mercredi 5 mars 2008

AIMEZ-VOUS LES UNS LES AUTRES (MAIS PAS DANS MON CHEMIN)

Je me poste las, au coin du Boulevard St Michel et de la rue de l'école de Médecine en plein Samedi après-midi par temps clément entre la bite en fer et l’entrée de Gibert. Vigie privilégiée du défilé humain. Il va par deux en couples amoureux ou par quatre en familles blasées. Il est visiblement exalté par ses achats et partage sa joie complice avec son entourage trié sur le volet affectif, en gros la bourgeoise et le mouflet. Allégresse exclusive, il émane de sa goguenarde personne une insensibilité totale à l’entourage de ses semblables, tas compact, qui s’agglomèrent à l’entrée du grand magasin cernée de cerbères basanés. Douce France. Les pauvres cerbères aux ordres du marché qui surveillent aimablement mais fermement les petits couples endettés à pouvoir d’achat en baisse pour qu’ils ne chipent pas le dernier Astérix. Joviale France des familles sarkozistes qui font du bruit pour oublier qu’elles s’apprécient peu. France du mépris citoyen, de l’antipathie ouverte pour celui qui n’est pas moi. Français qui ne croient en rien à commencer par les autres français. Français qui, parfois, heureux, célèbrent sur ordonnances des victoires nationales dans des sports qu’ils ne connaissent même pas. Français qui crachent sur les puissants et qui, pourtant, centime après centime, leurs filent tout leur argent. Français aux égoïsmes aigris, pas cyniques, se piétinant les uns les autres avec mépris dans les cohues identiques des samedis après-midi. Français de réalités télés. Français apeurés qui crachent sur les mains tendues des miséreux qu’ils ont peur de devenir. Français, carapaces de suffisances et pistes d’atterrissage aux basses idéologies. Français comme moi, plombé par ce ciel gris sur un peuple qui se hait.

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