samedi 24 octobre 2009

Un gêneur, deux boutons, une cloche


 

Un peu de détente pour débuter ce week-end avec une histoire drôle à base de peau de banane républicaine et de tarte à la crème législative. 

C’est l’histoire d’un gouvernement qui a tant de mal avec la démocratie qu’il ne se cache même plus pour faire mourir les lois qui l'insupportent.

Vendredi dernier à l'Assemblée nationale dans le cadre du débat sur le projet de budget 2010,  le député socialiste Didier Migaud[1] dépose un amendement instaurant une surtaxe de 10% sur les profits des banques (via l'impôt sur les sociétés) histoire de faire cracher un minimum ceux qui vous taxent au top.

Le député affirme que cette mesure permettrait à l'état de récupérer 2 Milliards sans les prendre dans vos poches, plutôt cool en période de déficit public et de mauvaise passe populaire.

Ce texte, approuvé par l'opposition et le Nouveau centre est adopté hier par 44 voix pour et 40 voix contre. Mais bon dieu où était la majorité présidentielle ? Encore un cas d’absentéisme massif à la veille du week-end ?

A moins que cette désertion UMP ne soit pas le fruit du  hasard, des députés de droite font entendre qu’il leur devient difficile d’expliquer à leurs élus ce soutien aveugle et systématique du gouvernement envers des établissements financiers pétaradants de santé  à l'heure où les français stagnent dans le marasme pour les plus chanceux, tout en ruminant sur leurs frais bancaires.

Quel vote fâcheux : Un coup de canif dans les rapports confraternels qu'entretiennent banques et majorité présidentielle !

Voilà qu'après cette surprise, Jean-François Lamour  double médaillé d'or d'escrime devenu député UMP (à qui un autre élu avait donné pouvoir), explique penaud qu'il avait voulu voter contre et non pour. Ce qui aurait changé la donne avec une égalité des deux camps.

Ah la technique... y a des boutons et tout. Et dire que ceux sont eux qui ont voté Hadopi 2.

Gentil soldat, Lamour confesse sa faute.

Sont cruches quand même ces ex-sportifs reconvertis politiques (qui avec les avocats d'affaires, les publicitaires, les inutiles et les traîtres et bientôt les chanteurs à la peine  constituent le gros du front office l'UMP) ! 

Il n'en fallait pas moins pour que Christine Lagarde, Ministre des économies de ceux qui en ont, envisage de demander lundi à l'Assemblée d'annuler la surtaxe des banques, et de soumettre à nouveau le texte au vote (avec des députés UMP revenus de week-end.)

Après une première salve lors du passage du texte en commission des Finances, l'apologiste éthérée du surendettement populaire en remet une couche et nous sort peut-être (restons prudents, il reste trois mois) sa perle de l’année :

"Ajouter dix points de plus à l'impôt sur les sociétés au titre de l'année 2010 pour le résultat 2009, c'est faire payer les banques pour le passé, c'est faire payer les banques en imaginant que les banques françaises ont commis des fautes. Or, elles n'ont pas commis de faute".

Certes, ce n'est pas le premier petit arrangement avec les  scrutins  mais  la décontraction routinière avec laquelle celui-ci est annoncé est proprement hallucinante pour celui qui s'intéresse à la santé de sa république.





L'UMP appréhende la démocratie comme Ondemoule gère Secret Story. Quand la tournure des évènements ne plait à la prod' (qui méprise profondément 1 / l'émission 2 / ses spectateurs),  elle n'hésite pas à en changer les règles. 

Je comprends ceux qui décrochent du politique. A ce stade terminal là, si l'on n'a plus la force d'en rire, il vaut mieux s’en désintéresser. Autrement, cela pourrait vite tourner à la boucherie médiévale avec haches et sécateurs[2] pour ceux qui, avec toute la bonhomie du monde, nous jouent d'un plateau télé à l'autre la comédie du grand malheur des riches et des nantis.

* * *

 [1] Je ne le connais pas mais le storm-Trooper l'accuse de mauvaise foi, bon point.
[2] Le peuple veut aussi participer au débat sur les méthodes de castration les plus efficaces.

