mardi 31 mars 2009

martyrs


Ta tête est moins connue que l'entreprise tentaculaire dont tu es le grand patron. Tu as beau faire parti des plus belles fortunes du monde, tu ne parades qu'au milieu de tes semblables, en clubs discrets, dans des zones résidentielles fortifiées ou dans des conventions pompeuses ultra sécurisées.

On connaît mal ton nom ou on ne le connaît que trop tard, quand tu as liquidé la filiale, que le scandale est révélé ou après avoir touché ton parachute doré. Où habites-tu ? On ne sait pas trop. Tu voyages tout le temps, fiscalement c'est plus performant.

Tu tiens à ton anonymat auprès des petites gens. Ils n'ont pas le bagage mental et comptable pour appréhender tes réalités et les responsabilités auxquelles tu dois te frotter
:

"Où vais-je délocaliser pour libérer mon développement ?", "Qui vais-je dégraisser en premier pour optimiser le rendement ?", "Comment leur faire accepter de travailler plus pour le même salaire durant les deux ans me restant (à toucher des subventions) avant de les jeter ?".


Méchants, aigris et jaloux de ton argent sont les petites gens aux médiocres réalités et aux risibles ambitions.

Tes amis, les autres grands patrons,
eux te comprennent et ne te jugent pas.

Tu veux juste qu'ils t'envient. C'est pour cela que tu accumules autant de pognon.


Comme des gosses jouant à celui qui a la plus grosse quéquette dans les chiottes du bahut ou les mêmes, trente ans plus tard, jouant à celui qui a le plus gros Iphone devant la machine à café, toi et tes amis jouez à vous impressionner mais dans une dimension sociale stratosphérique pour le commun de vos esclaves.

La belle montre à 100 smic ? C'est un minimum vital, le pin's d'entrée.
Un Warhol dans un des living-rooms de ton ami le banquier ? La semaine suivante tu en punaiseras deux au mur de tes chiottes en marbre en espérant que ça le fera bien ch... ! Le penthouse de 650 m2 de ton pote magnat de la communication avec vue plongeante sur Central Park, assorti de ses 24 larbins ? Pas de problème, c'est toi qui édites le who's who du BTP et des préfectures. Tu bétonneras un méga baba au rhum en pleine réserve naturelle WWF ! Ton poteau chairman d'une chaîne mondialisée s'est dégotée une actrice mexicaine qui, après le turbin, se fait remuer dans une même transe masturbatoire un demi million d'esseulés, pas de souci. Même avec ta sale gueule et ton charisme d'asperge, ton pouvoir les fera fondre et tu peux prétendre à récupérer les déchets recyclés de Mick Jagger ! Ah non mince... pas tous. Il y en a une qui est encore occupée pour trois ans.

Tu bénéficies de la bienveillance de gouvernements que toi, tes amis, vos aïeux, infiltrèrent. Tu peux compter sur eux pour défendre tes intérêts. Et pas d'imprévu. Tu as des veilleurs à l'assemblée. Ils te remontent ces projets législatifs pouvant s'avérer problématiques pour toi. Dans ce cas, ils te confectionnent un amendement personnalisé (mais où ton nom n'apparaît pas) qui, malgré le changement, ne changera rien pour toi ou , mieux, arrangera tes bidons.

Pour l'instant ton train de vie va croissant, au rythme exponentiel de 200% par an pour certains de tes amis. Pas pour toi. Toi tu es vieille France, t'as le sens du correc' et de la justice, tu te contentes de 2300 Smic par an, hors avantages et options. Tu n'as qu'une vague idée du nombre de siècles d'esclavage moyen que cela représente. Tu aimes à le répéter au club de l'économie face à un Jean-Marc Sylvestre conquis : Tu es un entrepreneur, tu risques et tu emportes dans ton dynamisme un organigramme hiérarchique soumis à ta loi, cela justifie à tes yeux une rémunération indécente.

Mais attention, que l'on ne te cherche pas trop fiscalement sinon tu vas t'en aller faire le bien des salariés dans un autre pays. Même si là-bas personne ne t'attend, personne au gouvernement ne le dira.

Au fond, tu es pour la paix sociale. Chacun chez soi et les marges seront bien gardées, les riches sont riches, les pauvres sont pauvres. Pour maintenir ces derniers dociles, tu leur fais croire au mérite, à la morale et au travail bien fait. Autant de notions que tu te gardes bien d'appliquer pour toi.

C'est plus fort que toi : Tu trompes toujours ton monde. Vendant à tour de win attitude, du projet d'avenir, de l'esprit d'entreprise et du travail collectif alors que tu es dans le court terme, tu ne sais que licencier ou employer au rabais pour récolter sans te fatiguer un pactole à partager entre une poignée d'initiés.

Depuis six mois quand même, même pour toi, c'est le merdier. Ton cœur de cible, la classe moyenne, commence à te défier. Tu dois faire profil bas, réduire l'ostentatoire et pas te faire chopper en flag' les deux bras dans la jarre à billets.

