samedi 7 mars 2009

un voyage presque parfait (ID-TGV acte II)

A 200 euros le voyage pour 4 factures indûment prélevées, le minimum était que j’en tirasse deux billets :

Au-delà de l’entourloupe précédemment relatée qui, sur la base de la stupide quête du meilleur pouvoir d’achat m’amena à débourser 4 fois la somme prévue pour un billet à un horaire qui ne m’arrangeait pas, le voyage proposé par ID-TGV, filiale toute informatisée de la SNCF (bande-annonce de ce qui l'attend[1]) est un condensé sur rails du totalitarisme consumériste ambiant et d'une logique de rentabilité gangrenant progressivement ces sanctuaires que sont, furent ou devraient rester le logement, la nourriture, la santé, l’éducation et les transports collectifs.

Face à l’absence totale de personnel en amont du service qui permet de réduire les coûts et de couper à la source les éventuelles contestations, je suis déterminé en ce jeudi matin, avant de prendre mon train, à casser, faute de mieux, de l’employé ID-TGV. Problème persistant : Même dans les grosses gares parisiennes, les employés ID-TGV sont plus rares que les militaires en armes.

Entre les toilettes et un robot à distribuer des billets, je débusque un stagiaire qui humanise de sa stature d'exploité le logo ID-TGV triomphant derrière lui. Le jeune préposé occupé à jouer au solitaire sur son laptop ne peut rien pour moi. Je détecte dans son regard l'anxiété quant à savoir si je ne suis pas envoyé par la direction pour tester si, oui ou non, il mérite le CDD qu'on lui fait miroiter des mois. L'engagé volontaire se contente d’approuver tout ce que je dis en plaçant à chaque fin de phrase le joker hiérarchique qui le dédouane :

- Je ne peux rien faire, il faut envoyer un mail au service client, moi j'ai pas internet.

Au diable la modernité ! Je veux des gens au guichet qui me répondent, des humains avec du métier et avec qui je peux m’engueuler, pas de ces robots aseptisés euthanasiant par excès de creuses amabilités, le mécontentement du client lésé.

Rien n’est perdu. J’avance sur le quai réservé aux voyageurs chanceux d’ID-TGV. L'endroit auquel il ne manque plus qu'un tapis rouge et des plantes vertes, est délimité par un cordon en velours, type carré VIP. Le ton est donné : Contrôleurs en costards, sourires appuyés et chausse-pieds dorés. On est pas à Cannes ou chez Castel mais bien quai numéro 12 devant son relais H poisseux et les chiottes payantes aux effluves de pisse mal javellisée.

Trêve d’élitisme : Nous autres les chercheurs du meilleur prix faisons la queue pour passer au scanner à code-barres nos cartons d’invitation à l’énième représentation du bal des soumis : Des billets imprimés par nos soins et à nos frais (c’est toujours ça de moins à payer pour IDTGV).

Devant tant de prévenance, le client spolié est désarçonné. - Mais attends que je sois dans le train, ça va chier ! Direction les wagons. Je voyage en première : Comme tout le monde. Progrès social : Ici, les classes disparaissent, nous sommes tous le dindon de la farce. Les vrais riches, eux, sont dans d’autres wagons ou mieux, prennent l’avion.

ID-TGV, c'est la liberté puisque tu choisis ta zone :

La zone Zap, c'est la promesse de la sollicitation continue : Consoles de jeux, bouffe, dvd, concerts et parfois boite de nuit. Le wagon est un camp de consommation mobile plus insupportable que ceux sous chapiteaux de tôles car confiné et sans échappatoire avant la prochaine gare.

En zone Zen, aucun stimuli. Au contraire. Dès le départ, via la voix douce d’un flic des âmes dont les consonnes soufflées cajolent les oreilles telle une préface à La Dianétique narrée par une Marlène Jobert sous Tranksen, les voyageurs sont invités à adopter la Zen Attitude. C'est à dire à ne pas la ramener sous peine d’être coupables de perturber le recueillement des autres. Bref, chacun est le flic de son voisin. Diablement malin. Ne pas téléphoner, ne pas trop bouger, ne pas faire de bruit : En gros ne pas dialoguer. Ah, tu ne veux pas consommer ? N'empêche pas les autres de le faire en tapant la discute. L'homélie s'achève par une invitation à saluer son voisin qui provoque une gêne générale : Tout le monde culpabilisant en secret de ne pas être "open minded" et donc du coup se terrant définitivement dans le sommeil ou la simulation de sommeil pour le reste du voyage. Tout ici est sacrément pensé.

