lundi 19 mai 2008

NE T'EN FAIS PAS, JE NE SUIS PAS A CANNES MAIS JE VAIS BIEN

Il pleut sur Cannes depuis l’ouverture d’un festival du cinéma qui intéresse peu. Plusieurs raisons à cette évidente chute de tension.

Des intrinsèques : Une sélection chiante et classique, une intention de remise d’une palme « politique » par un Sean Penn qui s’est immédiatement attiré les foudres des journalistes attachés de presse d’une industrie en péril qui mise tout sur la vidange de cerveau, une absence de stars jeunes et l’habituelle couverture de Canal Plus mêlant copinage, élitisme et consanguinité qui rajoute au suranné d’un événement tape-à-l’œil, la vitrine indécente d’un monde de privilégiés alors que s’invite en France les effets d’une lourde crise économique internationale encore cachée du pied par un gouvernement aussi peu soucieux de cinéphilie que de réalité sociale.

Des raisons liées au secteur lui-même : Le cinéma-industrie a perdu la bataille de l’art, il n’a pas combattu bien longtemps. Les films révolutionnaires, s’il en reste, ne sortent plus en salles. Ils se voient sur téléphone portable, se piratent anonymement entre communautés de connectés et les thèmes réellement polémiques sont plus souvent abordés dans les séries télévisées.

A l’image de la pale tentative promotionnelle des salles UGC de rabais généralisé sur ses fauteuils cette semaine à chaque séance et qui, une fois le programme des films consulté, incite tout spectateur normalement constitué à rester chez lui à regarder le final de la quatrième saison de Lost téléchargé sur la mule, le cinéma ne fait plus bander. Que trouve t-on en ce moment dans les salles ? Des remakes américains sans saveur de film français et des adaptations françaises sans monnaie de film américains, le tout réalisé mollement dans une pâte stylistique sécurisante qui fait ressembler tout à n’importe quoi. En ce début de XXIe siècle, le principal soucis du cinéma est de proposer des films bourrins pour faire vendre des équipements 5.1. Question contenu, étant donné que le cinéma est désormais un fonds d’investissements où chacun des actionnaires se garde bien de prendre le moindre risque, c’est le dernier support où l’on trouvera de la transgression.

C’est ainsi que quelques années d’une offre abrutissante formatée, sans imagination ni saveur, ont dessoudées de son socle un art trop vite soumis aux lois du marché et de la publicité et qui restera un des grands mythes du XXIe siècle. N’y voyez pas du pessimisme, pour une fois. Le cinéma des artistes n’est pas mort, il devient autre chose. Quelque chose ce genre de festival derrière ses stars et ses paillettes, ne peut pas encore fliquer.

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