.

[3] Selon un récent rapport de Terra Nova, le niveau de vie des 55-65 ans est supérieur de 40% aux moins de 55 ans. Le niveau de vie global des retraités est supérieur de 6% à celui des actifs, +20% pour les hommes. Les retraités sont propriétaires à 76% contre 56% chez les actifs. Le rapport préconise même la création d'une CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale) majorée pour les retraités.

[4] A propos de recettes, si on commençait par récupérer 70 milliards par ici...

[5] De 2009 à 2010 les salaires des fonctionnaires ont baissé dans 8 pays : Roumanie -25% , Lettonie : - 15 à -50% , Irlande : -8% à -20% , Lituanie, Espagne, Estonie : -5% , Grèce : Suppression des 13 et 14e mois, baisse de 20% des primes , Hongrie : Suppression du 13e mois , gels des salaires au Portugal, en Serbie et en Bulgarie. (Source : Eurofound.)

[6] remarque applicable à certains éditorialistes et à à la chanson hurlée.

Alain Lambert : sénateur 2.0
Illustration : Mancioday


dimanche 6 juin 2010

Ipad et conséquences


Jacques aime le grand air. Il n’aime pas attendre aux caisses, il a peu d’amis, déteste les grands magasins, abhorre l'Heil-pad [1] et crache sur les crédits. C’est par solidarité avec son pote Billy, modeste salarié désirant se procurer en plusieurs mensualités la dernier "meustave" d’Apeule, que nous le retrouvons au beau milieu de cette belle et chaude journée de début juin poireautant à l’espace "paiement privilège" (a.k.a zone à crédit pour sans épargne fixe) d'un magasin d'Ailletèque.

Climatisé, avec sa vue sur bac à plantes exotiques, baignant dans un jus sonore à base de Barry Manilow contrefait coupé par les sensuelles annonces d'une voix féminine experte en cotonneuses allitérations telles "la liberté de payer sans frais ça n'a pas de prix" et "beau, bien et blindé parce que je m'abonne comme les autres pour payer quand ça me plait", l'oasis de l'achat vaseliné contraste avec la moiteur des rayons du pandémonium des possédés de la possession.

KEVIN
"- Ho dis-donc Chouchoute t'as vu la télé 3D ?"

BRENDA
"- Elle est à peine à 1300 euros pièce, c'est 20 euros moins cher que sur Ventepasprivées.fr mais 30 de plus qu'au quart d'heure de folie de CKKdiscount.com !"

Les suées familiales sillonnant hystériques les allées du désir frustré débordant d'addictives superficialités asiatiques, troublent de leurs lointains échos adipeux, l'envoutante mélopée du faux Manilow parfumant à la fleur de lotus musicale la zone aseptisée.

SHRECK
"- Putain Papa prends en 4 !"

BRENDA
" - On a qu'à l'acheter pour les un an de Rihanna. Déjà qu'on lui a rien offert à sa fête je culpabilise. "

Sifflotant "copacabana" en tong et short hawaïen, détendu comme un Finkelkraut qui improviserait une partie de foot avec des imams lors d'un apéro géant organisé sur facebook, Jacques savoure la beauté de l'instant. Ça sert aussi à cela les amis : vous faire partager des expériences intenses où la banalité le dispute à la paresse de l'imagination, au milieu desquelles la soumission aux impératifs hiérarchiques des uns épousant la faible capacité de résistance des autres aux mouvements de mode offrent à l'observateur blasé une énième variation du ballet moderne du transit de pognon et des intérêts à l'exclusif bénéfice des dominants.

Tandis que l'euro s'écroule et que l'envie d'une bière fraîche commence à cruellement se faire ressentir chez nos deux fauchés, la frêle petite blonde à blouse verte termine énervée la saisie d'un dossier.

BRIGITTE
"- C'est le rush depuis une semaine, tout le monde veut une carte."

Billy veut également souscrire à la carte "Fnuck me I want be famous". "C'est pas pour consommer" assure t-il à Jacques "mais juste pour acheter un Heil-pad."

Dans sa grande générosité, en adhérant à sa carte, et à partir de 500 euros, l'enseigne propose au client payer en cinq fois sans frais. Sachant que le premier prix de la table des lois de Jobs, commercialisée le même jour que l’offre, est de 499 euros, la clientèle visée par ce magasin parisien (conceptualisé lors de ces lointaines années de croissance nationale à deux chiffres pour les cadres à fort pouvoir d'achat) ne trompe plus personne :

- Le revenu à peine supérieur au Smic qui veut se la péter comme l'élite télé mais qui a les yeux plus gros que le ventre parce que la feuille de papier numérique, même au plus bas des offres, c’est encore 40% de son salaire.