Zen et Zap, deux facettes de la dictature consumériste : L’hystérie continue et le cloisonnement sympathique mais ferme de ceux qui refusent cette hystérie.

Comme au bout de vingt minutes, le train ne part toujours pas (après tout cela reste quand même un peu la SNCF), un gentil agent parfumé à chemise mauve et tête de nounours sortant d’un séminaire bouddhisme et passage de pommade annonce aux voyageurs infantilisés d'une voix de teckel tabassé inspirant la pitié, qu’il y aura un petit délais.

- ...A cause d'un suicide sur la voie indépendant de notre volonté
.

Même s’il est vrai que le pauvre français déprime sévère et qu'il a une fâcheuse tendance à en finir avec sa vie en éclaboussant le plus possible, via les rails, ceux qui en ont une aussi pourrie que la sienne alors que le riche (pudique à l'éducation raffinée) à qui la vision du sang fait horreur, s'élimine en silence à coup de médocs dans la solitude de son 600m2 sur les hauteurs de Levallois-Perret, comment croire à cette version qui, comme le souligne timidement un voyageur, a un air de déjà entendu ?

L'expression de notre contrôleur-puéricultrice est si douce qu’a la fin d'un second laïus sur le respect du silence, il parvient à nous faire oublier que tous ici, nous aurons une vingt-huit minutes de retard[2] à nos rendez-vous. Encore un peu et tous l’applaudiraient une fois le prêche terminé. A ce niveau de guimauve et au risque de finir au Guantanamo de la gare, j’ai envie de hurler :

Et ma surfacturation de 200 euros, escrocs !

Mais non, devant une telle avalanche de bons sentiments, on ne peut que croire en la bonté des hommes de pouvoir et de leurs exécutants chloroformeurs.

Le train quitte enfin la gare et je pars en songe.

Revenu à Paris en fin de journée, marchant détendu face à la montée printanière d’un ciel indigo, réchauffé par les rayons rasants de la fin du jour, tels ces mannequins béats se répandant d’éloges sur les animations flash du site de réservation qui facture plus vite que son ombre, j'ai presque oublié le bug[3] made-in-IDTGV dont je fus la victime répétée. Comme on dit chez Jean-Pierre Pernault, ce train à grande vitesse est une bien belle invention.

La
Zen attitude et le défilé de deux heures de paysage champêtre eurent raison de la colère.

Sur le perron de la maison m'attend un relevé bancaire chargé de ses trois voyages imaginaires.

- Borde... de merd... de put... d'encu... !

Heureusement que le capitalisme est fidèle à sa tradition pour me maintenir à ébullition.


Dans le prochain épisode : Pourquoi diable des gens voudraient-ils faire sauter les lignes TGV ?


* * *

[1]
Si la SNCF pouvait se passer des trains (qui impliquent encore bien trop de personnel), elle le ferait bien volontiers. Gageons que la prochaine étape de la modernisation du train français sera de faire payer les gens pour qu’ils voyagent de chez eux.

[2] Et non 30 minutes : seuil à partir duquel la SNCF commence à dédommager les voyageurs.

[3] Remarquons comment dans la presse ou à la télévision, l’escroquerie à la carte-bleue est un crime prémédité lorsqu'elle émane d’un ivoirien coupable de voler un particulier. Dans le cas où ce même particulier se fait facturer à plusieurs reprises et contre son gré, la même carte bleue par une entreprise française qui a pignon sur rue (avec budgets publicitaires conséquents), constatons l'habile déplacement sémantique : Il s'agit d'un accident informatique dont l'entreprise référencée est la victime .


8 commentaires:

Anonyme a dit…

braziiiiiil
la la lalalalala lalaaaa

Vincent Arsac a dit…

Je ne m'attendais pas à moins :)
tu devrais rajouter au moins "Sncf" en libellés..

