vendredi 31 octobre 2008

La société du spectacle de l'information

Plus pernicieux que la censure et fidèle compagnon de l'auto-censure : L'achalandage de l'information.

En toute circonstance, ne pas tant s'interroger sur ce que les médias nous cachent que sur ce qu'ils s'acharnent à nous montrer.

Coincé à domicile pour cause de nurserie, je me perds dans l'inutilité UMP-HD du PAF (paysage abrutissant français) avec son accompagnement de texte gouvernemental permanent (Jego-Wauquiez-Lefebvre aux trois huit sur les plateaux pour réaffirmer qui c'est le plus beau et qui c'est la plus conne), avec ses polémiques stériles (poupées vaudou, conseils de DSK pour dégrafer virilement les Wonder-bra et autres comptes présidentiels prétendument "visités") le tout entre deux spots publicitaires pour Renault (le premier constructeur français de chômage technique) destinés à occuper du temps de cerveau, d'information et d'analyse que l'on aurait pu, par exemple, consacrer à cette casse massive d'effectifs qui passe comme une lettre à, feu, la poste.

Nostalgie grande bretonne. Je me rabats donc sur la chaine anglaise Sky News dont je n'aurai jamais cru dire un jour qu'au même titre qu'Al-Jazeera international, elle constituerait une relative bulle d'air audiovisuelle au-dessus de l'océan conformiste des émissions françaises en plateau qui n'ont même plus besoin d'apposer des rires en boite là où leurs chroniqueurs crétinisés ont quotidiennement des pelletées de quidams en chair et en os pour applaudir à leur moindre pet.

Que titre donc Sky News, première chaine britannique de breaking news, en pleine crise économique mondiale, à six jours de l'élection présidentielle de la plus grande puissance (pas pour longtemps) du monde ? Grand scandale, grande indignation, grosse affaire : Deux figures emblématiques "tendance caustique" de la radio et de la télé anglaise, Russell Brand (mix d'Edouard Baer et Johnny Rotten) et Jonathan Ross (l’Ardisson local) sont congédiés par leur employeur, la BBC (média public) au terme d’une polémique montée en mayonnaise par la chaine elle-même.

Voici le portrait robot des coupables :

(no comment.)

18 jours après leur farce téléphonique d’ados attardés (un appel anonyme et salasse auprès d'une veille star anglaise consensuelle de type Foucault/Drucker) faite sur les ondes de la radio BBC 2, les larrons qui faisaient tant rire la nation sont médiatiquement conspués sur la base de 10.000 plaintes d'auditeurs déposées (dont on peut se demander d’où elles sortent vu que l’émission passait à un horaire tardif et qu’elle n’a entrainé aucune protestation dans les jours qui suivirent, restant même disponible sur le site de la BBC près d'une semaine), Russell et Jonathan deviennent ainsi les proies d'un pays, de leurs propres employeurs et du premier ministre anglais Gordon Brown qui, depuis le pavillon de la lanterne à Versailles (accompagné de son ami Sauveur Sarkozy) et après avoir brièvement évoqué les 20 milliards supplémentaires qui seront versés de nos poches européennes pour "soutenir un certain nombre d'état" (comprendre les banques), s'insurge que l'on gaspille de l'argent public pour de tels outrages, exige qu'une enquête soit ouverte et que des têtes tombent.

Entre deux annonces de la remontée du chômage en Angleterre, d'une précarisation sévère du marché de l'emploi (même les traders tirent la tronche) à base de coups de pieds au cul, d'un effondrement du marché immobilier sans précédent (la frénésie d'achat ayant été envenimée depuis 10 ans par des médias lobbyistes du bâtiment à faire passer Stéphane Plaza pour un éducateur social), sont désormais étalés dans la presse tabloïd et les journaux télévisés les salaires de Brand et Ross. Salaires indécents mais dans la moyenne leurs homologues d’avant et de ceux plus "politiquement corrects" qui sont encore dans la place.

Loin de moi l’idée de défendre ces représentants anglais de "la nouvelle aristocratie" médiatique (dont une description est faite dans ce merveilleux livre que l’on appelle "Perverse Road" et qui a désormais tout d'un classique) mais tout de même, je ne peux m’empêcher de penser qu'il s'agit ici d'un parfait exemple de sacrifice, à haute valeur symbolique ajoutée (ils touchaient chacun un million d'euros par mois), favorisé par l'élite pour dégorger un peu de la rage populaire et faire passer la pilule sociale du "sauvetage des banques".

En France, dans un registre similaire mais moins rock n'roll, les médias ne prennent même plus de gants pour tirer (à base de brèves en boulets de canon) sur le nouveau "trader fou" de La Caisse d’épargne mis en examen pour avoir "perdu" 700 millions d’euros en pleine chute des marchés.

