jeudi 30 avril 2009

Vos enfants c'est de la merde


Youpi, c’est la pandémie ! J’anticipe les ordres du gouvernement : Je reste chez moi à regarder M6.

Superbe plateau prêt-à-gerber Mercredi soir. Un 66 Minutes spécial votre enfant est une raclure.

Au programme de cette émission bien représentative de la charge émotionnelle et de la confiance que porte le spectateur d’M6 pour sa progéniture, 4 sujets aussi non-anxiogènes et variés que :

- Ces ados bagarreurs.
- Ces ados obèses.
- Ces ados drogués.
- Ces ados incultes et barbares.

Bref, si tu as un môme à peu prés poli, qui a la moyenne en classe sans tabasser son prof et qui ne te parle pas comme à un chien en faisant une faute de français à chaque syllabe, passe ton chemin et va sur Arte : Ici on fait dans le cas social et l’enfant gâté par une éducation Nintendo-télé. Sans discriminer : Fils de Bidochon et fils de notable.

Premier sujet sur les ravages de la cocaïne dans les soirées adolescentes parisiennes :
Nous retrouvons Lola des beaux quartiers, 17 ans, dans une soirée d’étudiants de type que de la sape qui bat son plein dans la chambre de l’un d’eux, louée une fortune par papa. Ils sont 36 dans 15m2 serrés autour d’un bol de pistaches lui-même perdu au milieu de deux douzaines de bouteilles de vodka, un classique. Avec un petit plus : Tonight, c’est soirée Coco !

Ne pas comprendre, qu'ici on va braver l'Hadopi pour se faire une vidéo projection sur la porte du frigo du dernier Gad Elmaleh.

Non, non, comme le reste de l'année, du petit-déjeuner à la 11.6 au pousse-café à la fiole de Baccardi : On va se torcher.

Un clubber à domicile définit le concept de la soirée : " - Ici il y a des riches et les riches se droguent." Espérons pour lui que le DRH d'M6 soit à l'écoute : Ce jeune homme au visage flouté a toute sa place dans le cellule "programmes et stratégie" de la chaîne.

Dring, dring. "- C'est ici qu'on se défonce ?" Plus qu’une rapide que Domino’s Pizza, un dealer à peine sorti du berceau fournit nos amis en poudreuse, à base de 60 euros le G.

Tout le monde ici semble issu de milieu aisé mais l'idéologie dominante est tenace : Eux aussi veulent faire encore plus riches (donc plus heureux) qu'ils ne le sont. Alors pour se la jouer Miami Vice-Puff Daddy, on roule les billets de 50 euros en paille (un des convives explosés nous assure que c’est mieux que les billets de 10 pour sniffer) et on s’enfile les traces dans le tarin en écoutant du 'Ore haine Bê. Il ne manque que la diffusion du Scarface de DePalma sur un plasma pour que l'iconographie caille-ra soit complète.

Tentée de baigner à nouveau dans l'euphorie des étudiants encocaïnés (certains parlent même de faire leurs devoirs, c’est dire les effets) Lola se ronge les ongles : " - Oh non putain je veux pas retomber."

C’est que Lola a un passé. De son propre aveu, elle a tout essayé.

Le reporter l’interroge :


"- Comment as-tu fait pour payer ?
"

"- Bah…les parents
." Répond en haussant les épaules la Christiane F. sapée en Baby-Prada collection Mini-pute, printemps-été 2009.


Nous sommes ici dans le triangle d'or à l'ouest de Paris, dans ces quartiers pourtant hautement video-surveillés, proches du berceau de la civilisation Bling-Bling. 400 euros qui disparaissent dans le larfeuil ont moins d’importance pour sa bourgeoise de propriétaire que la disparition de votre carte Simply Market au fond du cabas à roulettes.

Ah les parents ! Parlons-en justement. La voix-off compatissante nous apprend que le papa est un haut cadre plutôt absent (d'ailleurs pas filmé) mais que la mère est au foyer.

Au sujet de la déchéance de sa gamine longue de deux ans, elle déclare floutée et flouée :
" - Je n’ai rien vu."