17 commentaires:

Ana Maria a dit…

Bonjour Sébastien,
Excellente chronique. Ca me rappelle votre phrase "On renfloue des banquiers qui mériteraient d'être traduits au Nuremberg de la cupidité". C'était votre excellente phrase qui résumait très bien la situation il y a un an. Depuis les banquiers ont été grassement renfloués et sont plus cupides que jamais. Le petit 10% que le député PS Migaud veut faire prélever sur ces banquiers rapaces semble une idée plus que sensée ; c'est carrément indispensable par les temps d'intense crise économique que nous subissons. Mais comme nous vivons dans une sorte de dictature light et bananière cela ne se fera pas.
Bonne continuation pour vos chroniques, Sébastien
Signé : Ana Maria

ZapPow a dit…

Il ne faut pas en vouloir à Lamour : depuis que dans les braguettes les fermetures éclair ont remplacé les boutons, on peut avoir du mal avec ces derniers.

En plus, chez lui, c'est Madame qui a la charge de la télécommande, alors…

Anonyme a dit…

"L'UMP appréhende la démocratie comme Ondemoule gère Secret Story. Quand la tournure des évènements ne plait à la prod' (...), elle n'hésite pas à en changer les règles."

Je crois que c'est en fait une nouvelle directive de Bruxelles, selon la jurisprudence dite "Constitution Européenne" : quand le résultat du vote n'est pas bon, on recommence. C'est çà, la modernité. Faudra vous y faire.

pilulerouge a dit…

Lorsque j'ai appris que l'assemblé avait validé cette loi, j'ai faillit tombé de ma chaise. Mais, ayant perdu toute forme d'illusion, ma première question fut : comment vont-il s'y prendre pour l'annuler?
En disant cela, je crains malheureusement refléter l'état d'esprit de beaucoup de nos compatriotes. Le coup du "Ouups, je m'a trompé de bouton", montre bien qu'il n'ont même plus besoin de chercher d'excuses crédibles; ce qui est encore plus inquiétant.

@seb
vous avez raison de souligner, que l'abstention massive des députés UMP est pour le moins curieuse. Le gouvernement va ressortir le gourdin, et tous irons sans broncher, voter contre leurs convictions.

Je reste optimiste, et je me dis qu'a force de tirer le diable par la queue, ils vont finir par avoir un retour de flamme. L'histoire nous l'a appris, et l'avenir nous le dira.

Denis a dit…

En 2007 je me suis trompé de bouton moi aussi.

On peut la refaire la présidentielle ?

abdel.h a dit…

Salut,

Je pense que la solution que tu évoque en dernier lieu (haches et sécateurs) est la seule qui pourrait faire changer les choses, et encore faut-il que la foule ne se trompe pas ou qu'on ne l'incite pas vers une mauvaise cible...

Là on verrait bien les talents d'esquive de certains dirigeants héhé

Pour le reste, au point où on en est, ça ne sent même plus le cramé...

@++

Anonyme a dit…

Merci seb, d'être toujours notre plume insolente.
Continue, fais du buzz: je communique ton blog à tous mes amis.

LA démocratie est morte dans son fonctionnement et...dans ses électeurs aveugles.

La seule solution est une révolution des consciences et une nouvelle république: mais je sais pas pourquoi j'ai la vague impression d'être utopiste.

I've a dream.

Monsieur Poireau a dit…

Bravo !
On a laissé le communisme par terre quand il s'est vautré mais ça fait plusieurs fois qu'on réanime le capitalisme quand il titube de ses excès ! J'aimerais comprendre pourquoi on s'acharne autant !?!
:-))

celine a dit…

J'adore tes textes, et tes vidéos.
Ça va peut-être te paraître insultant, mais si tu mettais des pubs sur ton blog, nous lecteurs, on cliquerait de bonne grâce. C'est ma manière habituelle de remercier et d'encourager les blogs et sites que j'apprécie...

