jeudi 16 juillet 2009

Tu pètes trop pour être honnête


De la conduite des véhicules aux rapports sociaux, constatons qu’à partir de la première semaine de juillet, et pour peu qu’il y ait un petit coup de chaud, plus qu'à tout autre moment de l'année, les cerveaux sont à ranger dans la pochette poubelle.

L'état qui est un malin profite généralement de ce grand relâchement du slip national pour faire passer dérégulations sauvages, hausse des tarifs, lois liberticides et autres augmentations de taxe pour les pauvres.

Et pis, si y sont pas contents, on leur sortira (avec leur thune) Johnny Halliday au Champs de Mars : Ca les calmera. Probablement que Louis XVI aurait gardé toute sa tête s'il avait placé l'idole des jeunes (quinquas en préretraites forcées) chantant allumez le feu ! en showcase gratuit devant la Bastille ce 14 crucial du mois de juillet 1789 avec possibilité d'orage en fin de journée.

Les bronches prises par la pollution au carbone et à l'air du monarque omniprésent, j'avais grand besoin d'une retraite forestière coupée du monde.

C'est ainsi que je me suis installé dans un petit village reculé où, tel David Carradine période Kung-Fu et pas Bangkok, je pouvais à moindre frais trouver recueillement et sérénité.

Ce fut le cas, quelques heures.

Ce 13 juillet à 22h20, je suis réveillé en sursaut* par une détonation dans le ciel, suivie d'une autre puis d'une pétarade pyrotechnique démesurée façon Bombing Bagdad by CNN. Effrayant feu d’artifices qui manque de me coller un infarctus.

Que célèbre t-on exactement ? La révolution ? Manip de nantis avec figuration de pauvres qui sont sortis de là taxés jusqu’au fion et encore plus pauvres. La république ? Triomphe des vermines. La démocratie ? Cosmétique du totalitarisme. Et les idiots du village qui applaudissent. Ah la belle Rouge ! T'as vu maman, c'est y pas beau comme un film d'Arthus-bertrand ! Et à l'aube, l'octogénaire d'à côté qui
se félicite :

JEAN-RENE L'OCTOGENAIRE
Ah la vache quel ramdam cette nuit ! Ca a tellement pété, ma maison a failli prendre feu !

Pour une fois qu’un bruit du dehors le faire sortir de son coma végétatif devant la première compagnie et qu'il ouvre sa porte aux autres, même au nom d'une liberté en papier mâché, c'est à signaler ! D'autant que ça lui fera un sujet de conversation pour les deux prochaines semaines au bistrot du bourg.

De la démesure obscène de Johnny en plein Paris à cette simulation de troisième guerre mondiale en plein cœur de nulle part engouffrant les trois quart du budget annuel de la micro-municipalité, comme pour les milliers d'autres comme elle, ce pays fait étalage de plus en plus d'efforts à chaque 14 juillet pour signifier qu'il est libre, égal et fraternel.

Si tel était le cas aurait-il vraiment besoin d'appuyer, avec flash et vacarme, la démonstration à ce point ?

La liberté, c'est souvent ceux qui la célèbrent le plus qui la tolèrent le moins.

Allez va, petit et cri vain. Continue ton chemin.




* oui, oui, c'est tôt pour un mois de juillet mais j'ai mes raisons...

1 commentaire:

Sandrine a dit…

Moi, tous les ans, c’est ce petit couplet qui me vient à l’esprit :
« Ils font la fête au mois d'juillet,
en souv'nir d'une révolution,
qui n'a jamais éliminé
la misère et l'exploitation,
ils s'abreuvent de bals populaires,
d'feux d'artifice et de flonflons,
ils pensent oublier dans la bière
qu'ils sont gouvernés comme des pions. »*
Tous les ans, invariablement, depuis un bout de temps, déjà.

Pas super branchée pyrotechnie, j’ai quand même cédé cette année sous la pression de mes gamins, surtout que dans ma ville verte de proche banlieue parisienne, on avait droit à un véritable spectacle son et lumière, attention !, avec intro type Yann HOME Arthus Bertrand : Notre mère la terre bla bla bla… »- on était sur le point de sombrer quand a retenti la première explosion, qu’ont jailli les premières illuminations… et leurs inévitables trainées de poussière (mais en territoire écolo, sûr que c’est de la fumée non polluante…).

On s’en est pris plein les mirettes ; plein les poumons aussi, sans aucun doute ; en tout cas, je ne peux m’empêcher de songer à ce moment-là que ces projections là, malgré le peu d’enthousiasme qu’elles génèrent chez moi, sont certainement moins toxiques qu’une projection de flashball par exemple; ça peut coûter un œil quand même… rien que ça.

*Renaud