Par définition, un trader joue, il "trade". Au casino comme au marché, il faut que certains perdent pour que d'autres gagnent. Le trader ne fait pas exception, il gagne ou il perd, c'est juste une question de timing, de nerfs et surtout de chance. Pas de martingale. Quand le trader gagne, son patron affiche des dividendes juteux à l’assemblée des actionnaires, quand le trader perd, surtout en période de serrage de vis, son patron le dénonce et l'employé devient justiciable, direction la case prison. Dans les deux cas, il a scrupuleusement appliqué les règles d'un métier auxquelles, ni son patron à parachute doré, ni les bonnes consciences médiatiques à salaires épais, ni leurs gentils téléspectateurs apeurés ne comprennent grand chose.

Loin de moi également l’idée de défendre les traders, disciples cafeinés et robotisés de l’idéologie du toujours plus guidant l'humain dans le mur, mais comment ne pas voir dans ce lynchage comme dans celui de Kerviel, les boucs-émissaires qu'ils incarnent et qui permettent à d'autres de garder les mains propres ?

Le système néolibéral franchit donc de nouvelles étapes : Avec l'aide de ses médias affiliés, il n'hésite plus à livrer certains de ses disciples (stars TV, traders zélés, capitaines d’industrie célébrés décrétés bandits amoraux) à la vindicte populaire pour apaiser les rancœurs de celle-ci.

Signes de fébrilité d’un système ou processus standard de décompression en période de crise ?

L’avenir proche nous le dira.

5 commentaires:

Denis a dit…

Bonsoir,

Ben et les papys boomer dans tout ça ? Ceux qui ont plein de sous et qui ont surement revendu aux deux traders les plus connus de France les valeurs mobilière pourries qui leur ont permis d'etre les gagnants ?

J'rigole.

En fait au début je voulais surtout ajouter que tout cela permet aussi de cacher d'autres cachoteries des politiques :

Vaseliner les carottes OGM pour qu'elles passent mieux
La Commission Européenne travaille en secret pour accélérer l'introduction des OGM

Un exemple parmis d'autres.

Mr Whistlewolf a dit…

Belle reference a Guy Debord.

De tout temps les médias ont allumé des contre-feux pour divertir (dans le sens diversion et non divertissement)le bon peuple des vérités qui fachent.

On est passé, dans la société de la lobotomie, au stade du "faits divers/sport/météo" dans le fil conducteur du flot d'informations propagandistes que nous subissons dès que nous allumons la tv ou la radio.

Les anciens martyrs médiatiques d'hier sont de nouveaux les stars d'aujourd'hui (Morandini/Sabatier).

Brûlez les tous.

Franck a dit…

> Denis

effectivement, avec un peu de vaseline, ca passe mieux

pour autre exemple, les nouvelles plaques pour les voitures

sans rentrer dans les details, on nous montre que le quidam lambda pourra mettre "son numero perso" a la fin.

plus reellement : le systeme SIV (le nouveau) sera totalement informatisé (pas l'actuel), et controlé, non pas par le ministere des transports mais par le ministere de l'interieur.
lors d'un accident de circulation (chose courante), l'expert devra tout les soirs envoyer via un concentrateur, les informations totales de ce qu'il a vu (en chiffrage de l'accident, personnes presentent etc) au ministere de l'interieur et la mise en place d'un procedure nouvelle baptisée "VE" (Vehicule Endommagé).

Si la voiture est considerée "VE", le proprietaire aura interdiction de circuler avec son vehicule et devra renvoyer sa carte grise a la prefecture

bon, reellement, je m'arrete la, parcequ'apres c'est technique, mais en tout cas, une chose est sure : le proprietaire de la voiture devra payer environ 500€ pour recuperer sa carte grise et donc, pouvoir de nouveau rouler avec sa voiture (ces 500€ sont repartis sur plusieurs chose)

si le "VE" est apposé suite a l'accident, c'est l'assurance qui devrait payer
si c'est sur des degats autres (donc, hors du sinistre declaré), ca sera a la charge du proprietaire.

reellement, cette procedure rentre en action le 1 Janvier (normalement, parce que la, ca couine quand meme un peu)

apres, reste le fichage par le ministere de l'interieur qui saura tout sur les accidents declarés aux assurances.. (et sous entendu, d'autres choses)

pour finir, ca, j'en ai jamais entendu parler .. memes les garagistes a qui j'en parle quand je passe pour voir une voiture, me regardent avec les yeux ronds (bon, la, pas trop dur de connaitre ma profession...)
Par contre, le n° a la fin de la plaque pour noyer le poisson, ca... j'en ai entendu parler...

sinon, pour expliquer la procédure, j'ai eu beau chercher sur le net (moi, j'ai eu la formation, donc, les documents liés), je n'ai trouvé que deux sites ou on en parle : le site de gazoline (truc de voiture ancienne) et un site d'etat vachement mise a jour, puisque ca date de 2006 (ca s'appelait encore "VGE" au lieu de "VE")

On a demandé qu'il y ait une "communication" pour les gens, parcequ'attention la surprise que ca va faire...pour l'instant... que dalle et ca arrive dans 2 mois

Franck

Aka 75 a dit…

Et nous on garde Jean-machin Aphatie ?

Mr Whistlewolf a dit…

C'est Jean-Michel Apathique, un peu de respect :-P