Financièrement, tu as un peu perdu avec cette crise mais tes amis sont dans le même cas donc ça va. Et puis, tu te refais une santé en rachetant à prix cassé les titres vendus en catastrophe par ces petits actionnaires qui, comme toujours, gobèrent tes discours.

Ce week-end
, tu as eu une petite frayeur. Ton pote président a fait semblant de se fâcher. Pour calmer la populace, le félon a commandité un décret interdisant la distribution de stock-options et d'actions gratuites et encadrant les bonus. Un an, à renégocier quand tout retournera à la normale.

"Misère" as-tu pensé. Les pauvres "dirigeants et mandataires sociaux ayant bénéficié d'aides publiques, qui continueront à licencier sans explication ou qui n'auront pas un comportement éthique" vont morfler.

La perspective
de tes prochaines vacances de Pâques au spa des thunés de Gstaad à regarder de haut ces 9 blaireaux, jakuzzés malchanceux, être les victimes des quolibets de leurs camarades de la baronnie des multinationales se frappant les cuisses en meuglant " - Ils z'ont pas eu leur bonus ! ils z'ont pas eu leur bonus !" te fait déjà te gondoler de rire.

Les cons, ils ont intérêt à trouver une bonne excuse d'ici là.

Vraiment la vie est injuste.

Sauf pour toi.



Illustration : affiche de L'argent des autres, film de Christian de Challonge (1978)

6 commentaires:

Vincent Arsac a dit…

Vu d'en haut, voilà une bonne illustration du capitalisme, et du mépris évident de la classe dirigeante.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Classe_dirigeante

Bearimprint a dit…

Quand aux concernés par le décret de notre ministre, leurs nombre s'élève à 9 (quelques banques et 3 constructeurs automobiles).
Certains banquiers on déjà renoncés à leurs bonus quand au 3 constructeurs, Steiff (PSA) est mis à la porte et le décret n'étant pas retro-actif...

Et puis surtout, celui qui doit être plier de rire c'est notre ami Bouton, de la SG qui part en retraite avec près d'UN million d'euro/an, ce qui représente 50% de plus que son dernier salaire, quand on sait que la grande majorité (Vous et moi, quoi) touche en moyenne 60% de son dernier salaire.

Si ca ce n'est pas nous enfumé et en beauté, en plus.

Perso, j'applaudis des deux mains, autant de j'men-foutisme, de mépris de mauvaise fois de... De prendre son prochain pour un con absolu, ca frise le sublime.

Anonyme a dit…

Bonjour Seb,

Je me permets de te corriger :
"après que tu eusses" -> après "après que", on doit utiliser l'indicatif.

Et c'est Jean-Marc Sylvestre pour le club de l'économie.

Sinon, bravo pour tes articles !

Cordialement,
Matthieu.

seb musset a dit…

Merci Matthieu. Excusez-moi mon correcteur est en congés maladie.

Lefebvre à la place de Sylvestre, un lapsus obsessionnel parfaitement compréhensible ;)

FZ a dit…

Yop,

ça me fait halluciner que l'on se focalise sur les 1 Millions raccrochés au Bouton (d'or pour l'occasion ;)) et que l'on passe sur les 1.5 milliards distribués aux actionnaires de la société générale, soient 50% de leurs bénéfices de l'année. Malgré leurs résultats, vous apprécierez la juste répartition, alors les 3 tiers de évoqués par Nico ... nous en sommes très loin bien que ce soit pourtant là qu'est la fuite !

On peut donc en conclure que la théorie de l'arbre qui cache la forêt (de billets) marche toujours aussi bien.

Un beau débat, qui n'en était pas un, sous forme de commission (de lissage des opinions) à l'assemblée sur les versements des indemnités de mauvaises gestion (appelées couramment plan de relance) où Arnaud les beaux costards (d'une riche famille française) expliquait le pourquoi du comment sans expliquer... juste des jeux de regards laissant juste traverser un sentiment de "le premier qui m'attaque va s'en souvenir" (homme d'influence oblige)...

Elle est belle notre démocratie.

Seb, de bonnes vidéos, un bon blog, mes félicitations, si je puis me permettre.

PS : J'étais en mode rumba dans le sud durant la dernière manif générale, un monde impressionnant sur Montpel', (idem dans le nord selon mes camarades) de très beaux clichés, de bons slogans bien divers et variés, avec un point de convergence sûr, que tu as évoqués, "attention à toi tyran, attention à ta tyrannie". pas de méprise possible sur l'interpellé ;)

Je te ferais parvenir les plus beaux clichés par mail, si cela t'intéresse (de bons slogans pour illustrer tes entêtes de billets).

Bonne continuation à toi et comme le disait un certain Zappa "Music Is the Best"

Le plein de cordialité,

FZ

Anonyme a dit…

Je me disais bien que Darwin était un imposteur!

l'Evolution?! Nous sommes restés mentalement à l'époque de la Préhistoire...

Effectivement, la marge de manoeuvre n'est pas étroite, sauf dans la quatrième dimension ultra-libérale, mais au contraire énorme tant la marge de progression paraît illimitée...Comme les profits j'allais écrire...Non: bien d'avantage.

un autre séb