mercredi 19 septembre 2007

BREVE DU POITOU

Place du marché désert, un village reculé du Poitou profond, le cœur d’un de ces après-midi chauds figés dans l’intemporalité, j’écarte le rideau de lianes en perles de plastique multicolores et entre dans la boulangerie poussiéreuse parce que, con comme je suis, je cherche une baguette. Pas de baguette ici monsieur. On a de la 80, de la festive, de la joyeuse, de la granité, de la au Sésame, au noix de cajou, du pain au réglisse, à la moutarde et à la merde me grogne dessus le Kubota aux plis moulés à la louche dans un tablier à fleurs jaunes, bleues et vomies. Tant pis, je ne lâcherai pas un euro cinquante pour une demi-baguette au prétexte qu’on y a rajouté un arachide de synthèse. Mais, merde j’ai faim. Mon regard tombe sur cette dernière viennoiserie molle autour de laquelle quelques insectes orbitent endoloris à l’approche de l’automne et dont je ne pourrais décrire si elle est décorée de fruits confis ou de fientes d’insectes.

SEB MUSSET de sa voix penaude teintée de bienveillance et d’un amour naïf et pour son prochain
Bon bah, je vais prendre un pain aux raisins.

Le tromblon à conne lisse s’exécute.

LA BOULANGERE que je me représente avec un mégot à la commissure de ses lèvres couleur vinasse aboie sa dernière question d’une voix rauque - ça c’est de la didascalie - :
- Et avec ceci ?

SEB MUSSET fier de ne pas avoir à sortir plus de quatre vingt centimes d’euros de sa précieuse cassette, regard de braise, de trois quart, pince la bouche à la manière d’une stagaire à LCI fraîche émoulue de l’école de journalisme.
- C’est touchhhh*.

La boulangère déjà d’humeur cendrier pousse un long soupir de mécontentement à pépites de glaviot. Zut, moi qui comptais lui laisser un pourboire bien que dans ce domaine je pense qu’elle dispose déjà de ce qu’il faut backstage. La monnaie rendue jusqu’au dernier centime que je m’empresse de recompter, je sors majestueux, soupesant la friandise tiédie par l’après-midi et une vitrine en plein soleil. Apercevant une pancarte suspendue me faisant dos, je décide d’un geste aérien de détendre l’atmosphère guindée de l’endroit si select et pivote l’écriteau vers moi. Un cri guttural remonte de l’enfer et me saisi d’effroi.

LA BOULANGERE
On touche po à ço, c’est fragile, ca tient po ! On touche po !

La vibration tétanise le pédant auteur et votre narrateur redevient soudain ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être, un petit connard piqué en flagrant délit de chourravage de sa dose quotidienne de Carambars au Monoprix du Boulevard Murat.

Sur la pointe des pieds, je tente d’immobiliser l’écriteau qui se balance au-dessus des babas au rhum et je sors sans un regard, sur la pointe des pieds, préparé à recevoir d’une seconde à l’autre une rafale de chevrotine dans le cul. Une fois dehors, j’estime que je m’en sors plutôt pas mal. Cela aurait pu être pire : j’aurais pu être anglais et ne pas parler un mot de français. Sur la place du marché pas plus peuplée qu’avant JC, j’enlève de son papier gras le petit pain aux fientes confites et, parce que la curiosité me tuera, me tourne vers l’échoppe pour découvrir ce qui est inscrit sur la table des lois en police manuscrite Oui-Oui 130 :

« Coupe du monde de Rugby : Ce soir France Namibie ! »

Il faudra que je me penche sur ce virus soudain du Rugby qui, du Boulevard St Germain au marais poitevin, rend hystérique ce peuple français. Peuple désarmant à la naïveté touchante de ses délicats mouvements de masse - tout y est fait par paquets de quinze millions minimum -, peuple si déprimé qu’il veut gagner à tout prix quelque chose, une coupe du monde, le trophée des cons ou un tournoi de boules.

* se référer à Avatar un enfant du siècle, un livre qui vaut ce qui vaut mais qui en vaut bien
d’autres.

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