Anonyme a dit…

Je fais la même chose que celine, je clique sur les pubs ;o)

abdel.h a dit…

il y a un clic don (via paypal) héhé :^p

Sinon un peu de musique révolutionnaire de part ses paroles mais le flow est bon : http://www.youtube.com/watch?v=Tsyd8U24rII

@++

Anonyme a dit…

Ce qui m'éclate, c'est la justification de Lagarde : "c'est faire payer les banques pour le passé", comme s'il serait plus logique de les faire payer pour l'avenir et comme si payer ses impôts était une punition et non un devoir civique.
Merci pour cet article.

b.mode a dit…

Excellent billet qui résume bien la situation actuelle. On vote et on revote jusqu'à ce qu'on obtienne le résultat voulu (comme en Irlande). Ou alors on invente d'autres chemins ( traité de Lisbonne par exemple).

seb musset a dit…

Ca se complique... J'avais lu un peu vite le Sarkofrance du 14 octobre. Lamour s'était prononcé POUR cette taxe 10 jours plus tôt.

http://www.marianne2.fr/Taxe-sur-les-profits-des-banques-Lamour-est-aveugle_a182569.html

Ça sent le cramé chez les députés UMP.

JJSS79 a dit…

Article plein d'humour. Ce soir, le texte a été annulé. Ils n'ont pas trainé. Et comme le dit Zemmour, les gens sont vent debout sur tous les sites. Même au Figaro ! Je me demande si Soral et Grand Francois n'ont pas raison, la chute est proche pour cette bande de cinglés.

Ana Maria a dit…

Rebonjour Sébastien,
Plus haut dans les commentaires une certaine Céline (qui vous tutoie) et un anonyme vous conseillent de mettre des pubs dans votre blog. Pitié n'en faites rien, n'acceptez jamais aucune publicité dans votre blog. Ce serait vendre votre âme au diable capitaliste! (Et puis comme disait ma regrettée mère il faut se méfier des gens qui tutoient trop vite, ce sont ceux qui donnent les pires conseils (la preuve Sarko tutoie plus vite que son ombre)). Bonne continuation pour vos chroniques, Sébastien.

BA a dit…

Charles Pasqua vient d’être condamné à un an de prison ferme. Charles Pasqua n’a pas été sauvé par Nicolas Sarkozy. Du coup, Charles Pasqua veut entraîner dans sa chute tout le clan Balladur-Sarkozy !

Sur France 2, mardi 27 octobre dans le journal de 20 heures, Charles Pasqua balance en direct tout le clan Balladur-Sarkozy :

- Charles Pasqua : Je demande au président de la République de lever le secret-défense sur TOUTES les ventes d'armes, sur toutes ces opérations qui ont été réalisées à l'étranger afin que l'on sache s'il y a eu DES RETOURS DE COMMISSIONS en France et qui en a bénéficié.

- Marie Drucker : Vous pensez auxquels par ailleurs ?

- Charles Pasqua : Moi, je ne pense à personne, moi. Moi, je suis très serein. »

http://jt.france2.fr/player/20h/index-fr.php?jt=20091027&timeStamp=186


1- Alors que Marie Drucker l’interroge seulement sur la vente d’armes à l’Angola, Charles Pasqua prononce soudain l’expression : « TOUTES les ventes d’armes ».

Charles Pasqua élargit brutalement le sujet : il commence à parler de TOUTES les ventes d’armes, c’est-à-dire des ventes d’armes à d’autres pays que l’Angola : Charles Pasqua fait allusion à la vente des sous-marins au Pakistan en 1994.

2- Charles Pasqua parle ensuite de « retours de commissions en France ». C’est un coup de tonnerre !

Là encore, Marie Drucker ne l’a pas du tout interrogé une seule seconde sur cette possibilité de « retours de commissions en France ».

C’est Charles Pasqua lui-même qui aborde brutalement ce nouveau sujet : il commence soudain à parler de rétro-commissions !

Charles Pasqua fait allusion aux rétro-commissions liées à la vente des sous-marins au Pakistan.

En 1994-1995, quand le clan Balladur-Sarkozy vendait des sous-marins au Pakistan, des commissions occultes partaient de France et elles étaient versées à des Pakistanais. En échange, les Pakistanais reversaient des rétro-commissions au clan Balladur-Sarkozy.

3- Sur France 2, devant des millions de téléspectateurs, Charles Pasqua vient d’envoyer un message à Balladur et à Sarkozy. Ce message est le suivant : « Bon, d’accord, je viens d’être condamné à un an de prison ferme. Vous ne m’avez pas sauvé. Alors écoutez-moi bien : si je tombe, vous tomberez avec moi. »