Bon certes, y a bien eu cette petite tentative de suicide avec ses Lexomyl. Mais cela a bien tourné puisque la mère a pu sauver sa boite verte aux précieuses pilules qui lui permettent, en complément de la 'tise, d'effacer souvenirs et responsabilités.

Au terme de deux années de combat et de cinq années de psychanalyse à 120 euros la séance, la mère conclut : "- Finalement, c’est une crise d’adolescence tout ce qu’il y a de plus normale."

Triste époque : Même dans le domaine du fiasco de l’éducation parentale, la lutte des classes persiste. Tandis que le fils de pauvre se défonce à la colle devant La Roue de la Fortune et amène ses bouteilles de dissolvant au New Clapton's (RN 12 première à gauche après le Chaussland) parce que le whisky y est vendu trop cher, le rejeton de riche, lui, se crame la gueule à 50 sacs la demi-journée directement puisés dans le Vuitton de la daronne.

Mais bon tout cela c’est du passé. La mère envoie Lola s'oxygéner « au vert ». Dans le square en bas de la rue ? Chez papy dans le Cantal ? Non, non au Japon, bien connu pour ses grands espaces et son air frais. Deux secondes après s’être plaint des mensonges à répétition de sa fille, la mère au foyer qui n’a rien vu du drame de sa fille alors que celle-ci perdait un quart de son poids en quelques semaines sous son nez, l’envoie les yeux fermés, tout frais payés, à 12 heures d’avion pour qu’elle arrête la dope !

Ne juge pas trop vite lecteur, il faut comprendre la psychologie de ces milieux où l’apparence fait substance. Cela fait mieux de dire : "- Ma fille est à Osaka pour se récupérer de son année éreintante et préparer son futur cursus." que "- Ma connasse de fille qui va tripler sa seconde est internée de force au centre des tox' d'Avicennes parce qu’en plus de me piquer dans mon budget medoc' et bibine, elle vend son cul pour payer sa schnouf".

Retour aux protagonistes de la soirée. On présente à l’un des trépanés aux pailles dans le nez l’analyse chimique de la cocaïne consommée plus tôt :

40 % de dopants provoquant le cancer du rein et 60% de sucre en poudre.

Rire gras et monolithique de la tête à claques, à peu près le même que celui consécutif à la vision d’une bonne cascade dans Jackass.


M6 fait chou blanc. Décidément cette coke ne semble pas gêner grand monde chez les bien nés. De guerre lasse et fidèle aux maronniers, le journaliste conclut son sujet en province chez des gens du terroir qui ne simulent pas les drames, eux. Ils ont perdu leur fils de 21 ans, Johnny, emporté par la méthadone.


Après quelques photos de famille et l’évocation d’un fils dévoué victime de mauvaises fréquentations, le père regarde le crépuscule du haut de son univers rural et aussi nuancé que Charles Bronson dans le justicier braque les dealers, conclut le documentaire en puisant dans le manuel aphorismes et castration chimique de Frédéric Lefebvre (à sortir aux editions du Pit) :

" - C’est triste à dire mais la meilleure solution pour eux
[les enfants], c’est la prison."(sic)

Une fois de plus, à base d'exemples représentatifs d'un microcosme servant des conclusions expéditives et dédouanantes, M6 est au diapason analytique de son auditoire :
Un jeune ça se lève tôt pour travailler plus même sans être payé, le soir ça regarde la télé-réalité. Sinon, c'est gros, c'est laid, c'est drogué et ça doit être maté.

Pas une fois, dans ces trente minutes de reportage, qu'il s'agisse des riches ou du fauché, n’auront été évoquées les responsabilités des parents. Encore moins celles des médias.

Pour les autres reportages, je vous laisse le soin de les découvrir sur M6replay. Pour moi, à la fin du premier, c'était déjà l'overdose.

14 commentaires:

Vincent Arsac a dit…

Et tu as bien de t'arrêter là. Pour ma part, j'ai abandonné sur le prof soit disant magicien.

Kamil a dit…

66 minutes ca devrait plutôt s'appeler 666 minutes ..