Jacques ne dit rien à Billy qui caracolerait encore sur ses grands chevaux pour clamer un Guévaresque "- Tu crois vraiment que j'ai le choix, c'est la crise Man !".

Billy répond à l’interrogatoire en profondeur de la belle verte qui arrose de données sa base devant le faux ficus : Nom, prénom, adresse, revenus, prix du loyer, montant de la caution, nom de l'employeur, fréquence et durée des rapports sexuels... Les formalités s'accumulant, la file d'attente d'acheteurs d'Heil-Pad s'épaissit à l'entrée de l'espace "paiement privilège ".

A l'ouverture d'un autre poste, deux clients déboulent au bureau de Blanche, l'autre préposée, avec cette noblesse d'esprit qui est l'apanage du consommateur stressé :

AMÉDÉE
- Vous croyez que je n'ai pas vu votre petit manège!

JM

- Va te faire niquer j'étais là le premier !

Pendant que Billy poursuit sans complexe son striptease social, Jacques compulse le fascicule couleur lingot d'or accompagnant la carte et intitulé "Passionnément fidèle à la Fnuck."

Jacques y comprend deux ou trois choses :

- La compagnie lui prélève d'emblée 12 euros d'adhésion, toujours ça de pris. C'est la facturation standard parisienne pour apprécier 10 minutes de Barry Manilow sur chaise en plastique qui colle au cul.

- La rubrique « facilités de paiement » propose de différer gratuitement de 40 jours le remboursement du gros objet ailletèque qui contente temporairement l'appétit de possession mais qui coûte bonbon. Comme disent les experts de la vente à découvert : "- Si t'achètes et que tu ne payes pas, c'est plus sympa."

Il est précisé, en petit, qu’au-delà de 1500 euros d'achat sera demandé une preuve de revenus (ce que Jacques peinera toujours à comprendre puisque si tu payes en différé, c’est précisément que tu n'as pas les revenus suffisants) puis, en microscopique au recto par obligation législative, qu'un crédit engage celui qui y souscrit et qu'il faut regarder ses capacités de remboursement avant de s'y lier.

- La rubrique "paiement échelonnés" où tu as la possibilité de régler par « petites mensualités » tes paiements avec un TEG annuel "révisable en fonction du solde de 21.44%".

A ces taux là faudrait vraiment être con… pour refuser de t’inciter à prendre une carte d’arnaque à la consommation, spécialement si tu as des difficultés à payer.

BRIGITTE TOUT SOURIRE
"- Hi, hi surtout dépassez pas... sinon ça se transforme en revolving."

Ce serait dommage d'autant qu'à l'évidence, la carte est conçue pour ça.

Jacques n'a malheureusement pas accès à la paperasserie contractuelle de 16 pages scellant le destin financier de Billy au dealer de came à Mac que la gentille blonde tamponne de si bon cœur qu'elle doit au moins toucher 50 centimes de prime par pignouf piégé.

Au bureau d'à côté, la bataille des clients s''emballe alors que Blanche la débutante s'enfonce dans son siège :

AMÉDÉE
"- Je suis à la retraite moi !"

JM
"- Et moi au chômage ! "

La coupe à cons déborde. La conciliante rabatteuse à contrat se lève de son siège et, se métamorphose en maître-chien, pointant du doigt les enragés de la conso contrariée le combiné de téléphone dans l'autre main, tout en meuglant un bovin :

BRIGITTE :
" - Bon vous la fermez tous les deux, où j'appelle la sécurité et je vous fais sortir. Ça va bien maintenant !"

Le stage maison "saisie informatique et nunchaku " n'a pas été vain. Les belligérants se taisent et Blanche s'enquiert de leurs revendications syndicales :

JM
"- Moi je suis là pour un Heil-Pad en cinq fois sans frais."

AMÉDÉE
"- Moi je veux qu'on me rembourse 2264 euros indument prélevés !"

Brigitte retourne à sa tâche en marmonnant :

BRIGITTE
" - Y a de ces chiants..."

BILLY timide
" - Euh… c'est bon mon dossier est accepté ?"