Anonyme a dit…

Seb, comment peux-tu faire confiance à un site de e-commerce? Non seulement l'anomalie technique t'as débité x fois le montant de la transaction, mais en plus tu enrichis la sncf en payant la somme à un logiciel c'est-à-dire à un robot. Un robot coûte moins cher qu'une personne physique. Sans compter les escroqueries à la carte bleue. Les automates ont remplaçé les guichetiers dans les banques. C'est le même scénario. Sauf que quand il y a une anomalie avec la carte bleue, la justice va donner raison à la banque au bénéfice du doute. Les escrocs ajoutent un système électronique sur les guichets. L'utilisateur ne voit rien. Il se fait prendre son numéro de carte bleue et son code. A qui la responsabilité? Moi je dit aux banques. Elles nous imposent un système automatique avec faille de sécurité. C'est de l'incompétence totale. Et personne ne se révolte. Et les stations essence type esso sans aucune présence humaine. Ca enrichit esso mais le prix de l'essence n'est franchement pas réduit. Sans compter que les informations transitent via des ondes par des paraboles. Bref on se sert de la technologie pour enrichir les actionnaires qui ne comprennent rien à la technologie ou à la science. Un autre truc. Je ne comprend pas pourquoi on paye pour avoir une carte bleue. Ca devrait être le contraire. La carte bleue permet de rendre plus souple les transactions donc cela permet de fluidifier les échanges d'argent au bénéfice du commerce et des banques. On devrait donc être payés pour utiliser une carte blueue.

stephane a dit…

Bon ben Seb, j'éspére que tu te feras pas baiser 2 fois !
tape le co-voiturage par FIP par exemple.

stephane a dit…

Seb , tu te plein du Big brother, Gmail en est le représentant :

- En mars dernier, Google s'est vu remettre aux Big Brother Awards une « récompense » attribuée par une association de défense de la vie privée. Mais Peter Fleischer, le porte- parole de Google pour les questions de protection des données, n'était pas présent ce jour-là. Dommage, il aurait pu marteler son message : « Il n'y a pas de service de renseignements derrière Google. Nous respectons la vie privée des gens. »

Peut-être. Google enregistre chaque jour des milliards de données. Il n'est pas seulement capable de connaître nos habitudes de navigation, notre âge, notre sexe ou notre ville de résidence. Il lit aussi le courrier des utilisateurs de Gmail pour leur adresser des publicités ciblées. Il garde en mémoire les coordonnées bancaires ainsi que les achats effectués par ceux qui utilisent son service de paiement sécurisé (Google Checkout). Avec Google Health, il s'apprête même à conserver les dossiers médicaux des internautes.
Des garde-fous réglementaires

De quoi inquiéter les autorités de Bruxelles, qui planchent sur des garde-fous réglementaires. De leur côté, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) et ses équivalents dans les 26 autres pays de l'Union ont adopté de nouvelles mesures de contrôle. Par exemple, « la durée de détention des informations devra être de six mois et non plus de dix-huit, comme Google le pratique encore », explique Alex Türk, le président de la Cnil.

Les particuliers ne sont pas les seuls concernés par l'omniscience de Google. La firme vend aussi son moteur de recherche à des entreprises ou à des institutions, comme la Société générale ou même la présidence de la République, pour explorer et classer leurs documents internes. Elle commercialise à faible prix une suite de logiciels via Google Apps (Google Docs, Gmail, Google Calendar...), dont les informations sont stockées sur les serveurs de Google, notamment aux Etats-Unis. « Là-bas, le Patriot Act permet aux autorités d'accéder au contenu des serveurs situés sur le territoire américain », met en garde Alain Juillet, haut responsable chargé de l'intelligence économique. « Dans le cadre professionnel, estime Benoît de Saint-Sernin, le directeur de l'Ecole européenne d'intelligence économique, utiliser Gmail, Google Docs, voire le moteur de Google, revient à parler d'un dossier confidentiel en public : c'est risqué. »

Encore mieux !
Je ne sais pas si vous êtes au courant mais Google Vient de lancer aujourd’hui un service fort intéressant … Google Latitude ! Le service rêvé pour les parents qui pourront désormais suivre en temps réel le déplacement de leur enfant …. imaginez vous ça !