Kamil a dit…

C'est plus fort que moi ! J'ai pas pu m'empêcher de détourner le logo de l'émission

grobob a dit…

Vos critiques des émissions de M6 sont aussi délicieuses à lire qu'elles doivent être pénibles à documenter...
Bonne continuation.

stephane a dit…

Edifiiant ! affligeant ! bien triste !
heureusement il y a findus, findus ( vieille pub des 70's)

Non vraiment sa craint, moi de mon temps (80's) c'était biére/teuch (au bong) en ecoutant MOTORHEAD a fond suivi d'un vomi salvateur.

Pour 10 sacs ( 15 €) ont été peté.
le plus dur que j'ai essayer, aprés un lecture de "l'herbe du diable ou la petite fumé " de joseph castaneda, c'est une monstre infu de datura (coller 2 jours) et puis du peyotl (lophophora williamsii) en ecoutant sweet smoke juste poke en 33 trs, la ! grosse halu en couleur ! mais jamais au grand jamais, la dreu !
RRa souvenirs, souvenirs ...
enfin que du naturelle

malto cortese a dit…

bravo seb,bien vu!
affligeant d'entendre les parents dire: "oh ben faudrait mieux qui soient en prison!"
à l'évidence, ils ne savent pas que la tôle est le dernier endroit pour aller décrocher!
bon c'est pas tout ça mais demain j'ai une manif en l'air,j'vais mettre mon foulard façon bandit parce que j'ai peur d'attraper des microbes; hou là là , qu'est ce que j'ai peur! (et que j'voudrais pas non plus refiler les miens!)
va-t-on m'arrêter pour port de masque illicite?
répondez moi parce que j'compte emmener mamie, c'est con, elle était d'accord, mais de là à passer pour un black block...
que faire???

ficelle a dit…

La lecture de ce billet et l'image qu'elle renvoie d'eux serait peut-être la plus efficace des cures de désintox…

Anonyme a dit…

Moi ce qui m'a frappé dans toute l'émission c'est la proportion écrasante de prénoms débiles et américanoïdes donnés à tous ces enfants, prénoms venus d'on ne sait où (séries télé ?).

jide a dit…

Je ne comprends pas bien la plaisir de perdre du temps à regarder une émission de télé aussi débile (pléonasme).
Si c'est juste pour faire de l'anthropologie, ok, mais sinon, t'as pas l'impression que ta vie brûle pour rien quand tu es assis devant l'écran ?

seb musset a dit…

a Jide > Tu as raison là-dessus. Je te rassure, je regarde assez peu cette chaîne, juste ce qu'il faut pour réagir ;). Je lui concède néanmoins d'être le parfait miroir de l'idéologie petite-bourgeoise de ce début de siècle. (et cela va plus loin que la possession d'une télé ou pas, puisque, et j'en ai déjà parlé, j'ai vu beaucoup de couples totalement M6isés alors qu'ils se vantent de ne pas avoir de poste de télévision.

Anonyme a dit…

osaka c etait peut etre pas si bete.
comment elle aurait fait pour s approvisionner au japon ?
je suppose qu aucun dealer laponais ne parle francais (et probablement pas anglais non plus)

Aiko a dit…

Je n'ai pas acces aux emissions de M6, vivant moi-meme a Tokyo... Mais en lisant vos commentaires, je suis attristee par ces emissions voyeuristes avec lesquelles M6 fait son beurre sur la "beauferie" de certaines personnes...
J'avoue que je ne comprends pas non plus la destination choisie... Osaka, ville des Yakuzas...
Le jour ou on montrera des aspects plus interessants de la culture japonaise a la tele francaise n'est pas encore arrive...
Pour ma part, j'aurais choisi de l'envoyer au Mont Koya, lieu spirituel pour mediter et acquerir quelques rudiments de la pensee bouddhique ( notamment le rejet de l'aspect materiel)...

Anonyme a dit…

Merdouille, j'arrive pas a trouver la redif sur M6replay, me disent que yavait une serie a la con ce soir la :(

Donc si qqun peut m'aider a trouver l'emission en question, d'avance merci :)

Jean Paul a dit…

bravo une fois de plus pour ce commentaire édifiant et bien tourné; bravo aussi pour le sacrifice car j'avoue que moi même quand je zappe sur cette daube air du temps-prêt à penser et magazines moisis de M6... je tiens pas 5 mn!