BRIGITTE s'offrant une nouvelle tamponnade interloquant nos deux héros.
" - Oh oui, c'est bon. "

Observant Amédée qui tourne à l'écarlate tandis que Blanche se déclare incompétente à lui rembourser le moindre euro, Billy interroge Brigitte : " - Et si je veux me désabonner de la carte une fois que le paiement est complet ?"

BRIGITTE
"- Oh bah…c’est simple vous appelez la Finimal, l’organisme qui s’occupe de votre dossier, et vous demandez d’annuler."

Répond-elle avec une simplicité donnant à n'importe quel objecteur de croissance l'envie de lui prendre sauvagement, là tout de suite sur le bureau, 10 autres crédits à la conso.
Et puis, tous les candidats à la résiliation de quoi que ce soit par hot-line délocalisée au Bangladesh vous le confirmeront : Le bonheur c'est simple comme un coup de fil.

BILLY
"- Ah bon ? je croyais que c’était la Fnuck qui s'occupait du crédit ?"

BRIGITTE avec l'assurance d'un Marc Touati face à Yves Calvi crédule.
" - Ah non nous notre métier c'est de vendre."

A peine sa phrase terminée, Amédée tape du point sur la table en exigeant que Blanche appelle son supérieur hiérarchique (ce qui est impossible étant donné le programme de réduction des coûts. Gérant 17 boutiques à la fois notre homme est à 610 kilomètres de son poste et un point de tension de l'AVC).

Brigitte décroche le combiné :

BRIGITTE
" - Ahmed, Idriss, Jean-Blaise. Espace paiement privilège. Code 22."

Boulevard, 10 minutes plus tard....
Billy déambule sous un soleil de plomb, éreinté par ces 20 minutes perdues à économiser en temps de paiement puis, par la sortie musclée d'un septuagénaire chevrotant par 3 cerbères peu diserts. Il est moralement épaulé par son fidèle et fataliste Jacques qui consigne les évènements sur son petit carnet sans batterie payé cash 1 euro chez l'épicier :

JACQUES
" - Pauvre Billy. C'est ton premier crédit hein ? Bienvenue dans un monde de subordination aux petits bourreaux interchangeables commissionnés par des établissements externes se rachetant les uns et les autres, où tu n'as d'autre valeur que celle des échéances dont tu es redevable, où l'on attend de toi que tu sois en faute afin de mieux te contraindre à un perpétuel remboursement. Enfin, c'est pas grave. T'es un homme heureux maintenant : t'as ton Heil-pad... Bah tiens d'ailleurs où est-il ton Heil-pad ?

BILLY
" - Oh bordel de bite à merde sapristi, JE L'AI LAISSE LA-BAS !"

88 secondes après....
Nos compères arrivent le souffle coupé (pas facile de courir en tongs) à l'espace "paiement privilège", juste à temps pour constater que l'objet restant à régler n'y est plus.

Alors que Billy laisse enfin entendre sa grosse voix d'insurgé face à ce "système d'enculés vraiment trop injuste", Brigitte saisissant les données d'un autre candidat à l'Heil-pad en 5 fois sans frais, se montre vaguement coopérative :

BRIGITTE
"- C'est le rush depuis une semaine, tout le monde veut une carte."

Devant l'agressivité montant crescendo d'un Billy catalogué débiteur, ralentissant de surcroit sa productivité, Brigitte décroche le combiné :

BRIGITTE
" - Ahmed, Idriss, Jean-Blaise. Espace paiement privilège. Code 22."

La bruyante affaire maitrisée par les molosses (des noms d'oiseaux furent échangés, des baffes distribuées et des tongs s'envolèrent), Brigitte soupire et se passe une main sur le front laissant apparaitre à Blanche ses aisselles suintantes :

"- Dure journée, le client est difficile."

Puis, les ouvrières du crédit reprennent leur travail à la chaine.

* * *

[1] Ipad, n.m : Objet cher et révolutionnaire qui permet de lire la presse onéreuse faisant des publi-reportages sur le prochain Ipad qui va vraiment tout révolutionner et sauver la presse onéreuse. Souvent utilisé dans la phrase : "T'as vu, j'ai un Ipad !"
Synonymes : drogue dure, télécran, piège à cons. Thématiques proches : crime écologique, sweat-shops, triste à pleurer de rire de voir de farouches athées anti-capitalistes vouer un culte fanatique à une marque américaine fabriquée en Asie.

* * *

Articles connexes :
- J'ai testé L'AïPu
- Le vent de la liberté (saveur pomme)
- Tarte ta thune (à la mode de Paris)