Le principe est assez simple vu que Google dispose déjà de plusieurs composants qui lui oint permis en les combinant d’avoir Latitude , La GéoLocalisation qui jusqu’e la été dispo avec Google Map version Mobile …. puis les info relative à votre vie sociale sur le net , grâce à Gmail et Google Chat , puis enfin Google Social pour combiner le tout .

Le résultat ?

Un nouveau concept de service Sociaux qui vous donne la localisation de vos amis en temps réel (et l’inverse aussi ) , Le pire c’est que Google vous dis meme ce qu’ils font , Big Brother est de retour !!!

image

Je viens de le tester et je vous assure que ça décoiffe pas mal de voir sa position et celle de ses amis en temps réel en 1à , 1( secondes .

Mon avis ? Les petites boites de développement de systèmes de navigation par Satellite ont du souci à se faire et si j’été à leur place je chercherai dors et déjà un autre secteur d’activité que je connais pas mal de PME qui utilisent des solutions commerciale pour suivre leur force de vente sur les routes et qui n’auront aucune réticence a basculer vers le Gratuit …. Eh oui , la Crise oblige !

En principe le service est prévu pour marcher avec tous les model de téléphone mobile couleurs mais pour le moment il ne sont que quelques un a le supporter dont la liste est la suivant :

* Le G1 sous Android (normal)
L’iphone et l’ipod touch
Les BlackBerry (ceux avec la couleur)
Ceux qui utilisent Windows Mobile 5.0 et au dessus
Les smartphones Nokia (Symbian S60)
Et certains qui utilisent J2ME (java)

Anonyme a dit…

comment as tu pu tester tout ça alors qu'il faut que le possesseur du telephone accepte d'installer le logiciel mouchard et valide ton accès à sa localisation?

seb musset a dit…

a anonyme > Un moment de faiblesse, précédemment expliqué : Tu pars au dernier moment tu n'as pas le choix.

Conclusion : effectivement boycotter, tous les points de paiement sans interface humaine. Si c'est pas possible : Boycotter le paiement !

J'en ai déjà parlé avec les caisses électroniques d'Ikea. Ça devient presque impossible puisque tout est pensé an amont pour contraindre le consommateur qui voudrait dépenser "bio". Exemple ultime : Les stations services.

Anonyme a dit…

Bonsoir Séb,
Ton problème est malheureusement fréquent, cependant dans notre cher pays, il y a des lois pour éviter de se faire avoir par le système des cartes bleues. Il faut savoir que ce système n'est pas du tout fiable pour les transactions sans contact physique (saisie du PIN code ou signature), en effet n'importe qui peut générer un code de carte bleue car il est établit grâce à un algorythme. Grosso modo une formule mathématique...
Donc rien ne garanti sur internet que c'est toi qui a utilisé ton numéro de CB si tu n'as pas donné ta signature ou validé un code pin avec un terminal agréé.
Et c'est là que tu es protégé, car vu que rien ne garanti que c'est toi, que le système est pourri mais que ça coûte super cher de le changer, une assurance gérée par un fond qui est le groupement des cartes bleues va te rembourser tes dépenses, pour cela, tu as juste à t'adresser à ta banque et dire que les 3 opérations en trop tu ne les as pas effectuées toi-même.
Et mentionne l'article :
"Selon, l'article L132-4 du code monétaire et financier et la loi de novembre 2001, la responsabilité du titulaire d'une carte bleue n'est pas engagée si le paiement contesté a été effectué frauduleusement, à distance, sans présentation physique de la carte bleue.

De même, sa responsabilité n'est pas engagée en cas de contrefaçon de la carte bleue si au moment de l'opération contestée, il était en possession physique de sa carte bleue." source : acabe.fr
Voilà et insiste bien sur le texte de loi si ils font la sourde oreille. (par exemple à la banque postale un simple mail suffit pour annuler une opération.)
PS : j'espère que tu n'as pas souscrit à un service style e-CB car en fait c'est un service fort utile pour eux afin de te transférer la responsabilité de la transaction.

Sébastien